Princesse Louise Margaret, Duchesse de Connaught

Princesse Louise Marguerite Alexandra Victoria Agnès de Prusse, duchesse de Connaught et de Strathearn, consort vice-royale du Canada (de 1911 à 1916) et philanthrope (née le 25 juillet 1860 à Potsdam, en Prusse (aujourd’hui l’Allemagne); décédée le 14 mars 1917 à Londres, au Royaume-Uni). La duchesse de Connaught finance des hôpitaux de la Croix-Rouge pour le Corps expéditionnaire canadien pendant la Première Guerre mondiale.



Duchess de Connaught

Princesse Louise Marguerite Alexandra Victoria Agnès de Prusse, duchesse de Connaught et de Strathearn, consort vice-royale du Canada (de 1911 à 1916). Photo prise le 18 décembre 1907.

(photo par James Lafayette, avec la permission de Victoria and Albert Museum/Wikimedia CC)

Jeunesse et rencontre amoureuse

Louise-Marguerite est la troisième fille survivante du prince Frédéric-Charles de Prusse, officier de l’armée connu sous le nom de « prince rouge » et petit-fils du kaiser Frédéric-Guillaume III et de la princesse Marie-Anne d’Anhalt-Dessau, musicienne et peintre de grand talent. En 1878, Louise-Marguerite rencontre le prince Arthur (1850-1942), septième fils de la reine Victoria et duc de Connaught et de Strathearn. Le couple se fiance presque aussitôt. Arthur écrit alors à sa mère : « Je dois dire que je l’ai trouvée plutôt jolie. »

Mariage, enfants et voyages

Le 13 mars 1879, Arthur épouse Louise-Marguerite à la chapelle Saint-Georges de Windsor. De leur union naissent trois enfants : Margaret (1882-1920), qui épouse le futur roi Gustave VI Adolphe de Suède en 1905, Arthur (1883-1938), gouverneur général de l’Afrique du Sud de 1920 à 1924, et Patricia (1886-1974), qui accompagne ses parents au Canada et y devient une importante personnalité publique.

Le duc connaît une longue carrière militaire et est affecté à plusieurs endroits à travers l’Empire britannique. La duchesse l’accompagne alors autour du monde et devient la première princesse européenne à vivre en Inde. À Bombay (aujourd’hui Mumbai), elle met en place des hôpitaux pour femmes où travaillent des femmes médecins et infirmières. En 1890, le couple traverse le Canada dans le cadre d’une tournée mondiale et réside chez le gouverneur général lord Stanley à Rideau Hall. Le duc et la duchesse sont alors émerveillés par la splendeur des paysages canadiens, notamment les Rocheuses et les chutes Niagara.

Duchess de Connaught

Portrait de Louise, duchesse de Connaught, par l’artiste américain John Singer Sargent (1908).

(Wikimedia CC)

Consort vice-royale du Canada

Le duc et la duchesse de Connaught, ainsi que leur benjamine la princesse Patricia alors âgée de 25 ans, arrivent à Ottawa le 14 octobre 1911, soit le lendemain de l’installation du duc comme gouverneur général au Parlement du Québec. Le château Laurier inachevé affiche alors des bannières de bienvenue en français et en anglais. La duchesse, d’abord peu impressionnée par Rideau Hall, écrit dans son journal : « La première impression que nous avons de la résidence du gouverneur général [...] n’est pas grandiose. En fait, on se demande presque si quelqu’un n’a pas fait l’erreur de se rendre dans un gymnase lié à une école d’équitation par un pauvre petit portail! [...] Puis nous sommes entrés dans la salle de réception, la plus petite, nommée la salle bleue, et dans le bureau d’Arthur qui sont tous deux confortables et de bonne taille. La journée était si ensoleillée que nous avons eu une vive et agréable impression et j’ai senti que nous serions heureux ici. »

La duchesse agit ensuite à titre d’hôtesse à Rideau Hall et accompagne son mari dans ses tournées à travers le pays. Elle assiste ainsi au premier Stampede de Calgary en 1912 et, la même année, visite la ville de New York. Dans les moments où sa santé se détériore, sa fille la princesse Patricia remplit ses obligations publiques.

Lors de son séjour au Canada, la duchesse fait de la santé publique une priorité élevée. Quelques semaines après son arrivée à Ottawa, elle a déjà fait l’inspection de nombreux hôpitaux locaux et constate avec effroi des conditions d’insalubrité, une ventilation inadéquate et des patients atteints de maladies contagieuses placés dans les mêmes ailes que les personnes en attente de chirurgie. Son souci envers la gestion des hôpitaux et l’hygiène orientera son financement ultérieur des hôpitaux militaires pendant la Première Guerre mondiale.

Première Guerre mondiale

Dès l’éclatement de la Première Guerre mondiale en 1914, la duchesse crée le Duchess of Connaught Hospital Fund afin de financer l’installation d’hôpitaux militaires en Europe pour soigner les membres blessés du Corps expéditionnaire canadien. Nancy Astor, la première femme députée de la Grande-Bretagne, offre alors au gouvernement canadien d’utiliser sa résidence, Cliveden House (à Taplow, en Angleterre, près du château de Windsor). L’hôpital de la Croix-Rouge de la duchesse de Connaught est ainsi bâti sur le court de tennis et l’allée de quilles de la résidence. La couverture par la presse met en lumière à quel point l’hôpital est « entièrement moderne, complet et pratique » et le fait qu’il renferme une machine à rayons X, un laboratoire, une pharmacie, des salles d’opération et « l’appareil de décontamination Thresh à vapeur » pour garantir un certain niveau de salubrité. L’établissement fait partie des nombreux hôpitaux et maisons de convalescence financés par la Croix-Rouge canadienne en Grande-Bretagne et en France.

