Histoire du cinéma québécois: de 1990 à aujourd'hui

Le présent article fournit un aperçu du cinéma au Québec, de l’explosion qui suit Le déclin de l’empire américain (1986) de Denys Arcand jusqu’aux difficultés qui surgissent 10 ans plus tard, ainsi qu’un regard sur la nouvelle vague de cinéma qui émerge au début du 21e siècle. L’article souligne les films les plus importants, que ce soit en matière de succès aux guichets ou de renommée internationale, et il couvre à la fois les longs métrages et les documentaires. Il attire également l’attention sur un aspect de la cinématographie qui éprouve encore de la difficulté à trouver sa place : le cinéma des femmes.



Denis Villeneuve

Cet article est l’un de trois articles qui retracent l’histoire de l’industrie cinématographique au Québec. La série complète comprend : Histoire du cinéma québécois : de 1896 à1969; Histoire du cinéma québécois : de 1970 à 1989Histoire du cinéma québécois : de 1990 à aujourd’hui

Transformations des années 1990

Le haut niveau de qualité de réalisation cinématographique qui vaut au Québec sa réputation depuis plus de 20 ans fait face à des enjeux durant les années 1980 et 1990. Mais ce cinéma demeure une force vive malgré la perte de grands noms de la génération précédente. Les films d’animation conservent leur niveau de haute qualité grâce au travail de Frédéric Back, de Co Hoedeman, de Jacques Drouin, de Suzanne Gervais et de Pierre Hébert. Celui-ci réalise son premier long métrage, La plante humaine, en 1997.

Les années 1990 voient l’ONF radicalement transformé par de nombreux développements. Plusieurs des cinéastes qui ont fait sa renommée sont à la retraite. Téléfilm Canada, anciennement la Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne (SDICC), voit son mandat changer en 1986. Il commence à accorder d’énormes montants à la production télévisuelle. La SODEC devient de plus en plus dépendante de l’industrie et préoccupée par la distribution internationale. Et les cinéastes indépendants tentent de survivre dans un monde où la vidéo semble souvent la seule approche concrète. En somme, les pratiques cinématographiques changent. La pellicule disparaît pour faire place aux formats numériques. Les modes de consommation se multiplient. Tout le monde parle des nouveaux médias, malgré le caractère imprécis de cette expression (voir aussiÉducation aux médias).

Cette transformation a surtout un impact sur les documentaires. Ils sont tous de plus en plus relégués à la télévision. Néanmoins, ceci n’empêche pas l’émergence d’une nouvelle génération de documentaristes qui prend le relais des grands noms du cinéma direct. Un bon nombre d’entre eux s’impliquent dans le cinéma politique ou social. Ils s’expriment contre l’exploitation des peuples et de la planète. Garry Beitel se concentre sur les particularités de Montréal (Bonjour ! Shalom!, 1991; Chez Schwartz, 2007 ; The ‘Socalled’ Movie, 2010). Magnus Isacsson est défenseur de l’anti-mondialisation (Power, 1996 ; Le grand tumulte, 1996 ; Opération SalAMI : Les Profits Ou La Vie ?, 1999). Hugo Latulippe (Bacon, le film, 2001 ; Ce qu’il reste de nous, 2004 ; République : un abécédaire populaire, 2011) et Sylvain L’Espérance (Le temps qu’il fait, 1997 ; Avant le jour, 1999 ; Un fleuve humain, 2006) font la promotion des documentaires d’auteur et de la recherche artistique.

Jean-Claude Lauzon (à droite) sur le plateau de Léolo
Souvent considéré comme l’enfant terrible du cinéma québécois, Jean-Claude Lauzon, issu d’un milieu très défavorisé, fait une carrière éclair et apparaît comme l’un des cinéastes les plus doués du Canada.

Pendant les années 1990, une nouvelle génération de réalisateurs masculins visant les innovations formelles personnelles et audacieuses apparaît. On trouve parmi ceux-ci André Turpin (Zigrail, 1995 ; Cosmos, 1996 ; Un crabe dans la tête, 2001), François Girard (Thirty Two Short Films About Glenn Gould [32 films brefs sur Glenn Gould], 1993 ; The Red Violin [Le Violon rouge], 1998 ; Silk [Soie], 2007), Robert Morin (Requiem pour un beau sans‑cœur, 1993 ; Windigo, 1994) et Michel Langlois (Cap Tourmente, 1993). Même le célèbre dramaturge Robert Lepage ajoute des films à son éventail créatif (Le Confessionnal, 1995 ; Le Polygraphe, 1996 ; , 1998 ; La face cachée de la lune, 2003).

