Villes de ressources primaires

Les villes de ressources primaires, dites aussi villes nouvelles, sont des localités isolées bâties autour d’industries fondées sur des ressources naturelles et le transport comme les villes minières, les villes axées sur les scieries, les centres ferroviaires et les villages de pêcheurs. Des villes comme Fort McMurray en Alberta, Grand Falls-Windsor à Terre-Neuve (pâtes et papiers), Glace Bay en Nouvelle-Écosse (charbon), Black’s Harbour au Nouveau-Brunswick (traitement du poisson), Murdochville au Québec (cuivre), Elliot Lake en Ontario, Snow Lake au Manitoba (cuivre, zinc) et Kitimat en Colombie-Britannique (aluminium) en sont des exemples. On reconnaît depuis longtemps que la mise en valeur des ressources est un facteur important qui façonne le développement au Canada. On affirme que toute croissance urbaine au Canada dépend, en fin de compte, de la production de produits de base. Or, les villes de ressources primaires jouent un rôle majeur dans l’exploitation des produits de base. Comme elle dépend d’une seule industrie, l’économie des villes de ressources primaires est souvent instable et précaire.

Le centre-ville de Fort McMurray. Photo prise en avril 2016.

Caractéristiques communes

Sous certains aspects, les villes canadiennes de ressources primaires ressemblent aux villes du même type dans le monde entier. Elles sont axées sur l’extraction ou la transformation de ressources comme le minerai, les produits forestiers et l’énergie hydroélectrique. La ville de ressources primaires est liée à une industrie ou une entreprise et elle n’a pas la pleine maîtrise de son propre développement économique. La base économique est entre les mains d’agents externes, entreprises ou gouvernements, qui décident de la nature et de l’étendue des activités d’extraction ou de transformation, déterminant du même coup l’importance de la main-d’œuvre locale et le degré de prospérité ou de croissance de l’endroit.

Comme les matières premières sont habituellement expédiées pour transformation à l’extérieur, souvent hors du Canada, la plupart des villes de ressources primaires ne peuvent bénéficier des retombées économiques à l’autre bout de la chaîne de production. L’essor ou le déclin de la ville est à la merci des changements du marché international des ressources ou des décisions des gouvernements ou des sociétés. L’initiative locale y compte pour peu. Les habitants peuvent voir leur ville en proie à des fluctuations continues, ce qui crée un climat d’insécurité et d’instabilité, particulièrement dans les villes minières, où l’on sait que les ressources finiront par s’épuiser.

Les villes de ressources primaires se caractérisent aussi par leur nombre restreint d’occupations. La classe moyenne y est relativement faible et comprend d’habitude un petit groupe de gestionnaires, de marchands et de travailleurs professionnels dont la carrière est axée sur des entreprises ou entités situées à l’extérieur de la ville. Les travailleurs migrent souvent d’une ville de ressources primaires à l’autre, à la recherche d’emplois.

Plusieurs facteurs s’opposent à la mise sur pied d’une économie diversifiée qui créerait une main-d’œuvre plus hétérogène. L’éloignement des grands marchés, les salaires relativement élevés versés par les industries primaires, ainsi que les coûts élevés de développement sont autant de facteurs qui entravent l’établissement d’industries secondaires. On note donc une nette prépondérance du nombre d’hommes par rapport à celui des femmes dans les villes de ressources primaires, puisque celles-ci offrent moins de possibilités d’emplois pour les femmes.

Une autre conséquence est la faible taille de la plupart des villes de ressources primaires. Ces localités présentent donc bien des caractéristiques d’une petite ville, peu importe leur base économique. Une dernière caractéristique commune a trait à leur aspect extérieur. Bien que les plus récentes villes de ressources primaires tendent à ressembler aux nouvelles banlieues des grandes villes, les plus anciennes sont généralement dominées par une mine ou par une usine ou scierie.

