Crabbe (Journal d'un rebelle)

Le premier roman de William Bell, Crabbe (1986; trad. Journal d'un rebelle, 1994), raconte l’histoire d’un adolescent rebelle qui s’enfuit pour vivre dans la nature sauvage, seulement pour découvrir que fuir ne résout pas les problèmes. Journal d'un rebelle est devenu un choix très populaire dans les programmes de lecture scolaires en Amérique du Nord. En 2017, une étude a montré qu’il faisait partie des 20 livres les plus cités dans les classes d’Ontario. Il était un des seuls trois livres canadiens de la liste, avec Three Day Road de Joseph Boyden et Life of Pi de Yann Martel. La revue littéraire Canadian Literature attribue la longévité du livre à sa «voix narrative convaincante» et son «sens du détail observé avec précision».



Contexte

William Bell naît à Toronto le 27 octobre 1945. Adolescent, il étudie à la New Toronto Secondary School (aujourd’hui Lakeshore Collegiate Institute). Élève tranquille et lecteur infatigable, on pense que son expérience à l’école secondaire lui a inspiré le contexte et le personnage de Crabbe (Journal d'un rebelle), bien que l’auteur nie être lui-même le modèle de son protagoniste. Dans une entrevue avec son éditeur, William Bell décrit Franklin Crabbe comme « rebelle, perturbé, idéaliste et, parfois, un peu grincheux. Un personnage dans lequel les gens de tout âge peuvent facilement se reconnaître ».

Après avoir terminé ses études à l’Université de Toronto, William Bell s’installe à Orillia, Ontario, et commence à enseigner la littérature de langue anglaise. Il enseigne à des adultes à l’Université de Colombie-Britannique et en Chine, mais surtout à des adolescents du secondaire dans un district scolaire du nord de Toronto. Il reconnaît qu’il trouve leurs vies plus intéressantes en tant que sujets de fiction. « Mes histoires portent sur des jeunes, dit-il, parce que les personnages se trouvent dans une étape formatrice de leurs vies, luttant pour découvrir ce qu’ils sont et comment ils vont trouver leur place dans le monde des gens et des événements qui les environnent. »

Résumé de l’intrigue

Au début du roman, Franklin Crabbe est admis à l’hôpital St. Bartholomew, à Toronto. Il souffre d’épuisement, d’une double pneumonie et d’hypothermie, et doit se faire amputer deux doigts à cause d’engelures sévères. Le roman prend la forme d’un journal, auquel Franklin préfère se confier plutôt qu’au psychiatre de l’hôpital. Dans son journal, Franklin raconte les événements qui ont conduit à son hospitalisation.

Franklin est un étudiant du secondaire intelligent mais rebelle. Alcoolique forcené, il cherche à noyer dans la vodka le ressentiment qu’il éprouve, particulièrement vis à vis à l’école. Durant le printemps de sa dernière année d’école, Franklin commence à envisager de fuir dans la nature pour échapper à la vie que ses parents et la société lui imposent. S’étant fait prendre à consommer de l’alcool à l’école, il y voit un présage et décide de devancer son départ.

Franklin n’est pas préparé à la vie sauvage et ses premières expériences sont catastrophiques. Il est attaqué par un ours noir attiré par la nourriture qu’il a laissée dans son campement. (Voir aussi Attaques par les ours.) Il ne doit sa survie qu’à ce qu’il s’est évanoui de terreur. Plus tard, il perd toutes ses provisions et passe près de se noyer après avoir accidentellement dirigé son canot vers une chute. Franklin est recueilli par une femme mystérieuse qui vit aussi dans la forêt. Elle le soigne jusqu’à ce qu’il soit rétabli puis, durant l’été, elle lui enseigne à survivre dans la nature. Elle lui donne aussi, sans le vouloir, un conseil sur la façon de devenir adulte. Devenant peu à peu plus confiant, Franklin commence à tomber amoureux de la femme. Mais le sentiment n’est pas réciproque, et la femme refuse de lui dire son nom et pourquoi elle vit dans la forêt.

À l’approche de l’hiver, la femme envisage de ramener Franklin à la civilisation. Elle se rend avec lui dans un campement, dans le but de voler des provisions, mais elle est surprise par les hommes, saouls et violents, qui la font prisonnière et abusent d’elle. Elle est secourue par Franklin, mais elle meurt en revenant vers leur campement. En fouillant dans ses affaires, Franklin découvre que son nom est Mary Callas, et qu’elle était professeure d’université et militante anti-nucléaire. Elle a quitté la société après avoir tué par compassion son mari, qui était resté paralysé et incapable de communiquer à la suite d’un accident pendant une manifestation. (Voir aussi Suicide assisté au Canada.)

Ému par ce que Mary lui a enseigné et par ce qu’elle a subi, Franklin décide de retourner dans la société. Il brûle le campement de Mary et toutes ses affaires avant de partir. Sur le chemin du retour, il est pris dans une tempête de neige. Il parvient à se rendre jusqu’à une route importante, où il est recueilli par un automobiliste de passage, dans la condition décrite au début du livre.

À l’hôpital, Franklin retrouve ses parents. Lors d’une confrontation très émotive, il admet que tout ce qu’il voulait était contrôler sa vie, ce qu’ils lui accordent à contrecœur. À la fin du roman, Franklin, rétabli, se trouve un emploi dans un camp en nature pour les jeunes en difficulté.

Accueil et renommée

Crabbe (Journal d'un rebelle) a lancé la carrière de William Bell, qui a publié 19 autres livres par la suite et remporté plusieurs prix. Lorsqu’il est mort d’un cancer, le 30 juillet 2016, il était considéré comme un des auteurs de fiction pour jeunes adultes les plus appréciés au Canada.

Journal d'un rebelle est devenu un choix populaire dans les listes de lectures pour jeunes adultes et les programmes scolaires. En 2017, une étude de l’Ontario Book Publishers Organization (OBPO) a montré que Journal d'un rebelle faisait partie des 20 livres les plus cités dans les classes d’Ontario. Il était un des seuls trois livres canadiens de la liste, avec Three Day Road de Joseph Boyden et Life of Pi de Yann Martel.

Dans une recension à l’occasion de l’édition du 20e anniversaire du roman, la revue littéraire Canadian Literature attribue la longévité du livre à sa « voix narrative convaincante » et son « sens du détail observé avec précision ». Elle note aussi son remarquable traitement de la question du genre, car Journal d'un rebelle « remet en question l’image traditionnelle du garçon capable d’héroïsme masculin, avec ce personnage imparfait et plaintif, qui reçoit sa leçon de vie la plus significative d’une femme non conventionnelle ».