Noël 1917, hôpital Duchess of Connaught
Jour de Noël 1917, à l’hôpital de la Croix-Rouge Duchess of Connaught, à Taplow, en Angleterre. L’établissement fait partie des nombreux hôpitaux et maisons de convalescence financés par la Croix-Rouge canadienne en Grande-Bretagne et en France. Il a été construit sur le terrain de Cliveden House, près du château de Windsor.
(avec la permission du Ministère de la Défense nationale/de Bibliothèque et Archives Canada)
Noël 1917, hôpital Duchess of Connaught

Jour de Noël 1917, à l’hôpital de la Croix-Rouge Duchess of Connaught, à Taplow, en Angleterre. L’établissement fait partie des nombreux hôpitaux et maisons de convalescence financés par la Croix-Rouge canadienne en Grande-Bretagne et en France. Il a été construit sur le terrain de Cliveden House, près du château de Windsor.

(courtesy Canadian Department of National Defence/Library and Archives Canada)
Hôpital Duchess of Connaught

Groupe de soldats (australiens) et d’infirmières à l’extérieur de l’hôpital de la Croix-Rouge Duchess of Connaught (Taplow, Angleterre, vers 1916). L’établissement fait partie des nombreux hôpitaux et maisons de convalescence financés par la Croix-Rouge canadienne en Grande-Bretagne et en France.

(avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada)

La duchesse participe également aux initiatives de temps de guerre menées par des organismes de femmes canadiennes. En 1914, elle fait un don de 1 000 $ au projet de l’Imperial Order Daughters of Empire, qui consiste à offrir à l’Amirauté britannique un navire hospitalier tout équipé. La duchesse prend finalement en charge le fonds et parvient à amasser 100 000 $ pour des ambulances en Angleterre et en France et pour le « bloc canadien » de l’hôpital de la marine d’Haslar.

La duchesse fixe une nouvelle norme en matière de services publics pour les futures consorts vice-royales. Alice Massey, femme du futur gouverneur général Vincent Massey, fait l’éloge de la duchesse à l’un des aides de camp du duc de Devonshire : « La duchesse de Connaught était aimée partout au pays et était infatigable dans ses activités en temps de guerre. » En 1916, la duchesse devient colonel en chef honoraire du 199e bataillon (outre-mer) d’infanterie du Canada (nommé The Duchess of Connaught’s Own Irish Canadian Rangers), qui participe à la Première Guerre mondiale au sein du Corps expéditionnaire canadien.

199e bataillon, CEC

Le 199e bataillon (outre-mer) d’infanterie du Canada (nommé The Duchess of Connaught’s Own Irish Canadian Rangers) participe à la Première Guerre mondiale au sein du Corps expéditionnaire canadien.

(avec la permission du Ministère de la Défense nationale et de Bibliothèque et Archives Canada / PA-022670)

Mécénat culturel et sportif

Le duc et la duchesse de Connaught portent un grand intérêt pour les arts, et leurs deux filles sont des peintres accomplies. La duchesse commandite notamment des expositions d’art au Canada et soutient le travail des artistes canadiens. En 1912, elle est mécène d’une exposition de peintures, d’aquarelles, de pastels et de dessins par l’artiste Mary Riter Hamilton à l’Industrial Bureau de Winnipeg. Elle y achète alors trois tableaux.

En 1914, la duchesse devient également mécène de l’Association canadienne des golfeuses et fait don de la Coupe d’or de la duchesse de Connaught, qui est encore aujourd’hui le trophée du championnat amateur des golfeuses canadiennes.

Problèmes de santé

La duchesse subit plusieurs périodes de maladie alors qu’elle est consort vice-royale. En 1912, alors qu’elle est au Québec, elle présente des symptômes de ce qui semble être une appendicite ou une péritonite. En mars 1913, elle retourne au Royaume-Uni avec le duc pour subir une chirurgie et être mise en convalescence. Elle fait ensuite une rechute et est opérée une deuxième fois, ce qui répand la rumeur que le duc de Connaught pourrait terminer son mandat de gouverneur général au cours de l’année. La duchesse réussit cependant à se rétablir suffisamment pour retourner au Canada en octobre avec son époux. En 1916, le duc démissionne finalement de son poste de gouverneur général, inquiet de l’effet des hivers canadiens sur la santé de sa femme.

Après son retour en Grande-Bretagne, la duchesse consacre ses efforts à l’amélioration des conditions des prisonniers de guerre canadiens en Allemagne et, en 1917, elle écrit au directeur des prisonniers de guerre en tant que présidente de la Société canadienne de la Croix-Rouge. Elle succombe quelques semaines plus tard à une grippe et à une bronchite à Clarence House, à Londres. C’est le premier membre de la famille royale à être incinéré. Ses cendres sont enterrées au cimetière de Frogmore.


Lecture supplémentaire

  • Arthur Bousfield et Garry Toffoli, Home to Canada: Royal Tours 1786-2010 (2010) (en anglais seulement)