L’une des batailles les plus célèbres de la guerre de 1812, la lutte pour les hauteurs de Queenston est à la fois un triomphe et une tragédie pour les forces britanniques et canadiennes qui se battent contre l'envahisseur américain. Les Britanniques et les Canadiens y ont pavé la voie à la victoire en repoussant les Américains, mais y ont perdu Isaac Brock , l’un de leurs leaders les plus importants.

Arrêt temporaire des hostilités

La guerre de 1812, un conflit entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, est livrée surtout en Amérique du Nord. Elle dure de 1812 à 1814 et s’associe aux guerres napoléoniennes qui divisent alors l’Europe.

La bataille des Hauteurs-de-Queenston se produit peu après l’éclatante victoire du major général Isaac Brock contre les forces américaines à Detroit. Cette victoire mène à un cessez-le-feu temporaire entre les autorités américaines et britanniques. Mais au lieu d’encourager la paix, le temps d’arrêt permet aux deux côtés de se regrouper afin de poursuivre les hostilités. La guerre éclate de nouveau aux hauteurs de Queenston.

Les opérations américaines contre le Haut-Canada dans la région du Niagara [aujourd’hui en Ontario] sont menées par le général Stephen Van Rensselaer, un milicien parmi les plus riches citoyens américains. Le cessez-le-feu lui permet de rassembler ses forces et de les mener par voie terrestre d’Albany, dans l’état de New York, jusqu’au Haut-Canada.

Brock, stationné à Fort George, protège la frontière contre une invasion américaine au moment où le cessez-le-feu est levé. Avec 1 500 soldats et 250 alliés autochtones, il répartit ses forces, ne sachant par où la prochaine tentative d’invasion va se produire.

Invasion américaine du Canada

Van Rensselaer subit les pressions de Washington et de la population américaine qui veulent venger la honte de la défaite de Detroit devant une armée plus faible. Prêt à tout pour se faire un nom en tant que commandant de l'armée, Van Rensselaer traverse la rivière Niagara pour entrer au Canada à Queenston, dans le Haut-Canada.

La nuit du 12 octobre 1812, la milice de New York lance l’assaut en traversant les courants traîtres du Niagara. Brock est convaincu qu’ils traverseront un peu plus loin, à Fort George. De plus, la première tentative à Queenston est si mal organisée que Brock croit qu’il s’agit d’une feinte. C'est pourquoi il n'y consolide guère ses troupes, ce qui permet à Van Rensselaer de réitérer sa tentative le 13 octobre, peu avant l'aube.

Découvrant un sentier caché vers le sommet de l’escarpement, les Américains parviennent à s’emparer d’une position britanno-canadienne, un redan d’où un canon empêche leurs renforts de traverser la rivière. Les Américains ont la haute main sur la bataille.

Mort de Isaac Brock

Brock se réveille au son des tirs qui font rage à Vrooman’s Point et le long des berges à Fort George. Il se prépare à la hâte pour le combat, tandis que les Américains s’emparent des hauteurs de Queenston. Il galope à vive allure jusqu'à Queenston, où il rassemble ses forces et mène lui-même une charge pour reprendre le canon dont les Américains se sont emparés. Brandissant son épée, il lance l’assaut et devient une cible facile pour les tireurs. Il est touché juste au-dessus du cœur et meurt aussitôt.

Arrivée des renforts

L’aide de camp de Brock, le lieutenant-colonel John MacDonell, est mortellement blessé dans un assaut semblable. Cependant, le major général Roger Hale Sheaffe, arrivant de Fort George avec des renforts, soit 300 soldats et 250 miliciens, escalade l’escarpement sans être vu par les Américains. L’accompagnent aussi la Company of Coloured Men du capitaine Robert Runchey, un régiment d’hommes libres et de domestiques liés à l’armée par contrat et organisés en unité de génie.

La plupart des Américains prennent position dans les hauteurs, mais sont entourés par un petit groupe de guerriers Mohawk et Delaware loyaux aux Britanniques. Les actions du chef Mohawk John Norton et de ses forces des Six-Nations, ainsi que d'autres autres Premières nations, sont déterminantes à cette phase de la bataille. Norton prend la brillante décision tactique de monter l’escarpement à une distance considérable, un peu plus loin sur la route à l‘ouest de Queenston, ce qui représente une escalade plus facile que celle que Brock a tentée plus près de la rivière Niagara. Les bois sur le flanc droit des troupes américaines, qui se déplacent vers l’ouest dans les hauteurs, offrent une couverture idéale pour Norton et ses guerriers pendant qu’ils empêchent l’ennemi d’avancer jusqu’à l’arrivée du major général Sheaffe et de ses troupes.

Attaquant par l’arrière, Sheaffe coince l’ennemi entre l’armée et l’escarpement. Les réservistes de Van Rensselaer, tous des miliciens new-yorkais qui attendent de traverser la rivière, sont appelés au combat, mais en entendant le rugissement des canons, ils refusent de participer, faisant valoir que d’un point de vue juridique, ils ne sont pas tenus de se battre en sol étranger. Incapables d’engager une nouvelle attaque ou de renforcer leur défense, les troupes de Van Rensselaer se réduisent : à peine 350 soldats réguliers et 250 miliciens qui n’ont que peu de munitions et peu de volonté pour continuer.

Rendition américaine

Les salves de fusils et les charges de baïonnettes britanno-canadiennes surprennent les troupes américaines. Le lieutenant-colonel américain Winfield Scott prend le commandement lorsque le capitaine Wool est blessé et brandit un mouchoir blanc pour signaler la capitulation des Américains. Une fois la fumée retombée, près de 1 000 Américains sont faits prisonniers. Les pertes américaines se montent à 300 morts ou blessés, tandis que la bataille n'a fait que 28 morts et 77 blessés parmi les vainqueurs, dont des soldats réguliers, des miliciens et des Autochtones.

Hélas, les Britanniques y essuient une perte incommensurable : celle du major général Isaac Brock, héros de guerre tant admiré. Sa mort, ainsi que la victoire des Britanniques, ont comme effet de secouer la population du Haut-Canada, qui, au début de la guerre, avait commencé la guerre dans l’apathie et le doute quant à une possible victoire contre le puissant voisin et ennemi du Sud.

Malgré deux victoires à leur actif, les troupes britanniques et canadiennes, privées d’Isaac Brock, leur chef dynamique, populaire et énergique, doivent toutefois réfléchir à leurs prochaines manœuvres.