Le groupe Professional Native Indian Artists Inc., aussi connu sous le nom de « Groupe indien des sept »

​Le groupe Professional Native Indian Artists Inc. (PNIAI) est l’un des premiers collectifs et groupes de défense culturels organisé et géré de façon indépendante par des artistes autochtones au Canada.

Oiseau-tonnerre
L'oiseau-tonnerre est un être surnaturel puissant qu'on retrouve dans les légendes autochtones, partout en Amérique du Nord (peinture de Carl Ray/avec la permission du Confederation College de Thunder Bay).
\u00ab Calling the Night \u00bb
De Jackson Beardy, dont l\u0092oeuvre s\u0092inspire d\u0092une connaissance profonde de la tradition crie à laquelle il appartient (avec la permission du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien).
Daphne Odjig
\u00ab Windigo \u00bb
Norval Morrisseau, vers 1963, tempéra sur papier d'emballage (avec la permission du Glenbow Museum/64.37.9).
\u00ab True West, The \u00bb
Acrylique sur toile réalisée par Alex Janvier, 1975. Les oeuvres linéaires abstraites de Janvier se caractérisent par des taches de couleurs sur un espace négatif (avec la permission du ministère des Affaires indiennes et du Nord).

Le groupe Professional Native Indian Artists Inc. (PNIAI) est l’un des premiers collectifs et groupes de défense culturels organisé et géré de façon indépendante par des artistes autochtones au Canada. Fondé au début des années 1970 à Winnipeg, au Manitoba, par sept peintres autochtones indépendants, le groupe exerce une influence éducative et durable dans le déploiement de l’art autochtone contemporain, son acceptation par la critique et sa reconnaissance par le grand public. Le PNIAI marque le début d’une nouvelle ère caractérisée par une montée de l’activisme et l’émancipation des artistes et des travailleurs culturels de descendance autochtone à travers le pays.

Bien qu’ils aient tous des styles de peinture et des origines culturelles diversifiés, les fondateurs du PNIAI sont unis par leur détermination à se porter à la défense de l’inclusion, de la reconnaissance et de l’accès au financement culturel de l’art et des artistes autochtones contemporains afin qu’ils bénéficient des mêmes privilèges que ceux accordés aux artistes contemporains canadiens non autochtones. Leur influence et leurs efforts ont préparé le terrain pour la création d’organisations d’art autochtones comme la Société des artistes canadiens d’origine autochtone (SACOA) et le Collectif des commissaires autochtones (CCA), en plus d’accroître la notoriété de l’art autochtone contemporain au Canada.

Origines

Les membres du Professional Native Indian Artists Inc. sont Jackson Beardy, Eddy Cobiness, Alex Janvier, Norval Morrisseau, Daphne Odjig, Carl Ray et Joseph Sanchez. Le groupe est constitué d’un petit cercle d’artistes insatisfaits et frustrés du fait que les artistes autochtones n’ont que peu ou pas d’occasions d’exposer leurs œuvres dans le réseau des galeries d’art contemporain, mais leurs intérêts évoluent rapidement pour devenir une critique des idées préconçues et répandues au sujet des peuples autochtones et de leur art, idées qui sont courantes au Canada à l’époque. D’une façon générale, l’attitude des Canadiens envers l’art autochtone est que, si cette forme d’art a déjà existé, elle appartient désormais au passé et est principalement constituée d’artisanat et d’artefacts ethnographiques qui n’ont pas leur place dans les galeries d’art contemporain, mais qui devraient plutôt être exposés dans des musées d’histoire naturelle.

Les trois membres fondateurs du Professional Native Indian Artists Inc., Jackson Beardy, Eddy Cobiness et Joseph Sanchez, vivent, en 1971, à Winnipeg ou dans les environs. Ils se réunissent, de manière officieuse, avec Daphne Odjig au local qui lui sert d’atelier d’imprimerie et de galerie, Odjig Indian Prints of Canada, situé au 331 Donald Street. Le local devient leur lieu de rencontre pour discuter d’art et de politique. Les membres du groupe discutent de leurs aspirations professionnelles et esthétiques et comparent leurs expériences à l’écart des galeries d’art canadiennes et des obstacles institutionnels auxquels ils se heurtent. Ils élaborent des stratégies pour provoquer des changements et décident qu’ils seront plus efficaces ensemble que seuls. Ils écrivent à plusieurs artistes autochtones d’un bout à l’autre du pays afin de les inviter à se joindre à leur lutte pour l’autodétermination et l’avancement professionnel. Trois artistes se joignent au groupe : Alex Janvier, originaire de l’Alberta, et Carl Ray et Norval Morrisseau, originaires de l’Ontario. Les sept membres officialisent leur association en 1972 et lui donnent le nom de Professional Native Indian Artists Inc. Peu après, à la suite d’un certain nombre d’expositions collectives à succès de leurs œuvres, le journaliste Gary Scherbain les surnomme, dans un article paru dans le quotidien Winnipeg Free Press, le Groupe indien des sept. Le nom reste.

Aspirations

Le Groupe indien des sept a des objectifs ambitieux. Les documents de leur constitution en société datant de 1973 mettent l’accent sur l’importance qu’ils accordent à l’obtention d’une accréditation professionnelle, et ce, autant au niveau individuel que collectif. Les membres espèrent être reconnus nationalement et internationalement grâce à des expositions publiques dans des centres artistiques majeurs. Ils projettent aussi d’utiliser l’argent amassé lors de la vente de leurs œuvres pour financer entièrement ou partiellement des occasions de mentorat et d’autres projets incitatifs pour les jeunes autochtones et les artistes autochtones émergents des quatre coins du Canada. Ils espèrent aussi mettre sur pied des programmes de bourses, des bourses d’études et des prix ainsi que d’autres programmes éducatifs pour soutenir le développement d’artistes autochtones amateurs. Conscient que des expositions d’art nationales et internationales, des cours magistraux, des ateliers et des conférences sur l’art et la culture autochtones sont essentiels pour que s’amorce le virage culturel souhaité, le groupe s’engage aussi à mettre sur pied des activités éducatives et des établissements voués à l’étude de l’art et de la culture autochtones.

Même si un bon nombre de ces objectifs ne peut être atteint, l’engagement écrit du groupe à offrir un soutien moral et financier aux artistes de façon individuelle, tout en représentant les intérêts de l’art autochtone contemporain en général, a servi de base stratégique majeure aux organismes d’art autochtone créés par la suite.

Accomplissements et héritage

Les artistes du Groupe indien des sept ont exprimé leurs inquiétudes à propos de la survie des philosophies, de l’esthétisme et de l’identité nationale autochtones à une époque où de telles idées n’étaient pas courantes, et encore moins appuyées par les institutions culturelles et politiques majeures. Le groupe a attiré l’attention du public sur le travail des artistes autochtones contemporains, lequel ne s’insérait dans aucune des catégories restrictives du milieu de l’art classique. Malgré un progrès limité et malgré le fait que, 40 ans plus tard, les artistes et conservateurs de descendance autochtone luttent encore contre les mêmes barrières institutionnelles et personnelles, le Professional Native Indian Artists Inc., dissous en 1975, a créé une structure organisationnelle et une vision collective qui continue d’appuyer et d’inspirer une nouvelle génération de travailleurs culturels autochtones.


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