Paul Tomelin (Source primaire)

Prenez note que les sources primaires du Projet Mémoire abordent des témoignages personnels qui reflètent les interprétations de l'orateur. Les témoignages ne reflètent pas nécessairement les opinions du Projet Mémoire ou de Historica Canada.

Prenez note que les sources primaires du Projet Mémoire abordent des témoignages personnels qui reflètent les interprétations de l'orateur. Les témoignages ne reflètent pas nécessairement les opinions du Projet Mémoire ou de Historica Canada.


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Le Sergent Paul Tomelin, photographe dans l’unité canadienne de relations publiques n° 25 à Fort Lewis, Washington en avril 1951.

(Avec la permission du Projet Mémoire/Paul Tomelin)

"Mon expérience de la Deuxième Guerre mondiale m’a convaincu que la guerre c’est l’enfer. Et quand j’étais en Corée, je pense que c’est exactement ce que j’ai voulu faire ressortir dans mes photos, que la guerre c’est l’enfer."

Transcription

« “Van Doos Under Fire” »

J’ai traversé pour faire une photo du Major Liboiron* et de ses OOA, officiers observateurs avancés, avec lui dans leur tranchée, puis j’ai continué jusqu’à la colline 166. Et je suis arrivé à cet endroit où il y avait environ une demi-douzaine de soldats allongés juste en dessous du sommet d’une colline, je pense qu’il s’agissait d’une section d’infanterie du Van Doos.**  Ils portaient tous leurs baïonnettes attachées à leurs fusils et j’ai pensé qu’ils allaient peut-être franchir le sommet. Je suis resté en dessous d’eux.

Un sergent est passé par là et il m’a dit : « Tiens, si tu veux, je t’emmène jusqu’à l’endroit de la tranchée que nos soldats ne pouvaient pas dépasser parce qu’il y avait une mitrailleuse qui les obligeait à rester baissés. Je vais te montrer où on a eu un de nos hommes qui… » Les tranchées étaient en zigzag et il allait m’emmener à l’endroit précis où un de nos soldats était sorti de la zone en zigzag et s’était fait descendre. Et j’ai pensé : « Bon, pourquoi pas, il n’y a rien d’autre à faire là-bas que de prendre une photo d’une tranchée. » Alors ils sont sortis, mais…

Mais un des fantassins a regardé en bas ici, ils portaient tous leurs baïonnettes sur leurs fusils. Et moi je me tenais juste en dessous d’eux et je portais mon appareil Speed Graphic 4x5. Et il m’a dit : « Hé, nous on est obligés d’être ici. Qu’est-ce que tu fais ici, toi? » J’ai haussé les épaules en répondant : « Bon, comment les gens au pays vont-ils savoir ce que vous faites ici? » Et la réponse avait l’air d’être satisfaisante.

Puis j’ai remarqué à l’autre bout, par rapport à ces gars qui étaient allongés, la crête s’aplatissait en quelque sorte et il y avait quelque buissons, et deux fantassins étaient allongés dans les buissons. Alors je suis allé là-bas et me suis accroupi, et j’ai pris quelques clichés et l’un d’entre eux tirait sur le haut de la colline, mais c’était à une centaine de mètres devant nous. Il tirait sur les bunkers qui étaient la cible des tirs de notre artillerie et nos chars. J’ai pris quelques clichés de lui allongé sur le sol et tirant et, des chars – l’artillerie faisant sauter les abris, enterrés à une centaine de mètres devant nous, il y avait des casemates, et ce carabinier tout seul tirait là-dessus. Puis tout à coup, des fantassins sont arrivés en courant de l’autre côté de la crête jusque vers nous, et tout à coup quand ces gars ont franchi la crête, une mitrailleuse a ouvert le feu derrière nous. Et on était là, croyant qu’on était en sécurité derrière cette crête. Donc, j’ai loupé le premier gars qui était passé de l’autre côté de la crête. Et alors je me suis déplacé et j’ai pris une photo du gars allongé en dessous de la crête et une autre des gars qui repassaient en courant par dessus la crête quand la mitrailleuse a ouvert le feu. Ensuite, je me suis rendu dans un autre endroit, et deux fantassins sont arrivés en courant sur la crête. Je me souviens des balles de mitrailleuse qui semblaient passer tellement près avec ces gars qui m’ont dépassé. Ils étaient à six mètres de moi, à côté de moi je devrais dire, de mon côté de la crête.

