Émeute à Kinmel Park

L’émeute de Kinmel Park (4 et 5 mars 1919) est une de plusieurs émeutes qui se sont produites pendant la démobilisation à la fin de la Première Guerre mondiale. Cinq soldats canadiens ont perdu la vie au cours de l’émeute, qui s’est déroulée dans un camp de l’armée canadienne à Kinmel Park, près de Rhyl, dans le pays de Galles du Nord. Elle est la plus sérieuse des 13 émeutes et incidents impliquant des troupes canadiennes qui se sont produits au Royaume-Uni entre novembre 1918 et juin 1919.

L’émeute de Kinmel Park (4 et 5 mars 1919) est une de plusieurs émeutes qui se sont produites pendant la démobilisation à la fin de la Première Guerre mondiale. Cinq soldats canadiens ont perdu la vie au cours de l’émeute, qui s’est déroulée dans un camp de l’armée canadienne à Kinmel Park, près de Rhyl, dans le pays de Galles du Nord. Elle est la plus sérieuse des 13 émeutes et incidents impliquant des troupes canadiennes qui se sont produits au Royaume-Uni entre novembre 1918 et juin 1919.


Journal de guerre, Kinmel Park

Démobilisation et rapatriement

Après l’armistice du 11 novembre 1918 qui a mis fin aux combats de la Première Guerre mondiale, plus de 250 000 soldats canadiens attendent d’être rapatriés au Canada. Même si certains soldats ont été renvoyés chez eux à la fin de l’année, la majorité d’entre eux sont encore en Europe en janvier 1919. À ce moment, le gouvernement canadien a finalisé son plan de rapatriement. Selon la recommandation du lieutenant-général sir Arthur Currie, les membres du Corps expéditionnaire canadien en France auront droit à un congé de deux semaines en Angleterre pour rendre visite à leurs familles et leurs amis, après quoi ils devront se rassembler pour être conduits dans leur pays. Les autres hommes seront hébergés dans un des neuf camps de Grande-Bretagne, avant d’être conduits au camp de Kinmel Park, dans le pays de Galles, à quelque 48 km de Liverpool. Ils devront passer entre sept et dix jours à Kinmel Park avant de s’embarquer sur un bateau, à Liverpool, pour le voyage de retour.

Toutefois, les Canadiens subissent d’importants délais, en raison de la rivalité entre puissances alliées pour l’accès aux moyens de transport. Des conflits de travail jouent aussi un rôle. Les dockers, les marins, les mineurs et les policiers britanniques revendiquent de meilleurs salaires, ce qui contribue à rallonger les délais et les pénuries de nourriture et de charbon durant l’hiver, particulièrement froid en Angleterre. Les conditions sont misérables. Les soldats et les civils sont aussi touchés par l’épidémie de grippe espagnole, qui tuera entre 20 et 100 millions de personnes dans le monde en 1918 et 1919. Les émeutes et les incidents se multiplient parmi les troupes canadiennes, frustrées et impatientes de revenir au pays, comme parmi les soldats britanniques.

Le saviez-vous ?

John Babcock, mort le 18 février 2010 à l’âge de 109 ans, était le dernier soldat survivant de la Première Guerre mondiale. Il s’est enrôlé à l’âge de 15 ans puis s’est rendu en Angleterre. Quand on a découvert son âge, il a été transféré au camp de Kinmel Park avec d’autres soldats mineurs. Même si John Babcock n’a pas participé à l’émeute de mars 1919, il a provoqué des troubles à Kinmel Park. Peu après la signature de l’armistice, en novembre 1918, les soldats se sont vu refuser l’entrée d’un bal par un groupe d’officiers cadets britanniques. John Babcock et ses amis ont investi la place avec des briques et des bâtons. Après quelques dommages à la propriété et des blessures non mortelles, leurs officiers les ont convaincus de retourner dans leurs quartiers.

Conditions de vie à Kinmel Park

À Kinmel Park, dans le pays de Galles, des milliers de soldats canadiens attendent de retourner chez eux. Le camp, qui héberge à un certain moment plus de 17 000 soldats, couvre une grande surface et est divisé en 20 cantonnements. Ceux-ci sont organisés en onze branches, une pour chaque district militaire du Canada. Chaque aile possède ses propres baraques, ses propres réfectoires et ses installations d’entraînement. Le camp contient aussi un grand hôpital militaire. Les soldats sont regroupés selon les districts militaires canadiens d’où ils sont venus, sans tenir compte des régiments dans lesquels ils ont combattu, et où ils ont noué des liens d’amitié. Ils ne connaissent pas les officiers du camp, ce qui entraîne un sentiment d’aliénation.

Le régime alimentaire des soldats est adéquat, mais monotone. En théorie, les soldats peuvent enrichir leur diète en achetant des produits dans la « Tin Town » locale, une collection de magasins, de cantines et de pubs aux allures de bidonville, à la limite du camp. Malheureusement, beaucoup de soldats n’ont pas d’argent à dépenser dans ces commerces; ils n’ont eu droit qu’à une solde avant leur rapatriement, et la plupart d’entre eux l’ont déjà dépensée pendant leur séjour prolongé. Ils croient aussi que les commerçants sont malhonnêtes et gonflent leurs prix pour les soldats canadiens. 

