Canadiens vietnamiens (Vietnamo-Canadiens ou Canadiens d'origine vietnamienne)

L’établissement des Vietnamiens au Canada est relativement récent. Il découle de deux vagues d’immigration survenues dans la foulée de la guerre du Viêt Nam. La première vague est majoritairement composée de personnes issues de la classe moyenne qui sont accueillies au Canada pour leurs compétences professionnelles après la chute de Saïgon en 1975. Comme le Viêt Nam a été jusqu’en 1954 une ancienne colonie française (faisant partie de l’Indochine), ces immigrants maîtrisent généralement le français, voire l’anglais. La deuxième vague d’immigration voit l’arrivée au pays de réfugiés sud-vietnamiens qui veulent échapper aux conditions de vie pénibles et à la détérioration des droits de la personne subséquente à la réunification du territoire vietnamien en un seul État. L’expression « boat people » (réfugiés de la mer) a été largement utilisée par les médias pour décrire ces réfugiés. Touchés par la situation désespérée de centaines de milliers de personnes qui prennent la mer dans des embarcations de fortune menaçant à tout moment de couler, de nombreux Canadiens offrent de parrainer leur voyage jusqu’au Canada. En juillet 1979, le gouvernement du Canada s’engage à accueillir 50 000 réfugiés indochinois (Viêt Nam, Cambodge et Laos) avant la fin de l’année 1979. En avril 1980, le pays revoit sa cible d’accueil et annonce qu’il acceptera 10 000 réfugiés supplémentaires, portant le nombre de réfugiés indochinois à 60 000 pour l’année 1979-1980.

Accueil des réfugiés de l
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est
Accueil des réfugiés de l
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est.
Accueil et intégration des réfugiés vietnamiens au Canada, 1979
Afin de faciliter l'intégration des réfugiés nouvellement arrivés au Canada, le Centre d'orientation et de formation des immigrés (COPI) met sur pied des classes de langue et des sorties, pendant lesquelles les réfugiés peuvent apprendre à connaître leur nouveau pays, leurs habitants et les coutumes locales.
Accueil et intégration des réfugiés vietnamiens au Canada, 1979
Ce temple bouddhiste est le lieu de rencontre de la communauté de réfugiés vietnamiens qui ont été réinstallés dans la région de Montréal.

Lors du recensement de la population 2016, 240 615 personnes ont déclaré des origines vietnamiennes (réponses simples et multiples). À ce nombre, il faut ajouter quelques dizaines de milliers de Canadiens s’étant déclarés d’origine chinoise, mais provenant en réalité du Viêt Nam. Comme la majorité de la population canadienne née à l’étranger, les Canadiens d’origine vietnamienne se sont largement installés dans les régions métropolitaines et les communautés urbaines du pays.Un peu plus de 166 000 Canadiens ont le vietnamien comme langue maternelle (il s'agit de la quatorzième ​langue immigrante en importance au Canada).

Bien intégrés à la société canadienne, les Vietnamiens contribuent à la vie culturelle, politique et sportive du pays. Parmi les Vietnamo-Canadiens réputés, on peut mentionner le pianiste de concert Dang Thai Son, gagnant du premier prix du Concours international de piano Frédéric-Chopin en 1980, le sénateur Thanh Hai Ngo, premier Canadien d’origine vietnamienne nommé au Sénat, Eve-Mary Thai Thi Lac, députée fédérale de la circonscription de Saint-Hyacinthe-Bagot (Québec), première femme d’origine vietnamienne élue à la Chambre des communes, le réalisateur et militant Paul Nguyen, l’ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO Kim Phúc, l’écrivaine Kim Thùy et la lutteuse Carol Huynh, gagnante d’une médaille d’or en lutte libre aux Jeux olympiques d’été de 2008 à Beijing et de la médaille de bronze aux Jeux de Londres en 2012.

Huynh, Carol

Présentation

Située en Asie du Sud-Est, la République socialiste du Viêt Nam est bordée par la Chine, le Laos et le Cambodge; sa vaste frontière maritime longe la mer de Chine occidentale et le golfe du Tonkin (voir Asiatiques du Sud-Est). En 1954, après environ un siècle d’influence coloniale française et sept ans de guerre, le Viêt Nam accède à l’indépendance. Cependant, le pays est politiquement divisé entre un régime procommuniste au Viêt Nam du Nord et un système pro-occidental au Viêt Nam du Sud. En 1965, l’envoi de troupes américaines en appui aux Sud-Vietnamiens marque le début de la deuxième guerre du Viêt Nam.

