Contrôle des naissances

Les êtres humains ont tenté de maîtriser la fécondité par bien des moyens : l'abstinence, la contraception, l'avortement, les interventions comme la vasectomie ou l'hystérectomie et l'infanticide.

Pilules anticonceptionnelles

Les êtres humains ont tenté de maîtriser la fécondité par bien des moyens : l'abstinence, la contraception, l'avortement, les interventions comme la vasectomie ou l'hystérectomie et l'infanticide. L'expression « contrôle des naissances » apparaît en 1914 et signifie à l'époque la limitation volontaire de la conception par le recours à des moyens mécaniques ou chimiques ou à ces deux sortes de moyens. Aujourd'hui, l'utilisation d'hormones, la méthode de barrière et les méthodes naturelles de contrôle des naissances font aussi partie des méthodes contraceptives.

Avant la Première Guerre mondiale, quelques Canadiens se font les défenseurs de la limitation des naissances comme mesure de santé, mais les groupes organisés en faveur de cette mesure n'apparaissent que dans les années 1920. À l'instar de groupes semblables en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ils soutiennent qu'un enfant doit être voulu et élevé convenablement. Le contrôle des naissances éviterait aux femmes des grossesses annuelles non désirées et réduirait le nombre d'avortements illégaux. Il pourrait améliorer les relations conjugales, la santé des mères et des enfants ainsi que le bien-être de la famille. Cependant, les groupes canadiens ne vont pas jusqu'à prétendre que la limitation des naissances est le remède aux problèmes sociaux causés par la pauvreté.

Les membres de ces groupes sont généralement des femmes et des hommes instruits. Certains s'inspirent du mouvement Social Gospel, d'autres sont des féministes. Ils sont issus de toutes les professions et leurs inclinations politiques vont du socialisme au conservatisme.

Selon le Code criminel de 1892, le contrôle des naissances est obscène et « incite à la corruption morale ». Si la personne accusée ne peut prouver qu'elle a agi « pour le bien public », il ou elle est passible d'une peine d'emprisonnement de deux ans. Des groupes de pression natalistes, issus des milieux d'affaires, religieux et politiques, s'opposent à la contraception. Leurs attaques contre les défenseurs de la limitation des naissances sont fréquentes et souvent diffamatoires.

Néanmoins, dans les années 1920, les recherches menées dans le monde sur la sexualité humaine suscitent de l'intérêt au Canada. On remet en question la loi de 1892 et la taille des familles des classes aisées diminue. Les couples bien informés peuvent se procurer clandestinement des contraceptifs commerciaux ou recourent à des moyens plus artisanaux. Toutefois, le taux de fécondité des classes défavorisées demeure élevé et les tenants du contrôle des naissances font pression pour que les moyens de contraception soient gratuits pour tous ceux qui souhaitent les utiliser.

Les politiciens invoquent la loi pour éluder la question, tandis que de rares groupements bénévoles orientent résolument des femmes vers quelques médecins courageux ou encore, renseignent les femmes mariées. Le premier groupe procontraception canadien est formé à Vancouver en 1923, et la première clinique de contrôle des naissances voit le jour à Hamilton en 1932.

Dès 1930, un programme de contrôle des naissances est offert aux femmes des classes à faible revenu par A.R. Kaufman, un philanthrope de Kitchener, en Ontario. Sur demande à son bureau d'information parentale, le Parent Information Bureau (PIB), les clients peuvent recevoir des contraceptifs expédiés par la poste ou être orientés vers des médecins disposés à leur fournir des diaphragmes ou à effectuer des stérilisations.

Lorsqu'une des employées du PIB, Dorothea Palmer, est arrêtée en 1936 dans une banlieue défavorisée d'Ottawa à prédominance francophone, les avocats de Kaufman obtiennent l'acquittement en faisant valoir qu'elle ne travaille pas dans un but lucratif, mais « pour le bien public ». Le bureau d'information sert bientôt 25 000 clients par année. La cause de l'employée fait jurisprudence et rassure de nombreux autres groupes préconisant la limitation des naissances, dont aucun n'arrive cependant avant les années 1960 à offrir un programme aussi populaire que celui de Kaufman.

