Hazel McCallion

Hazel McCallion, femme d’affaires, athlète, femme politique, mairesse de Mississauga de 1978 à 2014 (née le 14 février 1921 à Port‑Daniel, au Québec).

Hazel McCallion, femme d’affaires, athlète, femme politique, mairesse de Mississauga de 1978 à 2014 (née le 14 février 1921 à Port‑Daniel, au Québec). Hazel McCallion fait partie des personnes ayant occupé des fonctions de maire au Canada pendant la plus longue durée, puisqu’elle a présidé aux destinées de sa ville lors de 12 mandats consécutifs, ne prenant sa retraite qu’à 93 ans. Surnommée « l’ouragan Hazel » pour son style politique impétueux ne s’embarrassant pas de fioritures, elle a vu Mississauga évoluer, sous sa houlette, d’une cité‑dortoir semi‑rurale à la sixième ville la plus importante au Canada. On considère qu’elle a ouvert la voie aux femmes en politique au Canada.

Jeunesse et début de carrière

Hazel McCallion naît en 1921 à Port‑Daniel, une petite ville de Gaspésie au Québec. Elle est la plus jeune des cinq enfants de Herbert Journeaux, qui possède et exploite une usine de transformation du poisson et un magasin général, et d’Amanda Maude Journeaux, la première infirmière détenant officiellement ce titre du fait de sa formation à Port‑Daniel.

Hazel McCallion quitte Port‑Daniel à 16 ans pour terminer ses études secondaires à Montréal. Elle poursuit sa formation dans une école de secrétariat et décroche son premier emploi à la Louis Rolland Paper Company en 1940. Elle est ensuite embauchée comme chef de bureau par la firme d’ingénierie Canadian Kellogg et déménage à Toronto lorsque l’entreprise y fixe son siège social en 1943.

À cette époque, les femmes sont encore peu représentées dans la population active, particulièrement en dehors des emplois traditionnellement féminins dans l’industrie des services. Toutefois, les responsabilités de Hazel McCallion chez Kellogg vont continuer à s’accroître. Elle est souvent envoyée au siège de New York pour représenter la filiale canadienne et négocier en son nom. Son travail est jugé tellement essentiel par l’entreprise que cette dernière bloque sa tentative de rejoindre le Service féminin de la Marine royale du Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale. Plus tard, Hazel McCallion expliquera que c’est grâce à son expérience des affaires qu’elle a pu acquérir les compétences nécessaires à la vie politique et que le monde de l’entreprise l’a préparée au travail au sein d’un conseil municipal dominé par les hommes.

Alors qu’elle est encore à Montréal en 1940, Hazel McCallion transforme un amour fou du hockey qui l’habite depuis toujours en un véritable projet sportif professionnel. Elle effectue des essais pour la ligue de hockey professionnel des femmes, et est acceptée par une équipe parrainée par Kik Cola qui lui verse cinq dollars par match. Mesurant 1,60 m, elle est décrite par le Montreal Star comme une patineuse rapide dotée d’une grande puissance de tir; d’après une anecdote, elle aurait même un jour perdu deux dents à la suite d’un coup de bâton reçu sur la bouche. Cependant, son déménagement à Toronto, où il n’y a pas d’équipe professionnelle féminine de hockey, après avoir joué deux saisons à Montréal, met fin à sa carrière de hockeyeuse.

Hazel rencontre son mari, Sam McCallion, par l’entremise de l’Anglican Young People’s Association en 1945. Le couple se marie en 1951 et part s’installer à Streetsville, en Ontario, un village au nord‑ouest de Toronto qui sera plus tard intégré à la ville de Mississauga. Le couple aura trois enfants. Malheureusement, les médecins diagnostiquent la maladie d’Alzheimer chez Sam McCallion au début des années 1990, et il décède en 1997.

Entrée en politique

En 1963, Hazel McCallion quitte Kellogg pour intégrer les activités d’impression de son mari et travaille comme rédactrice en chef et directrice des opérations du Streetsville Booster, un journal communautaire fondé par Sam McCallion. C’est à peu près à cette époque qu’elle envisage d’embrasser une carrière publique. En 1966, elle préside le conseil d’aménagement de Streetsville ainsi que la chambre de commerce locale.

