7e tour : Comment passe-t-on...

Comment passe-t-on de Jagged Little Pill à Wilfrid Laurier?

Dans cette édition du jeu des six degrés de l’histoire canadienne, nous prennons comme point de départ l’album canadien le plus vendu de la décennie 1990, et notre exercice se termine par un premier ministre canadien du tournant du XXᵉ siècle. Album emblématique de l’artiste Alanis Morissette, Jagged Little Pill a fracassé plusieurs records de vente, en plus de marquer la scène rock alternative. Pour sa part, Wilfrid Laurier détient la marque d’avoir été le premier ministre le plus longtemps en poste sans interruption. Mais en dépit de ces exploits, tout les séparent. Voyons quels chemins nous pourrions emprunter entre ces deux sujets...



Jagged Little Pill

L’album Jagged Little Pill, sorti en 1995, a propulsé l’artiste Alanis Morissette sur les palmarès internationaux et en a fait l’une des auteurs-compositeurs-interprètes canadiennes les plus connues à travers le monde. Vendu à plus de 16 millions d’exemplaires aux États-Unis et 33 millions d’exemplaires dans le monde entier, cet album bat simultanément deux records, soit celui du plus vendu pour une interprète féminine aux États-Unis, et celui du plus vendu de l’histoire dans le monde entier. C’est également l’album le plus vendu de la décennie, et le premier album d’un artiste canadien à être vendu à plus de deux millions d’exemplaires au Canada.

Alanis Morissette est née le 1er juin 1974 à Ottawa, en Ontario, d’une mère hongroise et d’un père franco-ontarien.

Franco-Ontariens

Drapeau franco-ontarien

Les Franco-Ontariens sont des Canadiens qui vivent en Ontario et qui parlent le français à la maison. Selon le recensement de 2011, on dénombre 611 500 Franco-Ontariens (4,9 % de la population de la province).

Le gouvernement de l’Ontario reconnaît le français comme langue officielle des écoles secondaires en 1969, et adopte la Loi sur les tribunaux judiciaires qui confère au français le statut de langue officielle en 1984. En 1986, l’Assemblée législative adopte la Loi sur les services en français.

Bien que l’Ontario ne soit pas membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), au même titre que le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick, cette province est membre de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, l’assemblée consultative de la Francophonie. À l’heure actuelle, la secrétaire générale de l’OIF est une Canadienne, l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean.

Michaëlle Jean

Originaire d’Haïti, elle devient la première Canadienne noire à travailler pour un service des nouvelles de la télévision française au Canada. En 2004, elle est suffisamment connue des Canadiens francophones pour lancer sur le Réseau de l’information de Radio-Canada (RDI) sa propre émission d'actualités intitulée Michaëlle. Au Canada anglais, elle est bien connue des spectateurs des émissions documentaires de CBC Newsworld, The Passionate Eye et Rough Cuts, qu'elle présente à compter de 1999.

Assermentée le 27 septembre 2005, elle succède à Adrienne Clarkson. Elle utilise sa fonction pour faire progresser les droits de la personne, soutenir les arts, attirer l'attention sur les problèmes socio-économiques du Nord canadien et promouvoir le Canada à l'étranger, en particulier en Afrique et en Haïti, sa terre natale.

Remplacée par David Johnston au poste de gouverneur général le 1er octobre 2010, Michaëlle Jean est nommée à la présidence du Conseil d'administration de l’Institut québécois des hautes études internationales de l’Université Laval en octobre 2010, et devient chancelière de l’Université d’Ottawa en février 2012.

Université d’Ottawa

Tabaret Pavillion

L'Université d'Ottawa, à Ottawa, en Ontario, a été fondée en 1848 par les Oblats en tant que Collège de Bytown. En 1861, l'institution est devenue le Collège d'Ottawa. Elle se démarque parce qu'elle est l'une des plus grandes universités bilingues d'Amérique du Nord. Poursuivant son mandat qui consiste à promouvoir le bilinguisme et le biculturalisme dans un environnement multiculturel, l'Université d'Ottawa offre des programmes alliant enseignement et recherche dans les deux langues officielles du Canada.

À partir du dernier quart du XIXᵉ siècle, le droit des minorités à l’éducation a fait l’objet de différentes crises, d’abord au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, dans les Territoires du Nord-Ouest, puis en Ontario. La question des écoles du Manitoba est de loin la plus complexe et la plus lourde de conséquences.

Question des écoles du Manitoba

La Loi sur le Manitoba de 1870 établit un système double d'écoles catholiques et protestantes. Après une arrivée massive d'anglo-protestants venant de l'Ontario, la proportion de francophones et de catholiques par rapport à la population du Manitoba diminue. En mars 1890, le gouvernement libéral de Thomas Greenway abolit toutes subventions aux écoles catholiques. Le Conseil privé confirme à deux reprises la validité de la loi provinciale, mais reconnaît le pouvoir du gouvernement fédéral de restituer les privilèges perdus en matière d'éducation.

Lors des élections de 1896, Wilfrid Laurier refuse de prendre une position définitive, mais les Canadiens français sont d’avis qu’il sera plus en faveur des droits des minorités que les conservateurs et le choisissent pour diriger le pays. Contrairement à leurs attentes, Laurier ne se fait pas le champion des droits scolaires de la minorité catholique du Manitoba. En 1896, par l’accord « Laurier-Greenway », il est décidé que cette province ne pourra plus retrouver le système d’écoles séparées dont elle jouissait avant 1890, bien qu’elle bénéficiera de certaines concessions.

Au nom de l’harmonie nationale et de la politique du « moindre mal », Wilfrid Laurier amorce ainsi ses politiques de compromis qui le garderont longtemps au pouvoir.

Wilfrid Laurier

Sir Wilfrid Laurier

Chef du Parti libéral du Canada de 1887 à 1919, Wilfrid Laurier est le tout premier Canadien français à occuper la fonction de premier ministre du Canada (1896-1911) après la Confédération. Figure dominante de son époque, il favorise l’essor et la croissance du pays en encourageant l’immigration vers l’Ouest canadien, en appuyant la construction d’un autre chemin de fer transcontinental et en supervisant lui-même la création de deux nouvelles provinces, l’Alberta et la Saskatchewan.

Politicien habile et éloquent, vraie légende de son vivant, Laurier a suscité les jugements les plus divers. Pour les uns, il est le successeur spirituel de John A. Macdonald, car il a su poursuivre et consolider la Confédération. Pour d’autres, il aurait trop souvent, au nom de l’unité nationale et de nécessaires compromis, sacrifié les intérêts des Canadiens français catholiques. Devenu chef de l’Opposition en 1911, il défendra les droits des Franco-Ontariens à l’instruction bilingue dans les écoles et refusera le projet de conscription militaire, en proposant la tenue d’un référendum tout en poursuivant l’enrôlement volontaire.


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