La ville de Québec, capitale de la province de Québec, est située sur la rive Nord du fleuve Saint-Laurent, au confluent de ce fleuve et de la rivière Saint-Charles. À cet endroit, le fleuve se rétrécit à un peu plus d'un kilomètre et un chapelet d'îles, dont la principale est l'Île d’Orléans, en complique l'accès en aval. Un promontoire de plus de 98 mètres, appelé le Cap Diamant, domine le site et se prête admirablement bien aux travaux de fortifications qui valent à Québec le surnom de « Gibraltar d'Amérique du Nord ». Québec tire probablement son nom d'un mot algonquien qui signifie « rétrécissement de la rivière ».

Fondation

Avant l'arrivée des Européens, le site de Québec est occupé par des chasseurs et des pêcheurs autochtones pendant quelques millénaires. Ainsi, en 1535, Jacques Cartier y trouve un important village iroquoien (environ 1 000 habitants) appelé Stadaconé. Vivant de pêche, de chasse et de la culture du maïs, ces Autochtones quittent Québec dans les années qui suivent et ne sont pas remplacés sur le site, qui reste toutefois visité par des nomades algonquins, probablement des Innus (Montagnais-Naskapis).

Mandaté par le roi de France, Jacques Cartier visite Stadaconé et y passe l'hiver 1535–1536. Ilrevient en 1541–1542 et hiverne à quelques kilomètres au sud-ouest, à Cap Rouge, avant de rentrer en France avec des barils de minéraux sans valeur (voir Diamants du Canada). L'échec de cette expédition et de celle de Jean-François de La Rocque Roberval (1542–1543) refroidit l'intérêt de la France et retarde tout établissement permanent. Il faut attendre que Samuel de Champlain y fonde, en 1608, un poste de traite qui va durer. Capturée par les frères Kirke en 1629, puis restituée aux Français en vertu du Traité de Saint-Germain-en-Laye (1632), la ville est attaquée à nouveau, sans succès, par Sir William Phips en 1690, mais elle est finalement conquise en 1759 par les troupes britanniques. Une invasion américaine y échoue en 1775–1776, maintenant la colonie sous contrôle britannique.

Expansion

L'emplacement de Québec va déterminer les caractéristiques de son développement. Au temps de la voile, Québec conserve une position dominante comme port d'entrée et de sortie pour la navigation océanique. Québec devient très tôt le lieu de transbordement des produits (surtout fourrures et bois) destinés aux commerces extérieur et intérieur ainsi que le point d'arrivée et de départ des voyageurs et des immigrants qui visiteront et peupleront l'Amérique du Nord. Cette position stratégique confère à Québec, depuis sa fondation, des fonctions politiques, administratives et militaires.

Les chemins de fer qui l'ignorent longtemps, la réorientation du commerce international, l'évolution technologique dans la navigation qui permet aux navires de rejoindre Montréal plus facilement et le déplacement de la population et de l'économie vers l'ouest tendent à marginaliser graduellement Québec depuis le milieu du XIXe siècle. Malgré des efforts répétés, Québec ne parvient pas retenir une activité économique productive substantielle et stable et devient graduellement un centre administratif et culturel de plus en plus provincial et même régional.

Entre 1960 et 1980, la croissance considérable du gouvernement provincial et de ses activités contribue à accélérer la croissance de Québec et de sa banlieue, tout en accentuant encore l'importance relative de sa fonction administrative. Toutefois, depuis les années 1980 et surtout dans les années 1990, la tendance s'arrête et s'inverse, même avec les compressions budgétaires. Enfin, la vocation touristique et culturelle de Québec continue de s'épanouir (voir Tourisme).

Paysage urbain

Au XVIIe siècle, les habitants de Québec occupent d'abord l'étroite bande de terre entre le promontoire et le port (la basse-ville) et ensuite le promontoire même, suivant en cela les institutions religieuses et l'administration de la colonie (la haute-ville). De plus, l'occupation du territoire est grandement influencée par la construction et l'amélioration des fortifications de la ville, principalement à la haute-ville, mais aussi sur les rives du fleuve (voir Lieu historique national des Fortifications-de-Québec).

En plus d'occuper un espace considérable, ces fortifications et les casernes militaires qui les accompagnent contraignent encore plus la fonction domiciliaire civile, déjà entravée par les propriétés des institutions religieuses (archevêché, cathédrale, séminaire, collèges et couvents, Hôtel-Dieu et château Saint-Louis). La basse-ville reste longtemps le centre domiciliaire et commercial. Les deux parties de la ville forment le noyau de la vieille ville, encore bien conservé et même partiellement reconstruit dans le projet de la place Royale.

