Intérêt, crédit et prêts

L’intérêt est la somme d’argent que paie un emprunteur pour emprunter de l’argent. Les intérêts payés ne sont pas déduits de la somme principale (le montant initial emprunté). L’intérêt est généralement un montant payé par versement; la somme due à chaque versement est définie à l’avance sous forme de pourcentage ou de taux d’intérêt. Par exemple, un prêt de 100 $ avec un taux d’intérêt mensuel de 3 % signifie que l’emprunteur devra au prêteur 3 % du montant restant de sa dette à la fin de la période de paiement. L’entente d’intérêt signifie que si l’emprunteur doit toujours 100 $ à la fin de la première période de paiement, il ou elle se verra facturer 3 $ d’intérêt et devra donc au prêteur un total de 103 $. L’intérêt est une partie essentielle du crédit et des ententes de prêt, puisqu’il permet aux emprunteurs de repousser le remboursement total du montant emprunté. L’intérêt sert également à inciter les prêteurs à mettre de l’argent en circulation.

Le crédit est un accord contractuel entre un emprunteur et un prêteur dans lequel le prêteur est préapprouvé pour remplir ce rôle. Le prêteur fournit à l’emprunteur un bien de valeur et l’emprunteur s’engage à rendre au prêteur cette même valeur à une date sur laquelle ils se seront entendus. Dans la plupart des relations de crédit, l’intérêt encourage le prêteur à se départir momentanément d’un bien de valeur et incite l’emprunteur à rembourser ce qu’il doit. Les remboursements de crédit peuvent s’effectuer en versements (par ex., crédit en magasin) ou sur une base renouvelable (p. ex., les cartes de crédit).

Comme le crédit, un accord de prêt implique un prêteur qui fournit un montant d’argent, un bien ou tout autre objet de valeur à un emprunteur. Un accord de prêt comporte habituellement des conditions acceptées par le prêteur et l’emprunteur qui définissent, entre autres, la période accordée à l’emprunteur pour rembourser sa dette et l’intérêt qu’il versera au prêteur.

Taux d’intérêt

L’intérêt est exprimé sous forme de taux (un pourcentage de la somme principale empruntée) et sera facturé sur la période de temps, définie ou indéfinie, pendant laquelle l’argent sera prêté. Le taux d’intérêt peut être fixe ou variable. Un taux d’intérêt fixe restera le même pendant toute la durée du prêt ou pendant une partie définie de la durée du prêt, tandis qu’un taux d’intérêt variable pourra fluctuer pendant la durée du prêt.

Trois facteurs principaux influencent les taux d’intérêt. Premièrement, il y a le risque que l’emprunteur ne puisse ou ne veuille pas rembourser la somme prêtée. Prêter au gouvernement fédéral, par exemple, ne représente pas un risque élevé (bien qu’il soit déjà arrivé que des pays ou des emprunteurs étrangers se retrouvent dans l’incapacité de rembourser un prêt), mais prêter aux gouvernements provinciaux ou à de grosses compagnies peut se révéler plus hasardeux. Le risque que représentent les prêts aux particuliers est généralement réduit par une hypothèque sur des propriétés ou une garantie (soit un bien de valeur remis sous forme de dépôt au prêteur). Le prêteur a donc le droit de saisir le bien mis en garantie si le prêt n’est pas remboursé. Les emprunts non garantis, en revanche, comportent un risque élevé (voir Droit de la consommation) et sont donc assortis de taux d’intérêt élevés.

Deuxièmement, il est également connu que le risque augmente avec la durée du prêt. La capacité d’un emprunteur à rembourser sa dette ne changera pas beaucoup en un mois ou en un an, mais pourrait varier considérablement en dix ou vingt ans, tout comme la nécessité pour le prêteur d’utiliser son propre argent.