Après la Seconde Guerre mondiale et le baby-boom qui s'ensuit, l'opinion publique est de plus en plus favorable au contrôle des naissances. En 1955, le Service de régulation des naissances (Seréna) est fondé par Gilles et Rita Breault à Lachine, au Québec, pour faire connaître les méthodes naturelles de contraception. Seréna est un groupe confessionnel qui prône une perspective essentiellement chrétienne du contrôle des naissances. Ces méthodes naturelles sont fondées sur les petits changements du corps qui peuvent être associés à l'ovulation. L'avènement de la pilule contraceptive et des dispositifs intra-utérins (stérilets) en plastique ainsi que la prise de conscience de « l'explosion démographique » ont contribué à la formation de nouveaux groupes bénévoles.

En 1963, Barbara et George Cadbury, ardents défenseurs de la limitation des naissances, mettent sur pied une fédération regroupant les associations de contrôle des naissances de Vancouver, de Winnipeg, de Hamilton, de Toronto et d'Ottawa, et obtiennent que leur fédération fasse partie de la Fédération internationale pour le planning familial (IPPF). Ses objectifs sont de responsabiliser les parents et d'éduquer le public. De nouveaux groupes provenant d'Edmonton, de Montréal et de Calgary acceptent de s'y associer, ce que refusent de faire le PIB et Seréna.

La fédération canadienne porte d'abord le nom de Canadian Federation of Societies for Population Planning, mais en 1967, prend celui de Fédération pour la planification familiale du Canada et devient finalement en 1975 la Fédération pour le planning des naissances du Canada (FPNC). Quelques groupes des régions de Vancouver et de Winnipeg bénéficient de subventions de Centraide. À partir de 1967, le gouvernement québécois finance la formation de spécialistes et de travailleurs sociaux francophones et subventionne Seréna. Au début de 1969, le gouvernement de la Colombie-Britannique accorde des subventions à la Planned Parenthood Association (aujourd'hui Options for Sexual Health) de la province.

Robert W. Prittie porte la cause devant le Parlement. Avec l'appui officieux des Églises anglicane, presbytérienne, unie et unitarienne, et, plus tard, celui de l'Association canadienne d'économie familiale et de l'Armée du salut, la FPNC fait pression sur le gouvernement canadien pour que la contraception soit supprimée du Code criminel. L'Association médicale canadienne et d'autres organisations bénévoles sérieuses suivent le mouvement. La Conférence canadienne des évêques catholiques déclare qu'elle ne s'oppose pas à l'amendement, et la loi est modifiée en 1969.

En 1971, la FPNC, subventionnée par Santé et Bien-être social Canada (aujourd'hui Santé Canada), se charge d'agir comme catalyseur pour que le gouvernement finance les coûts de l'information et des services relatifs au contrôle des naissances partout au Canada. Le nombre d'organismes défendant la cause ou offrant des services se multiplie, et quelques gouvernements provinciaux commencent à offrir des programmes. La FPNC recueille aussi des fonds pour l'IPPF. À partir de 1976, l'aide du gouvernement fédéral aux services de contrôle des naissances commence à diminuer. Seules demeurent de maigres subventions destinées à la FPNC et à Seréna. L'éducation et les services en matière de contrôle des naissances sont devenus une question politique et, à partir des années 1970, divers programmes publics et privés sont mis en place pour aider à fournir ces services. En 2005, la Fédération pour le planning des naissances du Canada prend le nom de Fédération canadienne pour la santé sexuelle (FCSS) afin de refléter plus clairement ses objectifs. Le gouvernement ne fournit plus de fonds aux groupes confessionnels comme Seréna ni aux organismes à but non lucratif comme la FCSS.

Le gouvernement canadien commence à répondre aux demandes d'aide de pays du Tiers-Monde et fait également des dons à l'IPPF et au Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population. Ces formes d'aide internationale à la limitation des naissances se poursuivent. Seréna met aussi en place un réseau de groupes à l'étranger, notamment en France.