En 1975, après avoir repoussé les Américains avec l’aide de la Chine et de l’Union Soviétique, les Nord-Vietnamiens réunifient le Nord et le Sud sous un régime communiste. Bien que le Viêt Nam soit encore contrôlé par un régime autoritaire, on considère aujourd’hui qu’il est un pays postsocialiste qui a réussi à libéraliser son économie pour favoriser sa croissance et son développement. Le Viêt Nam tire encore principalement ses revenus de l’agriculture pour subvenir aux besoins de sa population, en grande partie bouddhiste et, dans une proportion d’environ 87 %, de descendance vietnamienne.

Histoire migratoire

Les émigrants en provenance du Viêt Nam viennent s’établir en sol canadien en deux vagues. Les premiers arrivent en 1975 après qu’il est devenu évident que les communistes du Nord allaient envahir le Viêt Nam du Sud. Le 30 avril 1975, Saïgon, capitale du Viêt Nam du Sud, tombe aux mains des forces communistes, marquant ainsi la fin de la guerre du Viêt Nam. Par peur de représailles pour être venu en aide aux Américains ou au régime du Viêt Nam du Sud, de nombreux Vietnamiens fuient le pays. Le Canada accueille 5 600 Vietnamiens entre 1975 et 1976 à titre de réfugiés politiques. Ces immigrants sont, pour la plupart, des gens de classe moyenne que le Canada accueille pour leurs compétences professionnelles ou parce que des membres de leurs familles, déjà installés ici, acceptent de les prendre en charge. La plupart ont le français ou parfois l’anglais comme langue seconde.

La seconde vague afflue en deux temps. Dans un premier temps, de 1979 à 1982 arrive un premier groupe de réfugiés sud-vietnamiens ayant souffert des conditions de vie horribles sous le nouveau régime communiste. Ce groupe, beaucoup plus hétérogène que celui de la première vague, comprend des immigrants d’origines ethniques diverses (notamment plusieurs milliers de Vietnamiens d’origine chinoise) provenant de milieux ruraux ou urbains et ayant vécu dans des contextes socioéconomiques très variés. On les appelle souvent les « boat people » (réfugiés de la mer) parce que plusieurs d’entre eux effectuent la dangereuse traversée de la mer de Chine entassés dans des bateaux de fortune pour rejoindre les camps de réfugiés du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Hong Kong, en Malaisie et en Indonésie. On estime que le tiers des réfugiés qui se sont échappés par bateau sont morts durant le voyage.

Réfugiés de la mer du Viêt-Nam, 1979.
Des \u00ab boat people \u00bb dans la mer de Chine du sud, Indonésie.
Réfugiés de la mer du Viêt-Nam, 1978
La fuite des réfugiés vietnamiens débute après la chute de Saïgon en 1975. En dépit des dangers que la mer de Chine du sud présente et de la piraterie, des dizaines de milliers de Vietnamiens prennent le risque de s'y aventurer. En 1978, cet exode prend des proportions dramatiques. Ce groupe de 162 personnes est arrivé sur un petit bateau qui a coulé à quelques mètres des rives de la Malaisie.\r\n
Bidong, Malaisie vue de la mer, Octobre 1979
Pulau Bidong, un bateau et des résidents du camp pour réfugiés, 1979
Accueil des réfugiés de l
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est.
Accueil des réfugiés de l
La base militaire de Griesbach à Edmonton est l'un des nombreux points d'arrivée des réfugiés de l'Asie du Sud-Est.
Réfugiés vietnamiens
Vilien Chen et son père dans un article du Vancouver Province de 1979. L'article décrit l'arrivée à Vancouver de réfugiés vietnamiens en provenance de Hong Kong. Vilien a trois ans sur la photographie. Image: Vilien Chen/Passages Canada.

Le Canada, qui accepte plus de 60 000 réfugiés indochinois pendant ces années, est un des principaux pays d’accueil pour ces réfugiés. Plus de 50 % d’entre eux viennent au Canada grâce à un tout nouveau programme de parrainage privé mis sur pied par le gouvernement. C’est donc en bonne partie grâce aux efforts des familles canadiennes, des communautés religieuses, des organismes de bienfaisance et des organisations non gouvernementales qu’ils ont pu refaire leur vie en sol canadien.

