Jeunesse

James Naismith est le fils aîné de Margaret et John Naismith, des immigrants écossais. Margaret (nom de jeune fille Young) vient d’une famille nombreuse ayant immigré au Canada en 1852 pour s’établir dans le canton de Ramsay, dans le comté de Lanark. John Naismith quitte sa famille en Écosse pour émigrer dans le même comté en 1853, à l’âge de 18 ans.

James Naismith voit le jour le 6 novembre 1861 dans le canton de Ramsay près d’Almonte, en Ontario, une ville industrielle de la vallée de l’Outaouais, où il fréquente l’école primaire. En 1870, ses parents sont emportés par la fièvre typhoïde. En compagnie de sa sœur aînée Anne et de son jeune frère Robbie, James Naismith est alors pris en charge par son oncle, Peter Young, qui habite près de Bennie’s Corners.

James Naismith passe une grande part de son temps libre à jouer dehors avec ses amis, développant une passion pour le sport et l’activité physique. Il joue régulièrement à un jeu populaire appelé le « canard sur la roche ». Ses amis et lui se regroupent autour d’une grosse roche dans la cour de la forge située près de leur école primaire. Une pierre, appelée « le canard », est placée sur la roche et un jeune agit comme gardien. Les autres, qui se tiennent à une distance de 3 ou 4,5 m, tentent de déplacer la pierre de son perchoir en lançant d’autres pierres. Les jeunes constatent rapidement qu’il est peu efficace de lancer les pierres en ligne directe, comme une balle de baseball. Ils commencent donc à lober leurs lancers vers le haut, au-dessus du gardien. Ces règles et le développement du lancer lobé marquent James Naismith et deviendront plus tard les fondements du basketball.

Formation

Le jeune Naismith étudie à l’Almonte High School à partir de 1875, mais ses notes décevantes l’incitent à quitter l’école deux ans plus tard. Il choisit de travailler sur la terre de la famille Young l’été et dans un camp de bûcherons l’hiver. Il retourne à l’école secondaire quatre ans plus tard, en 1881, obtenant une équivalence d’études secondaires au printemps 1883.

À l’automne 1883, alors âgé de 21 ans, James Naismith s’inscrit à l’Université McGill de Montréal, où il étudie la philosophie et l’hébreu, obtenant son baccalauréat ès arts en 1887. Il se démarque dans plusieurs disciplines sportives à McGill, dont la crosse, le football, le rugby, le soccer et la gymnastique. En 1885–1886, il est sacré champion de gymnastique de sa cohorte, et l’année suivante, il remporte la médaille d’or Wicksteed, remise à l’athlète par excellence du groupe de finissants. Il est également membre de l’alignement partant de l’équipe de football de McGill pendant trois saisons consécutives.

James Naismith entreprend ensuite des études en théologie au Collège presbytérien. Il paie ses frais de scolarité en enseignant l’éducation physique à McGill, devenant à l’automne 1889 le premier instructeur d’athlétisme à temps plein de l’établissement. Il obtient son diplôme en théologie en 1890.

Il arrive toutefois à la conclusion que le sport lui ouvre davantage de portes que le service religieux. En 1890, il quitte Montréal pour suivre une formation de directeur physique à l’école de formation internationale des YMCA à Springfield, au Massachusetts. En 1891, il devient instructeur à cette école.

Invention du basketball

Le sport occupe une place centrale à l’école de formation des YMCA (rebaptisée plus tard le Springfield College), où étudiants et professeurs pratiquent notamment le football, le soccer et la crosse. En vue d’occuper le gymnase de l’école en hiver, le Dr Luther Gulick, directeur d’éducation physique, charge James Naismith de créer un jeu intérieur à la fois « équitable pour tous les joueurs et exempt de violence ».

S’inspirant du jeu de son enfance, « le canard sur la roche », James Naismith invente un jeu où il faut marquer des points en lançant un ballon de soccer dans une boîte protégée par une équipe adverse. Comme les dimensions limitées du gymnase lui font vite prendre conscience que les joueurs pourraient facilement s’entasser devant la boîte, Naismith décide d’élever la boîte au-dessus de la tête des joueurs. Ainsi, comme dans « le canard sur la pierre », il faut lober le ballon pour marquer.

James Naismith demande au concierge de l’immeuble, Pop Stebbins, s’il peut lui fournir deux boîtes vides, mais celui-ci n’a que deux paniers de pêches à lui offrir.

La première partie de basketball a lieu au Springfield College le 21 décembre 1891. James Naismith fixe les paniers à des balcons d’une hauteur de 3 m aux extrémités opposées du gymnase, affiche les règlements à un mur et attend avec impatience.

