Milléniaux au Canada

La génération des milléniaux (aussi connue sous le nom de génération Y) englobe généralement les personnes nées entre les années 1980 et 1996, bien que certaines définitions soient plus restrictives (voir Population du Canada). La plupart des milléniaux sont des enfants des baby-boomers, soit les personnes nées tout de suite après la Deuxième Guerre mondiale. Ils sont souvent caractérisés par les traits que leur ont transmis leurs parents, mais qui les opposent aussi à ces derniers.



Contexte

Le terme « milléniaux » est utilisé pour la première fois par William Strauss et Neil Howe, auteurs d’un livre de 1991 intitulé Generations: The History of America’s Future, 1584 to 2069. Il fait référence au début du deuxième millénaire (l’année 2000) qui, pour plusieurs milléniaux, correspond au moment de leur entrée sur le marché du travail comme jeunes adultes (voirPopulation active; Marché du travail).

Il existe plusieurs débats sur ce qui caractérise la génération des milléniaux. Ces derniers sont cependant généralement définis par deux traits caractéristiques : leur approche et leurs attentes quant au milieu de travail et leur relation avec la technologie numérique (voir aussi Technologie au Canada). La plupart des milléniaux entrent sur le marché du travail alors que la mondialisation et la privatisation économique connaissent une croissance rapide, à la fois au Canada et à l’international. Ces phénomènes modèlent leurs attentes collectives quant à leur parcours professionnel et à leur sécurité financière. Les milléniaux sont aussi les premières personnes à grandir avec l’Internet et la technologie numérique. Ainsi, ils sont considérés comme étant la première génération de « natifs numériques ».

Milléniaux et baby-boomers

Plusieurs tendances ayant marqué la génération des baby-boomers ont eu un grand effet sur le développement des milléniaux. Par exemple, les milléniaux ont grandi lors d’une augmentation du nombre de divorces sans précédent, puisque leurs parents, s’étant dissociés des conventions sociales précédentes, ont rendu communs les divorces et les familles recomposées (voir aussiMariage au Canada; Histoire du mariage et du divorce). Après avoir atteint son paroxysme dans les années 1980, le taux de divorce au Canada a maintenant diminué et se situe actuellement à environ 38 %.

Pendant les années 1970, les femmes intègrent le marché du travail comme jamais auparavant. Ainsi, pendant leur enfance, plusieurs milléniaux vont à la garderie pendant que leur mère se trouve au travail. Ils grandissent également dans un Canada où règne une certaine prospérité économique : le taux d’accession à la propriété croît régulièrement jusqu’en 2011 avant de chuter pour la première fois en 45 ans. En raison de la stabilité relative des conditions de travail de leurs parents et de l’état de l’économie lors de leur passage à la vie adulte, les milléniaux sont souvent caractérisés par des comportements indiquant qu’un certain niveau de privilège leur revient de droit, surtout en milieu de travail.

Milléniaux et « présomption »

La réputation qu’ont les milléniaux d’être présomptueux peut être expliquée par le contexte socioéconomique dans lequel ils ont été élevés. Leurs parents, des baby-boomers ayant eux-mêmes grandi dans la contre-culture des années 1960 (voir Hippies), étaient sans doute plus orientés vers la croissance personnelle et le développement de l’estime de soi que les générations précédentes. Certains avancent que les milléniaux dont les efforts ont été encouragés et félicités par leurs parents baby-boomers sont devenus une génération d’adultes « gâtés » qui s’attendent à être félicités non pas pour leurs bons résultats, mais bien pour le seul effort fourni pour une tâche. Les milléniaux sont les premiers à grandir avec des « parents hélicoptères », soit des parents qui « planent » nerveusement au-dessus de leurs enfants, entravant ainsi leur développement autonome. Ce phénomène contribue également à la notion populaire selon laquelle les milléniaux considèrent que tout leur est dû. Il est cependant important de noter que ce discours n’est pas accepté par tous comme étant une vérité universelle.

Milléniaux et milieu de travail

Les milléniaux forment la génération la plus éduquée de l’histoire du Canada, un nombre record d’entre eux ayant entrepris des études supérieures. Le niveau d’éducation qu’ils ont atteint aurait, selon certains critiques culturels, contribué au développement de leur « présomption » : à leur passage à l’âge adulte, leurs grandes attentes quant à leur parcours professionnel sont confrontées à une réduction importante des effectifs dans les entreprises, tant au Canada qu’à l’international. 

L’effet des milléniaux sur leur milieu de travail pourrait devenir le trait caractéristique de leur génération. Selon le docteur Jean Twenge, professeur de psychologie à l’Université d’État de San Diego, les milléniaux, dès leur arrivée sur le marché du travail dans les années 2000, sont considérés comme ayant une certaine maîtrise de la technologie, une grande confiance en soi et des « tendances individualistes ». Ils manifestent une préférence marquée pour un horaire de travail souple afin d’atteindre un certain équilibre vie-travail et désirent accomplir des tâches significatives et potentiellement créatives. Alors que les générations précédentes favorisent la stabilité et la prévisibilité des emplois, les milléniaux affirment être enclins à sacrifier la stabilité pour l’épanouissement. Cette approche est l’une des causes de la croissance de l’économie des « petits boulots », définie par une forte présence de contrats à court terme à la pige.