La deuxième étape de cette vague d’immigration s’échelonne de 1982 à nos jours. Elle se caractérise par une immigration à « flux continu » où l’on assiste à l’arrivée de Vietnamiens provenant de camps de réfugiés d’outre-mer, d’immigrants reçus dans le cadre du Programme de départs légaux du Viêt Nam et des efforts déployés par les Canadiens d’origine vietnamienne afin de réunir leurs familles.

Le 13 novembre 1986, en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la protection des réfugiés, le Canada reçoit la Médaille Nansen décernée par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Cette distinction est acceptée au nom du peuple du Canada par la gouverneure générale Jeanne Sauvé. C’est l’unique fois où cet honneur a été décerné à une nation tout entière. La Médaille est conservée à Rideau Hall.

En 2015, le Parlement canadien adopte la Loi sur la Journée du Parcours vers la liberté. Depuis, le 30 avril est consacré àla commémoration nationale de l’exode des réfugiés vietnamiens et de leur accueil au Canada après la chute de Saïgon et la fin de la guerre du Viêt Nam.

Mode de peuplement

Selon Statistique Canada, il y a en 2016 au Canada 240 615 personnes d’origine vietnamienne. Ces personnes vivent principalement dans les grands centres urbains de l’Ontario, du Québec, de la Colombie-Britannique et l’Alberta. Si l’on considère la périphérie urbaine, la population d’origine vietnamienne du Grand Toronto est de 73 745 personnes, celle de la Communauté urbaine de Montréal est de 38 660, celle du Vancouver métropolitain est de 34 915 et celle de la Région de Calgary de 21 010.

Puisque l’arrivée des immigrants vietnamiens au Canada est relativement récente, la majorité d’entre eux sont des Canadiens de première génération nés au Viêt Nam. Ainsi, un peu moins de deux personnes sur cinq sont nées au Canada, alors que 70 %, en incluant les résidents non permanents, sont nées à l’étranger.

Données socioéconomiques

Les Canadiens d’origine vietnamienne travaillent dans plusieurs secteurs de l’économie canadienne, notamment dans le secteur de la fabrication et celui des professions scientifiques et techniques. Un grand nombre sont propriétaires ou chefs d’entreprise, entre autres de restaurants ou d’épiceries. Le taux de la population active est généralement similaire à celui de la moyenne canadienne, mais leurs revenus sont nettement inférieurs. 

Accueil et intégration des réfugiés vietnamiens au Canada, 1979
La première étape pour une vie normale, productive et une intégration réussie des réfugiés est de trouver un emploi dans leur pays d'accueil.
Accueil et intégration des réfugiés vietnamiens au Canada, 1979
Ce réfugié vietnamien, un médecin, a rapidement trouvé de nouvelles tâches et responsabilités dans son pays d'adoption.
Accueil et intégration des réfugiés vietnamiens au Canada, 1979
Lorsque les réfugiés trouvent un endroit pour vivre et prennent de l'autonomie, leur intégration est sur la bonne voie.

En 2011, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec soulignait que les Vietnamo-Québécois actifs sur le marché du travail se retrouvaient dans les secteurs de la vente et des services (29,2 %), des affaires, de la finance et de l’administration (15,1 %), des sciences naturelles et appliquées (13,3 %) et de la santé (11,3 %). Dans l’ensemble, les Québécois d’origine vietnamienne ont un revenu moyen de 33 674 $, toujours inférieur au revenu moyen de l’ensemble de la population québécoise (36 352 $).

Vie sociale, culturelle et religieuse

Les Canadiens d’origine vietnamienne sont préoccupés par la sauvegarde de leur culture, de leurs pratiques, de leur langue et de leurs croyances religieuses. Afin d’empêcher l’érosion culturelle, des organismes officiels, comme la Fédération vietnamienne du Canada, et des réseaux sociaux non officiels aident la communauté à sauvegarder son identité culturelle.

En 2011, selon l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM), près de la moitié des Canadiens d’ascendance vietnamienne affirme être bouddhiste, plus du quart est de foi chrétienne et l’autre quart affirme n’avoir aucune appartenance religieuse. On trouve des temples bouddhistes dans les villes canadiennes ainsi que des églises largement fréquentées par les Vietnamiens de foi chrétienne. Pour les Vietnamiens, les temples et les églises sont non seulement des lieux de célébration de la foi, mais également des lieux où l’on célèbre les fêtes du calendrier vietnamien, où on l’assiste aux mariages et funérailles et où l’on organise d’autres rassemblements sociaux.