Parmi ces cinéastes, seul Robert Morin poursuit une carrière de réalisateur constante. Pour la fiction, il a recours à des éléments pseudo-directs et expérimentaux. Ses films exploitent un style novateur et flexible pour traiter directement de certains problèmes sociaux et politiques du Québec. Des films comme Quiconque meurt, meurt à douleur (1998), Le nèg’ (2002), Journal d’un coopérant (2010) et Les 4 soldats (2013) confirment son statut en tant que l’un des plus importants réalisateurs québécois. Il est certainement le plus provocateur.

Il faut également faire mention de Bernard Émond. Cet anthropologue de formation commence à réaliser des documentaires au début des années 1990. On trouve parmi ses documentaires Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces (1992), L’instant et la patience (1994) et Le temps et le lieu (2000). Il écrit et réalise ensuite plusieurs films de fiction acclamés qui examinent la crise existentielle des valeurs occidentales, avec par exemple La Femme qui boit (2001), 20 h 17 rue Darling (2003), La Neuvaine (2005), Contre toute espérance (2007), La Donation (2005) et Tout ce que tu possèdes (2012). Le style et le ton de Bernard Émond sont à la fois sombres et austères, mais ses films sont toutefois tintés d’optimisme et de foi envers le pouvoir rédempteur des individus.

Lepage, Robert
Considérépar de nombreuses personnes comme le plus brillant metteur en scène de théâtre de sa génération, Robert Lepage a aussi dirigéun opéra et réalisédes films.

Cinéma des femmes

Pendant les années 1990, plusieurs femmes, soit Micheline Lanctôt (Deux actrices, 1993), Mireille Dansereau (Le sourd dans la ville, 1992), Paule Baillargeon (Le sexe des étoiles, 1993) et Léa Pool (La demoiselle sauvage [1991] ; Mouvements du désir [1994]) occupent une place importante entre Anne Claire Poirier, qui retrouve son inspiration avec l’émouvant Tu as crié Let Me Go (1997), et ce qui est perçu comme la nouvelle vague (Marquise Lepage, Catherine Fol, Michka Saäl, Manon Briand, Catherine Martin et Helen Doyle). Les membres du premier groupe ne connaissent pas toutes la même destinée. Micheline Lanctôt et Léa Pool produisent régulièrement. Micheline Lanctôt poursuit son œuvre jusqu’en 2011, année de la sortie très bien accueillie de Pour l’amour de Dieu. Léa Pool compte plusieurs films de qualité à son actif, dont Emporte-moi (1999) et Maman est chez le coiffeur (2008) en français, ainsi que The Blue Butterfly (2004) et le documentaire Pink Ribbons, Inc. (2011) en anglais.

Cependant, Mireille Dansereau et Paule Baillargeon n’atteignent pas la même constance. Mireille Dansereau ne produit plus de longs métrages. Elle produit uniquement des documentaires portant sur la danse (Eva, 2008 ; Les cerisiers ont envahi les espaces comme incendie, 2010), et sur la culture et la créativité dans un sens plus général. Paule Baillargeon est également attirée par le monde du documentaire, un domaine dans lequel elle excelle comme le démontrent les biographies Claude Jutra, portrait sur film (2002) et Le petit Jean‑Pierre, le grand Perreault (2004). Elle produit également l’autoportrait Trente tableaux (2011).

Pour ce qui est des autres réalisatrices mentionnées, leur situation n’est pas facile. Les changements des politiques de production de l’ONF sont en partie à blâmer. Michka Saäl et Catherine Fol sont pratiquement inexistantes. Marquise Lepage, plus versatile, produit des documentaires pour la télévision. Elle démontre un intérêt pour la jeunesse, les sujets sociohistoriques et les biographies (Jacques Parizeau : l’homme derrière le complet trois‑pièces, 2006 ; Martha qui vient du froid, 2009). Heleln Doyle est d’abord embauchée comme vidéaste chez Vidéo‑Femmes, et elle commence à montrer l’étendue de sa créativité pendant les années 1990. Elle présente un côté drôle et sensible avec les films Je t’aime gros, gros, gros (1993) et Petites histoires à se mettre en bouche (1998). Les films qu’elle réalise en ex‑Yougoslavie et en Tchétchénie, des régions frappées par les horreurs de la guerre civile, sont plus tragiques et ont une orientation plus sociale. Artiste de l’animation, Helen Doyle explore, dans son film Dans un océan d’images (2013), la manière dont une personne arrive à comprendre le monde dans lequel elle vit à travers la perception qu’elle a de celui-ci.

