Won Alexander Cumyow

Won Alexander Cumyow (溫金有), militant et interprète (né vers le 21 mars 1861 à Port Douglas, en Colombie-Britannique; mort le 6 octobre 1955 à Vancouver, en Colombie-Britannique). Won Cumyow était le premier Sino-Canadien né en Amérique du Nord britannique, futur Canada. Il maîtrisait plusieurs langues, qui lui étaient utiles pour son travail de leader de la communauté chinoise et d’interprète judiciaire.

Won Alexander Cumyow (溫金有), militant et interprète (né vers le 21 mars 1861 à Port Douglas, en Colombie-Britannique; mort le 6 octobre 1955 à Vancouver, en Colombie-Britannique). Won Cumyow était le premier Sino-Canadien né en Amérique du Nord britannique, futur Canada. Il maîtrisait plusieurs langues, qui lui étaient utiles pour son travail de leader de la communauté chinoise et d’interprète judiciaire.


Photo de Won Alexander Cumyow, vers 1900

Famille et origines

Le père de Won Alexander Cumyow, Won Ling Ling, et sa mère, Wong Shee, appartiennent à la minorité ethnique hakka. Ils partent de Californie pour immigrer en Colombie-Britannique après avoir quitté Guangzhou (à l’époque appelé Canton en français), en Chine. Le couple tient un magasin de vêtements pour les mineurs, notamment pendant la ruée vers l’or du Cariboo. Won naît à peu près à la même époque, autour du 21 mars 1861, à Port Douglas. Comme il y a peu de femmes chinoises en Amérique du Nord britannique, Won est le premier Sino-Canadien à naître dans ce qui est aujourd’hui le Canada. Le nom chinois choisi par ses parents, Cumyow (金有) – littéralement, « or avoir » – est probablement une allusion au fait qu’il soit né dans cette époque de ruées vers l’or.

Adolescent, Won apprend plusieurs langues, dont le hakka, le cantonnais, l’anglais et le chinook wawa. Dans les années 1870, la famille déménage à New Westminster, où Won complète ses études et sa formation en droit. En 1888, profitant de sa formation en langues, il devient interprète judiciaire chinois et chinook pour le département de police de Vancouver, un poste qu’il conservera jusqu’à sa retraite en 1936. Il conduit aussi des affaires, dont une entreprise de thé et café et une opération d’importation d’opium, jusqu’à ce que ce commerce soit rendu illégal. Won Cumyow est également entrepreneur et propriétaire.

En 1889, Won épouse Ye Eva Chan, originaire de Hong Kong. Ils ont dix enfants.

Premières expériences du racisme

Bien que talentueux et ambitieux, Won Cumyow fait face à beaucoup de racisme et de discrimination. Comme beaucoup de Sino-Canadiens de son temps, il doit vivre sous des politiques injustes créées par des communautés et des gouvernements dominés par les blancs.

En 1885, alors qu’il vit à Victoria, Won est accusé de falsification par son partenaire d’affaires Edward Johnson. Forcé de subir son procès devant un juge et un jury blancs, il est reconnu coupable et condamné à trois ans de prison, malgré qu’il soutienne que les preuves contre lui ont été manipulées et qu’il n’a pas eu la possibilité de préparer une défense avant le procès. Bien qu’on ne puisse établir si Won a réellement commis la fraude, il est possible que le système judiciaire et les préjugés raciaux à l’égard des Sino-Canadiens aient contribué à lui faire perdre son procès.

Malgré sa formation, Won ne peut passer l’examen du barreau et devenir avocat, parce qu’il ne figure pas sur la liste des électeurs. Cela découle du fait que le droit de vote est généralement refusé aux Sino-Canadiens, contrairement aux Canadiens blancs. La Colombie-Britannique commence à retirer aux Sino-Canadiens le droit de vote dès 1871. Bien que Won ait réussi à s’inscrire sur la liste des électeurs de Colombie-Britannique en 1898 car il est né au Canada, on ignore s’il a voté à l’élection de 1890. Il tente de s’inscrire pour voter à nouveau en 1902, mais sa demande est ignorée. En 1903, Won fait une demande pour devenir notaire, mais une fois de plus on lui refuse cette possibilité en invoquant qu’il ne peut voter.

