BlackBerry ltée

BlackBerry (autrefois Research In Motion) est une entreprise œuvrant dans le domaine des communications sans fil. Fondée en 1984 par Mike Lazaridis et Doug Fregin à Waterloo (Ontario), la société a lancé en 1999 son premier appareil — un téléavertisseur capable d’envoyer des courriels. Depuis la sortie de son premier téléphone intelligent en 2002, les téléphones BlackBerry sont devenus rapidement des outils technologiques indispensables, d’abord pour les gens d’affaires et ensuite pour le grand public. Cependant, au début des années 2010, BlackBerry lutte pour suivre le rythme du marché concurrentiel des téléphones intelligents. En2016, la société annonce qu’elle va confier en sous‑traitance toute la production de matériel à d’autres entreprises, pour se concentrer sur le développement de logiciels. Aujourd’hui, on attribue à BlackBerry la reconnaissance de la ville de Waterloo comme un centre d’innovation. Les actions de l’entreprise s’échangent sous le symbole BB à la Bourse de Toronto et celui de BBRY sur le marché NASDAQ.

Fondation de Research In Motion à Waterloo

En 1984, Mike Lazaridis, un étudiant en génie électrique de l’Université de Waterloo, et son ami d’enfance Douglas Fregin fondent conjointement Research In Motion (RIM). Les humbles débuts de l’entreprise commencent au‑dessus d’une boulangerie de bagel à Waterloo (Ontario), où au moins un employé doit construire son propre poste de travail. RIM est d’abord créée en tant que société de conseil spécialisée en informatique et en logiciels. Puis, en 1988, elle conçoit un système de transmission de données sans fil utilisé dans les téléavertisseurs et les terminaux de points de paiement sans fil, ce qui en fait les premiers appareils à utiliser cette technologie en Amérique du Nord. Cette technologie constitue ultimement la base du téléphone intelligent BlackBerry.

Le travail de RIM attire l’attention de Jim Balsillie, un diplômé de la Harvard Business School. Le jeune homme de 31 ans croit fermement à la technologie de la compagnie au point de réhypothéquer sa maison pour financer le démarrage avec 250 000 $. Après cet investissement, il se joint à RIM en tant que cofondateur et codirecteur général.

Invention du téléphone BlackBerry

BlackBerry Inter@ctive Pager 900 est lanc\u00e9 en 1996. Il devient le pr\u00e9curseur du t\u00e9l\u00e9phone intelligent BlackBerry.

Dévoilé au public en 1996, le RIM Inter@ctive Pager 900 est le précurseur du téléphone intelligent. Ce téléavertisseur bidirectionnel équipé d’un clavier QWERTY a la capacité d’envoyer des télécopies et des courriels. Quand arrive le moment de nommer le nouveau dispositif, les responsables de l’image de marque constatent que le clavier ressemble aux graines d’une fraise, ce qui les mène à explorer le nom de fruits et de légumes. Ils arrêtent leur choix sur BlackBerry, car le nom rappelle alors le boîtier noir de l’appareil.

SAVIEZ-VOUS QUE?
Lorsque vient le temps de nommer le nouveau dispositif de RIM, soit le RIM Inter@ctive Pager 900, les responsables de l’image de marque trouvent que son clavier ressemble à des graines de fraise, ce qui mène à l’exploration de noms liés aux fruits et aux légumes. Ils arrivent finalement à BlackBerry (du terme anglais pour la mûre sauvage), puisque cela correspond au boîtier noir du dispositif.

En 1997, l’entreprise est inscrite à la Bourse de Toronto et vend plus de 105 millions de dollars canadiens avec son premier appel public à l’épargne. Dès janvier 1999, à peine deux ans après son arrivée en bourse, RIM lance en Amérique du Nord son nouveau service courriel BlackBerry. Ce nouveau service de messagerie fait grimper les ventes de 80 %, ce qui équivaut à une augmentation de 85 millions de dollars américains. Le chiffre d’affaires de l’année suivante atteint 221 millions de dollars américains. Puis, le succès instantané de la compagnie se poursuit : elle est inscrite au marché NASDAQ en 1999. Elle récolte 250 millions de dollars américains supplémentaires.