Avec un intérêt pour le documentaire, Manon Briand commence sa carrière sur une voie de bon augure. Elle a le soutien de Roger Frappier, un producteur important. Grâce à 2 secondes (1998) et à La turbulence des fluides (2002), deux œuvres imprégnées de son esthétique personnelle, elle est considérée comme une réalisatrice prometteuse. Cependant, comme beaucoup de femmes cinéastes, elle doit affronter plusieurs obstacles. Il lui faudra dix ans avant de réaliser un autre long métrage, Liverpool (2012), qui oscille entre la comédie romantique et le thriller.


D’autres femmes cinéastes émergent au cours des années 1990. Catherine Martin est une cinéaste exigeante dans un sens formel, que ce soit dans ses documentaires (Les dames du 9e, 1998 ; L’esprit des lieux, 2006) ou ses films de fiction (Mariages, 2001 ; Trois temps après la mort d’Anna, 2010 ; Une jeune fille, 2013). Son œuvre est poétique, sensible, et à la recherche de l’âme des gens et des lieux. Louise Archambault (Familia, 2005 ; Gabrielle, 2013) offre des œuvres empreintes de sensibilité. Anaïs Barbeau‑Lavalette, une excellente réalisatrice de films documentaires et de fiction (Le ring, 2007 ; Inch’Allah, 2012), produit des films qui dégagent de l’empathie, de l’engagement social et de la sensibilité envers les personnes et les situations dans lesquelles elles se trouvent.

La nouvelle vague de femmes cinéastes qui se sont fait un nom depuis le début des années 1990 comprend Jeanne Crépeau, qui se concentre sur l’urbanité et l’identité sexuelle (Revoir Julie, 1998 ; La fille de Montréal, 2010), Manon Barbeau, préoccupée par la culture et par la marginalité (L’armée de l’ombre, 1999 ; Barbeau libre comme l’art, 2000), Johanne Prégent (Les amoureuses, 1993 ; L’île de sable, 1999 ; Le diable au corps, 2007), Céline Baril (La fourmi et le volcan, 1992 ; La théorie du tout, 2009), Lucie Lambert (Avant le jour, 1999 ; Aimer, finir, 2009), Anne Émond (Nuit #1, 2011 ; Les êtres chers, 2012 ; Nelly, 2016 ; Jeune Juliette, 2019), Sophie Deraspe (Rechercher Victor Pellerin, 2006 ; Les signes vitaux, 2009 ; Les loups, 2014 ; Antigone, 2019), Caroline Martel (Le fantôme de l’opératrice, 2005 ; Le chant des ondes, 2013), Marie‑Julie Dallaire (Notre père, 2006), Jennifer Alleyn (L’atelier de mon père, 2008 ; Impétus, 2018), Pascale Ferland (Adagio pour un gars de bicycle, 2008 ; Ressac, 2013 ; Pauline Julien, intime et politique, 2018) et Chloé Robichaud (Sarah préfère la course, 2013 ; Pays, 2016).

Cependant, il faut reconnaître qu’en général, les femmes cinéastes éprouvent de la difficulté à occuper une place importante et stable dans l’univers cinématographique. Et ce fait est particulièrement vrai en ce qui concerne le domaine de la fiction. Elles se trouvent souvent obligées de se limiter à la production de documentaires pour la télévision ou d’œuvres indépendantes sur vidéo. En 2007, plusieurs femmes cinéastes suivent l’initiative de Marquise Lepage et elles fondent Réalisatrices équitables. Cet organisme exerce des pressions en faveur d’une répartition égale du financement public pour les femmes réalisatrices du Québec.

Louise Archambault, 2013.

Succès commerciaux

Depuis le début du 21e siècle, à partir d’une tradition qui remonte à Gilles Carle, le cinéma commercial du Québec se développe. Ancrés dans une forme narrative facilement accessible, ces films utilisent souvent un genre, surtout des comédies, ils sont adaptés d’œuvres populaires et engagent d’excellents acteurs appréciés du public. Cette catégorie de films comprend des réalisateurs qui travaillent à la fois au cinéma et à la télévision.

