Oratorio - Présentation du répertoire international

Oratorio - Présentation du répertoire international.

Oratorio - Présentation du répertoire international. Les débuts de la présentation d'oratorios au Canada remonteraient au Vendredi saint de l'an 1646, alors qu'une passion en plain-chant est chantée à Québec : première présentation connue au Canada d'une oeuvre d'importance appropriée au temps de Pâques. Il faut cependant attendre jusqu'au 18e siècle pour assister à la présentation d'un véritable oratorio. On rapporte qu'en avril 1769, la Philharmonic Society de Halifax, de concert avec les officiers de l'armée et de la marine, exécute un oratorio non identifié à l'église anglicane Saint Paul's. En 1789, « plusieurs hommes accompagnés par les corps de musique des régiments » chantent le choeur final du Messie. Des extraits du Messie sont chantés à Québec en 1793, mais c'est seulement en 1857 que l'oeuvre y est chantée à peu près intégralement, sous la direction de Henry Carter. En décembre 1857, John Carter dirige le Sacred Harmonic Choir de Toronto dans la première présentation de l'oeuvre au Haut-Canada. De tous les oratorios, Le Messie demeure le plus populaire et est exécuté des centaines et des centaines de fois au Canada.

Les années 1800

C'est au cours du 19e siècle que l'oratorio connaît sa plus grande vogue au Canada. Vers les années 1840, des extraits sont souvent présentés en concert et, avec l'augmentation du nombre de sociétés chorales, des exécutions intégrales sont données plus souvent dans des salles de concert que dans les églises. En 1842, à Saint-Jean (N.-B.), un choeur et un orchestre de 22 instrumentistes interprètent une partie de La Création de Haydn. En octobre 1845, à Toronto, deux concerts dirigés par J.P. Clarke et J.D. Humphreys ont au programme des extraits d'oratorios, dont « The Horse and His Rider » d'Israël en Égypte de Haendel. La Création connaît sa première présentation intégrale en mai 1858 par la Hamilton (Ont.) Philharmonic Society et, en juin de la même année à Toronto, une chorale de 160 voix dirigée par le révérend G. Onions interprète Judas Macchabée de Haendel, peut-être la première exécution de cette oeuvre au Canada.

Pendant les 30 dernières années du 19e siècle, plusieurs oratorios sont créés au Canada. Des extraits de The Woman of Samaria, de Sterndale Bennett, sont chantés à Toronto en 1877. Sous la direction de F.H. Torrington, la Toronto Philharmonic Society présente Elijah (1874) et Saint Paul (1876) de Mendelssohn et, par la suite, chante pour la première fois à Toronto la Rédemption (1882) et Mors et Vita (1886) de Gounod avec le concours de Lilli Lehmann comme soliste dans cette dernière oeuvre. Selon Hector Charlesworth, cette création de Mors et Vita précède de 20 ans celle de New York.

La Montreal Philharmonic Society (1877-1899) présente régulièrement des oratorios, dont plusieurs pour la première fois à Montréal et même au Canada. Citons, entre autres, Le Paradis et la Péri de Schumann (1885), Les Saisons de Haydn (1887) et le Christ au mont des Oliviers de Beethoven (1893). À London (Ont.), la chorale de l'église Knox interprète en 1885 The Prodigal Son de Sullivan, sans doute une création au Canada.

D'autres sociétés chorales présentent des oratorios vers la fin du 19e siècle, dont la Berlin (Ont.) Philharmonic and Orchestral Society, la Toronto Choral Society et celle de Hamilton, le Mendelssohn Choir de Montréal, la New Westminster (C.-B.) Choral Union, l'Ottawa Philharmonic Society, la Sacred Harmonic Society de Hamilton et la Saint John (N.-B.) Oratorio Society.

De 1900 à 1990

En dépit d'un certain déclin de la popularité de l'oratorio au cours du 20e siècle, les présentations continuent de façon régulière, particulièrement dans les grandes villes. En 1904, la Calgary Philharmonic Society assure la création canadienne de The Atonement de Coleridge-Taylor. Torrington dirige une deuxième fois La Rédemption de Gounod au Massey Hall (1906); Emma Albani est l'une des solistes. The Dream of Gerontius d'Elgar est présenté pour la première fois au Canada en 1906 par la Montreal Oratorio Society. L'Association chorale Saint-Louis-de-France interprète en 1907 Marie-Magdeleine de Massenet et, en 1909, La Croisade des enfants de Pierné. Les Béatitudes de Franck sont créées à Montréal par l'Association chorale Brassard en 1921. Une autre première montréalaise est Le Roi David de Honegger présenté par l'Association des chanteurs de Montréal en 1928. Le Choeur Mendelssohn de Toronto chante en première canadienne Belshazzar's Feast de Walton (1936) et La Passion selon saint Luc de Penderecki (1971). Il interprète aussi Sancta civitas de Vaughan Williams (première à Toronto, 1932) et Jeanne d'Arc au bûcher de Honegger (1958), en plus d'innombrables présentations du Messie de Haendel et de la Passion selon saint Matthieu de Bach. Le Toronto Jewish Folk Choir chante plusieurs oratorios, dont Biro Bidjan (1946) et Di Tzvei Brider (1960) de Jacob Schaefer, ainsi qu'une version abrégée de Joshua de Haendel (1952). A Child of Our Time de Tippett est chanté pour la première fois au Canada en 1946 par le Choeur philharmonique de Winnipeg, qui crée aussi en Amérique du Nord (1978) le Dies irae (Auschwitz Oratorio) de Penderecki avec l'Orchestre symphonique de Winnipeg.

