Populisme

Dans la culture politique et la vie publique du Canada, le populisme a eu et continue d'avoir une place importante.

Réal Caouette, politicien
Caouette est devenu un politicien de forte influence en politique nationale en tant que chef du Crédit Social au Québec (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-87201).

Dans la culture politique et la vie publique du Canada, le populisme a eu et continue d'avoir une place importante. Cette idéologie très adaptable se présente sous de nombreuses formes, adoptant des éléments d'idéologies politiques de base comme le Socialisme, le Libéralisme et le néo-conservatisme (voir Conservatisme) tout en s'opposant à la puissance des élites dans la vie publique et en préconisant l'exercice d'un plus grand pouvoir politique par « le peuple ». L'insistance du populisme sur la participation de « la base » en fait un élément important des mouvements de contestation politique.

Tous les genres de populisme interprètent la répartition du pouvoir et le fonctionnement des institutions sociales de base comme un antagonisme fondamental entre « le peuple » et « les élites au pouvoir ». Les mouvements populistes de gauche s'accordent avec le socialisme, la Sociale-Démocratie et le libéralisme réformateur pour dire que les élites au pouvoir se retrouvent surtout dans les grandes entreprises capitalistes et les partis politiques traditionnels. À leurs yeux, « le peuple » est une coalition naturelle entre les travailleurs salariés, les agriculteurs, les pauvres et la classe moyenne. Les mouvements populistes de droite s'accordent généralement avec les conservateurs pour préconiser une beaucoup moins forte réglementation de l'économie de marché. À leurs yeux, l'élite au pouvoir est un certain ensemble qui comprend les bureaucrates de l'État, les politiciens interventionnistes, les « groupes d'intérêts spéciaux » qui préconisent plus d'interventions de l'État dans la vie sociale et économique et, à l'occasion, les intérêts financiers. Selon cette conception, « le peuple » désigne tous ceux qui ne sont pas représentés par des groupes d'intérêts spéciaux.

Le populisme de gauche émane tout d'abord des mouvements de fermiers de l'Ontario et des trois provinces des Prairies (p. ex. les Fermiers Unis du Canada, section saskatchewannaise, la Non-Partisan League et les Fermiers Unis de l'Alberta). Les militants de ces mouvements ont souvent fait leurs premières armes dans les organismes de démocratie directe en luttant contre la grande entreprise dans des coopératives de fermiers et de consommateurs (voir Mouvement Coopératif). Le travail des partis travaillistes du Canada de 1880 à 1930, qui vise à former des coalitions entre les classes contre la grande entreprise et les partis libéral et conservateur, s'inscrit nettement, lui aussi, dans le populisme de gauche.

Le représentant par excellence du populisme social-démocrate est la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), créée en 1932. Ce parti politique regroupe les militants des mouvements de fermiers et de travailleurs des Prairies et d'autres régions. Il critique le capitalisme dans l'optique d'un socialisme modéré, propose des mesures d'étatisation et de planification et préconise un État providence généreux. Au palier fédéral, la CCF demeurera toujours un tiers parti, mais il forme en Saskatchewan le premier gouvernement social-démocrate d'Amérique du Nord en 1944, sous la direction de T.C. Douglas, et y garde le pouvoir pendant 20 ans. Les mouvements sociaux-démocrates qui obtiennent du succès au Canada tiennent toujours un langage populiste qui s'adresse à plusieurs classes.

Le représentant le plus remarquable du populisme de droite est la ligue du Crédit Social de l'Alberta, qui forme des gouvernements dirigés par William Aberhart (1935-1943) et Ernest Manning (1943-1968). Au début, le crédit social lutte contre les banques centrales du Canada, professe une théorie économique peu orthodoxe et un christianisme fondamentaliste, accorde aux experts une confiance technocratique et pratique un style de direction autoritaire. Il devient graduellement un parti qui préconise des valeurs sociales conservatrices, s'oppose aux programmes sociaux nationaux et prône une administration semblable à celle des entreprises. Au Québec, des années 40 aux années 60, le populisme autoritaire de droite s'incarne d'abord dans l'Union Nationale, parti provincial de Maurice Duplessis, puis dans le parti fédéral des Créditistes, dirigé par Réal Caouette.