Certains de ces réalisateurs réalisent un éventail de films dont le style, le genre et le langage varient. C’est le cas de Charles Binamé, dont la carrière débute dans les années 1990 après avoir passé une vingtaine d’années dans le monde de la publicité. Il commence par quelques films plus personnels (Eldorado, 1995 ; La beauté de Pandore, 2000) avant de se tourner vers des films plus commerciaux (Un homme et son péché, 2002 ; Maurice Richard, 2005) et vers la télévision. Érik Canuel est un cinéaste qui réalise des thrillers (La loi du cochon, 2001 ; Lac mystère, 2013), des comédies (Nez rouge, 2003 ; Bon Cop Bad Cop, 2006) et des films historiques (Le survenant, 2005 ; Barrymore, 2011)

Les films Les Boys sont une des grandes surprises du cinéma de comédie, ils relatent l’histoire d’une équipe de hockey qui fait partie d’une ligue de garage. Le premier film, sorti en 1997 et réalisé par Louis Saïa, connaît un tel succès que trois suites s’ensuivent (en 1998, 2001 et 2005), ainsi qu’une télésérie diffusée pendant cinq saisons. En 2013, le producteur de la série, Richard Goudreau, réalise le nostalgique prologue Il était une fois les boys. Émile Gaudreault réalise également des comédies et des films commerciaux (Mambo Italiano, 2001 ; De père en flic, 2009), tout comme Ken Scott (Starbuck, 2011). Celui-ci a précédemment été acteur, ainsi que scénariste pour plusieurs films à succès, dont les deux œuvres de Jean-François Pouliot, La grande séduction (2003) et Guide de la petite vengeance (2006). Daniel Roby (La peau blanche, 2004 ; Funkytown, 2011 ; Louis Cyr, 2013 ; Dans la brume, 2018) saute également facilement d’un genre à l’autre. Et finalement, Daniel Grou, plus connu sous le nom de Podz, est un autre réalisateur qui réussit tant à la télévision qu’au cinéma avec sa virtuosité et son sens du dramatique (10 ½, 2010 ; L’affaire Dumont, 2012 ; Miraculum, 2014 ; King Dave, 2016).


Nouvelles directions pour le cinéma d’auteur

Les réalisateurs qui se consacrent au cinéma d’auteur adoptent une toute nouvelle direction. Ils choisissent une clarté narrative, et une connexion émotionnelle et synergique entre le public, les acteurs et le sujet. Certains occupent une position enviable sur la scène du cinéma québécois et international et ils imprègnent le cinéma québécois d’un impact et d’une influence qu’il n’a pas eus depuis longtemps. Philippe Falardeau se distingue en 2000 avec La moitié gauche du frigo et son ton ironique et ses charmantes connotations sociales. Après Congorama (2006), un film débordant d’imagination, Philippe Falardeau réalise le sincère et touchant Monsieur Lazhar (2011), une surprise cinématique qui met l’accent sur l’impact humain et culturel de la vie dans un Montréal contemporain. Il suit ce succès nominé aux Oscars avec une paire de films hollywoodiens, The Good Lie (2014) et Chuck (2016), en plus de la satire se déroulant au Canada, Guibord s’en va-t-en guerre (2015).

Kim Nguyen emprunte une avenue plus unique. Depuis Le marais (2002), il explore un élément moins courant dans le cinéma québécois : le fantastique. En combinant cette approche à un contexte politique réaliste et violent, il fait exploser son talent avec Rebelle (2012). Il existe des parallèles entre la carrière de Kim Nguyen et celle de Denis Villeneuve. Celui-ci, après avoir achevé une douzaine de courts métrages à saveur expérimentale, se tourne vers un cinéma plus formaliste (Un 32 août sur terre, 1998 ; Maelström, 2000) avant de révéler une autre facette de son talent exceptionnel avec Polytechnique (2009), compte rendu déchirant de la tragédie de Polytechnique, ainsi que Incendies (2010), un drame politique et moral axé sur le conflit sectaire au Moyen‑Orient. Depuis, il connaît un énorme succès en poursuivant sa carrière aux États‑Unis (Prisonniers, 2013 ; Sicario, 2015 ; Arrival, 2016 ; Blade Runner 2049, 2017 ; Dune, 2020)). Sa nomination aux Oscars pour meilleur réalisateur pour Arrival est une première pour un réalisateur québécois. En décembre 2019, la Hollywood Critics Association le nomme meilleur réalisateur de la décennie.

