Rapatriement d’artefacts

La plupart des collections ethnologiques se rapportant aux Autochtones que l’on trouve de nos jours dans les musées canadiens ont été assemblées (et parfois confisquées) par les missionnaires, les agents du gouvernement, les collectionneurs amateurs et professionnels et des anthropologues comme Edward Sapir et Marius Barbeau à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Aujourd’hui, de nombreux peuples autochtones exigent la restitution de ces articles à leurs communautés d’origine.

Premi\u00e8re Nation mowachaht muchalaht
Ces répliques de poteaux de maison se trouvent \u00e0 l'intérieur de la reproduction d'une ancienne église fréquentée \u00e0 l'époque de l'occupation espagnole. Yuquot, également connu sous le nom de Friendly Cove, était un centre culturel important au moment du premier contact avec les Européens \u00e0 la fin du 18e si\u00e8cle. Les survivants du peuple mowachaht/muchalaht commencent aujourd'hui \u00e0 réclamer leur culture ancienne, ainsi que les nombreux artefacts expropriés au fil des ans. Les Premi\u00e8res Nations cél\u00e8brent ici les réalisations de leurs membres \u00e0 l'occasion du festival d'été de Yuquot, chaque année au mois d'ao\u00fbt.

Contexte historique

La plupart des collections ethnologiques se rapportant aux Autochtones que l’on trouve de nos jours dans les musées canadiens ont été assemblées (et parfois confisquées) par les missionnaires, les agents du gouvernement, les collectionneurs amateurs et professionnels et des anthropologues comme Edward Sapir et Marius Barbeau à la fin du 19e et au début du 20e siècle. À cette époque, on croyait que la culture autochtone était sur le point de disparaître. Ces collections, qui comprennent des milliers d’objets sacrés, cérémoniels ou d’utilisation courante, des squelettes ancestraux et des objets funéraires, devaient permettre aux générations futures d’anthropologues et d’étudiants d’étudier les cultures autochtones traditionnelles.

Réaction des Autochtones

Les Autochtones se disent privés de leur patrimoine meuble culturel, disséminé au Musée canadien de l’histoire et dans divers musées provinciaux tels que le Musée royal de l’Ontario, le Glenbow Museum et le Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique. De nombreux groupes demandent que ces objets soient retournés à leurs propriétaires.

Bien qu’il n’existe aucune loi canadienne pour mettre en œuvre le rapatriement des artefacts, les musées examinent actuellement une à une les demandes. Ils prennent en considération aussi bien la légalité de la possession et la signification cérémonielle des objets pour la communauté que leur état physique ou de conservation. Parfois, le rapatriement pose des problèmes d’ordre pratique, par exemple lorsque les communautés n’ont pas les installations ou le personnel qualifié pour assurer la gestion, la conservation ou l’utilisation des objets. Les musées peuvent agir à titre de gardiens des collections au nom de leurs propriétaires traditionnels. Toutefois, nombreux sont ceux qui considèrent le rapatriement des objets culturels comme une étape nécessaire pour concrétiser la réconciliation et la décolonisation.

LE SAVIEZ-VOUS?
Dans les années 1820, un explorateur écossais s’empare des crânes de deux Béothuks, Demasduwit et Nonosbawsut, ainsi que des articles probablement liés à la sépulture, les ramenant à Édimbourg, en Écosse, où ils se retrouvent éventuellement au National Museum of Scotland. Les peuples autochtones, notamment les Mi’kmaq, en association avec le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial de Terre-Neuve-et-Labrador, tentent de rapatrier les restes. En janvier 2019, National Museums Scotland conclut une entente avec le gouvernement fédéral afin d’arranger le transfert des restes au Canada.

Revendications fructueuses

De nombreux artefacts ont été restitués aux peuples autochtones. En 1978, le Musée canadien de la civilisation (maintenant le Musée canadien de l’histoire) a rendu aux peuples d’Alert Bay et de Cape Mudge des objets confisqués lors d’un potlatch. Le musée a également restitué la bourse sacrée Starlight aux Tsuut’ínà (Sarsis) d’Alberta en 1989 et les ceintures wampum à la Confédération des Six-Nations (le bandeau de la Ligue, le wampum du chef mohawk et un wampum sénéca appelé Les Trois Sœurs) en 1991. Dix ans plus tard, le musée a adopté une politique écrite sur le rapatriement (voir Politique de musée). Plusieurs autres musées partout au pays ont élaboré ou élaborent également des principes ou des politiques en matière de rapatriement.

Le sujet du rapatriement d’artefacts est maintenant utilisé couramment dans les revendications territoriales au Canada. Ces accords de principe décrivent habituellement les responsabilités du gouvernement en vue d’aider les Premières nations à rapatrier les artefacts sur leurs territoires. L’accord de principe de Nisga’a (1999) a été le premier à inclure des dispositions importantes aux fins de rapatriement. Les Nisga’a ont négocié le rapatriement de 200 artefacts du Musée canadien des civilisations et du musée royal de la Colombie-Britannique. L’Accord de principe sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador (2005) permet également le rapatriement de près de 80 artefacts du Musée canadien des civilisations. Plusieurs Premières nations établissent leurs propres installations pour la sauvegarde et l’exposition d’objets rapatriés.

En mars 2017, le gouvernement canadien accepte de restituer au Ralliement national des Métis de nombreux objets personnels ayant appartenu à Louis Riel, dont son crucifix, ses poèmes et ses vêtements.


Lecture supplémentaire

  • Douglas Cole, Captured Heritage: The Scramble for Northwest Coast Artifacts (1985); Assembly of First Nations and Canadian Museums Association, Turning the Page: Forging New Partnerships Between Museums and First Peoples (1994); Canadian Museum of Civilization, Curatorship: Indigenous Perspectives in Post-Colonial Societies (1996); Ira Jacknis, The Storage Box of Tradition: Kwakiutl Art (2002).