« Face of War »

Le soir où je m’étais arrangé avec le Major Don Holmes, qui était le commandant de la compagnie C, Royal Canadian Regiment, pour prendre des photos de son unité, qui faisait un raid de nuit cette nuit-là. Alors, je me suis rendu là-bas et j’ai pris des photos de leur dernier repas, eux noircissant leurs visages, et vérifiant leur matériel, et du Major Holmes en train de donner des instructions à ceux de la compagnie qui allaient partir en raid et ensuite en train de vérifier leur équipement avant de partir. Ils m’ont invité à les suivre. Il m’a semblé que c’était plutôt stupide, parce que, dehors dans le noir, impossible de faire le point, et pour avoir quelque chose sur la photo, il aurait fallu que j’utilise mon flash, et ils se seraient sans doute fait repérer de ce fait. Donc plutôt stupide de ma part d’aller avec eux. Alors je suis resté, et je suis retourné au sommet de la colline, dos à l’endroit d’où la compagnie était partie, et je me suis assis derrière la mitrailleuse qui tirait des balles traçantes pour appuyer le raid. Et ils tiraient des balles traçantes. Et moi j’avais mon 35 mm avec un film kodachrome dedans, alors je me suis, assis sur les genoux et j’ai fait des photos de ces balles traçantes traversant la vallée.

Puis quand ils ont commencé à revenir, je suis redescendu et j’ai commencé à prendre des photos, de ceux qui arrivaient au poste de secours régimentaire. Ils avaient du boulot avec les blessés qu’on amène là dedans. Et puis il y avait une file de blessés devant l’entrée du poste de secours régimentaire. Et j’ai remarqué ce type tout seul, appuyé contre le mur de sacs de sable du bunker en haut de la colline, c’était ça le poste de secours régimentaire, le PSR, et j’ai remarqué ce soldat qui se tenait contre les sacs de sable, et j’ai voulu faire une photo de lui – je ne voulais pas utiliser mon flash. Et tout à coup, il était là, juste à côté de l’entrée du PSR, l’entrée, noire, associée à la mort, du PSR. La lumière du jour commençait à filtrer. Alors j’ai pensé : « Bon, si je ne fais pas une photo de ce soldat maintenant, c’est foutu parce qu’il sera à l’intérieur. » C’était son tour d’entrer pour se faire soigner.

Alors j’ai reculé aussi loin que possible dans la pente de la colline, et j’ai fait le point sur la couture de sa chemise, parce qu’il me semblait bien que ça devait être à peu près la même distance focale, le même plan, que ses yeux, ce qui était pour moi l’élément le plus important de la photo. Ses yeux avec l’expression que tant de soldats décrivaient comme le « regard perdu dans le vague ». Et je voulais qu’elle soit parfaitement nette.

Alors, avec une vitesse d’obturateur au 125e et l’objectif grand ouvert, une ouverture de 5,7 je pense que c’était la plus grande ouverture possible avec le Speed Graphic. Je me suis appuyé sur les coudes – bon j’ai commencé par faire le point, et le soldat a pris l’air dégouté et s’est éloigné des sacs de sable comme s’il allait partir. J’ai levé la main et j’ai dit, j’avais une main en l’air et l’appareil dans l’autre, et j’ai dit : « Oh, s’il te plait, peux-tu retourner là où tu étais? » Je n’ai pas eu trop de difficulté à le convaincre. Il était tellement crevé qu’il a simplement reculé. Et puis il a demandé : « Où veux-tu que je regarde? » Bon, je me souvenais de son regard qui était plus ou moins dirigé par dessus mon épaule gauche alors j’ai répondu : « Par dessus mon épaule gauche ce serait bien, s’il te plait. »

Alors, il a regardé par là, et j’ai reculé avec l’appareil et refait le point pour être sûr que la photo soit nette, et ensuite, je me suis enfoncé les coudes dans les côtes, et l’appareil contre le front. Je me servais du viseur iconomètre et non pas du viseur d’optique, viseur iconomètre, et j’ai appuyé sur le bouton de l’obturateur. Et ce qui est étrange, c’est qu’en principe une photo de cette importance, j’aurais dû la doubler. Mais d’une façon ou d’une autre, j’ai senti que c’était bon. Et c’était bien le cas.

Mon expérience de la Deuxième Guerre mondiale m’a convaincu que la guerre c’est l’enfer. Et quand j’étais en Corée, je pense que c’est exactement ce que j’ai voulu faire ressortir dans mes photos, que la guerre c’est l’enfer.

*Major Réal Liboiron, le commandant de la compagnie D du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment

**Soldats du Royal 22e Régiment

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 TMP

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