Troisièmement, l’inflation influence le pouvoir d’achat de l’argent lorsqu’il sera remboursé au prêteur. Par exemple, un prêt de 100 $ avec un taux d’intérêt de 5% fera perdre de l’argent au prêteur si l’inflation annuelle est de 10 %, puisque les 105 $ remboursés en intérêt et principal auront environ la valeur qu’avaient 95 $ au moment où le prêt a été effectué. Toutefois, l’inflation qui doit être prise en compte n’est pas celle qui a cours au moment du prêt ni même celle de cette année-là; il s’agit de l’inflation future, sur laquelle le prêteur et l’emprunteur ne peuvent que spéculer. Si une diminution de l’inflation est prévue, l’intérêt pourrait être plus élevé pour les prêts à court terme que pour les prêts à long terme, puisque le risque de non-remboursement sur les prêts à long terme est largement compensé par la prédiction d’une diminution de l’inflation.

Dans les années 1970 et 1980, les économistes constatent que l’incertitude a également un effet sur les taux d’intérêt. Le taux d’intérêt réel, soit le taux d’intérêt déclaré auquel on a soustrait l’inflation prévue, avait grimpé à plus de 8 % en 1990 parce qu’un contexte économique précaire pousse les prêteurs à se protéger de l’incertitude.

Globalement, le taux d’intérêt est également influencé par la demande de fonds d’emprunts, qui augmente et diminue suivant l’économie (voir Cycles économiques). Lors de récessions, les entreprises et les consommateurs sont moins portés à emprunter de l’argent, ce qui tend à faire diminuer les taux d’intérêt. À l’inverse, la reprise économique pousse les entreprises à se développer et les consommateurs à acheter à crédit, ce qui fait croître la demande de fonds d’emprunt. Depuis la réforme des services financiers des années 1980 et 1990, les créanciers gèrent l’augmentation des demandes de prêt grâce à la vente de titres adossés à des crédits mobiliers. On appelle ce procédé la titrisation.

Historique du taux d’escompte au Canada

La Banque du Canada fixe les taux d’escompte, soit le taux d’intérêt appliqué aux prêts relativement rares qu’elle accorde aux banques à charte. La banque centrale du Canada naît en 1934 d’une loi du Parlement destinée à aider le gouvernement fédéral dans sa gestion de l’économie nationale.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, le gouvernement canadien emprunte presque exclusivement à l’étranger, plus précisément au Royaume-Uni. Cette dépendance aux prêts étrangers cause une grande instabilité dans l’économie canadienne. Après la guerre, le gouvernement et les banques à charte du Canada sont à la recherche de crédit au sein du marché canadien. Cette transition vers le marché canadien n’est toutefois pas suffisante pour réduire l’instabilité économique. Après la crise économique des années 30, le gouvernement canadien décide de créer une banque centrale afin d’accroître la masse monétaire et de générer de l’argent « bon marché », soit des prêts ou du crédit à de faibles taux d’intérêt. On croit en effet que l’argent bon marché produit par de faibles taux d’escompte et d’intérêt mènera au plein emploi (soit le plus bas taux de chômage possible).

Cette quête du plein emploi se heurte à un obstacle de taille vers la fin des années 1950 lorsque les effets de l’inflation (ou l’augmentation du coût de la vie) sur l’économie canadienne commencent à se faire sentir. Afin de faire face à l’inflation, le gouverneur de la Banque du Canada, James Coyne, ordonne une réduction de la masse monétaire du Canada et augmente le taux d’escompte.

LE SAVIEZ-VOUS?
La Banque du Canada fixe le taux d’escompte, soit le taux d’intérêt appliqué aux prêts relativement rares qu’elle accorde aux banques à charte. Le taux d’escompte indique la direction que la Banque du Canada souhaite faire prendre aux taux d’intérêt. Par exemple, la Banque du Canada peut augmenter le taux d’escompte afin de tenter de réduire l’inflation, par exemple, ou le diminuer pour limiter les effets de la déflation (la baisse de la masse monétaire, ou l’inverse de l’inflation).

