Boucher de Boucherville, Georges

Au terme de ses études au petit séminaire de Montréal, il fait l'apprentissage du droit, tout en s'initiant à la littérature.


Boucher de Boucherville, Georges

 Pierre-Georges-Prévost Boucher de Boucherville, militaire et aide de camp du gouverneur Prévost, écrivain, inventeur (Québec, 21 octobre 1814 - Saint-Laurent [île d'Orléans], 6 septembre 1894), premier enfant de Pierre Boucher de Boucherville, seigneur.

Au terme de ses études au petit séminaire de Montréal, il fait l'apprentissage du droit, tout en s'initiant à la littérature. En 1835, il publie LaTour de Trafalgar, un conte fantastique qui connaît plusieurs éditions, puis Louise Chawinikisique, une légende indienne qui lui vaut le premier prix d'un concours littéraire organisé par son éditeur, l'Ami du peuple, de l'ordre et des lois.

Admis au barreau en janvier 1837, Georges Boucher de Boucherville exerce d'abord sa profession dans le canton d'Aylmer mais il revient vite à Montréal, où il joint les rangs des Fils de la liberté, à titre de « secrétaire correspondant ». Les esprits s'enflamment à l'automne 1837, les Fils de la liberté affrontent les loyaux du Doric Club dans les rues de Montréal, le 6 novembre. Dix jours plus tard, Georges Boucher de Boucherville est arrêté en même temps que son chef, André Ouimet. Accusé de haute trahison, il est détenu sans procès et libéré sous caution le 8 juillet 1838.

À l'automne 1838, craignant une nouvelle arrestation, il s'enfuit aux États-Unis et se rend jusqu'en Lousiane où il passe plusieurs années. D'après une lettre (inédite) d'Amédée Papineau à son père en 1841, « Boucherville est fort bien, à la campagne, bien encouragé et bien payé, a nègres, chevaux, voitures, fusils et chiens ; et, à part de ses occupations professionnelles, trouve encore le temps de s'amuser. Et il [...] dit qu'il ne veut jamais retourner au Canada ».

L'écrivain

En 1843, Georges Boucher de Boucherville revient néanmoins au Bas-Canada. En 1845, il préside la Société des amis, une organisation semblable à l'Institut canadien, où des conférenciers font des « lectures » sur l'histoire et les sciences. À la fin des années 1840, il pratique le droit dans le canton d'Aylmer, puis brièvement à Sherbrooke et finalement à Saint-Hyacinthe (après la mort de son père). Les questions juridiques l'occupent toujours, comme en témoigne une série d'articles parus dans La Minerve en 1845 mais il s'intéresse aussi à la littérature et aux questions socio-économiques.

À partir de 1849, l'Album littéraire et musical de La Minerve en 1849 et 1851 publie son feuilleton, Une de perdue, deux de trouvées, qui se déroule en Louisiane. Boucher de Boucherville remanie ensuite son texte qui est publié par la Revue canadienne en 1864-1865 avec une suite qui se situe pendant les événements de 1837 au Bas-Canada. L'ouvrage sera édité en livre en 1874.

Ses premiers essais d'économie politique paraissent dans La Minerve d'octobre 1848 à février 1849 sous le titre « Les Sophismes de M. Bastiat ». Il commente longuement un ouvrage de l'économiste français Frédéric Bastiat et conteste les opinions de ce partisan du libre-échange et de l'individualisme. Il s'intéresse ensuite au crédit immobilier. Son Projet d'étude pour la formation d'une banque agricole nationale pour le Bas-Canada est publié à Saint-Hyacinthe en 1862. Il se rend en Europe pour étudier cette question et rédige une étude sur le crédit foncier qui sera publiée en 1863 par un comité spécial de l'Assemblée législative.

L'inventeur

En 1867, Georges Boucher de Boucherville est brièvement secrétaire du premier lieutenant-gouverneur, Narcisse-Fortunat Belleau, puis, à compter du 1er novembre, greffier du Conseil législatif à Québec, poste qu'il occupera jusqu'à sa retraite en avril 1889.

Comme plusieurs autres fonctionnaires parlementaires, le greffier a des temps libres. Le Conseil législatif, que préside son frère Charles-Eugène, ne compte que 24 membres, siège une quarantaine de demi-journées par année et exerce parcimonieusement son pouvoir d'initiative législative. Georges Boucher de Boucherville peut donc s'occuper à d'autres choses que la procédure.

En 1877, il rédige un Code du whist, jeu de cartes fort populaire dont il donne les règles et les principes, et il publiera plus tard un autre roman-feuilleton, Nicolas Perrot ou les Coureurs de bois sous la domination française, mais, entre-temps, ses intérêts ont évolué.

En 1878, Boucher de Boucherville obtient un brevet pour son « Mode de transmettre, recevoir et enregistrer les dépêches télégraphiques ». En fait, le code qu'il a conçu ne sert pas uniquement à améliorer les communications télégraphiques mais aussi à établir un langage universel. L'invention de nouvelles langues connaît alors une grande popularité et celle que Georges Boucher de Boucherville a créée est l'exemple le plus sophistiqué qu'un Canadien ait produit.

Chaque syllabe et chaque mot de ce langage correspondent à un nombre, et peuvent ainsi subir des opérations mathématiques. « La base fondamentale du langage numérique étant les nombres mêmes, toutes les opérations que l'on peut faire avec les nombres peuvent également se faire avec les mots du langage », écrit-il dans son Dictionnaire du langage des nombres, un ouvrage de plus de 1000 pages édité en 1889, deux ans après celui de Zamenhoff sur l'esperanto. Le dictionnaire de Boucher de Boucherville répertorie tous les termes de la langue qu'il a inventée et donne le terme équivalent en français et en anglais.

Décédé le 6 septembre 1894 à Saint-Laurent (île d'Orléans), Boucher de Boucherville est inhumé quatre jours plus tard dans le caveau familial à Boucherville. Il laisse dans le deuil une épouse, Louise Gregory, qu'il avait épousée deux fois le même jour, soit le 15 février 1847, à trois heures de l'après-midi, à la First Congregational Church de Montréal, puis devant un prêtre de la paroisse Notre-Dame de Montréal, avec le consentement du docteur Silas Gregory, père de l'épouse mineure.