Au cours de son existence (1951-1966), la Chorale Bach de Montréal exécute à de nombreuses reprises la Passion selon saint Matthieu, la Passion selon saint Jean et l'Oratorio de Noël. La Chorale Bach de Vancouver chante L'Enfance du Christ de Berlioz, Le Roi David de Honegger et God and A Child de G. Welton Marquis, une commande et créé en 1962. À partir du début des années 1970, la chorale de l'église Saint Andrew and Saint Paul de Montréal présente tous les ans environ cinq concerts mettant au programme des oratorios, tels La Création et Elijah, Dona Nobis Pacem de Vaughan Williams et Judas Macchabée de Haendel. En 1989, les Richard Eaton Singers interprètent pour la première fois l'intégrale de Les Deux Âmes d'Alexis Contant dans le cadre du 40e anniversaire de la diffusion française en Alberta. Le 13 décembre 1990, Roger Norrington dirige Le Messie avec l'Orchestre symphonique de Montréal et ses chœurs.

Des chorales du 20e siècle continuent à présenter régulièrement des oratorios : le Calgary Philharmonic Chorus, les Chantres de la Confédération (voir Centre des arts de la Confédération - Choeurs du), les Disciples de Massenet (Montréal), l'Edmonton Choral Society, la Halifax Choral Society, la Kingston Choral Society, le Choeur philharmonique de Kitchener-Waterloo, le London Fanshawe Symphonic Chorus, l'Ottawa Choral Society, la Winnipeg Oratorio Society et la Chorale Elgar de Montréal, entre autres.

De 1992 à aujourd'hui

Les années 1990 voient la redécouverte de Haendel, entre autres, ainsi qu'une indéniable poussée du nombre des interprétations de nouvelles compositions éclectiques et originales pour ensembles communautaires. En 1993, le vétéran du théâtre Richard Ouzounian dirige son propre oratorio dramatique, Hasten to Come Before Winter, composé pour célébrer le 150e anniversaire de Saint Paul à Toronto. Le Chœur Mendelssohn de Toronto interprète l'oratorio Voices of Light : The Passion of Joan of Arc du compositeur américain Richard Einhorn en 2001. Inspirée du film muet de 1928 The Passion of Joan of Arc de Dreyer, la musique de Einhorn est jouée au Roy Thompson Hall comme trame sonore du film.

Au Centre national des arts, l'oratorio Revelation de Victor Davies est interprété en 1997 (créé en 1996 à Winnipeg) par un chœur de 270 membres incluant le Chœur Saint-Laurent de Montréal et la Ottawa Choral Society; la musique est dite « populiste et harmonieuse ».

Les ensembles d'oratorio se présentent sous la forme de grands ensembles (communautaires et professionnels) et d'ensembles plus petits, plus intimes, qui peuvent ou non donner des représentations historiques. Sous Elmer Iseler, le Toronto Mendelssohn Choir résonne avec 180 membres de la communauté, dirigés professionnellement. Le Toronto Mendelssohn Choir est réputé pour être l'un des plus importants chœurs d'oratorio du monde.

La Chorale Nathaniel Dett est fondée à Toronto en 1997 pour interpréter les pièces du compositeur du même nom originaire de Niagara Falls, notamment The Chariot Jubilee, le premier oratorio basé sur le répertoire afro-américain, entre autres. En février 1997, l'oratorio gagnant d'un Prix Pulitzer Blood on the Fields (portant sur l'esclavage américain) de Wynton Marchall, des États-Unis est créé au Ford Centre for the Performing Arts (North York). Pour l'événement, le compositeur dirige l'oratorio jazz et joue de la trompette.

En 2001, les Elmer Iseler Singers interprètent Le Messie à la Cathédrale Saint James, à Toronto. En 1997, l'Amadeus Choir chante Israel in Egypt de Haendel, à Toronto et, en 2001, les Violons du Roy de Montréal interprètent Le Messie au Massey Hall. Tafelmusik, basé à Toronto, donne Le Messie en spectacle en 1998. La même année, le Toronto Symphony joue l'Oratorio de Pâques de Bach. En 1999, le Toronto Mendelssohn Choir chante Saint Paul de Mendelssohn à Toronto. Durant la saison 2003-2004, les Cantata Singers of Ottawa de Laurence Ewasko, avec la Ottawa Choral Society et l'Opera Lyra, font de la Création de Haydn le cœur de leur programmation.

Voir aussi Cycle des festivals de musique du Dominion du Canada, Messes, Noël, Oratorios canadiens - Composition et présentation, Pâques, temps du Carême et de la Passion, Te Deum Laudamus.