Ookpik

Ookpik, mot signifiant « hibou des neiges » ou « hibou arctique » en langue inuktitut, fait référence à l’un des objets artisanaux inuits les mieux connus : un hibou fait de peau de phoque, avec une grosse tête et de grands yeux. Dans les années 1960, Ookpik devient un symbole national populaire après que le gouvernement fédéral l’ait choisi pour représenter le Canada à la foire commerciale de 1963 à Philadelphie. Aujourd’hui, bien qu’Ookpik soit moins connu chez les consommateurs, il conserve son importance chez certains artistes inuits et collectionneurs de jouets.



Ookpik en peau de phoque (vers le milieu des années 1960)
(avec la permission de HazelAB WikiCommons/CC)

Qu’est-ce qu’un ookpik?

Un ookpik est un jouet en forme de hibou qui mesure environ 12,5 cm de hauteur. On le fabrique souvent à la main au moyen de fourrures et de peau de phoque véritables ou synthétiques. L’ookpik est également connu pour sa grosse tête et ses immenses yeux, ainsi que son bec et ses pattes.

Le premier ookpik est créé par Jeannie Snowball au début des années 1960. L’artiste travaille alors à la coopérative de Fort Chimo (aujourd’hui Kuujjuaq), dans le nord du Québec. Sa création est choisie par le gouvernement fédéral à titre de symbole canadien et de mascotte en vue de la foire commerciale internationale de Philadelphie, qui se tient du 11 au 16 novembre 1963.

Ookpik dans la culture populaire

Au lendemain de la foire de Philadelphie, Ookpik acquiert une grande popularité auprès des consommateurs canadiens, à un point tel que les artisans ne suffisent plus à la demande. La popularité d’Ookpik mène même à la création de jouets dérivés en 1965, dont Sikusi, l’ami d’Ookpik, et Mme Ookpik, une version féminine du jouet.

Constatant la popularité d’Ookpik, le ministère fédéral des Affaires du Nord et des Ressources nationales en fait une marque de commerce pour la coopérative de Fort Chimo en 1964 (voir Coopératives inuites). Le comité consultatif sur Ookpik, chargé de protéger la marque d’Ookpik et de suggérer des licences de produits au gouvernement fédéral et à la coopérative de Fort Chimo, surveille alors l’utilisation de la marque dans la création et la vente de livres, de vêtements, de bandes dessinées, de chansons et autres produits. Les revenus tirés de la vente de ces produits sont en partie restitués à la coopérative ayant vu naître Ookpik.

En 1968, la vague de popularité d’Ookpik semble avoir pris fin au Canada, et les revenus tirés de la vente du produit sont à la baisse. Il n’en reste pas moins qu’Ookpik a su fournir une source de revenus pour plusieurs Inuits, tout en marquant l’histoire culturelle canadienne et la consommation au pays. Le jouet inspire de nombreuses créations artistiques, dont le livre de Dudley Copland intitulé Ookpik the Ogling Arctic Owl (1965), la bande dessinée Ookpik d’Al Beaton (présentée dans différents journaux entre 1964 et 1966), et la chanson « Ookpik Waltz » du violoneux Frankie Rodgers (1965). De même, on sélectionne à nouveau Ookpik comme symbole national lors de l’Expo 67. Ookpik demeure aujourd’hui un symbole bien vivant pour certains. C’est le cas au Northern Alberta Institute of Technology, où l’on donne toujours aux équipes sportives le nom d’« Ooks ».

LE SAVIEZ-VOUS?

Le hibou occupe une place centrale dans la culture et la spiritualité inuites. Certains Inuits, qui voient en lui une source de conseils et de sagesse, croient que le hibou a pour rôle d’accompagner l’esprit des défunts dans l’au-delà. Même si les contes et légendes sur le hibou diffèrent d’une collectivité inuite à l’autre, cette créature demeure une figure centrale dans les histoires orales. Nombreux sont ceux qui croient que le hibou, à l’instar d’autres animaux à grande importance culturelle, nourrit un lien essentiel avec les humains et l’environnement. Vénéré par plusieurs, le hibou se trouve au cœur de nombreuses œuvres d’art inuit, dont Owls in Spring Snow de Pitseolak Ashoona (1972) et Guardian Owl de Kenojuak Ashevak (1997).

Culture autochtone et symbolisme national

Fabriqué à la main par les Inuits et utilisé par le gouvernement canadien en tant que symbole national, Ookpik est à l’origine de débats sur l’utilisation de l’iconographie autochtone dans un contexte nationaliste. La commercialisation du jouet illustre en quelque sorte la manière dont le gouvernement fédéral et les communautés autochtones peuvent collaborer. De par sa grande popularité, le jouet fait connaître l’art inuit aux habitants du sud du Canada et même au reste du monde. Même si Ookpik est fabriqué en grandes quantités à une certaine époque, l’« authenticité » du jouet artisanal revêt une grande importance pour de nombreux Canadiens qui préfèrent les objets faits à la main aux poupées fabriquées en usine.

D’un autre côté, avec Ookpik, on transforme le hibou, un animal important dans la culture inuite, en jolie marchandise dénuée de toute signification artistique ou symbolique. En outre, les expositions autochtones présentées lors de foires internationales comme l’Expo 67 et la foire commerciale de Philadelphie, où l’on met en vedette Ookpik et certaines autres formes d’art et d’histoire autochtones, viennent renforcer les stéréotypes existants sur le caractère « primitif » et « naïf » des peuples autochtones, tout en célébrant la colonisation. Cette controverse quant à l’utilisation de symboles autochtones dans un contexte nationaliste n’est pourtant pas l’apanage d’Ookpik. Par exemple, des discussions similaires sont soulevées par l’utilisation d’Ilanaaq, un logo d’inukshuk, aux Jeux olympiques de 2010 à Vancouver. Les débats touchant l’appropriation culturelle et l’identité demeurent en effet bien vivants.   

Importance

Fabriqué à la chaîne dans les années 1960, Ookpik entre instantanément dans le cœur et le foyer de nombreux Canadiens. Bien qu’il ne soit plus aujourd’hui un symbole national populaire, Ookpik évoque encore chez certains des sentiments de nostalgie nationale. Chez d’autres, c’est un symbole culturel important et un exemple d’artisanat inuit authentique.


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