Maude Abbott

Maude Elizabeth Seymour Abbott, pathologiste cardiaque, médecin et conservatrice (née le 18 mars 1868 à St. Andrews East, QC ; décédée le 2 septembre 1940 à Montréal). Maude Abbott est connue comme étant l’auteure de l’Atlas des maladies cardiaques congénitales (1936), un texte révolutionnaire dans le domaine de la recherche cardiaque. Bien qu’elle ait obtenu un diplôme en arts de l’Université McGill (1890), elle n’a pas eu le droit d’y étudier la médecine en raison de son sexe. Elle s’est donc inscrite au Bishop’s College (aujourd’hui l’Université Bishop’s), où elle a obtenu un diplôme de médecine en 1894. En tant que conservatrice adjointe (1898) et conservatrice principale (1901) du Musée médical de McGill, elle a révolutionné l’enseignement de la pathologie en utilisant le musée comme outil pédagogique. Le travail de Maude Abbott a ouvert la voie aux femmes en médecine et a jeté les bases de la chirurgie cardiaque moderne. (Voir aussi Les femmes en STIM.)



Dre Maude Abbott, 1904

Dre Maude Abbott, Montréal, QC, 1904, avec la permission du Musée McCord/II-150659

Jeunesse et éducation

En 1868, après la naissance de Maude Abbott à St. Andrews East, au Québec, son père, Jeremy Babin, abandonne la famille et part aux États-Unis. En octobre 1869, sa mère meurt de la tuberculose. Maude et sa sœur aînée, Alice, sont alors confiées à leur grand-mère maternelle et changent leur nom de famille pour Abbott. Malgré ces débuts tumultueux, Maude Abbott a une enfance heureuse. Elle écrit souvent dans son journal intime son désir d’aller à l’école.

Entrée datée de mars 1884

Une de mes rêveries, que je trouve égoïste, est d’aller à l’école… Oh, quelle idée que d’étudier avec d’autres filles!


Maude Abbott exauce son souhait lorsqu’elle est acceptée à l’école Misses Symmers and Smith de Montréal. Elle excelle dans ses études et obtient une bourse pour l’Université McGill, qui vient d’ouvrir ses portes aux femmes en 1884. Selon ses mémoires, c’est une conversation avec une amie pendant sa deuxième année à McGill qui l’inspire à devenir médecin. Lorsqu’elle demande à sa grand-mère si elle peut devenir médecin, sa réponse est: «Chère enfant, tu peux être tout ce que tu veux». Maude Abbott cherche d’abord à étudier la médecine à McGill, mais sa candidature est rapidement rejetée, la faculté n’acceptant pas les femmes dans son programme. Elle se contente donc d’un diplôme de médecine au Bishop’s College (aujourd’hui l’Université Bishop’s), bien qu’elle y trouve ses études beaucoup moins agréables. Malgré tout, elle demeure une universitaire dévouée, obtenant le prix d’anatomie senior et le prix du chancelier pour avoir obtenu la meilleure note à l’examen final du programme.

Maude Abbott obtient son diplôme du Bishop’s College en 1894 et passe trois ans à étudier en Europe. Elle y suit des cours supplémentaires de pathologie et acquiert une expérience précieuse dans des hôpitaux pour femmes et un asile.

Lettre de Maude Abbott à la faculté de McGill, 1889
Correspondance de Maude Abbott au doyen et à la faculté de médecine de l'Université McGill, [1889], P111, boîte 248, collection Maude Abbott, Archives de la bibliothèque Osler, Université McGill.
Maude et Alice, 1874
Maude Abbott (à droite) et sa sœur Alice Abbott (à gauche) vers 1874/P111 Fonds Maude Abbott.
Groupe de Donaldas
Un groupe de Donaldas comprenant certaines des premières femmes diplômées. Maude Abbott (deuxième rangée à droite), avec la permission des archives de McGill.
Maude Abbott, 1887
Mademoiselle Maude E. Abbott, Montréal, QC, 1887, avec la permission du Musée McCord/II-85442.
Maude Abbott, 1890
Mademoiselle Maude E. Abbott, Montréal, QC, 1890, avec la permission du Musée McCord/II-92139.
Dre Maude Abbott, 1894
Maude Abbott au moment où elle a obtenu son diplôme de médecine, 1894, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada C-9479.

Début de carrière et musée médical de McGill

En 1897, Maude Abbott revient à Montréal et ouvre un cabinet privé, traitant souvent des femmes et des enfants. En 1898, elle est nommée conservatrice adjointe du Musée médical de McGill. Cependant, Maude Abbott est insatisfaite du peu d’avancement professionnel que lui offre son poste au musée. Dans une lettre au Dr George Adami datée de janvier 1899, elle dit: «Je trouve le travail au laboratoire quelque peu difficile en votre absence, sans qu’on m’ait assigné un poste ou un travail défini… Ne pourrais-je pas faire autre chose jusqu’à votre retour tout en gardant un œil sur les fluides ascitiques?»

Le saviez-vous?

L’Université McGill n’a admis ses premières étudiantes en médecine qu’en 1917, près de deux décennies après la nomination de Maude Abbott comme conservatrice adjointe du Musée médical de McGill.


Extérieur de la faculté de médecine de McGill, 1900
Faculté de médecine, Université McGill, Montréal. QC, vers 1900, avec la permission du Musée McCord/VIEW-3619.
Intérieur du musée médical de McGill, 1911
Musée médical, bâtiment d’anatomie et de médecine dentaire Strathcona, Université McGill, Montréal, QC, 1911, avec la permission du McCord Museum/VIEW-10969.
Échantillonnage des blocs d’impression en bois de Maude Abbott
Un échantillon des blocs d’impression en bois de Maude Abbott, conservés à la bibliothèque Osler, avec la permission du blogue de la bibliothèque Osler d’histoire de la médecine (Université McGill), Preserving the “art” in Heart (préserver l’«art» du cœur), par Andie Tomlinson (2016).