Premier téléphone intelligent BlackBerry

En 2002, BlackBerry a sorti le BlackBerry 5810, le premier t\u00e9l\u00e9phone intelligent de l'entreprise.

Après son coup d’envoi, le téléphone BlackBerry commence son ascension fulgurante dans l’industrie technologique. Celle‑ci découle principalement des efforts enthousiastes de Jim Balsillie auprès des membres de l’industrie et auprès des banquiers d’affaires de Wall Street à qui il distribue gratuitement des appareils lors de ses tournées promotionnelles.

L’attentat du 11 septembre 2001 par l’organisation terroriste Al‑Qaïda contre les États‑Unis consolide la réputation de RIM en tant que fournisseur fiable de services de télécommunications, car son réseau sans fil demeure intact lorsque d’autres tombent en panne (voir Le 11 septembre et le Canada).

En 2002, l’entreprise dévoile le BlackBerry 5810 soit le premier appareil de RIM capable de réaliser des appels. Deux ans après la mise en service de son système de téléphonie cellulaire, RIM compte plus d’un million d’abonnés; en 2007, ce nombre atteint neuf millions. À ses débuts, le téléphone BlackBerry constitue un appareil adapté pour les banquiers d’affaires et les premiers utilisateurs de technologies, mais il devient rapidement le téléphone intelligent que tout le monde possède ou souhaite posséder.

Poursuite de NTP pour contrefaçon de brevets

La réussite de RIM attire l’attention de la société virginienne NTP inc. En 2001, cette dernière intente un procès contre RIM alléguant la contrefaçon de brevets. Bien que NTP ne fabrique aucun de ses propres produits, elle possède des brevets déjà déposés pour un système de messagerie mobile sans fil dont elle a l’intention d’en développer la technologie dans l’avenir. NTP finit par gagner l’affaire, qui aboutit à un premier règlement d’ordonnance judiciaire de 23,1 millions de dollars américains.

RIM livre alors une longue bataille judiciaire de 3 ans devant les tribunaux d’appel qui se conclut par un règlement final de 612,5 millions de dollars américains en 2006.

La poursuite ralentit la croissance de RIM, comme le rapporte la société en 2006; le nombre d’abonnés BlackBerry chute de 120 000 au cours du quatrième trimestre de l’année. Un porte-parole attribue cette baisse à l’incertitude entourant le litige relatif à NTP, qui amène les clients des États‑Unis de différer leurs achats de BlackBerry. Les revenus du trimestre subissent également des pertes, car les revenus atteignent 560 millions de dollars américains au lieu des 620 millions prévus. Bien que ces pertes soient significatives, les finances de l’entreprise sont assez stables pour être en mesure de survivre au revers.

Selon les termes du règlement, RIM peut continuer la vente de ses produits et services sans avoir à payer des redevances à NTP.

Concurrence de l’iPhone et de l’Android

En 2007, RIM occupe plus de 30 % du marché des téléphones intelligents aux États‑Unis, et la société se hisse au deuxième rang mondial derrière l’entreprise de télécommunications finlandaise Nokia. La même année, Apple, une société informatique de la Silicon Valley, perturbe le marché des téléphones intelligents par le lancement de l’iPhone et devient l’un des principaux catalyseurs du déclin de RIM.

SAVIEZ-VOUS QUE?
Silicon Valley est le surnom donné à la partie sud de la région de la baie de San Francisco en Californie du Nord où œuvrent plusieurs entreprises technologiques. Située principalement dans la vallée de Santa Clara, la région tire la partie « silicon » de son surnom des nombreux fabricants de puces électroniques en silicone de la région.