Dès la fin du régime français, la basse-ville s'étend quelque peu le long du port vers le palais de l'intendant, au nord du promontoire. C'est cependant au XIXe siècle que la ville éclate hors de sa coquille fortifiée et s'étend vers l'ouest, sur le promontoire, sur les rives de la Saint-Charles et au pied de la face nord du promontoire. Ces nouveaux quartiers, souvent construits à la hâte et en bois, subissent plusieurs incendies importants, notamment à Saint-Roch (1845), à Saint-Sauveur (1866, 1870, 1889) et à Saint-Jean-Baptiste (1845, 1876, 1881), qui nécessitent des reconstructions considérables et une amélioration des mesures de protection (aqueduc et pompiers).

Ce déplacement vers l'ouest et vers le nord s'accentue encore au XXe siècle, en particulier depuis les années 1950. Ainsi, de petites paroisses périphériques deviennent des banlieues résidentielles et commerciales en croissance accélérée telles Sillery, Sainte-Foy, Charlesbourg, Cap-Rouge et l'Ancienne-Lorette. Même si le centre-ville se transforme assez radicalement avec l'apparition d'édifices administratifs gouvernementaux et privés et de quelques grands hôtels, le caractère historique de la vieille ville est préservé dans l'ensemble, et les édifices modernes se marient de façon acceptable avec le paysage caractéristique de Québec : promontoire, fortifications, Château Frontenac, Parlement, rivière Saint-Charles, port et pont de Québec. Le maintien des fortifications donne à Québec la distinction à être la seule ville fortifiée en Amérique du Nord.

Population

Même si Québec est la capitale de l'empire français d'Amérique du Nord, elle reste longtemps un gros village sous le régime français (voir Nouvelle-France), passant de 28 habitants en 1608 à un peu plus de 8 000 au moment de la Conquête britannique, en 1759. C'est vraiment dans la première moitié du XIXe siècle que sa population croît très rapidement et atteint près de 60 000 habitants, en 1861. Cette croissance reflète une expansion économique considérable, liée au commerce du bois surtout, et à l'importance des activités politico-administratives.

S'ajoute aux nouveaux arrivants une importante circulation d'immigrants qui transitent chaque année par Québec, en route vers le Haut-Canada ou le reste de l'Amérique du Nord. Ainsi, certaines années, la population de Québec double l'été, avec tous les problèmes qu'un tel afflux momentané aggrave (épidémies et insalubrité).

Comme le commerce du bois et la construction navale subissent un ralentissement graduel dans la seconde moitié du XIXe siècle, la population reste à peu près stable jusqu'au début du XXe siècle. La basse-ville et la haute-ville voient même leur population décroître au profit des nouveaux quartiers tels Saint-Roch. De 60 000 environ en 1860, la population n'atteint que 68 840 en 1901, soit une augmentation totale d'à peine 14,7 % en 40 ans.

En plus des conditions économiques défavorables, la vieille ville manque d'espace habitable, et seule l'annexion de petites municipalités périurbaines permet une croissance de sa population, au début du XXe siècle. La région métropolitaine connaît, toutefois, une croissance plus rapide dans les années 1950, et ce, jusqu'à la fin des années 1970, surtout dans les nouvelles banlieues. On assiste enfin, depuis les années 1980, à un nouveau ralentissement, imputable en partie à une stabilisation de la croissance et à une réduction de la taille de l'État provincial.

Au recensement de 2011, la population de la ville atteint 516 622, auxquels il faut ajouter les 18 141 de Saint-Augustin-de-Desmaures et les 16 745 de L’Ancienne-Lorette, pour un total de 551 508. Il s’agit d’une augmentation de 25 000 en 5 ans, le reflet d’une amélioration sensible du marché de l’emploi.

La population, d'origine française avant la Conquête, se transforme, à partir du début du XIXe siècle surtout, en raison d'une immigration britannique qui s'installe à Québec. On y trouve alors, en 1851, un maximum de 43 % de Britanniques et d'autres nationalités, et 41 % en 1861. Cette proportion élevée chute rapidement avec un arrêt de l'immigration et le départ de nombreux Britanniques vers le reste du Canada et les États-Unis. Déjà en 1871, le pourcentage de non-francophones baisse à 31,5 %, puis à 10 % en 1921, à 6 % en 1971 et finalement à 4 % en 2011. La ville retrouve ainsi et maintient depuis un caractère essentiellement français.

Économie, transport et main-d’œuvre

L'économie de Québec dépend étroitement de ses activités portuaires, liées au transit des richesses naturelles exportées vers l'Europe (fourrures, céréales et bois) et des produits manufacturiers importés. L'expansion considérable de ce commerce permet à Québec de maintenir une position relativement concurrentielle avec Montréal comme principal centre commercial du Québec, jusqu'au milieu du XIXe siècle.