Les soldats sont tenus de faire chaque jour des exercices et des marches qu’ils considèrent inutiles. L’hiver est froid et humide, et après une période de pluie continuelle, en février, le camp devient une mer de boue. Pour ajouter à la misère des hommes, la pandémie de grippe espagnole ravage le camp, faisant quelque 80 morts. Les soldats se plaignent, mais rien n’est fait. Le ministre des Forces militaires d’outre-mer, sir Edward Kemp, commente : « On ne peut blâmer les soldats de protester et de se plaindre […] Vous vivez au paradis au Canada, comparativement à cet endroit. »

Report du voyage de retour

À Kinmel, les soldats s’attendent à retourner au Canada selon le principe du « premier parti, premier revenu ». Ils sont impatients de revenir au pays, non seulement pour revoir leurs proches, mais aussi pour améliorer leurs chances de trouver de l’emploi. Mais leurs espoirs sont rapidement déçus. À la fin de février, la nouvelle arrive à Kinmel Park que les bateaux destinés aux Canadiens ont été réassignés aux Américains, même s’ils ne sont pas restés en Europe aussi longtemps. Puis, au début de mars, les hommes apprennent que le général Currie a décidé de donner priorité à la 3e division canadienne (les 1re et 2e Divisions font partie de la force d’occupation en Allemagne). Ce choix mécontente une partie des troupes à Kinmel Park, qui sont en Europe depuis plus longtemps.

Finalement, le SS Haveford, qui devait embarquer des soldats de Kinmel Park le 5 mars, est rejeté par les inspecteurs parce que sa condition ne répond pas aux normes. À la suite d’une plainte du commandant du camp, d’autres vaisseaux sont promis pour les hommes de Kinmel Park. Toutefois, les soldats l’ignorent. Tout ce qu’ils savent est que le voyage du Harveford a été annulé. À ce moment, certains des soldats sont à Kinmel Park depuis six semaines, soit beaucoup plus longtemps que ce qu’on leur a promis initialement.

Kinmel Park Riot

Émeute de Kinmel Park

Le matin du 4 mars, une foule de soldats en colère envahit et saccage les cantines, les magasins du quartier-maître et les réfectoires des officiers et sergents. Seule la cantine de l’Armée du Salut est épargnée, car les soldats savent que c’est le seul endroit où ils peuvent obtenir un café et un repas même s’ils n’ont pas un sou. Les troubles s’étendent à Tin Town, où des incendies sont allumés, et où les pillards s’emparent de bière et spiritueux, de cigarettes, de vêtements et d’équipement pour une valeur de plusieurs milliers de dollars. Quelques officiers essaient d’intervenir, mais ils sont inexpérimentés et leur action a peu de succès.

Le matin du 5 mars, le commandant du camp, le colonel Malcolm A. Colquhoun, ordonne que toutes les munitions soient ramassées et placées sous bonne garde. Il ordonne aussi que l’on paye 2£ à chaque homme. Puisqu’il n’y a pas de police militaire dans le camp, il ordonne au Canadian Reserve Cavalry Regiment de créer une réserve mobile de 25 cavaliers. Un périmètre défensif est établi et des munitions sont distribuées à 40 officiers et soldats considérés fiables. Les émeutiers n’ont que quelques fusils, mais ils ont fabriqué des armes de fortune : pierres, manches à balai et bâtons au bout desquels ils ont attaché des rasoirs droits.

Les défenseurs du camp affrontent les émeutiers et capturent 20 hommes. Une tentative de libérer les prisonniers est déjouée. Les violences se poursuivent. Des coups de feu sont tirés, et les deux côtés s’engagent dans un combat au corps-à-corps, incluant l’utilisation de baïonnettes. Les émeutiers finissent par se rendre, après que trois des leurs ont été tués ou mortellement blessés. Deux gardes perdent aussi la vie pendant l’émeute. Vingt-trois hommes sont blessés.

Suites et signification

En tout, 78 soldats ont été arrêtés, et 59 d’entre eux ont dû comparaître devant la cour martiale en vertu du British Army Act. Vingt-cinq d’entre eux ont été condamnés à des peines allant de 90 jours de détention à dix années de prison pour l’un d’entre eux. Plusieurs des peines les plus sévères ont été réduites par la suite. Personne n’a été accusé pour les morts, les enquêtes n’étant pas conclusives. La plupart des hommes du camp de Kinmel Park ont pu revenir chez eux à la fin de mars 1919.

Les historiens ont suggéré plusieurs causes à l’émeute de Kinmel Park, reprenant les conclusions de l’enquête militaire. Les principales sont les délais et les annulations, mais la mauvaise communication a aussi joué un rôle important, de même que le manque de cohésion et d’identification au sein de l’unité. Les soldats avaient été séparés des officiers de leurs régiments et de leurs compatriotes; ils ne connaissaient pas et ne respectaient pas les officiers du camp, et ceux-ci, en tant que groupe, ont manqué de leadership et de discipline. D’autres facteurs étaient l’ennui, les conditions de logement misérables, l’absence de distractions, le menu monotone, l’absence de solde et le mauvais temps.