Caractéristiques distinctes

Mine LaRose
Mine LaRose, en 1910, un des importants producteurs d'argent dans la région de Cobalt, en Ontario (avec la permission de la collection John Mitchell/Canadian Kodak).

Même si les villes canadiennes de ressources primaires ont beaucoup en commun entre elles et avec leurs villes sœurs dans d’autres pays, elles présentent plusieurs caractéristiques distinctes, notamment l’origine de leur population.

Dans les provinces de l’Atlantique et au Québec, la population laborieuse de nombreuses villes de ressources primaires vient des localités avoisinantes de pêcheurs, de travailleurs forestiers et d’agriculteurs. Dans l’Ouest canadien et en Ontario par contre, la main-d’œuvre et les gestionnaires des villes de ressources primaires viennent de populations éloignées de la localité en question ou de l’extérieur du pays. Les « nouvelles villes » créées dans des secteurs en grande partie inhabités n’ont aucun lien matériel ni culturel avec la région rurale environnante.

Une seconde caractéristique importante est liée au processus de prise de décisions touchant la création et le maintien de la localité. Certaines villes sont issues de décisions prises par une seule entreprise ou par un gouvernement, et d’autres sont le fruit de décisions prises par plusieurs sociétés ou par des gens de la localité même.

Il en résulte deux genres de villes : les villes axées sur les services et l’approvisionnement (par exemple, Sudbury en Ontario), qui connaissent parfois des débuts très dynamiques, et les villes fermées (par exemple Témiscaming au Québec), qui sont généralement de petites localités statiques, largement tributaires des activités d’une seule industrie.

Planification urbaine

L’aspect physique des villes de ressources primaires, tout comme leur fonction, dépend des responsables de la planification et de la construction urbaines.

L’aménagement de ces villes reflète les différents concepts d’aménagement urbain et régional en cours au Canada selon les époques. Trois générations de villes de ressources primaires sont aménagées depuis la Confédération. De 1867 à 1920, elles sont aménagées par le secteur privé (par exemple, Cobalt en Ontario). De 1920 à 1939, leur conception suit un modèle global (par exemple, Kapuskasing en Ontario). Depuis 1945, les villes de la troisième génération résultent d’une planification intégrée (par exemple, Kitimat en Colombie-Britannique).

La modernisation de quelques-uns des plus grands centres de services et la conception de certaines des nouvelles villes illustrent de manière frappante les progrès réalisés dans l’aménagement des villes de ressources primaires depuis l’apparition de la première génération de ces villes au 19e siècle. Néanmoins, peu importe la finesse des concepts de planification récents, les problèmes de fond associés aux villes de secteur primaire restent sans solution.

Un grand nombre de ces villes ont une existence éphémère, et les perspectives d’activités et de croissance au-delà de leur fonction initiale se concrétisent rarement. Dans certains cas, la matière première s’épuise purement et simplement, les conditions du marché changent, ou une multinationale transfère ses activités dans un autre pays. Il s’ensuit alors la fermeture de mines ou d’usines, et la ville finit par disparaître (par exemple, Pine Point dans les Territoires du Nord-Ouest ou Schefferville au Québec). C’est le scénario qui a présidé à la disparition de centaines de localités canadiennes. Dans d’autres cas, les installations industrielles deviennent désuètes. Il reste que, dans les deux cas, l’avenir demeure incertain et que les fluctuations économiques extrêmes entravent les tentatives de développement ordonné et à long terme.


Lecture supplémentaire

  • R.T. Bowles, ed, Little Communities and Big Industries (1982); Canada Employment and Immigration Advisory Council, Canada's Single Industry Communities: A Proud Determination to Survive (1987); Rex Lucas, Minetown, Milltown, Railtown (1971); I.M. Robinson, New Industrial Towns on Canada's Resource Frontier (1962); Alan F.J. Artibise and Gilbert A. Stelter, Canada's Urban Past (1981).