À cette époque, de multiples facteurs entament sérieusement la position commerciale de Québec : le déclin du commerce du bois et le passage du bois équarri au bois scié, l'implantation tardive des réseaux de chemins de fer qui ignorent Québec (le Grand Trunk Pacific Railway passe sur la rive Sud, en face de Québec), la faiblesse de son arrière-pays, le dragage du Saint-Laurent entre Québec et Montréal, l'expansion des relations économiques avec les États-Unis et les changements technologiques dans le commerce et les transports. Montréal acquiert rapidement, dans la seconde moitié du XIXe siècle, une position dominante, tant dans le commerce que dans la finance, les transports et l'industrie aussi bien québécois que canadiens.

La bourgeoisie de Québec, elle-même en déclin, tente de lutter pour préserver sa position, mais échoue. Elle lutte pour obtenir que les chemins de fer transcontinentaux adoptent Québec comme terminus océanique, soit ceux du Québec, de Montréal, d'Ottawa et de l'Occidental, qui est le premier à atteindre Québec en 1879 et dont la section Montréal-Ottawa fera partie du Canadien Pacifique, le Chemin de fer National Transcontinental et le Canadian Northern Railway.

De plus, un lien entre les deux rives doit être construit. Le pont de Québec, encore le plus grand pont cantilever du monde, est érigé de 1900 à 1917, non sans difficulté puisqu'il s'écroule partiellement deux fois en 1907 et en 1916 (voir Catastrophes de pont). Paradoxalement, il facilite la circulation des produits vers les ports plus à l'est. Un second pont, suspendu cette fois, le pont Pierre-Laporte, est construit en 1970, à quelques centaines de mètres du premier.

Au milieu du XIXe siècle, Québec connaît sa révolution industrielle. Elle se manifeste surtout dans l'industrie de la chaussure, qui occupe graduellement une part de plus en plus importante de la main-d'œuvre industrielle. Cependant, Québec ne réussit pas à maintenir la croissance de ses activités manufacturières. L'industrie de la chaussure décline dans les années 1920 et, même si diverses industries apparaissent, disparaissent et occupent une main-d'œuvre parfois importante, elles ne réussissent pas à faire de Québec une ville industrielle quelque peu diversifiée. Les entreprises et les industries représentées à Québec sont principalement la construction navale, les brasseries, les corsets, les produits du tabac, les munitions et les pâtes et papiers.

La majorité des emplois à Québec se trouvent dans les secteurs de l'administration publique et de la défense, des services, de l’assurance, du commerce et des transports, contre à peine 10 % dans le secteur manufacturier. En plus d'attirer de nombreux touristes, Québec profite de son statut de capitale provinciale et de centre régional d'administration et de services.

Gouvernement et politique

De 1765 à 1833 et de 1835 à 1840, Québec est administrée par une commission de juges de paix, nommée par le gouverneur et dominée par des seigneurs, des professionnels « canadiens français » et des marchands britanniques. Cette commission voit au respect des ordonnances de la législature du Bas-Canada. À la suite des pressions des habitants, Québec obtient une première charte municipale, en vigueur de 1833 à 1835, et une seconde en 1840, établissant un conseil municipal élu qui adopte des règlements relatifs à toutes les questions qui en relèvent.

De 1833 à 1856 et de 1870 à 1908, le maire est élu par les échevins et les conseillers, puis de 1856 à 1870 et à partir de 1908, il est élu par les citoyens (propriétaires et locataires). Par ailleurs, le nombre d'échevins, de conseillers et de districts change constamment au gré des annexions, en particulier suivant celles de Saint-Sauveur en 1889, de Saint-Malo en 1908, de Limoilou en 1909, de Montcalm en 1913, de Notre-Dame-des-Anges en 1924, des Saules en 1969, de Duberger en 1970, de Neufchâtel en 1971 et de Charlesbourg-Ouest en 1973.

Depuis 1970, la Communauté urbaine de Québec (CUQ) regroupe 13 municipalités de la rive Nord et s'occupe de planification urbaine, de transports en commun (STCUQ), d'évaluation foncière et de promotion industrielle et touristique. Dans le contexte d’une vaste opération provinciale de regroupements municipaux, dite de « fusions forcées », les municipalités de la CUQ deviennent la nouvelle ville de Québec en 2001. Un scrutin de « défusion », tenu en 2004, maintient l’intégrité territoriale de Québec, à l’exception des anciennes villes de Saint-Augustin-de-Desmaures et de L’Ancienne-Lorette.