Jean‑Marc Vallée fait des débuts impressionnants avec Liste noire (1995), puis perce avec son film prometteur C.R.A.Z.Y. (2005), film sur la famille et le passage à l’âge adulte et structuré comme une composition musicale. Jean-Marc Vallée poursuit ensuite une carrière internationale en anglais et en français (Victoria : les jeunes années d’une reine, 2009 ; Café de Flore, 2011 ; Dallas Buyers Club, 2013 ; Wild, 2014 ; Demolition, 2015). Il est reconnu pour son habileté à tirer de ses acteurs une performance authentique et sincère. En 2015, il remporte un Prix du Gouverneur général pour les arts et spectacles, ainsi que deux Primetime Emmy Awards en 2017, pour sa série à l’impressionnante distribution, Big Little Lies (2017 — ) sur HBO.


Dans un tout autre créneau, mais bénéficiant également d’une reconnaissance internationale, on trouve Xavier Dolan. Il est à peine âgé de 20 ans lorsqu’il fait ses débuts avec J’ai tué ma mère (2009) et sa renommée n’a de cesse depuis (Les amours imaginaires, 2010 ; Laurence Anyways, 2012 ; Tom à la ferme, 2013). Brillants, drôles et touchants, ses films explorent la synergie entre les acteurs (incluant souvent lui‑même), ainsi que les dynamiques entre famille et homosexualité. Mommy (2014) remporte le prix du jury au Festival de Cannes, ainsi que neuf prix à chacun des prix Écrans canadiens ainsi qu’aux prix Iris, dont le prix du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur montage et du meilleur scénario original aux deux galas. Son sixième long métrage Juste la fin du monde (2016), remporte le Grand Prix et le Prix du Jury œcuménique au Festival de Cannes, il est premier film canadien à recevoir ces prix depuis The Sweet Hereafter (De beaux lendemains) (1997) d’Atom Egoyan, et il remporte aussi les prix César du meilleur réalisateur et du meilleur montage. Le film remporte également six prix Écrans canadiens, dont celui du meilleur film, et meilleure réalisation. Avec sa direction et son travail de caméra inspirés, Dolan a contribué de façon importante à la richesse du cinéma québécois contemporain.

Plusieurs autres réalisateurs sont spécialistes des films d’auteur originaux et variés, qui passent du tête-à-tête à l’exubérance, de l’imaginaire au réalisme, de l’émotion à l’humour. Les films de l’ancien critique Denis Côté sont primés par des festivals étrangers pour la qualité de leur cinématographie et leur sens de l’innovation formelle (États nordiques, 2005 ; Elle veut le chaos, 2008 ; Curling, 2010 ; Vic + Flo ont vu un ours, 2013 ; Boris sans Béatrice, 2016 ; Répertoire des villes disparues, 2019). Denis Côté se concentre sur l’expérimentation narrative et s’efforce de déstabiliser les attentes du spectateur. Son style et sa démarche s’apparentent à ceux de réalisateurs tels que Rafaël Ouellet (Le cèdre penché, 2007 ; New Denmark, 2009 ; Camion, 2012), Simon Lavoie (Laurentie, 2011 ; Le torrent, 2012), François Delisle (Le bonheur est une chanson triste, 2004 ; Toi, 2007 ; Le météore, 2013) et Stéphane Lafleur (Continental — un film sans fusil, 2007 ; En terrains connus, 2011). Simon Galiero, Frédérick Pelletier et Maxime Giroux font également partie de ce groupe. Tous ces cinéastes créent des films poétiques et souvent minimalistes, qui tournent le dos au réalisme et à la tradition sociopolitique du cinéma québécois.

