Expériences médicales MKULTRA à Montréal

Entre 1957 et 1964 (mais possiblement dès 1948), des expériences psychiatriques ont été menées à l’Institut Allan Memorial, à Montréal, un hôpital universitaire affilié à l’Université McGill. Ces expériences étaient dirigées et réalisées par le psychiatre écossais-américain Donald Ewen Cameron. Il est largement admis que ces recherches ont été en partie financées par la CIA américaine dans le cadre de son programme ultra secret MKULTRA. Le gouvernement du Canada aurait aussi financé le projet. À l’origine, le but officiel des expériences était d’élaborer un traitement pour la schizophrénie. En réalité, on y menait des expériences illégales sur des sujets humains afin de déterminer si des drogues ou des techniques psychologiques pouvaient être utilisées à des fins de manipulation mentale. Officiellement, ni les États-Unis ni le Canada n’ont admis être responsables de ces expériences. (Voir Le Canada et les États-Unis.) Les survivants ont tenté d’obtenir des compensations, avec un succès relatif.

Entre 1957 et 1964 (mais possiblement dès 1948), des expériences psychiatriques ont été menées à l’Institut Allan Memorial, à Montréal, un hôpital universitaire affilié à l’Université McGill. Ces expériences étaient dirigées et réalisées par le psychiatre écossais-américain Donald Ewen Cameron. Il est largement admis que ces recherches ont été en partie financées par la CIA américaine dans le cadre de son programme ultra secret MKULTRA. Le gouvernement du Canada aurait aussi financé le projet. À l’origine, le but officiel des expériences était d’élaborer un traitement pour la schizophrénie. En réalité, on y menait des expériences illégales sur des sujets humains afin de déterminer si des drogues ou des techniques psychologiques pouvaient être utilisées à des fins de manipulation mentale. Officiellement, ni les États-Unis ni le Canada n’ont admis être responsables de ces expériences. (Voir Le Canada et les États-Unis.) Les survivants ont tenté d’obtenir des compensations, avec un succès relatif.


Ewen Cameron

Contexte

Les États-Unis ont commencé à s’intéresser à la manipulation mentale dans les années 1950 après la guerre de Corée. On croyait alors que la Corée du Nord, la Chine et l’Union soviétique avaient employé des techniques de manipulation mentale pendant le conflit, particulièrement à l’égard de prisonniers de guerre américains. L’Allemagne nazie et le Japon impérial avaient aussi mené des expérimentations contraires à l’éthique sur des sujets humains durant la Deuxième Guerre mondiale, et on croit que certaines d’entre elles impliquaient l’utilisation de drogues à des fins de manipulation mentale. Pour ces raisons, les États-Unis croyaient avoir pris du retard en la matière.

Donald Ewen Cameron

En 1943, le Dr Donald Ewen Cameron est déjà un psychiatre de renom. Il est invité à diriger le tout nouvel Institut Allan Memorial par le célèbre neurologue Wilder Penfield. Le Dr Cameron devient le premier directeur de l’hôpital, ainsi que le premier président du département de psychiatrie de l’Université McGill. Très respecté dans son domaine, il est considéré comme un psychiatre particulièrement humain et progressiste. L’Institut Allan Memorial est le premier hôpital psychiatrique à adopter dans son fonctionnement une politique de « portes ouvertes ». L’établissement permet aux patients de s’en aller s’ils le désirent. Comme dans un hôpital de jour, les patients peuvent aussi retourner auprès de leur famille après avoir reçu des traitements pendant la journée. Ces innovations sont considérées comme révolutionnaires à l’époque, et sont devenues depuis des pratiques standard.

Institut Allan Memorial

Expériences

Un des champs de recherche du Dr Cameron est le traitement de la schizophrénie. Il croit qu’elle peut être traitée par la « déprogrammation », c’est-à-dire l’effacement de la mémoire afin de plonger le patient dans un état infantile. La personnalité et l’identité du patient seront ensuite reconstruites grâce à une technique appelée « psychic driving » (conduite psychique).

La conduite psychique consiste notamment à faire écouter aux patients des messages enregistrés diffusés en boucle. Le sujet, immobilisé et sous l’effet de sédatifs, subit ce traitement jusqu’à 16 heures par jour. Un message peut être répété des centaines de milliers de fois. Typiquement, le patient subit pendant 10 jours des messages négatifs, souvent dirigés contre ce qui est perçu comme un trouble de personnalité. Cette étape est suivie par 10 jours de messages positifs.

La conduite psychique comprend aussi d’autres traitements très expérimentaux comme plonger le patient dans un coma artificiel à l’aide de médicaments. Cette pratique peut durer beaucoup plus longtemps que ce que le patient anticipe (jusqu’à 86 jours dans un cas). Certains patients reçoivent de fortes doses de psychotropes comme le LSD. Dans d’autres cas, les patients sont exposés à des électrochocs d’une intensité jusqu’à 75 fois supérieure à la normale. Dans d’autres cas, les médicaments et les électrochocs sont utilisés simultanément.

Certains patients sont aussi plongés dans un environnement de privation sensorielle. Ceci a pour effet d’engourdir les sens de base comme la vue, l’odorat et l’ouie. La méthode peut même inclure une limitation de l’accès du patient à la nourriture et l’eau. De fortes doses de sédatifs sont utilisées pour garder les patients endormis. Les patients deviennent aussi vulnérables que des nourrissons. Ils sont incapables de se tenir debout, de marcher et, dans certains cas, de contrôler leurs intestins. Le Dr Cameron dépasse fréquemment les limites de ce qui est normalement prescrit. Par exemple, il soumet les patients à des sessions d’électrochocs plus fréquentes, avec des chocs plus puissants.