La démarche adoptée pour le développement municipal inquiète Hazel McCallion, qui estime qu’elle manque d’une vision stratégique. À cette époque, le développement municipal stratégique est une priorité pour de nombreux Ontariens, dans un contexte où la Province cherche à mettre en place des gouvernements régionaux. Dans le cadre de cette politique, le gouvernement provincial fusionne, en 1968, les villages voisins de Clarkson, Lakeview, Cooksville, Erindale, Sheridan, Dixie, Meadowvale et Malton pour donner naissance à la ville de Mississauga, sans toutefois y intégrer ni Streetsville ni Port Credit.

En décembre 1969, Hazel McCallion est élue mairesse de Streetsville. Elle fait campagne sur le thème de l’indépendance de Streetsville et propose d’élargir les limites de la ville en annexant des terres environnantes. Cependant, en dépit du maintien de son opposition, les plans de fusion de la Province vont être mis en œuvre. Streetsville et Port Credit intègrent officiellement la ville de Mississauga en janvier 1974. Hazel McCallion effectue alors un mandat comme conseillère municipale de Mississauga avant de se présenter au poste de mairesse.

En poste pendant 36 ans

Hazel McCallion est élue mairesse de Mississauga en 1978. Elle conduit une campagne habile contre le maire sortant Ron Searle dont le slogan est tout simplement, « Un bon maire ». Deux semaines avant l’élection, elle fait connaître son propre slogan, « Un meilleur maire ».

Sa vision d’avenir de Mississauga est celle d’une ville viable où il serait possible d’habiter et de travailler, plutôt que d’une simple cité‑dortoir pour des gens qui se rendent à Toronto tous les jours à des fins professionnelles. Elle souhaite y créer de nouveaux emplois et accroître le nombre de projets immobiliers commerciaux et industriels. Idéologiquement, elle se décrit comme une partisane de la rigueur budgétaire, déclarant : « Je dépense l’argent des contribuables comme je dépense le mien, ce qui est plutôt rare. » Elle est convaincue que la croissance doit s’autofinancer et met en place des impôts sur les lotissements que devront payer les promoteurs. Ces rentrées lui permettent de maintenir une faible pression fiscale et d’éviter que Mississauga ne s’endette pendant 33 ans. Cette longue période pendant laquelle la Ville a pu ne pas faire appel à l’emprunt s’interrompt en 2012, lorsque la municipalité est contrainte d’emprunter 450 millions de dollars pour remettre à niveau une infrastructure vieillissante.

Au départ simple rassemblement de petites villes et villages et de terres agricoles, Mississauga va devenir, sous la houlette de la mairesse McCallion, la sixième ville la plus importante au Canada. Durant cette période, la population triple pratiquement et le développement urbain rapide transforme profondément la région. La mairesse raconte qu’au début de son mandat, lorsqu’elle regardait de l’autre côté de la rue à partir de l’ancien hôtel de ville, elle pouvait voir des vaches et des chevaux paissant dans les champs. Le nouveau Centre municipal de Mississauga, un tour de force primé du mouvement postmoderne en architecture, ouvre en 1987.

Mississauga, Centre municipal de
Le design du Centre municipal de Mississauga est choisi par voie de concours (avec la permission de la ville de Mississauga).
Mississauga

Tandis que Mississauga s’étend sous l’impulsion de son nouvel édile, la ville devient le symbole de l’étalement urbain, c’est‑à‑dire d’un développement résidentiel à faible densité dépendant de l’automobile, ce qui vaut à Hazel McCallion le surnom de « reine de l’étalement ». Pendant des décennies, elle s’oppose à la densification; toutefois, ultérieurement, elle se fait la promotrice inattendue de la « croissance intelligente », une méthode d’urbanisation qui encourage une forme de croissance compatible avec les déplacements à pied et en transport en commun et qui décourage les nouveaux projets aux limites de la ville.

Bien que les détracteurs de Hazel McCallion estiment qu’elle a tendance à étouffer le débat et à ne tolérer aucune critique, son style de leadership trouve un important écho auprès des électeurs. En 1980, elle est réélue à son poste de mairesse par acclamation, alors qu’aucun adversaire ne s’oppose à elle pour le poste de premier magistrat de la Ville, puis elle est réélue en 1982 et en 1985, à nouveau réélue par acclamation en 1988 avant de décrocher sept nouveaux mandats successifs en 1991, 1994, 1997, 2000, 2003, 2006 et 2010. À partir du début des années 1990, elle rassemble plus de 90 % des suffrages, alors qu’elle ne mène pas de campagne officielle. (Il convient toutefois de noter que la participation aux élections municipales se situe habituellement à Mississauga entre 20 % et 35 %, ce qui signifie que, de fait, la majorité des habitants de la ville ne participe pas au vote.)

