Edward Cornwallis

Edward Cornwallis, fondateur de Halifax en 1749, gouverneur de la Nouvelle-Écosse de 1749 à 1752, chef militaire et gouverneur de Gibraltar de 1762 à 1776 (né le 22 février 1713 à Londres en Angleterre; décédé le 23 janvier 1776 à Gibraltar).

Edward Cornwallis, soldat et administrateur
Edward Cornwallis, fondateur de Halifax (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-11070).

Edward Cornwallis, fondateur de Halifax en 1749, gouverneur de la Nouvelle-Écosse de 1749 à 1752, chef militaire et gouverneur de Gibraltar de 1762 à 1776 (né le 22 février 1713 à Londres en Angleterre; décédé le 23 janvier 1776 à Gibraltar).

Premières années et éducation

Edward Cornwallis nait en Angleterre en 1713. Il est le sixième fils de Lord Charles, quatrième baron Cornwallis, et de Lady Charlotte Butler, fille du comte d’Arran. Outre des propriétés de grande valeur dans le Suffolk, la famille possède une demeure au 14 Leicester Square à Londres qui lui permet de résider plus près de la famille royale qui habite la même place.

À 12 ans, Cornwallis occupe son premier poste lorsqu’il est nommé page du roi George 1er en compagnie de son frère jumeau Frederick.

Il fait ses études au Eton College et embrasse la carrière militaire en 1730. En 1742, il atteint le grade de major. En 1743, à la mort de son frère aîné, il occupe le siège familial au Parlement.

Carrière militaire

Cornwallis connaît sa première expérience de la guerre à la bataille de Fontenoy durant la guerre de la Succession d’Autriche en 1745. Cette guerre oppose, d’un côté, l’alliance de la « Pragmatique » regroupant les troupes protestantes britanniques, des Provinces-Unies, autrichiennes et de la Maison de Hanovre et, de l’autre côté, les forces françaises catholiques. Elle est à l’origine de la guerre généralisée appelée guerre de Sept Ans qui a opposé les rivaux impériaux britanniques et français entre 1756 et 1763.

Lorsque le commandant de Cornwallis est tué, c’est ce dernier qui prend la tête de son unité. La bataille s’avère être un désastre pour la Grande-Bretagne. Quelque 2 800 soldats de l’alliance de la Pragmatique sont tués, dont 400 sous le commandement de Cornwallis.

En dépit de cet échec, Cornwallis obtient le poste prestigieux de valet de la chambre du roi.

Pacification des Highlands en Écosse

En 1745, le chef écossais catholique en exil Charles Edward Stuart, qui sera plus tard surnommé Bonnie Prince Charlie, lève une armée des Highlands avec laquelle il atteint Derby en Angleterre avant de se replier en Écosse. Les forces britanniques commandées par William Augustus, duc de Cumberland, sont envoyées pour écraser la rébellion. Cornwallis participe aux combats, notamment aux côtés de Cumberland et de James Wolfe.

La bataille finale a lieu le 16 avril 1746 à Culloden. Les soldats britanniques mettent les troupes jacobites en déroute, faisant pas moins de 2 000 victimes. Des forces britanniques sont envoyées pour « pacifier » les partisans jacobites des Stuart.

Cornwallis conduit un détachement de 320 soldats pour pacifier une région des Highlands occidentales. Les familles suspectées de sympathie pour la cause jacobite sont enfermées dans des maisons qui sont ensuite incendiées; les propriétés sont pillées, le bétail chassé et les cultures détruites.

Après avoir aidé la Couronne britannique à atteindre son objectif avant la fin de l’été, Cornwallis retourne à Londres.

Fondation de Halifax

En 1749, Cornwallis est nommé gouverneur de la Nouvelle-Écosse et envoyé pour fonder Halifax afin de faire contrepoids au fort français de Louisbourg. Les deux puissances européennes se battent alors pour la conquête de territoires en Amérique du Nord et affichent des prétentions concurrentes vis-à-vis de la Nouvelle-Écosse. À partir de Louisbourg, la France a déjà attaqué des implantations britanniques le long du littoral oriental.

Pour les Britanniques, la Nouvelle-Écosse comprend la Nouvelle-Écosse continentale d’aujourd’hui, le Nouveau-Brunswick et l’île du Prince-Édouard. Pour les Français, en revanche, elle se limite à la partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Les Mi’kmaqs estiment, quant à eux, que Cornwallis n’a aucun droit sur ce territoire. Le site choisi pour Halifax se trouve sur une aire de chasse à l’orignal des Mi’kmaqs et constitue également une zone de pèlerinage religieux; en outre, plusieurs voies d’eau revêtant une importance vitale partent également de cette région.

Après des premiers contacts pacifiques, les deux camps en viennent rapidement à s’affronter frontalement. Les guerriers mi’kmaqs lancent une campagne de guérilla visant à contenir les Anglais à l’intérieur de Halifax.