Militantisme pour les droits des Sino-Canadiens

Won Cumyow milite pendant la plus grande partie de sa vie pour les droits des Sino-Canadiens. La communauté subit de nombreuses injustices et restrictions racistes, que Won et d’autres Sino-Canadiens tentent de faire disparaître. Parmi ces politiques, on retrouve la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois au Canada, la privation du droit de vote et la ségrégation raciale.

Pendant qu’il est à Victoria, Won Cumyow contribue à la fondation de la Chinese Consolidated Benevolent Association (CCBA) en 1884. La CCBA est un groupe de défense important pour les Sino-Canadiens qui luttent contre les politiques discriminatoires. L’organisation constitue aussi pour la communauté une sorte de gouvernement rudimentaire.

En 1902, Won Cumyow apparaît devant la Commission royale sur l’immigration des Chinois et des Japonais. Il soutient qu’il serait mutuellement bénéfique pour les Canadiens et les Sino-Canadiens de travailler ensemble. Il s’oppose aux politiques d’immigration restrictives, soutenant que les Chinois « contribueraient beaucoup au développement de ce grand pays ».

En 1922, la commission scolaire de Victoria tente d’imposer une ségrégation raciale à l’égard des étudiants chinois, et les étudiants déclenchent une grève pour protester contre cette politique. Won Cumyow et le CCBA jouent un rôle important pour soutenir la grève. Won affirme devant la commission scolaire que la ségrégation ne ferait, au bout du compte, qu’approfondir la division entre les Chinois et les Canadiens blancs.

En plus de défendre les Chinois du Canada, Won Cumyow participe à une tentative d’influencer la politique chinoise. Il contribue à la fondation de la Chinese Empire Reform Association en 1899, dont le but est de développer la Chine grâce à des réformes progressistes.

Photo des membres  du Chinese Empire Reform Association, vers 1900
Won Cumyow est situé à l'extrême gauche de l'image.

Cumyow Won demeure actif au sein de la communauté sino-canadienne pendant de nombreuses années, à travers différents rôles et organisations. En 1920, il devient président de la branche de la CCBA de Vancouver.

Vie ultérieure

En 1936, Won Cumyow abandonne son métier d’interprète judiciaire pour prendre sa retraite. Il est remplacé par son fils, Gordon Wo, le premier Chinois a avoir étudié le droit à l’Université de Colombie-Britannique.

Le droit de vote est finalement restauré pour les Sino-Canadiens en 1947. Après avoir défendu pendant des années le droit de vote, Won Cumyow dépose son bulletin de vote à l’élection fédérale de 1949, à l’âge de 88 ans.

Le 6 octobre 1955, Won meurt à l’âge de 94 ans, laissant son frère, huit enfants survivants, huit petits enfants et deux arrière petits enfants. En 1923, une des ses petits enfants, Cecil Sit-shiu Lee, devient la première Sino-Canadienne de quatrième génération.

Postérité

Le militantisme de Won Cumyow et sa participation à de nombreuses organisations ont laissé un impact durable sur l’histoire des Sino-Canadiens. La CCBA de Vancouver a continué à défendre les droits de Sino-Canadiens, notamment en amenant une réforme du système d’immigration canadien.

Durant sa vie comme après sa mort, Won Cumyow est souvent évoqué dans les journaux, dont le Vancouver Sun et le Daily Province.

En 2016, on a proposé de donner son nom à une nouvelle école de Vancouver, mais finalement le nom de Crosstown a été retenu.

En 2020, Won Cumyow a été présélectionné par la Banque du Canada pour figurer sur le nouveau billet de cinq dollars, auprès de sept autres importantes figures historiques : Francis Pegahmagabow, Fred Loft, Isapo-muxika, Lotta Hitschmanova, Pitseolak Ashoona, Robertine Barry et Terry Fox.