Plusieurs patients souffrent d’amnésie rétrograde. Ils deviennent incapables de retrouver les souvenirs antérieurs à leurs traitements. Ils doivent aussi réapprendre tout ce qu’ils savaient faire. Dans plusieurs cas, les membres de leurs familles les décrivent comme plus instables émotionnellement et mal en point qu’avant le début du traitement. Une patiente affirme être incapable de se souvenir de ce qui lui est arrivé jusqu’à deux ans après son traitement. Un autre patient ne reconnaît plus ses enfants et a oublié comment administrer l’entreprise qu’il a dirigée pendant des années. Il semble que des centaines de patients ont été traités par le Dr Cameron dans le cadre de ce programme.

Liens avec la CIA

Les recherches et les expériences du Dr Cameron suscitent l’intérêt de la Central Intelligence Agency américaine (CIA). Celle-ci lui fournit du financement de 1957 à 1964 par l’intermédiaire d’une organisation paravent appelée « Society for the Investigation of Human Ecology » (société pour l’étude de l’écologie humaine). On croit aussi que le Dr Cameron a reçu un demi-million de dollars du gouvernement du Canada durant une période s’étendant approximativement de 1950 à 1965. L’ancien directeur de la CIA, Richard Helms, ordonne la destruction des dossiers relatifs aux expériences de Montréal à la fin du programme MKULTRA en 1973. En 1977, on apprend que ces dossiers n’ont pas tous été détruits. Les liens entre la CIA et la Society for the Investigation of Human Ecology sont par la suite confirmés.

Expériences similaires ailleurs au Canada

D’autres expériences se déroulent en même temps que celles de Montréal. Des femmes détenues dans la prison pour femmes de Kingston sont régulièrement droguées au LSD. Elles sont aussi soumises à des électrochocs dans le cadre de traitements psychiatriques. Des expériences sont menées sur les détenues de la section d’Oak Ridge de ce qui s’appelle maintenant le Centre de soins de santé mentale Waypoint à Penetanguishene, en Ontario. En outre, dans les pensionnats indiens, de jeunes Autochtones sont soumis sans leur consentement à des tests médicaux sur des vaccins et des suppléments de vitamines.

Violations de l’éthique médicale

Les chercheurs ont réalisé les expériences du projet MKULTRA sans le consentement des patients. Ceci est considéré comme une importante violation de l’éthique médicale, même à cette époque. Des informations clés, comme la nature des traitements et le fait qu’ils étaient expérimentaux, ont été cachées aux familles des patients. Les membres des familles ne pouvaient savoir ce qui était arrivé à leurs proches supposément « guéris ». Les dossiers médicaux ont été retenus, ce qui a rendu le suivi médical impossible.

Les violations des droits de la personne vont au-delà de l’éthique médicale. Ces expériences contreviennent au code de Nuremberg. Celui-ci est un code d’éthique élaboré après la Deuxième Guerre mondiale à la suite des expériences médicales entreprises par les nazis.

Suites et conséquences

En 1975, la Commission Church du Sénat des États-Unis enquête sur les abus commis par la CIA, la National Security Administration et le Federal Bureau of Investigation. Par le fait même, l’existence du projet MKULTRA est révélée au public.

En 1980, les Canadiens découvrent ce qui s’est produit à l’Institut Allan Memorial. Un épisode de l’émission de CBC The Fifth Estate révèle ce qui est arrivé. Pour la première fois, des survivants des expériences s’expriment publiquement. En 1984, les États-Unis adressent des excuses officielles au gouvernement du Canada. Cependant, les États-Unis demandent aussi au gouvernement canadien de ne révéler aucun détail sur le programme MKULTRA aux anciens patients qui réclament des excuses et des compensations financières.

Au milieu des années 1980, les directeurs de l’Institut Allan Memorial tentent de justifier les actions du Dr Cameron. Ils soutiennent que dans les années 1950 et 1960, les psychiatres n’avaient pas à informer les patients des expériences ou traitements qui étaient administrés. Ils affirment aussi qu’il n’y a aucune preuve que le Dr Cameron était au courant que ses expériences étaient financées par la CIA.

Plus de 300 personnes ont adressé une demande d’indemnisation au gouvernement du Canada. En 1988, neuf survivants ont reçu une indemnisation du gouvernement des États-Unis. En 1992, 77 survivants ont reçu une compensation du gouvernement canadien. Toutefois, plus de 250 plaignants n’ont pas reçu de compensation parce qu’ils ne pouvaient présenter de dossier médical, ont fait leurs demandes trop tard ou n’étaient pas considérés comme ayant suffisamment souffert. La ministre de la Justice de l’époque, Kim Campbell, refuse d’endosser la responsabilité de l’affaire. Ces dernières années, les familles des personnes qui n’ont pas reçu d’indemnisation ont essayé d’en obtenir du gouvernement. Dans certains cas, elles ont reçu des indemnisations seulement si elles acceptaient de signer des accords stricts de confidentialité et de non-divulgation. Les avocats invoquent que ces dispositions de confidentialité stricte empêchent ces personnes de parler librement de ce qu’elles ont vécu. Elles contribuent à décourager d’autres victimes de se manifester, évitant au gouvernement de devoir prendre la responsabilité de ses actes.

À ce jour, ni la CIA, ni le gouvernement du Canada ne se sont excusés d’avoir financé des expériences menées sur des cobayes humains à l’Institut Allan Memorial.