Turcs

Avec une population dépassant largement les 70 millions d'habitants, la Turquie contemporaine acquiert une importance prépondérante sur la scène politique de l'Europe du Sud-Est. Son influence s'étend jusqu'en Asie centrale, où vivent plusieurs peuples de langue turque.

Turcs

Avec une population dépassant largement les 70 millions d'habitants, la Turquie contemporaine acquiert une importance prépondérante sur la scène politique de l'Europe du Sud-Est. Son influence s'étend jusqu'en Asie centrale, où vivent plusieurs peuples de langue turque. La Turquie proprement dite chevauche une partie de la Thrace, dans la région des Balkans, et l'Anatolie, qui constitue la plus grande partie de son territoire. Ces deux régions sont séparées par le détroit du Bosphore, la mer de Marmara et le détroit des Dardanelles, lesquels relient la mer Noire à la Méditerranée. Un tel carrefour géographique aurait pu facilement devenir un cauchemar sur le plan stratégique, mais il semble qu'il ait seulement développé la faculté proverbiale du peuple turc de réaliser une synthèse culturelle.

Origines

La période contemporaine connaît plus particulièrement de grandes transformations. Les habitants de la Turquie ne sont pas toujours désignés sous le nom de « Turcs ». Auparavant, l'État ottoman conférait la citoyenneté et l'identité politique, et cela, à plusieurs groupes ethnoreligieux, allant des musulmans aux orthodoxes grecs et aux catholiques romains. Bien avant que le concept de citoyenneté ne se superpose, au XIXe siècle, au système du millet qui, pendant des siècles, est la principale façon de désigner les communautés religieuses de Turquie, un sujet est considéré avant tout comme un « Ottoman » sans que ses attaches religieuses ou linguistiques ne soient prises en considération. De plus, l'État ottoman détient le siège du califat qui gouverne tous les musulmans.

Au XVIIIe siècle, cette institution séculaire est graduellement assimilée à l'institution plus restrictive du « sultanat », accordé habituellement à tout pouvoir régional. Mais le « califat-sultanat », destiné à servir le monde islamique qui se heurte alors aux desseins impérialistes de la Russie, est finalement aboli en 1924, la République de Turquie ayant été proclamée l'année précédente. Bien qu'elle soit principalement turque et musulmane, la Turquie moderne se compose de différentes ethnies : les Kurdes, les Arabes, les ARMÉNIENS, les GRECS et les JUIFS. À l'instar du Canada, la Turquie a une longue expérience de l'immigration, puisqu'elle est depuis longtemps une terre d'accueil pour ses voisins. Des millions de Bosniaques, de Bulgares, de Tchétchènes et d'autres Européens de l'Est fuient l'occupation dans leurs patries respectives depuis le XVIIIe siècle. Les troubles dans les Balkans, dans les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale et au Caucase en font fuir des milliers d'autres.

Immigration

Les premiers immigrants turcs seraient arrivés au Canada dans les années 1880. Depuis, leur nombre augmente régulièrement : 1900-1904 (156), 1906-1914 (3922), 1915-1955 (1262) et 1956-1975 (5710). Le dernier recensement (2006) fixe à 43 695 (réponse unique et réponse multiple) le nombre de personnes d'origine turque vivant au Canada, la grande majorité se trouvant en Ontario (57 p. 100) et au Québec (26 p. 100). Toutefois, il y a beaucoup plus de gens d'ascendance turque qui, parce qu'ils sont nés et ont grandi ici, se considèrent tout à fait Canadiens.

Vie économique

Par le passé, les Turcs du Canada étaient pour la plupart des professionnels, plutôt que des entrepreneurs ou des ouvriers comme en Europe de l'Ouest. Le tableau change quelque peu à la suite des dernières arrivées, et aussi parce que le secteur privé et le domaine de l'éducation connaissent de plus en plus de difficultés financières. Le pourcentage de travailleurs autonomes et de travailleurs spécialisés ou non est désormais beaucoup plus élevé. Ce changement reflète jusqu'à un certain point les conditions économiques instables de la Turquie, où les centres urbains sont envahis, depuis le début des années 1990, par des flots humains en provenance des zones rurales, surtout des provinces de l'Est. Dans ces régions éloignées, des changements politiques et économiques majeurs sont en cours.

Religion et vie communautaire

Comparativement aux autres communautés ethniques, la population turque du Canada n'est pas encore très considérable. Parce que les Turcs de presque toutes les confessions demeurent profondément attachés à leur religion, et cela, malgré plusieurs décennies de militantisme en faveur d'un État séculier en Turquie, ils tendent à se regrouper selon un sens religieux de la communauté, et non selon leur appartenance ethnique.

Cela ne signifie pas pour autant que la pratique religieuse soit dépourvue d'un caractère proprement « turc ». Les musulmans turcs observent partout le Kurban Bayrame , c'est-à-dire l'Id al-Adha des Arabes, « la fête du sacrifice d'Abraham et le pèlerinage annuel à La Mecque »; ils célèbrent le Ramazan Bayrame plutôt que l'Id al-Fitr qui marque « la fin du mois du jeûne »; et ils commémorent l'Ashure günü et le Mevlid Kandili, « la naissance du prophète », toutes ces expressions étant calquées sur celles de l'arabe.

Ce qui importe plus encore, c'est que le caractère spirituel des Turcs est modelé par une tradition longue et complexe qui réussit à survivre jusqu'à nos jours par des moyens divers, mais surtout grâce aux ordres mystiques qui sont toujours présents. Accessibles aux hommes comme aux femmes, ces ordres soufis effectuent un retour remarquable, au cours des dernières années, dans presque tous les secteurs de la vie culturelle, artistique et intellectuelle, en dépit de plusieurs décennies de désapprobation officielle. Alors que la vague d'intérêt général pour l'islam donne lieu, à l'occasion, à différentes aberrations idéologiques, le sentiment religieux reste jusqu'ici à peu près dans les limites de la religion officielle. Les courants idéologiques relevant du fondamentalisme ont du mal à supplanter l'héritage intellectuel et artistique de l'ordre Mevlevi, fondé par les disciples de Jalal al-Din Rumi au XIIIe siècle. Même les nationalistes les plus endurcis doivent rendre hommage, à un moment ou à un autre, aux poètes mystiques et aux penseurs les plus acclamés, comme Yunus Emre, Sultan Valad, Mehmet Chelebi et Ismacil Ankaravi.

Ces personnalités possèdent toujours leur stature nationale. De fait, la quête d'une inspiration stylistique et thématique nouvelle, mais fidèle aux réalisations du passé, contribue à l'organisation d'un commerce de livres florissant entre les groupes plus jeunes et mieux éduqués qui arrivent au Canada et aux États-Unis.

Maintien du groupe

La Turkish Cultural Association of Canada, créée à Montréal en 1964, est l'une des plus anciennes au pays. Elle aide les nouveaux immigrants et tente de maintenir une partie de la culture turque au sein de l'association. L'année suivante, Toronto et Vancouver fondent respectivement la Turkish Canadian Cultural Society et la Turkish-Canadian Association. Établie à Toronto, la Canadian Turkish Islamic Heritage Association est une nouvelle venue d'importance. Fondée en 1984, elle publie régulièrement l'Haber Bülteni. Enfin, la Communauté islamique turque du Québec, l'un des nombreux organismes religieux qui administrent les mosquées au Canada, dirige une mosquée turque à Saint-Laurent, un arrondissement de Montréal. Dans le recensement de 2006, 25 625 personnes déclarent que leur langue maternelle est le turc.


Liens externes