Naufrage du SS Caribou

Le SS Caribou était un traversier et transbordeur ferroviaire, naviguant sur le détroit de Cabot, entre Port aux Basques, à Terre‑Neuve, et North Sydney, en Nouvelle‑Écosse. Le 14octobre 1942, il a été coulé par un sous‑marin allemand U‑69, causant les pires pertes, en vies humaines, dans les eaux canadiennes, lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Le SS Caribou était un traversier et transbordeur ferroviaire, naviguant sur le détroit de Cabot, entre Port aux Basques, à Terre‑Neuve, et North Sydney, en Nouvelle‑Écosse. Le 14octobre 1942, il a été coulé par un sous‑marin allemand U‑69, causant les pires pertes, en vies humaines, dans les eaux canadiennes, lors de la Deuxième Guerre mondiale.




Construction et service

Le Caribou est un vapeur en acier de 2222 tonnes, construit aux Pays‑Bas en 1925. Le gouvernement de Terre‑Neuve l’acquiert ultérieurement cette même année. (Terre‑Neuve n’intègre le Canada qu’en 1949.) La vitesse maximale de ce traversier de 81m de long est de 15 nœuds. À son arrivée à Terre‑Neuve, la coque du Caribou est renforcée pour pouvoir affronter la glace qu’il rencontrera lors des traversées hivernales.

Dans la soirée du 13 octobre 1942, le Caribou quitte North Sydney pour une traversée de 178 km d’une durée prévue de huit heures. Il est accompagné d’un dragueur de mines de la classe Bangor, le NCSM Grandmère. Le Caribou embarque à son bord 191 passagers, 118 militaires et 76 civils, dont plusieurs mères avec leurs enfants, ainsi que 46 membres d’équipage dont certains entretiennent des liens familiaux. Des sous‑marins allemands ayant pénétré le golfe du Saint‑Laurent et torpillé des navires marchands et des navires de guerre, le capitaine Benjamin Tavernor décide de naviguer tous feux éteints et suit une route indirecte, conformément aux règles prévalant en temps de guerre (voir Bataille du Saint‑Laurent et Bataille de l’Atlantique).

Un U‑69 patrouillant dans la zone, à la surface, repère, par hasard, peu avant minuit, les formes sombres de deux navires. Son capitaine, Ulrich Gräf, reste à la surface et se place à l’avant des deux bâtiments afin d’être en position idéale pour lâcher ses torpilles. À l’époque, le Grandmère, conformément aux directives de la marine, escorte le Caribou de l’arrière.

Naufrage du SS Caribou

À 3h21, heure avancée de l’Atlantique (3h51 à Terre‑Neuve), Ulrich Gräf tire une torpille, à une distance de 650 mètres, qui, 43 secondes plus tard, frappe le flanc tribord du traversier en son milieu. Les dégâts sont instantanés et catastrophiques. Les chaudières du traversier explosent, détruisant plusieurs canots et radeaux de sauvetage. Affolés, les membres des familles se recherchent les uns les autres désespérément, dans des cabines et dans des couloirs plongés dans les ténèbres, avant de tenter de se frayer un chemin, à travers l’eau de mer qui s’engouffre sur le bateau, pour tenter de rejoindre le pont.

Les survivants décriront plus tard un sentiment de terreur intense et un « chaos indescriptible », avant que le traversier ne coule quatre minutes après l’impact. Une fois dans l’eau, chacun tente de s’accrocher à n’importe quel débris flottant. Les plus chanceux, peu nombreux, réussissent à monter sur les quelques canots et radeaux de sauvetage restants, sans que cela garantisse leur survie; en effet, plusieurs de ces embarcations vont chavirer peu après. Sortis en panique le plus rapidement possible de leur cabine, de nombreux passagers se retrouvent uniquement vêtus de leurs vêtements de nuit. Une fois lancés à la mer, deux canots de sauvetage, trop chargés, basculent, rejetant leurs passagers, frigorifiés, dans l’eau glacée.

Au milieu de la panique, certains donnent leur gilet de sauvetage à d’autres. L’infirmière militaire Margaret Brooke, membre de la Marine royale, sera ultérieurement nommée membre de l’Order of the British Empire (OBE) pour ses efforts, finalement vains, en vue de sauver la vie de sa compagne de voyage, l’infirmière militaire Agnes Wilkie. Tout au long de la nuit, des gens récitent des Notre Père et chantent des hymnes.