Cornwallis ne voit qu’une solution. Il écrit au Board of Trade à Londres qui supervise sa mission : « Sans argent et sans puissance militaire, rien ne peut être accompli. »

Londres le somme de nouer des liens commerciaux avec les Mi’kmaqs et de faire la paix avec la France, mais Cornwallis se montre extrêmement méfiant vis-à-vis des deux parties dont il pense qu’elles travaillent de concert pour attaquer Halifax. Il envoie des soldats et des mercenaires pour repousser les Mi’kmaqs loin de la colonie fortifiée.

En octobre 1749, il publie une ordonnance qui sera connue sous le nom de Proclamation de la scalpation. Son gouvernement prévoit de payer une prime à quiconque tuera un Mi’kmaq, les adultes comme les enfants, avec pour objectif de les expulser de la Nouvelle-Écosse continentale. On ignore le nombre exact de victimes, mais plusieurs rapports décrivent en détail des attaques contre des villages mi’kmaqs et des mercenaires rapportant des dizaines de scalps pour réclamer leurs primes.

Pour la première année, Cornwallis dispose d’un budget de 39 000 £; toutefois, ses dépenses réelles s’élèvent à 174 000 £ et le Board of Trade lui adresse des réprimandes pour cet excès de dépenses. Les colons sont toujours largement confinés dans Halifax et seule une faible superficie du territoire est exploitée pour l’agriculture, la province s’en remettant encore largement à un approvisionnement en provenance d’Angleterre. Cornwallis répond au Board of Trade qu’avec des fonds suffisants, il pourrait garantir définitivement la présence britannique en Nouvelle-Écosse d’où la conquête de l’Amérique du Nord deviendrait possible.

À cette époque, Cornwallis souffre de rhumatismes et est souvent contraint de rester enfermé à la maison pendant plusieurs jours. Des hivers particulièrement sévères font des centaines de victimes parmi les colons et d’autres s’enfuient vers la Nouvelle-Angleterre où la présence britannique est mieux établie.

Les Acadiens, une population de colons français neutres en Nouvelle-Écosse, refusent de prêter un serment de loyauté sans réserve à la Couronne britannique. Cornwallis avait prévu, à l’origine, d’établir des relations cordiales avec eux dans l’espoir qu’ils se convertiraient au protestantisme et prêteraient un tel serment. Après l’échec de cette stratégie, Cornwallis lance le recrutement, dans toute l’Europe, de colons appelés « protestants étrangers » pour s’installer en Nouvelle-Écosse. Lorsqu’il dispose de suffisamment d’hommes pour exploiter les terres agricoles acadiennes, il décide d’expulser les Acadiens. (La déportation des Acadiens aura finalement lieu en 1755.)

En 1752, Cornwallis adresse au souverain la sollicitation suivante : « Que Sa Majesté veuille bien autoriser ma démission du gouvernement et m’accorder la liberté de retourner chez moi. »

Il quitte la province en 1752 et revient à Londres; Halifax est alors fermement établie et la France, largement confinée à Louisbourg, tenue à l’écart de la Nouvelle-Écosse continentale. Cornwallis a grandement renforcé la domination britannique en Nouvelle-Écosse.

Cour martiale et exil

En 1756, lorsqu’éclate la guerre de Sept Ans, Cornwallis rejoint la flotte de l’amiral John Byng en partance pour secourir Minorque alors assiégée par les forces françaises. Estimant que la présence française est trop solidement établie, Cornwallis vote avec Byng pour un retour de la flotte sans intervention. Cornwallis, Byng et d’autres chefs sont arrêtés. Ils ont besoin d’être escortés jusqu’au tribunal pour éviter la furie de la foule qui plus tard brûlera leurs effigies. Les journaux publient des dessins tournant Cornwallis en dérision.

La Grande-Bretagne perd Minorque, et Cornwallis et les autres chefs sont jugés en cour martiale. Cornwallis se défend avec virulence en expliquant que poursuivre la mission aurait été trop imprudent; il est disculpé; Byng, lui, est condamné et exécuté.

En 1757, Cornwallis se joint à une expédition pour attaquer le port français de Rochefort dans le golfe de Gascogne. Dans des circonstances similaires, la mission bat en retraite sans avoir attaqué. James Wolfe, qui participe également à cette mission, insiste pour le lancement d’un assaut immédiat. À la suite de cet incident, Cornwallis est convoqué comme témoin en cour martiale, mais échappe à toute punition.

Il est nommé gouverneur de Gibraltar et décède à son poste en 1776.

Héritage

C’est à l’occasion de la célébration du 150e anniversaire de la ville, en 1899, que le nom de Cornwallis connaît un regain de popularité en tant que fondateur de Halifax. Une statue le représentant y est érigée dans les années 30.

En 1993, l’historien mi’kmaq Daniel Paul rédige un ouvrage intitulé We Were Not the Savages qui décrit en détail la Proclamation de la scalpation et dresse un portrait de Cornwallis comme un suprématiste blanc responsable du génocide du peuple mi’kmaq. Paul mène une campagne pour que la statue de Cornwallis soit enlevée et pour que les écoles et les rues à son nom soient renommées. En 2011, l’école intermédiaire Cornwallis à Halifax est renommée École intermédiaire centrale de Halifax.

La statue a été enlevée au début de l'année 2018. 

La figure de Cornwallis demeure également un sujet de vives polémiques.