Marie de l'Incarnation

Marie de l'Incarnation, née Marie Guyart, fondatrice des œuvres de l'ordre de Sainte-Ursule au Canada, mystique et écrivaine (née le 28 octobre 1599 à Tours, en France; décédée le 30 avril 1672 à Québec). Ses écrits sont parmi les plus importants témoignages de la fondation de la colonie de la Nouvelle-France et des débuts de l’implantation de l’Église catholique en Amérique. Son œuvre d’enseignement contribue à établir les fondements de l’éducation au Canada.



Marie de l'Incarnation

Portrait de Marie de l'Incarnation. Hugues Pommier - André Vachon, Victorin Chabot et André Desrosiers, Rêves d'empire. Le Canada avant 1700, coll. « Les documents de notre histoire », Ministère des Approvisionnements et Services Canada, 1982.

Un appel spirituel dans sa jeunesse

Fille de Florent Guyart, maître boulanger, et de Jeanne Michelet, Marie Guyart reçoit une éducation profondément catholique et une solide instruct ion. Dans la boulangerie, elle apprend les rudiments de la gestion d’une entreprise.

Elle manifeste pendant son enfance une vie spirituelle peu commune, frappée de visions mystiques de Jésus. Elle dit recevoir à l’âge de 7 ans un appel spirituel pour se consacrer entièrement à Dieu. En conséquence, elle s’éloigne graduellement des jeux et des personnes de son âge pour passer son temps à la lecture de livres de piété et à la méditation.

Épouse, mère, femme d’affaires

Âgée de 14 ans, elle exprime le désir d’entrer au couvent des Bénédictines. Ses parents l’incitent plutôt à se marier; elle épousera Claude Martin, un maître ouvrier en soie. L’union est difficile. D’une part, sa belle-mère se montre jalouse de Marie; d’autre part, son engagement spirituel est sa première préoccupation malgré le dévouement dont elle fait preuve envers son mari. Ce dernier meurt en 1619 après deux ans de mariage; il la laisse avec un fils de six mois, Claude. Elle s’occupe de liquider l’entreprise familiale alors en faillite.

Après la mort de son mari, elle confie son fils Claude à une nourrice et retourne à la maison paternelle. Elle y passe un an logeant au haut de la maison; elle vit en recluse et s'adonne à la méditation et à la prière, tout en faisant des travaux d’aiguille pour gagner sa vie. On l’encourage à se remarier, mais elle choisit plutôt de faire vœu de chasteté. Le 24 mars 1620, elle vit une expérience de « conversion » mystique et affective. Elle décide de se retirer du monde, mais sa sœur et son beau-frère lui demandent de les aider à rétablir leur entreprise de transport qui périclite. Elle accepte et cumule plusieurs responsabilités. Elle s’occupe à la fois de l’administration, de la manutention de marchandises et de la santé des employés. L'entreprise est prospère, mais les visions de mariage spirituel avec Dieu continuent d'habiter Marie. Elle passe son temps libre à prier, à méditer et à faire pénitence. Entre-temps, elle a repris son fils, mais elle se retient de lui manifester trop d’affection afin de le préparer à la séparation qui aura lieu lorsqu’elle entrera en religion.

Entrée chez les Ursulines

En 1631, malgré le déchirement qu'elle éprouve à quitter son fils de 11 ans, Marie Guyart entre au cloître des Ursulines à Tours et prend le nom de Marie de l’Incarnation. L’abandon de son fils, confié à sa sœur, lui est très pénible, mais la séparation totale d’avec la famille et le monde extérieur fait partie des exigences de la vie monastique. Marie Guyart a ainsi dû choisir entre Dieu et son fils. Elle prononce ses vœux en 1633 et enseigne la doctrine chrétienne pendant six ans. À 34 ou 35 ans, elle croit avoir une expérience extracorporelle où elle voit son esprit rejoindre divers pays, notamment le Canada, où se trouvent des âmes à convertir. Sa lecture des Relations des Jésuites , ces témoignages des missionnaires de la Compagnie de Jésus, ainsi que ses visions la persuadent que Dieu l'appelle au Canada.

