Paysage culturel autochtone

Le savoir traditionnel constitue la meilleure façon d'identifier les paysages culturels autochtones. Une tradition orale et des pratiques traditionnelles continues maintiennent l'interaction entre les gens et le territoire.

<em>Teetshik goghaa</em>
Teetshik goghaa, la location de l'ancien site d'Arctic Red River, où l'on peut toujours voir les restes de sépultures, les fondations d'édifices et la cheminée de pierre qui faisait partie de la maison de la mission établie par l'Église catholique romaine en 1868. Lieu historique national de Nagwichoonjik (avec la permission d'Ingrid Kritsch, Gwich'in Social and Cultural Institute).
Le parc territorial de Tombstone
Des jeunes Tr'ondëk Hwëch'in au camp \u00ab First Hunt \u00bb (de caribou) dans le parc territorial de Tombstone au Territoire du Yukon, octobre 2003 (avec la permission de David Neufeld).

Paysage culturel autochtone

Un paysage culturel autochtone est un paysage vivant auquel un groupe autochtone accorde une signification particulière en raison du lien persistant qu'il entretient avec cet endroit, et de son importance soutenue pour son identité culturelle. Reflétant la mobilité de la vie traditionnelle, plusieurs paysages culturels autochtones se caractérisent par un réseau de routes et de lieux importants dans la vie d'une famille ou d'un groupe. Une connaissance approfondie de la région - formes de relief, eaux, espèces et esprits - provient d'une sagesse traditionnelle et d'une observation continue des régimes de temps, de la qualité de l'eau, des comportements animaux et de la croissance des plantes lors de déplacements dans le circuit saisonnier : les voyages qui suivent les mouvements des animaux pour la chasse et le piégeage, la recherche des meilleurs sites de pêche, la collecte de plantes et de sève pour l'alimentation et la médecine, le camping, les rassemblements avec les proches et la tenue de cérémonies. Les relations réciproques avec les animaux, les plantes et les esprits de la région, construites à travers une longue et étroite association, se reflètent dans les pratiques traditionnelles. Une observation complexe et continue du territoire donne lieu à des pratiques de protection des terres qui évoluent en fonction des circonstances changeantes et des technologies.

Le savoir traditionnel constitue la meilleure façon d'identifier les paysages culturels autochtones. Une tradition orale et des pratiques traditionnelles continues maintiennent l'interaction entre les gens et le territoire. Les endroits ou les formes de relief dans le paysage qui ont des toponymes sont souvent reliés par des routes empruntées, et aident les autochtones à se remémorer des histoires portant sur leur relation avec le territoire. Ces récits sont imprégnés dans le paysage et racontent la création de la terre et de ses habitants, ainsi que les voyages de ceux qui y ont établi les lois. Du nord de l'Alberta et de la Colombie Britannique jusqu'à la mer de Beaufort, en passant par la vallée du Mackenzie, les paysages incarnent les exploits du héros Yamoria (on lui donne différents noms) de la culture athapaskane, qui a donné aux gens des principes de vie et délimité leur environnement, riche en histoire. Les lieux de puissance abondent sur le territoire; ils relient les mondes physique et spirituel, consolident l'énergie spirituelle ou sont menaçants à cause des entités qui doivent y être apaisées, comme aux tourbillons du canyon Kitselas, CB (voir Tsimsian) et au site de pêche à Mnjikaning, ON. À Áísínai'pi, AB (voir Writing-on-Stone), tandis que d'autres voient de l'art rupestre exceptionnel, les Niitsítapi (voir Blackfoot) accèdent aux écritures des esprits ancestraux. Un comportement approprié et des offrandes sur ces lieux sacrés et ces endroits de puissance démontrent du respect; un comportement irrespectueux peut être de mauvais augure pour le futur.

La subsistance est très importante pour comprendre comment les paysages culturels sont reliés à la survie historique et à l'identité d'un peuple. C'est avec ces valeurs en tête que différents groupes autochtones ont sélectionné, dans leurs territoires respectifs, des paysages culturels qu'ils ont proposés comme lieux historiques nationaux. Par exemple, les Harvaqtuumiut ont identifié le lieu de passage automnal des caribous sur la rivière Kazan, NU (voir Caribou Inuit), les Tr'ondëk Hwëch'in (voir Häns) ont proposé Tr'ochëk, un camp de pêche traditionnel situé à la confluence des rivières Klondike et Yukon, YK, et les Gwichya Gwich'in ont choisi Nagwichoonjik, une section de la rivière Mackenzie, NT. Ces endroits figurent parmi les treize paysages culturels autochtones désignés lieux historiques jusqu'à ce jour. Les schèmes d'activité humaine et non-humaine créés par les voyages, la récolte durable, les pratiques de brûlage qui régénèrent la terre et des coutumes telles que rêver de la chasse avant qu'elle ne prenne place, ne sont pas visiblement inscrits sur le territoire. Les témoignages physiques les plus communs sont les vestiges archéologiques, bien que certaines pratiques traditionnelles créent des formes tangibles, telles les mâts totémiques Haïda de SGang Gwaay, CB (voir Île Anthony). La culture matérielle est généralement minimale et peut même être inexistante. Lorsqu'il y en a, elle est fonctionnelle, variable, transitoire et apparaît sous des formes telles les lieux de sépulture et les vestiges de canoës en écorce de bouleau. Le paysage est « comme un livre »; les endroits, les formes de relief et les vestiges archéologiques portent en eux un savoir riche en enseignements, en écologie, en toponymes, en histoires et en pratiques.

L'établissement dans des communautés a apporté des changements énormes au mode de vie traditionnel. Le développement des ressources dans le Nord et l'expansion urbaine dans le Sud influencent également la continuité de la relation entre les gens et leurs territoires traditionnels et leurs valeurs et donc, la survie des paysages culturels autochtones. Historiquement, les enfants en apprenaient sur le territoire par l'expérience et l'instruction reçues lors de voyages avec leurs parents, leurs grands-parents et les aînés, mais la vie sur le territoire n'est plus un mode de vie usuel pour la plupart des autochtones. Les aînés qui ont grandi sur le territoire, qui le connaissent bien tout comme les histoires qui y sont associées, perpétuent l'art de raconter des histoires dans leur propre langue, mais les structures sociales traditionnelles pour transmettre ces histoires aux jeunes n'existent plus. Le renouvellement de l'identité culturelle et les occasions de se familiariser avec le territoire et d'apprendre les histoires et les pratiques qui y sont associées donnent aux paysages culturels autochtones leur place dans la vie contemporaine. Voyager à travers le territoire en véhicules modernes et embarcations, cartographier les toponymes avec de nouvelles technologies, raconter des histoires anciennes et nouvelles dans des langages autochtones, exécuter des pratiques traditionnelles à travers les programmes scolaires, impliquer les jeunes dans tout, sont des moyens importants pour garder en vie des paysages culturels utilisés de nos jours par plusieurs communautés.


Lecture supplémentaire

  • Thomas D. Andrews, "'The Land is Like a Book': Cultural Landscapes Management in the Northwest Territories, Canada" in Ethnographic Landscapes: Perspectives from Circumpolar Nations (2004); L. Prosper, "Wherein Lies the Heritage Value? Rethinking the Heritage Value of Cultural Landscapes from an Aboriginal Perspective", The George Wright Forum 24:2 (2007), available online: (www.georgewright.org./242prosper.pdf).

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