Selon le recensement de la population de 2016, 166 830 personnes ont déclaré le vietnamien comme langue maternelle, soit 13 475 personnes de plus qu'en 2011. Le vietnamien est la quatorzième ​langue immigrante en importance au Canada.

Relations bilatérales entre le Canada et le Viêt Nam

En 2013, le Canada et le Viêt Nam ont célébré 40 ans de relations bilatérales et de nombreuses activités ont été organisées pour en souligner l’importance. C’est en 1973 que le Canada a établi des relations diplomatiques avec le Viêt Nam, en 1994 qu’il a ouvert une ambassade à Hanoï et en 1997 qu’il a installé son consulat général à Hô Chi Minh-Ville (anciennement Saïgon). Dans la foulée de la grande réforme économique de 1986 entreprise au Viêt Nam, le Doi Moi (renouveau), des changements économiques et sociaux ont permis au Canada et au Viêt Nam, tous deux membres de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de renforcer leurs relations.

Depuis une dizaine d’années, le commerce bilatéral entre le Canada et le Viêt Nam a augmenté de manière régulière; il est aujourd’hui quatre fois plus important qu’en 2000. En 2013, il a atteint un montant sans précédent de près de 2,6 milliards $.

Le commerce entre le Canada et le Viêt Nam

Les délégués commerciaux des deux pays aident les représentants d’entreprises et les entrepreneurs dans le domaine des accords commerciaux. Les visites régulières de représentants gouvernementaux ont accru les liens et les occasions dans les deux pays et permis d’offrir de l’expertise dans diverses occasions d’affaires. En 2010, le premier ministre Nguyen Tan Dung, président de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), a assisté au Sommet du G20 à Toronto, tandis que le ministre des Affaires étrangères du Canada a assisté à deux conférences de l’ANASE à Hanoï. Le Canada et le Viêt Nam mettent à profit leur appartenance à des organismes comme l’ANASE, la Corporation économique Asie-Pacifique (APEC), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Forum régional de l’ANASE, l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Organisation des Nations Unies pour améliorer et élargir les possibilités économiques. Aujourd’hui, la croissance économique annuelle du Viêt Nam est l’une des plus fortes en Asie.

Les avantages sociaux du commerce

Les relations entre le Canada et le Viêt Nam se concentrent non seulement sur le développement économique, mais aussi sur les conditions sociales au Viêt Nam. En 2014, il a été désigné comme l’un des pays ciblés par le gouvernement du Canada en ce qui concerne les efforts en matière de développement international. Les priorités du gouvernement du Viêt Nam en matière de réduction de la pauvreté par la mise en place d’un environnement propice à l’investissement et l’appui au développement des entreprises rurales cadrent avec les objectifs du programme actuel de coopération et de développement du Canada. Affaires mondiales Canada est le principal organe qui fournit une aide humanitaire et un appui au développement durable. En 2010, l’Agence canadienne de développement international (intégrée en 2013 au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international) a mis en œuvre un important projet lors des inondations survenues au Viêt Nam, accordant 50 000 $ à l’aide humanitaire pour les opérations de secours d’urgence, notamment la distribution d’articles de secours non alimentaires et d’eau potable et le soutien communautaire.


Patrimoine asiatique au Canada

Lecture supplémentaire

  • Karin Aguilar-San Juan, Little Saigons: Staying Vietnamese in America (2009).

    Denise Chong, The Girl in the Picture: The Story of Kim Phuc, the Photograph and the Vietnam War (2001).

    Louis-Jacques Dorais, « Les Vietnamiens, les Cambodgiens et les Laotiens au Québec », dans Guy Berthiaume, Claude Corbo et Sophie Montreuil, dir., Histoires d’immigrations au Québec (2014).

    Louis-Jacques Dorais, « From Refugees to Transmigrants », dans Wanni W. Anderson et Robert G. Lee, dir., Displacements and Diasporas : Asians in Americas (2005).

    Louis-Jacques Dorais, Lise Pilon-Lê et Nguyên Huy, Exile in a Cold Land: A Vietnamese Community in Canada (1987).

    Louis-Jacques Dorais et Éric Richard, Les Vietnamiens de Montréal (2007).

    Michael J. Molloy, Peter Duschinsky, Kurt F. Jensen et Robert J. Shalka, Running on Empty: Canada and the Indochinese Refugees, 1975-1980 (2017).

    Nathalie Huynh Chau Nguyen, Memory is Another Country: Women of the Vietnamese Diaspora (2009).

Liens externes