Peter Henderson Bryce

Peter Henderson Bryce, médecin, responsable de la santé publique (né le 17 août 1853 à Mount Pleasant, Canada-Ouest; mort en mer le 15 janvier 1932). Le Dr Peter Henderson Bryce a été un pionnier de la santé publique et des politiques sanitaires au Canada. Il est connu surtout pour ses efforts afin d’améliorer les conditions de vie et la santé des peuples autochtones. Son Report on the Indian Schools of Manitoba and the Northwest Territories a révélé au grand jour les conditions insalubres ayant cours dans les pensionnats indiens des provinces des Prairies, et a suscité à un mouvement d’opinion national pour la réforme des pensionnats indiens.



Peter Henderson Bryce

Un portrait du Dr Peter Henderson Bryce photographié en 1890.

Mots clés

Médecin : personne ayant une formation en médecine et autorisée à la pratiquer (particulièrement le diagnostic et les traitements non chirurgicaux).

Médecine préventive : branche de la médecine qui se concentre sur les moyens de prévenir la maladie (par exemple, grâce à l’hygiène et l’éducation).

Écoles résidentielles : écoles religieuses financées par le gouvernement mises sur pied afin d’assimiler les enfants autochtones à la culture euro-canadienne.

Hygiène : systèmes et pratiques visant à promouvoir la santé et à prévenir les maladies (par exemple, systèmes d’égout et d’élimination des déchets).

Jeunesse et formation

Le père de Peter Henderson Bryce, George Bryce père, est un important membre de la communauté presbytérienne locale. Il est juge de paix du comté de Brant, dans le Haut-Canada (aujourd’hui Ontario). George Bryce père et son épouse, Catherine, encouragent leur fils à étudier. Peter reçoit son diplôme de l’Upper Canada College. Puis il fréquente l’Université de Toronto, où il obtient un baccalauréat, une maîtrise, puis un baccalauréat en médecine.

Peter Bryce poursuit ses études avancées en médecine en Europe. Après un bref séjour en tant que professeur à l’Université de Guelph, il quitte le Canada en 1880 pour étudier à Édimbourg puis à Paris, où il étudie la neurologie au célèbre hôpital de la Salpêtrière. Il revient au Canada en 1881 en tant que fellow du Edinburgh’s Royal College of Physicians et membre du Sanitary Institute of Great Britain. Il s’installe de nouveau à Guelph, où il ouvre un cabinet de médecine générale. En 1886, il complète sa formation en médecine avec un doctorat.

Carrière

En 1882, Peter Henderson Bryce accepte une nomination politique, le poste de secrétaire du nouveau Conseil provincial de la santé de l’Ontario créé par sir Oliver Mowat. Les deux hommes jouent un rôle central dans la rédaction du Public Health Act de l’Ontario de 1884. En 1887, Peter Bryce devient directeur général du Conseil provincial de la santé. Il est un des premiers à promouvoir la médecine préventive et la salubrité publique. Il propose des mesures avant-gardistes comme la sensibilisation du public à l’hygiène personnelle. Peter Bryce met aussi en œuvre des politiques afin de prévenir la propagation de maladies. Parmi celles-ci, on retrouve un contrôle gouvernemental plus strict de l’approvisionnement public en eau et en nourriture, ainsi que l’évacuation appropriée des eaux usées. Comme les médecins d’Europe et des États-Unis, Peter Bryce commence à recueillir des statistiques détaillées sur la santé publique en Ontario. Son travail en faveur de l’hygiène et de la médecine préventive ne se limite pas à son rôle dans le gouvernement ontarien; il est membre actif de l’Association canadienne de préservation contre la tuberculose, et en 1900, il est le premier Canadien à devenir président de l’American Public Health Association.

Sir Oliver Mowat
Photo prise en 1902 à l'époque où Mowat est lieutenant-gouverneur de l'Ontario.

En 1904, Peter Bryce est nommé médecin hygiéniste en chef du ministère fédéral de l’Intérieur et des Affaires indiennes. À ce titre, il s’élève publiquement contre la croyance, répandue parmi les Canadiens blancs, selon laquelle la mauvaise condition physique des personnes des autres ethnies est attribuable à une infériorité (voirRacisme). Il soutient plutôt que ce sont les immigrants pauvres de Grande-Bretagne qui présentent la plus grande menace envers la pureté morale et physique de la société canadienne. À titre de médecin hygiéniste en chef, Peter Bryce supervise l’examen médical des immigrants arrivant au Canada. Ses idées personnelles sur les races et sur la pauvreté seront donc déterminantes pour le développement de la politique d’immigration du début du 20e siècle. Il est convaincu que les inégalités sociales pourraient être combattues par des réformes sociales, incluant la promotion de la santé. À plusieurs égards, ces idées correspondent à l’idéologie du mouvement Social Gospel de l’époque.

Rapport sur les pensionnats indiens

Le passage à la fonction publique fédérale permet à Peter Henderson Bryce d’appliquer ses politiques de santé publique à une plus grande échelle. En tant que médecin hygiéniste en chef du ministère des Affaires indiennes, il entreprend de colliger des statistiques vitales sur les peuples autochtones du pays. Il recommande aussi l’installation d’hôpitaux temporaires dans les réserves ou à proximité afin de combattre le taux alarmant de mortalité par tuberculose qui y sévit. Ce taux est alors presque 20 fois plus important que ce qu’on retrouve chez les autres Canadiens.

Peter Bryce commence aussi à faire des pressions pour que soient améliorées les conditions sanitaires dans les pensionnats indiens. En 1907, il remet son Report on the Indian Schools of Manitoba and the Northwest Territories. Le rapport révèle un taux de mortalité effarant dans ces écoles. Dans un de ces établissements, le pensionnat indien de File Hills Colony, il découvre que 69 % des anciens élèves sont morts, presque tous de la tuberculose. Peter Bryce conclut que ces morts sont attribuables aux mauvaises conditions sanitaires et à l’absence d’hygiène. Son premier rapport démontre clairement la responsabilité directe du gouvernement fédéral dans cet état de fait.

Le ministère des Affaires indiennes ne publie pas le rapport de Peter Bryce. Toutefois, il est divulgué à des journalistes et soulève un mouvement d’opinion dans tout le pays en faveur d’une réforme. Malgré l’indignation publique, les pensionnats indiens restent ouverts. Les recommandations de Peter Bryce sont en grande partie ignorées. Les enfants autochtones continuent à mourir de tuberculose et d’autres maladies à un taux alarmant. (Voir aussiSanté des Autochtones.)

Pensionnat White Eagle
[Pensionnat] de White Eagle, réserve des Pieds-Noirs [1902-1905], Alberta.

Vie ultérieure

Peter Henderson Bryce quitte la fonction publique en 1921. Pendant presque vingt ans, il essaie d’améliorer les conditions de vie des peuples autochtones du Canada, avec peu de succès. En 1922, il publie The Story of a National Crime, une brochure où il laisse éclater sa colère devant l’inaction du gouvernement relativement à cette question.

Peter Henderson Bryce meurt en mer en 1932, à l’âge de 79 ans, en route pour les Antilles. Il est enterré à Ottawa.


Lecture supplémentaire

  • Maureen Lux, “Bryce, Peter Henderson,” dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10 (2003–).

  • Peter Henderson Bryce, The Illumination of Joseph Keeler (1915) and The Value to Canada of the Continental Immigrant (1928).

Liens externes