Mercantilisme

Le mercantilisme est une théorie économique et une politique pratiquée durant la période coloniale de l’histoire du Canada. Selon la théorie mercantiliste, il existe une quantité déterminée de richesse dans le monde. En conséquence, la richesse d’une nation repose davantage sur ses exportations (ventes aux autres pays) que sur ses importations (achats aux autres pays). Les nations européennes, dont la France et l’Angleterre (plus tard la Grande-Bretagne), utilisent ce système à leur avantage du 16e siècle jusqu’à la moitié du 19e siècle. L’objectif est d’extraire la plus grande quantité de richesses possible des colonies tout en y investissant très peu. La traite transatlantique des esclaves est aussi inextricablement liée au mercantilisme. (Voir Esclavage des Noirs au Canada.)

Le mercantilisme est une théorie économique et une politique pratiquée durant la période coloniale de l’histoire du Canada. Selon la théorie mercantiliste, il existe une quantité déterminée de richesse dans le monde. En conséquence, la richesse d’une nation repose davantage sur ses exportations (ventes aux autres pays) que sur ses importations (achats aux autres pays). Les nations européennes, dont la France et l’Angleterre (plus tard la Grande-Bretagne), utilisent ce système à leur avantage du 16e siècle jusqu’à la moitié du 19e siècle. L’objectif est d’extraire la plus grande quantité de richesses possible des colonies tout en y investissant très peu. La traite transatlantique des esclaves est aussi inextricablement liée au mercantilisme. (Voir Esclavage des Noirs au Canada.)


Mercantilisme en Nouvelle-France

Le mercantilisme est le principal modèle économique de la Nouvelle-France (1534-1763). Ce modèle consiste à exporter le plus de richesses possible du Canada vers l’Europe, en y investissant le moins possible. En raison de ce modèle économique, la Nouvelle-France se développe lentement comparativement aux autres colonies européennes d’Amérique. Au milieu du 18e siècle, la population de la colonie ne représente encore qu’une petite fraction de celle des treize colonies britanniques, bien que le territoire revendiqué par la France soit plusieurs fois plus grand. Les colonies de la Nouvelle-France sont aussi marquées par un important déséquilibre des sexes, car presque toutes les vocations en Nouvelle-France, par exemple soldat ou trappeur, sont des vocations d’hommes. (Voir Peuplement de la Nouvelle France.)

Cette situation met en évidence la contradiction entre la politique mercantiliste, pour laquelle il s’agit avant tout d’extraire des richesses du Canada, et les intérêts religieux et politiques de la Couronne de France, qui exigeaient plutôt qu’on y établisse des colons. Le cardinal de Richelieu, le tout puissant secrétaire d’État au commerce et à la marine, monte la Compagnie des Cent-Associés en tant que projet de colonisation. La compagnie reçoit un monopole exclusif sur le commerce de la fourrure en Nouvelle-France. La compagnie échoue vers le milieu des années 1660, et la Nouvelle-France devient une province sous administration directe de la France.

Mercantilisme britannique

Comme la France, l’Angleterre pratique le mercantilisme, bien que de manière moins stricte. L’Angleterre possède un ensemble complexe de lois, dont l’origine remonte aussi loin que 1651, pour réguler le transport et le commerce. Elles sont conçues pour établir la suprématie militaire et économique de l’Angleterre, mais comportent aussi des politiques mercantilistes. Les lois sur la navigation font du transport et de la vente de biens coloniaux le monopole de l’Angleterre (plus tard de la Grande-Bretagne); ceci aide l’Angleterre à maintenir un bilan économique positif. Ce modèle économique de base, où les colonies envoient des matières premières aux puissances européennes, demeure en place après la conquête de la Nouvelle-France par l’Angleterre, durant la guerre de Sept Ans (voir Conquête de la Nouvelle-France).

Le but premier du mercantilisme est d’enrichir les puissances européennes, bien qu’il puisse être profitable à quelques colons. Les grands négociants de fourrure de la fin du 18e siècle, comme James McGill et Simon McTavish, s’enrichissent énormément grâce à leur position dans l’économie mercantiliste. Ils exportent des fourrures en Angleterre (voir Traite des fourrures au Canada) et importent des Caraïbes des biens autrement non disponibles en Amérique du Nord britannique comme du sucre, du rhum et du coton. Si le mercantilisme offre des marchés protégés qui bénéficient aux responsables coloniaux de haut rang et autres membres de l’élite, cette politique pourrait avoir retardé le début du développement économique du Canada. Le Canada devient extrêmement dépendant de l’exportation de certaines ressources premières plutôt que de développer une économie plus diversifiée ou une industrie locale. 

