Away

Troisième roman de Jane Urquhart, Away (1993) est une saga familiale élégiaque et lyrique qui glorifie la mythologie irlandaise et la force morale des immigrants irlandais venus s'installer au Canada.

Urquhart, Jane
(photo de Tony Urquhart)

Troisième roman de Jane Urquhart, Away (1993) est une saga familiale élégiaque et lyrique qui glorifie la mythologie irlandaise et la force morale des immigrants irlandais venus s'installer au Canada. Esther O'Malley Robertson, l'unique occupante d'une ferme ontarienne appartenant à une famille irlandaise, raconte à voix basse l'histoire d'une lignée de « 140 ans », alors que sa propriété est vouée à disparaître à cause d'une carrière de pierre calcaire. Pendant que la mine efface les souvenirs « enfouis dans le calcaire » , elle « recompose et réaffirme un long récit déjà raconté, l'évoque, le rappelle ».

La juxtaposition de la sinistre industrie et de l'histoire d'Esther traduit symboliquement un conflit thématique central qui oppose un banal mépris pour le passé à la puissance dynamique et transformatrice du mythe. L'histoire de sa famille remonte aux années 1840 durant la famine de la pomme de terre, au large de la côte Nord de l'Irlande. Urquhart évoque aussi à merveille les établissements de colonisation en Ontario au milieu du XIXe siècle, ainsi que Montréal et Ottawa à l'époque de la Confédération. Au centre du roman se trouve le mythe folklorique irlandais de ceux qui sont « loin », qui ont été possédés ou amenés à l'autre monde. L'auteure transforme ce mythe en imputant ce genre d'aliénation à l'amour qui n'est pas payé de retour et au désir ardent de l'amant absent. Dans l'un des passages les plus touchants du roman, une Canadienne irlandaise de la première génération, Eileen O'Malley, se trouve impliquée par erreur dans l'assassinat de D'Arcy McGee. Away a remporté, avec un autre roman, le Prix Trillium de l'Ontario en 1994.


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