Il rapporte dans son journal : « Je me suis affairé à installer l’équipement, scrutant sans cesse l’arrivée des garçons afin d’observer leur attitude ce jour-là. J’ai senti que c’était un moment crucial de mon existence, l’enjeu étant la réussite ou l’échec de ma tentative de concevoir un nouveau jeu et de susciter l’intérêt du groupe. »

Il divise le groupe en deux équipes de neuf joueurs. Cette première partie s’avère plutôt rude, comme le confie James Naismith dans une entrevue radiophonique en 1939 : « Ma grande erreur a été de ne pas définir assez [de règles] au départ. Les joueurs ont commencé à se plaquer, à s’accrocher et à donner des coups de pied. Il y a eu une mêlée générale au centre du terrain. Avant que je ne puisse les séparer, un garçon était déjà K.-O., un autre avait une épaule disloquée et plusieurs avaient des yeux au beurre noir. » En vue d’éliminer la bousculade, James Naismith promulgue une nouvelle règle : il est désormais interdit de courir avec le ballon.

Il définit 13 règles pour son sport, qu’il baptise basketball. Le 15 janvier 1892, celles-ci sont publiées dans le Triangle, le journal du Springfield College.

Les 13 règles

  1. On peut lancer le ballon dans n’importe quelle direction avec une ou deux mains.
  2. On peut frapper le ballon dans n’importe quelle direction avec une ou deux mains, mais jamais avec le poing.
  3. Un joueur ne peut pas courir en tenant le ballon; il doit le relancer de l’endroit où il le récupère, sauf s’il l’attrape alors qu’il court à bonne vitesse et qu’il freine.
  4. Le ballon doit être tenu dans ou entre les mains; il ne faut pas utiliser les bras ou le corps pour le tenir.
  5. Il est interdit de plaquer, de retenir, de pousser, de faire tomber ou de frapper de quelque manière que ce soit un adversaire. La première violation de cette règle compte comme une faute, la seconde exclut le joueur du terrain jusqu’au prochain panier, voire pour le reste de la partie sans qu’il puisse être remplacé s’il s’agit d’une tentative flagrante de blesser l’adversaire.
  6. Frapper le ballon du poing constitue une faute, conformément aux règles 3 et 4; faute du même ordre que celle décrite à la règle 5.
  7. Si une équipe commet trois fautes consécutives (c’est-à-dire, sans que l’équipe adverse ne commette de faute entre-temps), un panier sera accordé à l’adversaire.
  8. Un panier est marqué lorsque le ballon est envoyé dans le panier depuis le sol et y demeure, sans que ceux qui défendent le panier ne parviennent à l’empêcher. Si le ballon reste en équilibre sur le bord du panier et que les défenseurs déplacent le panier, on accordera le panier.
  9. Lorsque le ballon sort des limites, il doit être remis en jeu par le premier joueur qui le touche. En cas de litige, l’aide-arbitre relance le ballon sur le terrain. Le joueur chargé de la remise en jeu dispose de cinq secondes; s’il dépasse ce délai, le ballon change de camp. Si une équipe retient le ballon volontairement pour gagner du temps, l’aide-arbitre pénalise l’équipe d’une faute.
  10. L’aide-arbitre juge les joueurs, note les fautes et avertit l’arbitre lorsque trois fautes consécutives sont commises. Il est habilité à disqualifier les joueurs en vertu de la règle 5.
  11. L’arbitre en chef est juge du ballon : il doit établir si le ballon est en jeu, dans les limites du terrain et à quel camp il appartient, en plus de surveiller le temps écoulé dans la partie. C’est lui qui accorde les paniers et qui doit tenir compte des paniers inscrits. Il assume également les autres fonctions généralement remplies par un arbitre.
  12. La durée d’une partie est de deux mi-temps de 15 minutes, avec une pause de 5 minutes entre les deux.
  13. L’équipe marquant le plus de paniers au cours de cette durée gagne la partie. En cas de match nul, et avec l’accord des capitaines, le jeu peut être prolongé jusqu’à ce qu’un autre panier soit inscrit.

Université du Kansas

Le basketball gagne en popularité au Springfield College et plusieurs étudiants exportent le sport lorsqu’ils deviennent instructeurs dans d’autres YMCA, l’implantant ainsi un peu partout en Amérique du Nord. James Naismith contribue aussi à populariser son sport.

Le 20 juin 1894, il épouse Maude Sherman à Springfield. L’année suivante, le couple déménage à Denver, au Colorado, où James Naismith est embauché comme directeur d’éducation physique du YMCA local, en plus d’étudier la médecine à la Gross Medical School de l’Université du Colorado.