Au début du 20e siècle, les historiens économiques Harold Innis et W.A. Mackintosh élaborent la thèse des principales ressources (« staples »), selon laquelle cette dépendance excessive de l’exportation de ressources premières a eu sur le développement de l’économie canadienne un effet déterminant, qui a persisté bien au-delà de l’ère du mercantilisme.

Compagnie de la Baie d’Hudson

La Compagnie de la Baie d’Hudson est un bon exemple d’entreprise mercantiliste. Cette compagnie de commerce est fondée en 1670 pour accéder à l’intérieur du Canada par la baie d’Hudson, plutôt que par les vallées du Saint-Laurent et de l’Outaouais. La compagnie reçoit de la Couronne britannique un monopole sur les droits de commerce dans toutes les terres où des rivières se jettent dans la baie d’Hudson, un territoire qui sera connu sous le nom de Terre de Rupert jusqu’en 1870. La Compagnie de la Baie d’Hudson se concentre sur le commerce des peaux de castor (voir Traite des fourrures) destinées à l’exportation vers l’Angleterre. Elle ne fait pas grand-chose pour développer des établissements permanents à l’intérieur du Canada.

Esclavage

Pour assurer le succès de ce modèle économique, il est essentiel de maximiser la valeur extraite des colonies et de maintenir une balance commerciale positive pour les puissances européennes. Pour y parvenir, celles-ci participent activement à la traite transatlantique des esclaves, asservissant des personnes en Afrique et les transportant en Amérique pour les faire travailler dans les colonies européennes.

La France et l’Angleterre pratiquent activement le commerce des esclaves du 16e siècle jusqu’au début du 19e siècle. Le travail des personnes asservies est utilisé pour recueillir le coton ou le sucre, qui sont ensuite expédiés en Europe pour y être transformés en biens de consommation. Bien que ce type d’esclavage de plantation ne soit pas habituellement pratiqué au Canada, des personnes asservies y sont exploitées autrement dans le cadre des économies coloniales de la Nouvelle-France et de l’Amérique du Nord britannique (voir Esclavage des Noirs au Canada). L’asservissement des Autochtones par les Européens est aussi répandu durant les périodes coloniales française et britannique. Les personnes asservies sont utilisées pour toutes sortes de travaux et d’activités économiques, dont la traite des fourrures, où elles assistent les négociants ou sont échangées contre des fourrures.

Fin du mercantilisme

En tant que théorie économique, le mercantilisme tombe en désuétude à partir de la fin du 18e siècle. L’abrogation des lois sur les céréales et des lois sur la navigation au milieu du 19e siècle met définitivement fin aux pratiques mercantilistes dans l’Empire britannique. Le mercantilisme est durement critiqué par le philosophe et économiste Adam Smith dans son traité La richesse des nations, aujourd’hui considéré comme une des pierres d’assise de l’économie classique.

La population du Canada s’accroît rapidement après la Révolution américaine (voir Loyalistes au Canada; Loyalistes noirs en Amérique du Nord britannique). L’immigration apporte une importante population de cultivateurs, artisans et gens de métier dont l’activité économique est étrangère au mercantilisme. Contrairement à autrefois, les autorités britanniques sont à présent soucieuses d’investir dans le développement du Canada afin de prévenir une invasion américaine. Au cours du 19e siècle, la nécessité d’une activité économique plus diversifiée (par exemple, la transformation des produits de l’agriculture en aliments, la construction, la manufacture d’articles domestiques) se fait sentir. Si le Canada continue à exporter des ressources premières vers le Royaume-Uni (et ailleurs), il commence aussi à exporter des biens manufacturés. Les grands projets d’infrastructure du 19e siècle, notamment la construction de chemins de fer, de ponts et de canaux, entraînent le développement d’une industrie lourde au Canada. Alors que la population s’accroît, l’économie se diversifie et s’adapte aux besoins locaux. Dans ce processus, l’économie du Canada se transforme, passant de ses origines mercantilistes à l’économie capitaliste de la période moderne.