Quelques autres cinéastes d’auteur à noter sont : Guy Édoin (Marécages, 2011), Sébastien Pilote (Le vendeur, 2011), Louis Bélanger (Post Mortem, 1999 ; Gaz Bar Blues, 2003 ; Route 132, 2010), Sébastien Rose (Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause, 2003 ; Le banquet, 2008), Benoit Pilon (Des nouvelles du nord, 2007 ; Ce qu’il faut pour vivre, 2008), Ricardo Trogi (Québec‑Montréal, 2002 ; 1981, 2009 ; 1987, 2014), Robin Aubert (Saints‑Martyrs‑des‑Damnés, 2005 ; À l’origine d’un cri, 2010), Jean‑Philippe Duval (Matroni et moi, 1999 ; Dédé à travers les brumes, 2009), Luc Picard (Babine, 2008 ; Ésimésac, 2012) et Robert Favreau (Les muses orphelines, 2000 ; Un dimanche à Kigali, 2006).

Xavier Dolan, 2009.

Films à grand succès

Depuis les années 2000, le cinéma québécois se caractérise par une maturité et par une diversité exceptionnelles. Plusieurs réalisateurs reçoivent une attention internationale lors de prestigieux festivals et gagnent des prix de grande envergure. Denys Arcand a été le premier cinéaste canadien à remporter l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Les invasions barbares (2003). Au cours des huit années suivantes, trois films québécois, Incendies (2010) de Denis Villeneuve, Monsieur Lazhar (2011) de Philippe Falardeau et Rebelle (2012) de Kim Nguyen, sont en nomination pour un Oscar dans la même catégorie.

Plusieurs cinéastes québécois rejoignent maintenant un vaste public, tant par les genres qu’ils choisissent que par les acteurs avec lesquels ils travaillent, et ce malheureusement au point que certains producteurs sont prêts à sacrifier la qualité au profit des résultats aux guichets qui, bien souvent, ne se concrétisent pas. Comme partout ailleurs, les films sont distribués sur différentes plateformes. Cette diversité pose problème à des organismes comme Téléfilm Canada et la SODEC, dont les budgets ne sont pas à la hauteur des ambitions des cinéastes. En 2010, plusieurs réalisateurs écrivent une lettre ouverte à la SODEC, en affirmant que les films commerciaux sont grandement plus favorisés que le cinéma d’auteur. Dans ce contexte, de nombreux cinéastes ne jurent que par les coproductions, d’autres s’exilent à l’étranger, certains ne peuvent se passer de la télévision, tandis que d’autres ne jurent que par les films indépendants, d’auteurs et créatifs. Bref, il s’agit d’une pratique artistique et culturelle en accord avec la société québécoise.

Cet article est l’un de trois articles qui retracent l’histoire de l’industrie cinématographique au Québec. La série complète comprend : Histoire du cinéma québécois : de 1896 à1969; Histoire du cinéma québécois : de 1970 à 1989Histoire du cinéma québécois : de 1990 à aujourd’hui

Voir aussi : Cinémathèque québécoise ; Histoire du cinéma canadien : de 1896 à 1938 ; Histoire du cinéma canadien : de 1939 à 1973 ; Histoire du cinéma canadien : de 1974 à aujourd’hui ; Histoire du cinéma canadien : cinéma régional et auteurs, de 1980 à aujourd’huiL’histoire du cinéma canadien en 10 étapes faciles ; Cinéma documentaire ; Cinéma d’animation ; Cinéma expérimental ;  La distribution de films au Canada ; Office national du film du Canada ; Téléfilm Canada ;  Les 10 meilleurs films canadiens de tous les temps ; Longs métrages canadiens ; Enseignement du cinéma ; Festivals du film ; Censure cinématographique ; Coopératives du film ;  L’art de la production cinématographique.


Lecture supplémentaire

  • Michel Coulombe et Marcel Jean, eds., Le dictionnaire du cinéma québécois, 4th ed. (2006).
  • Marion Froger, Le cinéma à l’épreuve de la communauté (2009).
  • Michel Larouche, ed., Cinéma et littérature au Québec : rencontres médiatiques (2003).
  • Sylvain Garel et André Pâquet, Les cinémas du Canada: Québec, Ontario, Prairies, Côte Ouest, Atlantique (1992).
  • Gilles Marsolais, Cinéma québécois: De l’industrie à l’artisanat (2012).
  • Yves Lever, Le cinéma de la Révolution tranquille (1991); et Anastasie ou la censure du cinéma au Québec (2008).
  • Serge Bouchard, Les images que nous sommes. 60 ans de cinéma québécois (2013).
  • Christian Poirier, Le cinéma québécois. À la recherche d’une identité? (2004)