Gilbert McMicken

Gilbert McMicken, homme d’affaires, homme politique, magistrat et commissaire de police (né le 13 octobre 1813 à Glenluce, dans le comté du Wigtonshire, en Écosse; décédé le 6 mars 1891 à Winnipeg, au Manitoba). Gilbert McMicken a dirigé le Western Frontier Constabulary, premier service secret du Canada, mis sur pied en 1864 dans le contexte de la guerre de Sécession aux États-Unis. Il a également occupé le poste de premier commissaire de la Police du Dominion, premier corps de police fédérale du Canada et précurseur de la GRC, créée en 1868 à la suite de l’assassinat de Thomas D’Arcy McGee. Gilbert McMicken a également servi au sein du gouvernement municipal de Niagara et siégé à l’Assemblée législative de la Province du Canada (de 1858 à 1861) et à l’Assemblée législative du Manitoba.

Jeunesse et début de carrière

On ne sait pas grand-chose de Gilbert McMicken avant qu’il n’immigre à Chippawa, dans le Haut-Canada, en 1832. Il s’investit dans les affaires en tant qu’agent de transit pour les produits qui traversent la région de Niagara, ce qui lui permet de nouer des contacts avec quelques-uns des hommes d’affaires les plus influents du district. En 1835, il épouse Ann Theresa Duff, avec qui il aura sept enfants (dont un qu’ils adopteront). Son épouse Ann Duff étant la petite-fille d’Alexander Grant, un des personnages les plus importants des débuts du Haut-Canada, ce mariage permet à Gilbert McMicken d’établir un lien avec une importante famille de la région.

Aux alentours de 1837, Gilbert McMicken déménage à Queenston, où il va résider jusqu’en 1851, date à laquelle il va s’établir à Clifton (aujourd’hui Niagara Falls, en Ontario). En 1838, il est nommé receveur des douanes et obtient le titre de notaire. Dans les années qui suivent, il monte une société d’expédition et de mise en service en partenariat avec James Hamilton, dirige brièvement la Niagara Suspension Bridge Bank, gère les lignes de tramway hippomobile des lacs Érié et Ontario et participe au développement du tout nouveau réseau télégraphique du Canada. Il contribue notamment à cette nouvelle technologie de communication par le dépôt de brevets concernant deux appareils télégraphiques.

Réussites politiques et financières

Gilbert McMicken est élu au conseil municipal du district de Niagara en 1848 et en 1849. En 1850, il est élu dans le nouveau canton de Niagara et assume alors les fonctions de préfet et de directeur des comtés unis de Lincoln et Welland. Dans les années 1850, il occupe également plusieurs autres fonctions : directeur, secrétaire et trésorier pour les constructeurs du pont suspendu Queenston-Lewiston, directeur de la Niagara District Building Society, membre de l’Erie and Ontario Insurance Company, maître de poste et premier maire de Clifton ainsi que président de la commission scolaire de Clifton. Il travaille aussi comme agent pour Samuel Zimmerman, agent financier et promoteur immobilier local. Durant cette période, Gilbert McMicken amasse une fortune personnelle considérable et se fait construire une imposante maison familiale à Clifton.

Lien avec John A. Macdonald

En 1857, Gilbert McMicken est élu à l’Assemblée législative de la Province du Canada sous l’étiquette de réformiste modéré représentant Welland. Alors qu’il est membre de l’Assemblée législative (de février 1858 à mai 1861), il devient un soutien de John A. Macdonald.

Au début des années 1860, Gilbert McMicken déménage à Windsor, où il sera président de la Bank of Western Canada de 1862 à 1864. En 1864, sa chance a cependant déjà commencé à tourner. Il demande alors à Macdonald, à l’époque ministre de la Milice et procureur général du Canada-Ouest, de lui trouver un poste salarié au sein du gouvernement. Qualifiant Gilbert McMicken d’« ami spécial », Macdonald parvient à le faire nommer agent de l’Accise pour Windsor. Peu de temps après, Gilbert McMicken est également nommé magistrat et juge de paix salarié. Macdonald fait l’éloge de Gilbert McMicken qu’il dépeint comme étant « un homme rusé, posé et déterminé qui ne perd pas facilement la tête et qui accomplit courageusement son devoir ».

À la tête du Western Frontier Constabulary

La vie de Gilbert McMicken prend un virage décisif dans les années 1860 à cause de la guerre de Sécession aux États-Unis, qui fait rage depuis avril 1861. Le conflit a en effet des répercussions au Canada, avec notamment la présence de recruteurs américains (des « crimps », en anglais) qui passent la frontière pour venir enrôler des civils canadiens et des soldats britanniques dans l’armée de l’Union. Selon John Boyko, près de 40 000 Canadiens ont ainsi servi au sein de l’armée de l’Union durant la guerre de Sécession. De nombreux Canadiens sympathisent néanmoins aussi avec la cause des Confédérés, qui ont mis en place un réseau d’espionnage au Canada. Le 19 octobre 1864, des Confédérés basés dans le Canada-Est frappent la ville de St. Albans, dans le Vermont. Ils pillent trois banques, tuent un homme et en blessent un autre, puis tentent de mettre le feu à la ville avant de s’échapper en repassant la frontière. L’incident, très embarrassant pour le Canada et la Grande-Bretagne, fait naître des craintes de représailles américaines. Pour prévenir tout trouble supplémentaire à la frontière, John A. Macdonald met sur pied le Western Frontier Constabulary à la tête duquel il nomme Gilbert McMicken. Cette force de sécurité constituée d’agents infiltrés a souvent été qualifiée de premier service secret du Canada.