Margaret Brooke

Margaret Martha Brooke sert dans la Marine royale canadienne de 1942 à 1962. Pour son héroïsme après le naufrage du SS Caribou, elle est faite membre de l’Ordre de l’Empire britannique.


Poursuite et sauvetage

Le capitaine du Grandmère, le lieutenant James Cuthbert, ayant aperçu brièvement le sous‑marin U‑69 à la surface, après que la torpille a atteint son but, tente de l’emboutir. En réaction, Ulrich Gräf effectue une plongée rapide. Le lieutenant Cuthbert tire alors six grenades sous‑marines, à l’endroit où le sous‑marin s’est enfoncé, selon un tracé en losange. Les conditions sont difficiles et le sonar rudimentaire du Grandmère ne lui permet pas de maintenir un contact permanent avec le sous‑marin allemand. Chaque fois qu’un contact fugitif est établi, le dragueur de mines tire des grenades sous‑marines supplémentaires. Finalement, le U‑69 réussit à s’échapper.

À 5h20, heure avancée de l’Atlantique, le lieutenant Cuthbert abandonne la chasse et rebrousse chemin pour tenter de récupérer les survivants. Il réussit à en faire monter 103 à son bord, dont deux décèdent ultérieurement. Le Grandmère reprend ensuite sa recherche du sous‑marin allemand. À 8h20, cinq autres navires de guerre et plusieurs bateaux de pêche de Port aux Basques participent aux recherches. Le lieutenant Cuthbert ramène les survivants à North Sydney. Au total, 31 membres d’équipage et 136 passagers, dont des femmes et des enfants, sont tués.

Tous les enfants qui se trouvaient à bord, sauf un, périssent, ainsi que plusieurs mères. Le seul enfant survivant, un bébé de 15 mois, est jeté par sa mère par‑dessus bord, avant qu’elle ne saute elle‑même dans l’océan où elle trouve la mort. Parmi les membres de l’équipage, le capitaine Tavernor et ses deux fils, ainsi que plusieurs fratries sont victimes du terrible naufrage. L’événement porte un coup très dur aux petites collectivités, étroitement unies, de Terre‑Neuve. Le naufrage rend la guerre beaucoup plus proche et provoque une indignation généralisée au Canada et à Terre‑Neuve. En février 1943, le destroyer HMS Fame coule un U‑69 à l’est de Terre‑Neuve, tuant les 47 personnes qui se trouvent à bord.


Survivants non identifiés du SS Caribou, qui a coulé au large des côtes de Terre‑Neuve, le 14 octobre 1942, après avoir été torpillé par un sous‑marin allemand. Sur les 237 personnes qui se trouvaient à son bord, seules 101 ont survécu.


Postérité

En 1929, un timbre de deux cents de Terre‑Neuve représente le Caribou portant l’inscription « S.S. ‘CARIBOU’9HOURS TO SYDNEY, N.S. »

On a érigé, dans le parc commémoratif de Port aux Basques, entre deux piliers, un monument en souvenir des victimes du naufrage du Caribou, portant le nom de tous les membres de la collectivité morts pendant la guerre. Chaque année, le service du Jour du Souvenir de la ville inclut une commémoration en mémoire des victimes du naufrage du Caribou.

Le MV Caribou, un traversier de CN Marine, est ainsi nommé en l’honneur du Caribou d’origine. Entre 1986 et 2010, il effectue la liaison North SydneyPort aux Basques.

Le saviez‑vous?
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Canada, à l’instar des États‑Unis, utilise l’heure avancée toute l’année. Dans la plupart des pays, on utilise, pendant la guerre, un type d’heure d’été. La Grande‑Bretagne, par exemple, avance ses horloges d’une heure pendant les mois d’hiver et de deux heures pendant l’été. Pour compliquer encore un peu les choses, Terre‑Neuve, qui était à l’époque un dominion indépendant, avait, et a toujours, son propre fuseau horaire unique à TUC −3h30. Cette confusion explique pourquoi différents auteurs donnent différentes heures pour le naufrage du SS Caribou. Certains, par exemple, affirment que le traversier a été torpillé à 2h21, heure normale de l’Atlantique tandis que d’autres, notamment l’auteur du présent article, indiquent que cela s’est produit à 3h31, heure normale de l’Atlantique (3h51 heure de Terre‑Neuve).


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