Différents groupes et organismes gouvernementaux se chargent d'informer les Canadiens des avantages de l'éducation sur les activités sexuelles et les grossesses responsables. L'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) est responsable de diffuser de l'information factuelle largement accessible sur la reproduction et la sexualité. Les renseignements, adaptés à l'âge, sont conçus pour que tous les Canadiens puissent les consulter, peu importe leur appartenance ethnique, culturelle ou religieuse. L'ASPC a pour mandat d'élaborer des méthodes d'enseignement efficaces et inclusives en matière de santé sexuelle. Elle conçoit en 1994 les premières Lignes directrices canadiennes pour l'éducation en matière de santé sexuelle, qui seront révisées en 2003 et en 2008. La quantité de l'information publique facilement accessible sur la sexualité et le contrôle des naissances a énormément augmenté au cours de la dernière décennie, en particulier avec l'avènement des services Internet en Amérique du Nord.

Devenu un droit légal pour les Canadiennes en 1988, l'avortement est aujourd'hui considéré comme un service médicalement nécessaire. Le Dr Henry Morgentaler, qui a été accusé plusieurs fois d'offrir des avortements, a contesté le droit que s'était attribué le gouvernement d'interdire les services d'avortement au Canada. Avant 1988, le Code criminel avait servi à poursuivre les médecins et les autres personnes qui pratiquaient des interruptions volontaires de grossesse. Bien que l'avortement soit maintenant théoriquement légal au Canada, l'accessibilité des services diffère d'une province à l'autre. Il existe de nombreux établissements spécialisés en Colombie-Britannique et en Ontario, alors qu'il n'y en a que quelques-uns en Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick.

Le taux annuel d'avortements au Canada a baissé en 2005 par rapport à 2004 et 2003. Le nombre de grossesses menées à terme par des jeunes femmes de moins de 20 ans a également diminué. Malgré la sensibilisation du public à la prévention des maladies transmissibles sexuellement par le recours aux condoms, leur utilisation chez les jeunes hommes de 15 à 19 ans ne semble pas avoir augmenté de façon considérable; par contre, elle semble avoir légèrement augmenté chez les jeunes femmes. Les condoms sont de moins en moins utilisés lorsque les adolescents vieillissent; par exemple, leur utilisation est plus fréquente chez les jeunes de 15 à 17 ans que chez ceux de 18 à 19 ans.

La popularité des méthodes de contrôle des naissances « naturelles » varie. La méthode des températures consiste à prendre sa température corporelle en se levant le matin pour constater la hausse de température qui accompagne l'ovulation. Certaines formes de contrôle naturel des naissances consistent à surveiller la quantité et la consistance de la glaire cervicale et à déterminer l'ovulation selon que la glaire est collante ou glissante. Ces méthodes naturelles sont surtout efficaces dans les cas de relations monogames, et la femme doit porter une attention particulière aux petits changements de son corps causés par le cycle menstruel. Selon les études, elles sont efficaces à environ 80 %. Aux adeptes traditionnels de ces méthodes se sont ajoutés plus récemment des groupes ou des personnes qui sont contre l'utilisation ou la consommation de produits contenant des hormones, des végétariens ou des défenseurs des droits des animaux qui s'opposent à l'utilisation des condoms en peau de mouton ainsi que les personnes qui ne veulent utiliser que des produits de fabrication biologique et s'opposent donc aux condoms en latex.

De nouvelles méthodes de contrôle des naissances ne cessent de voir le jour. Il existe des centaines de différentes sortes de pilules anticonceptionnelles, des timbres transdermiques, en plastique, qui, collés à la peau, libèrent des hormones, du plastique moulé contenant des hormones, que l'on place dans le vagin, ainsi que des implants hormonaux placés sous la peau qui libèrent des hormones dans le sang. Les autres méthodes de contrôle des naissances incluent des perfectionnements de la méthode de barrière, comme le condom pour femmes à placer dans le vagin avant les rapports sexuels; ce condom a l'avantage de ne pas diminuer les sensations comme le fait le condom pour hommes, en plus d'avoir moins tendance à se déchirer.


Liens externes