Chapelle et musée des Ursulines de Québec

Chapelle et musée des Ursulines de Québec. Photo: Jean Gagnon, Wikimedia Commons

Missionnaire en Nouvelle-France

Avec deux autres Ursulines et Mme de la Peltrie, protectrice des Ursulines de la Nouvelle-France, elle débarque à Québec le 1er août 1639 et y fonde un monastère et une première école pour jeunes filles dans la basse-ville. En 1642, les Ursulines s’installent dans un nouveau monastère en pierre dans la haute-ville. Marie de l’Incarnation se consacre avec zèle à l'éducation des filles françaises et autochtones. Dès ses premières années au Canada, elle s’attache à l’évangélisation et à la francisation des autochtones, c’est-à-dire à leur assimilation. L’éducation qu’offrent les Ursulines vise à sédentariser les autochtones, à leur inculquer la foi catholique et à leur faire adopter le mode vestimentaire français. Bien que cette éducation ait pour but de détruire la culture d’origine des élèves, et d’en faire de parfaites petites Françaises à épouser, les Ursulines font tout de même preuve d'une certaine flexibilité en matière de langue et d’alimentation afin de favoriser leur assimilation. En 1668, Marie Guyart de l’Incarnation finit par avouer que l’effort est un échec. Dorénavant, les Ursulines se concentrent plutôt sur l’éducation des filles de colons.

En plus d'écrire de nombreux traités théologiques et spirituels, elle rédige un catéchisme en iroquois et des dictionnaires algonquiens et iroquois (voir Langues des autochtones), et suit l'évolution des affaires publiques. Bien que cloîtrée, elle reçoit à son monastère de nombreux visiteurs de marque, notamment le premier évêque de Québec, François de Laval.

En 1646, elle formule avec le jésuite Jérôme Lalemant une constitution pour guider la vie spirituelle des Ursulines. Plus précisément, ce document est une adaptation des règles des Ursulines de France aux réalités de la vie et de la mission des sœurs de la colonie.

En 1650, un incendie détruit le monastère des Ursulines; l’une d’entre elles avait oublié une braise de charbon dans une boîte à pain. Personne ne perd la vie, mais la destruction est totale. Seules les granges demeurent intactes. On profite de la reconstruction pour agrandir le monastère.

Écrivaine

L’œuvre écrite de Marie Guyart de l’Incarnation constitue l’une des plus importantes collections de textes personnels du début de la colonisation française. Plus de 277 lettres manuscrites sont aujourd’hui conservées, notamment une correspondance de trente ans avec son fils Claude devenu bénédictin. Bien que leur principal sujet soit la spiritualité, ces écrits contiennent de nombreuses observations sur le développement de la Nouvelle-France. À 55 ans, Marie de l’Incarnation écrit son autobiographie, Relation de 1654. Le livre n’est pas une chronologie de sa vie, mais plutôt une sorte d’apologie pour expliquer à son fils les raisons de son abandon. Claude publie cette Relation, y ajoutant des extraits d’une première autobiographie écrite en 1633. Il publie par la suite 221 lettres de correspondance dans une anthologie intitulée Écrits spirituels et historiques.

Héritage et canonisation

Marie de l’Incarnation meurt à Québec à l'âge de 72 ans. Après sa mort, son œuvre se perpétue à Trois-Rivières où les Ursulines fondent un monastère en 1697. Elles vont même jusqu’en Louisiane pour y fonder une école pour filles à La Nouvelle-Orléans en 1727. Leur couvent, reconstruit en 1752, est un des rares bâtiments du Régime français qui subsistent dans la région.

En 1980, Marie de l’Incarnation, François de Laval et Jose de Anchieta (surnommé l’apôtre du Brésil) ont été officiellement béatifiés par le pape Jean-Paul II. La béatification est la dernière étape avant la canonisation et l’accession à la sainteté. Le 3 avril 2014, ces trois personnalités ont été proclamées saintes par le pape François à l’issue d’une procédure de canonisation équipollente (une procédure exceptionnelle de canonisation sans que la personne n’ait accompli de miracle). Leur canonisation a été célébrée le 12 octobre 2014 lors de la messe de l’Action de grâce à la basilique Saint-Pierre de Rome. Le Cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, était à la tête de la délégation québécoise venue assister à la cérémonie.

Tombeau de Marie de l'Incarnation

Tombeau de Marie de l'Incarnation dans une pièce de la chapelle des Ursulines de Québec. Photo: ChristianT, Wikimedia Commons.


Lecture supplémentaire

  • J. Marshall, ed, Word from New France: The Selected Letters of Marie de l'Incarnation (1967).

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