« Le miracle de Mississauga »

Dans les premiers temps de sa mandature, Hazel McCallion doit superviser ce qui constitue, à l’époque, la deuxième évacuation la plus importante au monde en temps de paix. Le 10 novembre 1979, un train de marchandises du Canadien Pacifique déraille aux frontières est de la ville, plus de 24 wagons, dont plusieurs transportent des matériaux explosifs, quittant la voie et explosant en une énorme boule de feu. Les autorités sont surtout inquiètes pour les tonnes de chlore gazeux, un composé mortel, qui commence à s’échapper de l’un des wagons (voir Sécurité ferroviaire). La mairesse ordonne l’évacuation totale de la ville, déclarant Mississauga « fermée jusqu’à nouvel ordre ». En tout, 250 000 personnes sont évacuées en toute sécurité, sans que l’on ait à déplorer la moindre perte de vie humaine, ce qui remplit de fierté l’édile qui surnomme cet épisode « le miracle de Mississauga ». L’ordre d’évacuation est levé six jours plus tard, et Hazel McCallion reçoit de nombreuses félicitations pour sa gestion de la catastrophe.

Pionnière

Hazel McCallion réussit à mener une double carrière dans deux milieux dominés par les hommes, le monde des affaires et la politique, à une époque où moins de 50 % des Canadiennes sont professionnellement actives et où une partie bien plus infime encore joue un rôle dans la vie publique.

Lors de sa première campagne pour conquérir la mairie, son adversaire, Ron Searle, déclare dans une entrevue à un journal : « Mon instinct me porterait à lui tomber dessus à bras raccourcis; toutefois, totalement inhibé par le fait qu’elle est une femme, je suis incapable de le faire. » Hazel McCallion expliquera que sa victoire pourrait avoir été, tout au moins partiellement, favorisée par ce commentaire, en galvanisant les électrices et en les soudant derrière sa candidature. La mairesse focalisera sur sa personne l’essentiel du traitement sexiste de l’actualité, notamment un gros titre du Toronto Star qui la surnomme « la maman qui dirige Mississauga ».

Bien que Hazel McCallion reconnaisse le rôle de pionnière qu’elle a pu jouer pour les autres femmes souhaitant entrer en politique, elle ne se considère pas comme féministe. Elle a ainsi synthétisé ses conseils aux autres femmes qui voudraient entreprendre une carrière politique : « Penser comme un homme, agir comme une dame et travailler comme un chien ».

Controverses

Hazel McCallion doit faire face à des accusations de conflit d’intérêts pour la première fois en 1981, lorsqu’un avocat local intente des poursuites contre elle, l’accusant d’avoir participé à des débats du conseil municipal, puis d’avoir voté à propos d’un projet immobilier portant sur 3 800 acres de terrain dont 5 lui appartenaient. Un tribunal décide, en 1982, qu’elle a violé quatre aspects de la Loi sur les conflits d’intérêts municipaux de l’Ontario. Le tribunal aurait également pu la destituer de ses fonctions de mairesse; toutefois, il s’en abstient, estimant dans sa décision qu’elle avait commis une « erreur de jugement de bonne foi ».

En 2013, un autre résident de Mississauga avance des allégations de conflit d’intérêts et cherche à ce que la mairesse soit destituée. Ses accusations s’appuient sur la participation d’Hazel McCallion à un vote du conseil municipal de 2007 qui aurait pu profiter à l’entreprise de son fils. Cependant, cette fois, le juge rejette la demande.

En dépit de son obsession pour la rigueur budgétaire, la mairesse McCallion est, à un moment donné, la mieux payée des édiles canadiens. Au moment de sa retraite en 2014, elle pointe, avec 181 098 $ annuels, au sixième rang du classement des maires les mieux rémunérés au pays.

Hazel McCallion ne se représente pas en 2014. Depuis qu’elle a quitté la politique, elle a été nommée chancelière du Collège Sheridan et conseillère spéciale du président du campus de Mississauga de l’Université de Toronto. Elle milite également ardemment en faveur des personnes âgées et combat toute forme de discrimination à leur égard.


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