Des études menées aux États-Unis et au Canada ont démontré que les milléniaux préfèrent des cultures d’entreprise où l’accent est moins placé sur la hiérarchie et davantage sur la communication et la transparence. Ils s’attendent à recevoir régulièrement de la rétroaction de leurs superviseurs, ce qui ne dément pas leur réputation d’avoir besoin de plus d’encouragement et d’orientation que leurs prédécesseurs.

Ces préférences ont eu un effet important sur les stratégies de gestion des entreprises au Canada. Alors que les milléniaux ont peiné à satisfaire leurs ambitions professionnelles dans une économie de marché libre, le travail « flexible » en vient à dominer le milieu professionnel canadien. Ce modèle est caractérisé par des contrats à court terme plutôt que par des postes offrant une sécurité d’emploi à long terme. La rémunération ne comporte donc généralement pas d’avantages sociaux, comme les assurances maladie, dentaire ou vie.

Ceux qui adhèrent au modèle de travail « flexible » font partie du « précariat », un terme utilisé pour décrire les travailleurs étant continuellement en état de précarité économique en raison de contrats à court terme, d’un marché du travail hautement compétitif et de peu (ou pas) de vacances payées. Les membres de cette génération signalent de hauts taux d’épuisement professionnel. Les médias sociaux sont également souvent considérés comme un facteur de cet épuisement.

Milléniaux et technologie

Les milléniaux canadiens ont grandi avec l’Internet et la technologie numérique. Ils sont les premiers à avoir adopté les téléphones intelligents, les tablettes et les services de diffusion en continu, apparus au tournant du nouveau millénaire. C’est au cours de la décennie suivante que les habitudes des Canadiens plus âgés commencent à s’aligner avec celles des milléniaux, atténuant ainsi les différences générationnelles quant à l’utilisation de ces technologies. Les milléniaux sont les premiers à utiliser les médias sociaux. En 2018, 91 % des milléniaux canadiens ont au moins un compte de médias sociaux, comparativement à 81 % de tous les Canadiens.

Milléniaux et vie familiale

Les femmes de la génération des milléniaux ont leur premier enfant plus tard que leurs prédécesseures. En 2010, pour la première fois de l’histoire enregistrée du Canada, le taux de natalité chez les femmes de la trentaine dépasse celui des femmes de la vingtaine. Au Canada, en 2016, l’âge moyen pour donner naissance à un premier enfant est de 30,8 ans. Le retardement graduel de cette première naissance reflète certains défis économiques auxquels sont confrontés les milléniaux. Plusieurs d’entre eux tendent à demeurer plus longtemps à l’école puisqu’ils travaillent pendant leurs études. Générer un revenu stable et sûr prend également plus de temps que pour la génération précédente. Les milléniaux sont aussi la première génération à devenir adultes après la légalisation du mariage homosexuel en 2005. On les associe à un changement d’attitude générationnel : une étude de 2017 menée par CROP avance que plus de milléniaux (58 %) sont « tout à fait d’accord » avec le mariage homosexuel que la population canadienne générale (45 %).

Milléniaux et finances

En général, les milléniaux font plus d’argent de la mi-vingtaine à la mi-trentaine que les membres de la génération X, en accumulant en revanche plus de dettes personnelles. Avec l’atteinte de niveaux d’éducation supérieurs, des frais plus élevés doivent être engagés. En 2016, 24,4 % des ménages des milléniaux (âgés de 30 à 34 ans) devaient rembourser une dette d’études, d’une valeur médiane de 12 000 $. À l’opposé, au même âge, seulement 14,8 % des membres de la génération X avaient encore une dette étudiante à rembourser.

La tendance globale de la croissance des inégalités de revenu au Canada transparaît dans les statistiques sur la richesse (voir Répartition des revenus). Les milléniaux bien nantis font plus d’argent que les générations précédentes, mais l’écart de revenu entre les milléniaux les plus riches et les plus pauvres est beaucoup plus grand que pour les générations antérieures.

En 2016, 43,6 % des milléniaux du Canada rapportent être propriétaires d’une maison. Des études montrent cependant que le revenu des milléniaux est en moyenne beaucoup plus bas par rapport au coût de l’immobilier que celui des générations précédentes, ce qui rend le processus d’économiser pour une mise de fonds plus difficile sans l’aide de leurs parents. Un rapport de 2019 régulièrement cité en matière de propriété résidentielle au Canada rapporte qu’économiser pour une mise de fonds prend aux milléniaux environ 13 ans alors que le processus durait 5 ans pour les acheteurs des années 1970 (voir Logement et politique du logement).