La Première Bataille de la colline 355 | l'Encyclopédie Canadienne

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La Première Bataille de la colline 355

La colline 355 (Kowang San, Corée) était un lieu stratégique important pendant la guerre de Corée. Les troupes canadiennes participèrent à deux batailles pour prendre le contrôle de la montagne. Le 2e Bataillon du Royal 22e régiment (Van Doos) participa à la première bataille du 22 au 25 novembre 1951 : il repoussa les assaillants chinois tandis que les forces américaines luttaient pour prendre le contrôle de la colline. Voir aussi Deuxième Bataille de la colline 355.

Lucien Dion

Dates

22-25 novembre 1951

Lieu

Kowang San, Corée du Sud

Pays impliqués

Canada, États-Unis, autres membres des Nations Unies
Chine

Victimes canadiennes

16 morts, 44 blessés, 3 prisonniers


Contexte

La guerre de Corée commença le 25 juin 1950, lorsque la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), communiste, envahit la République de Corée (Corée du Sud), pro-occidentale. Le Nord communiste disposait d’armes et d’équipements fournis par la Chine et l’Union soviétique. Le Conseil de sécurité des Nations Unies condamna l’attaque et s’engagea dans une riposte militaire sous l’égide des États-Unis. Parmi les forces mobilisées se trouvait la 1st Commonwealth Division, composée d’unités australiennes, britanniques, canadiennes, indiennes et néo-zélandaises.

Les forces de l’ONU connurent initialement quelques signes de succès, mais en octobre 1950, des milliers de soldats chinois franchirent la frontière et mirent un terme à leur progression. Les deux camps s’affrontèrent sur la péninsule coréenne jusqu’au milieu de l’année 1951, date à laquelle les lignes devinrent plus statiques. Les deux camps se retranchèrent, établissant des positions défensives autour du 38e parallèle. Ils construisirent des tranchées et des bunkers protégés par des barbelés et des mines, comme l’avaient fait les soldats sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale. Une zone neutre d’environ un à trois kilomètres existait entre les lignes ennemies. Pendant la journée, les soldats se déplaçaient peu, mais la nuit, ils travaillaient à leurs lignes de défense ou partaient en patrouille pour capturer des soldats ennemis ou obtenir des renseignements sur les positions de l’ennemi.

Lucien Dion

La colline 355

La colline 355, située à environ 40 kilomètres au nord de Séoul, était convoitée par les deux camps. À 355 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle dominait la région et surplombait les lignes de front ainsi que les voies de ravitaillement. Connue sous le nom de Kowang San par les Coréens, les soldats américains désignaient la colline 355 sous le nom de « Petit Gibraltar » en raison de sa taille et de ses positions défensives.

Compte tenu de l’importance de la colline 355, les troupes canadiennes étaient souvent déployées sur les lieux et aux alentours. Effectivement, tous les bataillons canadiens qui ont participé à la guerre de Corée y ont été stationnés à un moment ou à un autre. Ils passaient leur temps à garder leurs secteurs et à défendre les lignes de front. Ils effectuaient aussi parfois des raids sur les positions ennemies, capturant ainsi des prisonniers et recueillant des renseignements.

La Première Bataille de la colline 355 (22-25 novembre 1951)

En octobre 1951, les soldats de l’ONU s’emparèrent de la colline 355. Comme le décrit Stephen J. Harris dans Le Canada et la Guerre de Corée (2002), les Canadiens passèrent les trois premières semaines de novembre 1951 à effectuer des patrouilles à petite échelle, de courte portée et inefficaces. Le 22 novembre 1951, un redéploiement général se traduit par le déplacement des soldats du 1er Bataillon, Royal Canadian Regiment, du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et du Royal 22e Regiment (Van Doos) vers une nouvelle partie des lignes de front bordant la colline 355.

Au moment où le Van Doos s’installa dans ses positions près des collines 227 et 355, les Chinois lancèrent un bombardement intense qui se poursuit le lendemain et dura en tout 24 heures. La compagnie D occupait la position la plus exposée : certaines positions de tir n’étaient pas creusées, mais faites de sacs de sable. Les sacs de sable et les bunkers aux toits de tôle étaient vulnérables aux tirs ennemis, en particulier aux éclats d’obus et aux obus d’artillerie à grande vitesse. Les bombardements furent suivis de vagues de soldats chinois qui prirent d’assaut le Van Doos.

Non loin, les soldats américains et chinois se disputaient le contrôle de la colline 355. Lorsque les soldats américains furent repoussés, le Van Doos se retrouva exposé sous le feu nourri de l’ennemi. Les combats étaient désespérés et les conditions sinistres : les soldats se battaient dans la neige et la boue. À un moment donné, la compagnie D fut encerclée. Mais, les unités de soutien de l’ONU lancèrent des tirs d’artillerie lourde et de mortier contre les attaquants chinois, et le Van Doos tint bon.

Le 25 novembre, les forces américaines reprirent le contrôle de la colline 355, réduisant ainsi la pression sur les Canadiens. Les Chinois se retirèrent le 26 novembre. Le Van Doos avait donc repoussé sept attaques en trois jours, subissant 63 pertes au cours des combats : 16 tués, 44 blessés et 3 prisonniers; la moitié d’entre eux appartenaient à la seule compagnie D.

Sept décorations furent décernées à des membres du Van Doos pour leur bravoure au cours de la bataille. Parmi eux, le commandant de la compagnie D, le major Réal Liboiron, fut décoré de l’Ordre du service distingué, et le caporal (sergent intérimaire) Léo Major, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, se vit décerner une barrette à sa Médaille de conduite distinguée.

André Therrien

Projet Mémoire Témoignages de vétérans de la guerre de Corée

Les archives du Projet Mémoire constituent la plus grande base de données électronique d’histoire orale au Canada. Le projet vise à préserver les récits des anciens combattants pour les générations futures. À partir de 2002, les entretiens avec les anciens combattants ont été enregistrés sur support audio et vidéo. Des souvenirs, notamment des photographies, des médailles et d’autres objets datant de la guerre, ont également été numérisés et mis en ligne. Les archives peuvent être consultées à partir de l’Encyclopédie canadienne. Il s’agit notamment d’entretiens avec des vétérans de la guerre de Corée, comme Adrien Brisson et William DiMaurizio du Royal 22e Regiment (Van Doos), qui ont tous deux participé à la Bataille de la colline 355.