Clarence Decatur Howe, ingénieur, homme politique (Waltham, Mass., 15 janv. 1886 -- Montréal, 31 déc. 1960). Howe, l'homme d'affaires et politicien qui connaît le plus de succès à l'époque, assure l'arrimage entre le Parti libéral et l'industrie canadienne. Bien qu'il se réclame d'un lien de parenté avec le politicien libéral néo-écossais Joseph Howe, ses racines canadiennes demeurent ténues jusqu'à ce qu'il remonte vers le nord, à Halifax, avec en poche un diplôme en génie du Massachusetts Institute of Technology, afin d'enseigner cette discipline à l'U. Dalhousie. Son passage à cet endroit (1908-1913) est fructueux, bien que peu captivant, et il renonce volontiers à la vie universitaire en 1913 afin de s'établir dans les Prairies, où il travaille pour la Commission canadienne des grains, dressant les plans de silos à blé pour toute la région. Howe aime tant ce travail qu'en 1916 il fonde sa propre firme d'ingénierie spécialisée dans les silos à grain.

Entre 1916 et 1935, la société C.D. Howe érige des silos élévateurs à Vancouver, à Saskatoon, à Churchill, à Port Arthur, à Toronto et à Prescott, de même qu'à Buenos Aires, en Argentine. Son entreprise devient le plus important constructeur du genre. Son côté direct, tout d'une pièce, et sa capacité de construire des silos à prix fixe, lui gagnent la faveur de ses clients, surtout dans l'Ouest du Canada. Toutefois, la Crise des années 30 sonne le glas de son entreprise. En 1935, il se lance en politique fédérale et devient député libéral de la circonscription de Port Arthur (Thunder Bay, Ontario). Il accède rapidement au Cabinet de Mackenzie King, qui le nomme ministre des Transports en 1936. À ce titre, Howe contribue à la création des Lignes aériennes Trans-Canada (par la suite Air Canada).

En 1940, Howe est nommé ministre des Munitions et des Approvisionnements, avec pour mission de diriger le programme national de production de guerre. Il réussit brillamment dans cette tâche, collaborant avec un noyau d'hommes d'affaires appartenant pour la plupart au Parti conservateur, qui en viennent à apprécier sa façon efficace et audacieuse de diriger les affaires économiques. Il se trouve donc dans une bonne position quand, en 1944, on lui demande de présider le nouveau ministère de la reconstruction. Il parvient à reconvertir l'économie canadienne au libéralisme avec une réglementation officielle minimale. Pendant les années 50, Howe cherche à développer certains secteurs comme celui de l'acier et, en tant que ministre du Commerce, il s'emploie à stimuler le commerce canadien. Dans cette fonction, en 1956, il préconise la construction d'un pipeline transcanadien par l'octroi de fonds publics à une entreprise privée. Cette mesure soulève un tollé au Parlement et ses réponses aux critiques, de plus en plus irascibles, contribuent à miner les positions du gouvernement. En 1957, le Parti libéral est balayé et Howe est défait. Malgré ses réalisations, on se souvient surtout de lui à cause de son mépris des débats à la Chambre des communes, qu'il appelle « l'heure des enfants », et de sa réponse aux députés mettant en doute ses projections : « Qu'est-ce qu'un million ? ».