Le Parti Réformiste , dirigé par Preston Manning, est aujourd'hui l'organe principal du populisme de droite au Canada. Ce parti propose un Sénat élu, des compressions budgétaires et des réductions fiscales radicales ainsi que le remplacement des programmes actuels de bien-être social par des initiatives privées de bienfaisance. Une forte opposition à la revendication du Québec, qui veut être reconnu comme « société distincte » dans la Constitution, est depuis longtemps un trait distinctif du Parti réformiste. Ce parti propose aux Canadiens le recours aux référendums pour neutraliser l'influence politique des groupes d'intérêts spéciaux et des vieux partis quant à des questions comme les langues officielles, la peine capitale, la promotion sociale et le financement de l'économie par les déficits des gouvernements. Des 51 députés fédéraux du parti, 50 sont de l'Ouest. Comme William Aberhart et Ernest Manning (son père), Preston Manning dirige de façon autoritaire un parti dont le pouvoir est centralisé.

Pour le Nouveau Parti Démocratique , les chefs Glen Clark, en Colombie-Britannique, et Roy Romanow, en Saskatchewan, se présentant comme des populistes de gauche, obtiennent un deuxième mandat pour leur gouvernement en 1995 et en 1996 respectivement. Dans leurs campagnes, ils décrivent les autres partis comme des exécutants de la grande entreprise qui démolissent les programmes sociaux. Au Québec, le Parti Québécois, dirigé par René LÉVESQUE dans les années 70 et au début des années 80, allie le gauchisme populiste de participation et le NATIONALISME québécois. Par la suite, son programme nationaliste s'appuie sur des politiques économiques et sociales plus orthodoxes, ce qui déçoit grandement ses partisans syndicaux. Le NPD fédéral subit des pertes importantes aux élections de 1993 et a aujourd'hui de la difficulté à faire entendre à la population son message de gauche, qui est souvent populiste. Les organisations de nouveaux mouvements sociaux, environnementalistes et féministes par exemple, sont aujourd'hui politiquement plus efficaces que le NPD fédéral en tant que forces populistes de gauche.

Beaucoup de politiciens veulent actuellement être considérés populistes. Les premiers ministres Ralph KLEIN et Michael Harris peuvent passer pour populistes lorsqu'ils promettent de « lutter contre le pouvoir établi » ou « contre les groupes d'intérêts spéciaux » au nom des « gens ordinaires ». Toutefois, leurs mesures centralisent davantage le pouvoir de leur gouvernement ou transfèrent ce pouvoir aux élites du secteur privé, et ils n'ont pas augmenté l'influence réelle de « la base » dans les décisions politiques fondamentales. Ils sont populistes par le style mais non par le fond.

Le populisme n'en demeure pas moins un facteur clé de la culture politique et des luttes idéologiques canadiennes. L'attitude des gens à l'égard de la politique est empreinte d'une méfiance croissante envers les politiciens, les partis politiques et les gouvernements, d'un moins grand respect de la population envers l'autorité et d'un grand désir de voir « la base » prendre plus de décisions. Ces changements d'attitude se manifestent notamment lors du référendum sur l'Accord de Charlottetown, que la population rejette malgré l'appui des élites politiques et journalistiques du Canada. Comme les idées populistes gagnent en popularité partout au Canada, les politiciens emprunteront de plus en plus le style et le langage du populisme, et parfois même son contenu.


Lecture supplémentaire

  • David Laycock, Populism and Democratic Thought in the Canadian Prairies (1990); André Blais and Elizabeth Gidengil, Making Representative Democracy Work (1991); Trevor Harrison, Of Passionate Intensity: Right-Wing Populism and the Reform Party of Canada (1995); Neil Nevitte, The Decline of Deference (1996).