Après l’obtention de son diplôme de médecine en 1898, il devient professeur agrégé de culture physique et directeur de la chapelle de l’Université du Kansas. La même année, il fonde le programme de basketball masculin de l’université, qui en date de 2017, a remporté plus de victoires que tout autre programme universitaire américain, à l’exception de celui de l’Université du Kentucky. James Naismith cumule 55 victoires et 60 défaites comme entraîneur au Kansas, avant de céder son poste à son ancien étudiant Forrest « Phog » Allen en 1907. Ironie du sort, James Naismith est le seul entraîneur de l’histoire de ce programme à avoir une fiche perdante.

Aumônier militaire

En 1916, James Naismith se porte volontaire comme aumônier pour la Kansas Army National Guard et sert au sein de la First Kansas Infantry. De juillet à octobre, le régiment patrouille la frontière américano-mexicaine, à la suite d’un raid mené par le révolutionnaire Pancho Villa plus tôt cette année-là. Comme aumônier, James Naismith organise des ligues sportives, célèbre des services religieux et conseille les soldats dans le besoin. Lorsque les États-Unis s’engagent dans la Première Guerre mondiale en avril 1917, il se porte de nouveau volontaire comme aumônier, cette fois par l’entremise du YMCA. En septembre 1917, le YMCA l’envoie en France comme « secrétaire à l’étranger », en le chargeant d’améliorer l’hygiène sociale des troupes américaines. Il passe 19 mois à Paris, avant de retourner au Kansas en mars 1919.

Décès et postérité

James Naismith retourne à l’Université du Kansas, où il occupe les postes de médecin et de directeur de l’athlétisme avant de prendre sa retraite en 1937, à l’âge de 76 ans. Il décède le 28 novembre 1939 à sa résidence de Lawrence, au Kansas. Déjà à cette époque, le basketball est pratiqué aux quatre coins de l’Amérique du Nord et aux Jeux olympiques.

Le basketball se développe rapidement après son invention en 1891. La première partie de basketball collégial a probablement lieu en 1895 à l’Université Hamline de Saint Paul, au Minnesota, entre les Pipers de Hamline et l’école d’agriculture de l’Université du Minnesota. Dès 1900, le sport est pratiqué dans des YMCA, YWCA, clubs et écoles partout aux États-Unis et au Canada. Le basketball progresse à l’international et est en démonstration aux Jeux olympiques de 1904 à Saint-Louis. Il devient un sport olympique officiel aux Jeux de 1936. Très fier, James Naismith assiste à la première partie officielle et effectue même la toute première mise en jeu. Les États-Unis remportent la première médaille d’or olympique en basketball masculin, tandis que le Canada décroche l’argent.

De nos jours, le basketball est le sport le plus pratiqué sur les campus américains. Une enquête gouvernementale menée en 2013 révèle qu’il s’agit du sixième sport préféré des Canadiens, et du quatrième chez les jeunes Canadiens âgés de cinq à quatorze ans. En 2007, la Fédération internationale de basketball (FIBA), qui chapeaute le basketball à l’international, estime que plus de 450 millions de personnes pratiquent ce sport dans le monde.

En 1959, le Naismith Memorial Basketball Hall of Fame est créé au sein du campus du Springfield College. James Naismith fait partie de la première cohorte de personnes intronisées, en raison de ses apports au sport. Désormais abrité dans un bâtiment ultramoderne construit en 2002 à proximité de l’édifice original, ce temple de la renommée continue d’attirer les amateurs du monde entier.

Deux statues de bronze rendent hommage à James Naismith, l’une dévoilée en 2011 dans sa ville natale d’Almonte, en Ontario, l’autre érigée en 2016 sur le campus de l’Université du Kansas.

Mise à l’encan

Le 10 décembre 2010, les règles originales rédigées à la main par James Naismith sont vendues aux enchères par la Naismith International Basketball Foundation pour la somme de 4,3 millions de dollars, un record pour un article sportif. Les documents sont achetés par l’entrepreneur américain David Booth, originaire de Lawrence, au Kansas. Celui-ci en fait don à l’Université du Kansas, où ils sont actuellement exposés. Les bénéfices de la vente sont versés à la Naismith Foundation, qui gère le musée Naismith situé à Almonte, en Ontario.

Prix et distinctions honorifiques

  • Doctorat honorifique en Divinité, Collège presbytérien, Montréal (1939)
  • Membre à vie de l’Association des éducateurs physiques d’Amérique (1941)
  • Panthéon des sports canadiens (1955)
  • Temple de la renommée du basketball (1959)
  • Temple de la renommée du basketball canadien (1978)
  • Temple de la renommée olympique du Canada (1995)
  • National Collegiate Basketball Hall of Fame (2006)
  • Temple de la renommée de la FIBA (2007)

Publications

A Modern College (1911)

The Essence of a Healthy Life (1918)