Matthew Coon Come

Matthew Coon Come, O.C., grand chef du Grand Conseil des Cris (1987-1999, 2009-2017), chef national de l'APN (2000-2003), activiste et environnementaliste (né en 1956 près de Mistissini, au Québec). Matthew Coon Come a été grand chef du Grand Conseil des Cris pendant 20 ans et a assumé un mandat à titre de chef national de l’Assemblée des Premières Nations. Il a connu la célébrité à l'échelle nationale et internationale grâce à son opposition fructueuse au projet hydroélectrique de la Baie‑James dans les années 1990, à sa revendication de l’autodétermination des Cris et à son plaidoyer en faveur de l’autodétermination autochtone dans le monde entier.



Bella Petawabano, Réjean Hébert, Matthew Coon Come, Véronique Hivon et Luc Ferland (5 avril 2013). (avec la permission de creehealth/Flickr CC)

Premières années et éducation

Matthew Coon Come naît dans une hutte bâtie le long de la ligne de piégeage de ses parents près de Mistissini, dans le nord du Québec. À l'âge de six ans, il est séparé de sa famille et envoyé dans un pensionnat. Il passe la plus grande partie de sa jeunesse au pensionnat indien de La Tuque, dans le centre du Québec, où il subit des sévices physiques et sexuels (voir aussi Pensionnats indiens au Canada).

Au cours des années 1970, il étudie les sciences politiques à l’Université Trent, où il devient président de l’association des étudiants autochtones.

Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec de 1984

Matthew Coon Come étudie également le droit à l’Université McGill avant qu’une délégation d’aînés cris lui demande d’endosser le rôle de coordonnateur pour les collectivités cries de l’arrière‑pays. Il intervient donc lors des négociations qui donnent lieu à la création de la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec de 1984, une première historique. Cette loi favorise largement l’autonomie des bandes cries de la Baie James et des Naskapis du Québec (voir aussi Convention de la Baie James et du Nord québécois).

Chef de la Première Nation de Mistissini

Par la suite, Matthew Coon Come exerce à deux reprises les fonctions de chef de la Première Nation de Mistissini. Lors de cette période, la collectivité se dote d’un centre d’éducation des adultes et de nouveaux établissements de santé. Elle apporte également des améliorations importantes à ses logements et à son infrastructure.

Grand chef du Grand Conseil des Cris, de 1987 à 1999

En 1987, Matthew Coon Come est élu grand chef du Grand Conseil des Cris et président de l’Administration régionale crie. L’opposition au mégaprojet hydroélectrique de la Baie James, mouvement dont il prend la tête, figure parmi les plus grandes réalisations de ses quatre mandats consécutifs de Grand Chef. En 1988, Hydro‑Québec signe un contrat d’exportation d’électricité de plusieurs milliards de dollars avec la New York Power Authority. Afin de répondre à cette demande, Hydro‑Québec envisage d’exécuter la phase Grande‑Baleine, dans le cadre du projet hydroélectrique de la Baie‑James. Elle exige la construction d’une trentaine de barrages et de 600 digues, le blocage de plusieurs grandes rivières et la dégradation irréversible d’une grande partie de la région de la Baie James. Matthew Coon Come organise une excursion en canot pour des aînés, qui les mènera de la Baie James à la ville de New York, dans le but de manifester leur opposition à ce projet. L’excursion retient l’attention au pays et ailleurs dans le monde. Elle incite l’État de New York à abroger le contrat en 1992, et le projet est annulé officiellement en 1994.

Matthew Coon Come sollicite également l'appui du Canada et de l'étranger aux droits des peuples autochtones du Québec, en particulier le droit à l’autodétermination, advenant la séparation du Québec. Lors du référendum du Québec de 1995, Matthew Coon Come crée un référendum distinct. À cette occasion, une majorité écrasante de Cris expriment leur volonté de demeurer au sein du Canada par leur vote.

Chef national de l’APN, de 2000 à 2003

En 2000, Matthew Coon Come pose sa candidature aux élections du chef national de l’Assemblée des Premières Nations. Il accuse l’APN de servir d’antenne bureaucratique du gouvernement fédéral, plutôt que de prendre énergiquement la défense des peuples autochtones. Matthew Coon Come remporte les élections et remplace Phil Fontaine, qui était plus conciliant. Après la fin de son mandat en 2003, Matthew Coon Come devient conseiller auprès du Grand Conseil des Cris. Il s’exprime sur nombre d’enjeux, dont l’exploitation minière, l’énergie renouvelable et les pensionnats indiens.

Grand chef du Grand Conseil des Cris, de 2009 à 2017

En 2009, Matthew Coon Come est réélu grand chef du Grand Conseil des Cris et président de l’Administration régionale crie. En 2012, il négocie l’Accord‑cadre sur la gouvernance avec le gouvernement du Québec. Grâce à cette entente historique, les Cris acquièrent un plus grand pouvoir dans la région de la Baie James. En vertu de cet accord, la municipalité de la Baie James est remplacée par le territoire d’Eeyou Istchee‑Baie‑James, autorité régionale qui sera gouvernée par des Cris et par des non-autochtones. L’accord augmente effectivement l’influence des Cris dans les domaines des projets d’exploitation minière, du développement hydroélectrique et des projets d’énergie éolienne.

En 2015, Matthew Coon Come et d’autres militants font pression sur le gouvernement du Québec pour qu’il déclenche une enquête sur le racisme et la discrimination dans les services publics de la province, notamment les services de police et les systèmes de santé et de justice. Cette demande est faite à la suite d’allégations soulevées par Enquête, une émission diffusée sur les ondes de Radio-Canada, concernant des agressions commises par des agents québécois sur des femmes autochtones dans la région de Val d’Or. La Commission Viens, lancée par le gouvernement provincial en 2016, se termine en décembre 2018.

En juin 2017, Matthew Coon Come annonce qu’il ne se représenterait pas au poste de grand chef. Le mois suivant, Dr Abel Bosum est élu grand chef. Avant son départ, Matthew Coon Come signe l’Entente sur la gouvernance de la nation crie avec Carolyn Bennett, ministre fédérale des Affaires autochtones et du Nord. L’entente est le résultat de négociations entre le gouvernement fédéral et les Cris d’Eeyou Istchee entamées en 2009. Elle octroie aux Cris le pouvoir de percevoir l’impôt et de promulguer des lois au sujet de la gouvernance des communautés sur les terres de catégorie 1A (soit appartenant aux Cris en vertu de la loi fédérale), y compris des lois sur l’utilisation des terres et ressources, sur la protection environnementale et sur l’ordre et la sécurité publics. Elle transfère également les règles de gouvernance interne de la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec à la constitution crie, qui n’est pas soumise à l’approbation des gouvernements du Québec et du Canada. De plus, l’accord garantit un financement stable jusqu’à 2040.

Autres activités

Matthew Coon Come a assumé la présidence ou la direction de nombreuses organisations, dont le Cree Nation Trust, le groupe de travail sur la gouvernance de la Nation crie et le Réseau de communication Eeyou. Il fait la promotion des droits des peuples autochtones du monde entier et a contribué à la rédaction de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Prix et honneurs

  • Prix Goldman pour l’environnement (1994)
  • Prix Condé Nast Traveler, catégorie environnement (1994)
  • Prix nationaux d’excellence décernés aux Autochtones (1995)
  • Doctorat honorifique en droit (Université Trent) (1998)
  • Doctorat honorifique en droit (Université de Toronto) (2000)
  • Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II (2012)
  • Officier, Ordre du Canada (2018)