Chef des services secrets

Gilbert McMicken a le pouvoir de nommer des agents de police, de payer leur salaire et d’approuver le remboursement de leurs frais de déplacement. Vêtus en civil, près de 15 détectives patrouillent dans les régions frontalières. Leur travail consiste à détecter « l’existence de tout plan, tout complot ou tout organisme qui pourrait perturber la paix, insulter Sa Majesté la reine ou violer la neutralité proclamée par celle-ci ». Ils informent Gilbert McMicken deux fois par semaine sur les réunions illégales, les exercices militaires ou la présence d’agents recruteurs de l’armée de l’Union sur le territoire canadien.

Gilbert McMicken visite lui-même les villes américaines situées sur la frontière avec le Canada pour établir de bonnes relations avec les autorités fédérales et municipales. Il déploie également ses propres agents à Detroit et à Buffalo. À la fin de la guerre de Sécession, en avril 1865, Gilbert McMicken démantèle un grand nombre de ses groupes de policiers.

Menace des fenians

Au cours de l’été 1865, John A. Macdonald apprend l’arrestation en Irlande de plusieurs membres de la « Fenian Brotherhood ». La présence de nombreuses cellules fenianes aux États-Unis l’inquiète cependant au plus haut point. Macdonald écrit à McMicken que « l’activisme fenian en Irlande est sérieux et [que] le gouvernement impérial semble en être pleinement conscient. Nous devons éviter de nous faire prendre par surprise. Gardez-moi informé de tout ».

Sur l’ordre de Macdonald, Gilbert McMicken charge des agents d’infiltrer les organisations fenianes de Detroit, Cincinnati et Chicago. Il se rend lui-même à Philadelphie où, agissant incognito, il assiste à un congrès des fenians et entend parler d’un projet d’invasion du Canada. Réalisant la gravité de la situation, Gilbert McMicken s’affaire alors immédiatement à améliorer son réseau d’espionnage. Il propose même d’employer des espionnes pour piéger les dirigeants fenians, mais l’idée ne semble pas avoir été mise en œuvre. Il se rend également à New York pour demander conseil à la célèbre agence de détectives Pinkerton, qui surveille depuis longtemps les activités des fenians aux États-Unis.

Le réseau de Gilbert McMicken rassemble des renseignements sur plusieurs plans d’invasion, notamment celui qui se concrétisera en avril 1866 par la tentative de prise de l’île Campobello, au Nouveau-Brunswick, par les fenians. Il informe aussi les agents du Canada-Ouest de l’ambition des fenians de s’emparer de Fort Erie, qui mènera le 2 juin 1866 à la bataille de Ridgeway. (Voir aussi Raids des fenians.)

Police du Dominion

Le 7 avril 1868, Thomas D’Arcy McGee, qui a condamné le mouvement fenian, est assassiné à Ottawa. Macdonald (qui est alors premier ministre du nouveau Dominion du Canada) réagit en mettant sur pied la Police du Dominion qu’il charge de faire respecter les lois fédérales et de garder les édifices fédéraux dans la capitale. Gilbert McMicken commence immédiatement à combiner ses activités au sein de la Police du Dominion et ses opérations d’infiltration, même s’il ne sera nommé commissaire que plus tard, en décembre 1869.

Une des premières affaires dont il s’occupe, qui sera aussi une des plus spectaculaires et pour laquelle la Police du Dominion collabore avec l’agence Pinkerton’s, est celle qui aboutit à l’arrestation en 1868, à Windsor, des fameux hors-la-loi américains Frank Reno et Charles Anderson, puis de leur extradition vers les États-Unis conformément au Traité Webster-Ashburton de 1842. Les prisonniers seront cependant lynchés ultérieurement par la foule, ce qui pèsera lourdement sur les relations entre le Canada et les États-Unis. Sous la direction de Gilbert McMicken, la Police du Dominion élucide de nombreux crimes et en 1870, elle est chargée d’assurer la sécurité durant la visite au Canada du prince Arthur, le troisième fils de la reine Victoria et du prince Albert. Gilbert McMicken participe également au tracé de la frontière internationale dans plusieurs sections de la rivière Sainte-Claire (traité de Washington, 1871).

Mutation au Manitoba

En septembre 1871, Gilbert McMicken est envoyé à Winnipeg pour y ouvrir des bureaux du gouvernement fédéral dans la nouvelle province du Manitoba. Il reste commissaire de la Police du Dominion, mais prend également les fonctions d’agent des terres du Dominion, poste auquel il doit gérer la distribution souvent controversée des terrains. Il est également nommé receveur général adjoint et agent d’immigration. Avant de quitter l’Ontario, Gilbert McMicken apprend que des agitateurs fenians, aux États-Unis, planifient une invasion et espèrent que les Métis mécontents s’y joindront. Loin de s’y joindre, Louis Riel recrute des volontaires pour aider à défendre la frontière et les envahisseurs sont capturés par les forces américaines de Fort Pembina (Dakota du Nord), près du lieu aujourd’hui occupé par la ville d’Emerson.

Gilbert McMicken joue un rôle de premier plan lors de la campagne visant à donner le statut de ville à Winnipeg et pour convaincre John A. Macdonald de garder l’itinéraire choisi du chemin de fer du Canadien Pacifique, qui la traverse, plutôt que de le faire passer par Selkirk. Il siège au Conseil de Keewatin de 1876 à 1877 puis est élu à l’Assemblée législative du Manitoba en 1879. De 1880 à 1882, il est président de l’Assemblée provinciale. Gilbert McMicken a également été membre du conseil de l’Université du Manitoba. À la fin de sa vie, pour compléter une maigre prestation de retraite du gouvernement, Gilbert McMicken travaille comme agent d’assurance à Winnipeg.