En décembre 1898, Maude Abbott se rend à l’Université Johns Hopkins pour observer les collections d’autres institutions médicales. Elle y rencontre le Dr William Osler, qui lui demandera plus tard de rédiger un chapitre sur les maladies cardiaques congénitales pour son livre System of Medicine (1907, également appelé Modern Medicine). William Osler fait d’ailleurs l’éloge du travail de Maude Abbott comme «la meilleure chose jamais écrite sur le sujet». Cette collaboration va considérablement influencer sa carrière ultérieure.

En 1901, Mauve Abbott est promue au poste de conservatrice principale. À peu près à la même époque, elle commence à faire des démonstrations d’enseignement informel pour les étudiants en médecine de McGill. Ces démonstrations deviennent si populaires qu’elles deviennent une partie obligatoire du programme d’études.

Maude Abbott passe de nombreuses années à organiser et à enrichir la collection du musée, mais elle doit faire face à un revers majeur lorsqu’un incendie y éclate en 1907. Le musée perd environ deux tiers de sa collection. Un appel à l’Association internationale des musées de la médecine (que Maude Abbott a cofondée en 1906) aboutit au don d’environ 3 000 spécimens à la collection entre 1907 et 1910, tous gérés et classés par Maude Abbott.

Carrière ultérieure

En 1910, Maude Abbott reçoit un doctorat honorifique de médecine de l’Université McGill, en reconnaissance de son travail pour l’école. Elle devient également chargée de cours dans le département de pathologie. Malgré tout, certains de ses collègues masculins insistent pour l’appeler « Miss Abbott » plutôt que « Dre Abbott ». En 1919, le Woman’s Medical College of Pennsylvania, à Philadelphie, lui propose un poste de professeure de pathologie et de bactériologie. Malgré une offre de salaire plus élevée, elle n’accepte le poste qu’en 1923. Après deux ans, Maude Abbott retourne toutefois à McGill, où elle est promue professeure adjointe, sans jamais toutefois dépasser ce grade.

En 1924, Maude Abbott participe à la fondation de la Fédération des femmes médecins du Canada. À sa retraite en 1936, l’Université McGill lui décerne un deuxième diplôme honorifique pour son travail en tant que « professeure stimulante, chercheuse infatigable et championne de l’enseignement supérieur ».

Atlas des maladies cardiaques congénitales

Exposition de la Dre Abbott, 1932
Exposition du Dr Abbott lors de la réunion du centenaire de la British Medical Association à Londres, Angleterre (1932), avec la permission du Musée médical Maude Abbott.
Atlas des maladies cardiaques congénitales (1936)
Couverture de l’Atlas des maladies cardiaques congénitales (1936), avec la permission du musée médical Maude Abbott.
Exemples d’illustrations de l’Atlas des maladies cardiaques congénitales
Illustrations tirées de la première édition de l’Atlas des maladies cardiaques congénitales de la Dre Maude Elizabeth Seymour Abbott (1936), avec la permission du Musée régional d’Argenteuil.

En 1931, Maude Abbott expose des articles de la vaste collection du Musée médical de McGill — diagrammes, photos et grands dessins — dans le cadre d’une exposition pour l’Académie de médecine de New York. Elle présente la même exposition à la réunion du centenaire de la British Medical Association à Londres en 1932, où le British Medical Journal l’a décrite comme « l’une des parties les plus attrayantes du musée ». L’exposition attire également l’attention du Dr Seecof de Montréal, qui lui suggère de conserver les parties illustrées dans un atlas. Les recherches de Maude Abbott mènent ainsi à l’Atlas des maladies cardiaques congénitales, publié par l’American Heart Association en 1936. Il connaît un succès immédiat.


Importance et héritage

Timbre-poste à l’effigie de Maude Abbott

Maude Abbott : les premiers pas en chirurgie cardiaque [dossier philatélique] 17 janvier 2000, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada (Enligne No MIKAN2266872).

Le 2 septembre 1940, lorsque Maude Abbott meurt des suites d’une hémorragie cérébrale, toute la communauté médicale pleure sa perte. Dans un discours prononcé à la New England Heart Association en décembre 1940, le Dr Paul White qualifie Maude Abbott de « force vivante de la médecine de sa génération », ajoutant que « notre connaissance des maladies cardiaques congénitales [est] directement due à l’influence de Maude Abbott ». La réalisation la plus connue de Maude Abbott, l’Atlas des maladies cardiaques congénitales (1936), se révèle être une ressource vitale. Il aide en effet les médecins à mieux comprendre et diagnostiquer les malformations cardiaques et à développer de nouvelles méthodes de traitement. Pour toutes ces raisons, Maude Abbott est considérée comme une pionnière qui a ouvert la voie aux femmes dans le domaine de la médecine.

Honneurs et récompenses

  • Médaille d’or de Lord Stanley (1890)
  • Prix d’anatomie senior, Bishop’s College (1894)
  • Prix du Chancelier, Bishop’s College (1894)
  • Personne d’importance historique nationale, Parcs Canada (1993)
  • Intronisée, Temple de la renommée médicale canadienne (1994)

Lecture supplémentaire

  • Pauline Gill, Docteure Irma, Tome 2: L'Indomptable (2008). 

Liens externes