Le rôle de Québec comme capitale « nationale » jusqu'en 1840, de 1851 à 1855 et de 1859 à 1865, puis celui de capitale provinciale depuis 1867, établit des relations privilégiées entre politiciens nationaux, provinciaux et municipaux. Ainsi, mis à part quelques hommes d'affaires avant 1870, la plupart des maires de Québec mènent également une carrière importante dans les hautes sphères de la politique, avant, après et même pendant leur mandat. Un des maires les plus importants de Québec, Simon-Napoléon Parent (1894–1906), a également été ministre des Terres et Forêts (1897–1905) et premier ministre du Québec (1900–1905). La Commission de la capitale nationale du Québec est établie en 1995 avec le mandat de promouvoir et de développer toutes les dimensions d'une capitale « nationale ».

Vie culturelle

Québec demeure le principal centre de la culture française et le siège du seul gouvernement francophone d'Amérique du Nord. En plus d'en avoir conservé les vestiges et les traditions, elle a pu maintenir une homogénéité culturelle plus grande que Montréal, l'autre pôle déterminant de la culture française.

Parmi ses maisons d'enseignement, citons le Séminaire de Québec (1668) et l'Université Laval (1852). Jusqu'en 1920, cette dernière était la seule université francophone du Québec, jusqu'à ce que son université satellite, à Montréal, fondée en 1876, devienne indépendante et prenne le nom d'Université de Montréal, ce qui provoque souvent des affrontements acrimonieux à l'intérieur du clergé et des milieux politiques provinciaux. Située auparavant dans le Vieux-Québec, l'Université Laval se déplace graduellement, à partir de 1950, dans un nouveau campus spacieux en banlieue. Le siège social et plusieurs constituantes de l’Université du Québec s’installent également à Québec à partir des années 1960.

Le caractère historique de Québec transparaît dans l'architecture de la vieille capitale, qui a aussi fait l'objet de restaurations importantes et qui abrite maintenant des musées exceptionnels. Les gouvernements municipal, provincial et fédéral conjuguent leurs efforts et aménagent la place Royale, le parc de l'Artillerie et les fortifications de Québec (citadelle, murs, portes, forts de la rive Sud), le Vieux-Port, les voûtes du Palais, le Musée de l'Amérique française (1806, 1993), plusieurs musées privés, surtout religieux, et le Musée de la Civilisation (1988). En 1985, l'arrondissement historique du Vieux-Québec est inscrit sur la liste des sites du Patrimoine mondial de Nations Unies et accueille, depuis 1993, le secrétariat général de l'Organisation des villes du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le Musée du Québec (1933), renommé en 2002 Musée national des beaux-arts du Québec, possède de nombreuses œuvres d'art ancien et moderne et fait partie d'un grand parc urbain, les plaines d'Abraham (ou parc des Champs de bataille, 1908), qui commémore la bataille décisive, épilogue de la conquête de la ville et de la Nouvelle-France par l'armée britannique (1759). Ajoutons enfin un aquarium, près du pont de Québec, et le Grand Théâtre de Québec (1971), qui héberge notamment l'Orchestre symphonique de Québec.

À quelques minutes de la ville se trouvent plusieurs centres de ski alpin et de randonnée, tels le Mont-Sainte-Anne, Stoneham et celui de Lac-Beauport. Après avoir eu longtemps d'excellentes équipes de hockey mineur, Québec obtient enfin son entrée dans le hockey professionnel majeur avec les Nordiques de Québec (1972), qui font partie de la Ligue nationale de Hockey (LNH) de 1979 à 1995. Vendue et déménagée à Denver, au Colorado, l'équipe, renommée Avalanche, gagne la coupe Stanley en 1996 et 2001. Un nouvel amphithéâtre multifonctionnel est construit en 2014–2015, dans l’espoir d’un retour du hockey professionnel. Québec est également l'hôte d'un tournoi international de hockey peewee.

Plusieurs manifestations attirent touristes et Québécois, notamment le Carnaval de Québec (voir Festivals d’hiver), qui a lieu en février depuis 1954; le Festival d'été international de Québec, en juillet; et on souligne plusieurs événements importants tels que les 300e (1908), 375e (1983), 450e de l'arrivée de Jacques Cartier (1984) et 400e anniversaires de la fondation de Québec. Les célébrations sont l’occasion d’accueillir sur les Plaines de nombreux spectacles musicaux d’envergure internationale, une tendance qui se confirme depuis, à chaque été.

Parmi les nombreux auteurs de Québec ayant marqué la littérature québécoise, citons Roger Lemelin, dont les romans ont pour toile de fond les quartiers ouvriers de la ville. Dans le monde du théâtre, il faut souligner la contribution de Robert Lepage et d’Ex Machina, un lieu de création multimédia d’envergure internationale, inauguré en 1997. Québec possède cinq stations de télévision, dont une anglophone, plusieurs stations communautaires, de nombreuses stations de radio et deux quotidiens, Le Soleil et le Journal de Québec.