Dans les années 1970, le taux d’escompte est fixé à un certain pourcentage et il demeure généralement le même pendant des mois avant d’être changé par une annonce de la Banque du Canada. En 1975, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau met sur pied la Commission de lutte contre l’inflation qui a pour objectif de réguler l’augmentation des salaires et des prix. Dans un même temps, la Banque du Canada tente de limiter l’inflation en augmentant graduellement les taux d’intérêt entre 1978 et 1981. Cette décision se base sur la théorie selon laquelle des taux d’intérêt élevés dissuaderaient les consommateurs d’emprunter pour l’achat, par exemple, d’une maison ou d’une voiture, et que les entreprises auraient moins tendance à investir; ainsi, une augmentation des taux d’intérêt ferait baisser la demande pour les biens et services, ce qui amoindrirait alors l’impératif d’augmentation des prix. Cette politique (soit l’utilisation de taux d’intérêt pour contrer l’inflation) atteint son apogée en 1981, lorsque le taux d’escompte dépasse les 21 % et que le taux sur les prêts atteint 22,75 %.

Malgré tout, les taux au Canada n’auraient peut-être pas atteint ces chiffres sans l’augmentation des taux aux États-Unis, où une politique monétariste semblable est alors en vigueur (voir Politique monétaire). En effet, lorsque les taux américains augmentent et que les taux canadiens ne suivent pas, l’argent tend à s’exporter aux États-Unis puisque les prêteurs sont en quête de plus grands bénéfices sur leurs prêts. Cette importante sortie de fonds fait également baisser la valeur du dollar canadien comparé aux monnaies étrangères comme le dollar américain. Les biens importés coûtent alors plus cher en dollars canadiens (voir Importation), ce qui tend en retour à augmenter l’inflation au Canada. Une manière de freiner cette étroite dépendance entre les taux d’intérêt au Canada et aux États-Unis est de contrôler les mouvements de capitaux qui entrent et sortent du pays. Cette méthode est employée pendant la Deuxième Guerre mondiale grâce à un système de contrôle des changes (voir Taux de change).

Taux des fonds à un jour

Le taux des fonds à un jour est le taux d’intérêt appliqué par les grandes banques dans le marché à un jour lorsqu’elles se prêtent et s’empruntent de l’argent. Au Canada, la Banque du Canada fixe un taux cible pour le taux de fonds à un jour, que l’on appelle le taux directeur. En mars 1980, la Banque du Canada passe à un système où le taux d’escompte change chaque semaine afin de s’ajuster aux fluctuations du taux d’intérêt payé par le gouvernement fédéral lorsqu’il emprunte de l’argent sur une durée de 90 jours en vendant des bons du Trésor. La Banque adopte une nouvelle approche en février 1996. Elle se met à fixer le taux d’escompte à la limite supérieure, sur une fourchette d’un demi pour cent (p. ex., passer de 0,75 à 1,25 %), lorsqu’elle accorde des prêts à un jour à des institutions financières, ce sur quoi elle exerce un plus grand contrôle que sur le taux applicable aux bons du Trésor de trois mois. Cette fourchette opérationnelle est fixée par la banque et ajustée uniquement lorsque la banque veut modifier d’autres taux à court terme, comme pour les prêts aux particuliers et aux entreprises. Par exemple, le taux d’escompte ne change que cinq fois en 1998. Vers la fin de cette année-là, le taux d’escompte est de 5,25 %, soit la valeur maximale de la fourchette opérationnelle allant de 4,75 à 5,25 %. Habituellement, les autres prêteurs s’ajustent rapidement aux fluctuations du taux d’escompte en augmentant ou en diminuant leurs taux préférentiels, auxquels sont liés les prêts aux particuliers et aux entreprises. En novembre 2000, la Banque du Canada annonce qu’elle compte décréter huit dates fixes annuellement lors desquelles elle pourra annoncer les changements du taux de fonds à un jour. Un moment prédéterminé pour annoncer de possibles fluctuations au taux d’intérêt laisse moins de place à la spéculation sur un taux ayant un impact non seulement sur les grandes institutions financières, mais également sur les prêts aux particuliers et sur les taux hypothécaires, ainsi que sur le taux de change du dollar canadien.

Voir aussi :Activité bancaire du Canada;Sciences économiques; Économie.