L’iPhone change les règles du jeu pour l’industrie des téléphones intelligents; avec son écran tactile, il permet aux utilisateurs de naviguer sur Internet via le navigateur Web d’Apple Safari. En 2008, l’inauguration de l’App Store redéfinit également les premiers besoins du marché des téléphones intelligents en offrant une plate‑forme pour les applications tierces.

À l’origine, la haute gestion de RIM ne considère pas la concurrence d’Apple et de Google (et son Android) menaçante parce que les ventes du BlackBerry continuent de croître — les ventes atteignent près de 20 milliards de dollars américains en 2011. Cette année‑là devient cependant le point de basculement, puisque le Royaume‑Uni, autrefois un marché clé de RIM, commence à préférer les iPhone et les téléphones Android de Google.

En 2008, en réaction à la concurrence féroce, RIM lance le BlackBerry Storm, qui élimine le clavier QWERTY, la particularité qui a rendu la série d’appareils célèbre. Beaucoup de critiques s’élèvent à l’égard du nouveau dispositif tactile de RIM; les utilisateurs se plaignent d’avoir perdu la facilité de saisir du texte, et on estime aussi que le système d’exploitation BlackBerry est inférieur à celui développé par Apple.

RIM réagit aux critiques des utilisateurs et, en 2010, lance un dispositif hybride appelé BlackBerry Torch, qui incorpore à la fois un écran tactile et un clavier QWERTY. Les ventes du BlackBerry Torch se portent bien au début; au cours des trois premiers jours, 150 000 appareils sont achetés. Toutefois, les ventes du BlackBerry Torch sont incapables de surpasser celles de l’iPhone.

En 2009, RIM inaugure également sa propre boutique d’applications tierces appelée BlackBerry App World, qui sort près d’un an après l’App Store et qui limite les utilisateurs à seulement quelques centaines d’applications. Par comparaison, Google a lancé sa propre boutique d’applications (appelé Android Market) à peine trois mois après le lancement de celui d’Apple.

En 2010, afin de rehausser son expertise en logiciels, RIM acquiert QNX Software Systems de la société automobile américaine Harman International. Si l’idée d’intégrer QNX au système d’exploitation BlackBerry apparaît stratégique, la mise en œuvre prend trop de temps, et RIM doit licencier 2 000 employés avant que le nouveau logiciel soit achevé. Les licenciements font partie de ce que la société appelle un « programme d’optimisation des coûts ». RIM démarre avec le système d’exploitation QNX en produisant sa première tablette appelée PlayBook, mais elle ne suscite pas de ventes substantielles.

Démission des cofondateurs

En janvier 2012, à la suite de l’échec du logiciel QNX et celui du PlayBook, Jim Balsillie et Mike Lazaridis annoncent leur démission. À cette date, RIM avait déjà perdu 75 % de sa valeur marchande, et Jim Balsillie et Mike Lazaridis avaient alors préparé Thorsten Heins, un membre de la haute gestion travaillant pour la société depuis 2007, pour assumer la relève comme président‑directeur général (PDG).

Les deux anciens dirigeants siègent au conseil d’administration, tandis que Mike Lazaridis porte de nouveaux titres, ceux de vice‑président du conseil d’administration et de président du comité d’innovation. Le 29 mars 2012, Jim Balsillie démissionne du conseil et vend toutes ses actions de BlackBerry l’année suivante. Mike Lazaridis démissionne quant à lui le 1er mai 2013 et vend environ 12 % de ses actions en décembre de la même année.

Redésignation : RIM devient BlackBerry

En 2013, avec Thorsten Heins au poste de PDG, RIM subit plusieurs importants changements. L’un des principaux est la création d’une nouvelle image de marque de la société qui consiste à revenir à BlackBerry, le nom de son produit phare.

Le repositionnement de la société sous un nom de marque beaucoup plus reconnaissable porte à croire que RIM nourrit l’espoir d’un nouveau départ. En même temps que l’adoption d’une nouvelle image de marque, RIM lance, après un long retard, son système d’exploitation BlackBerry 10 et les dispositifs Z10 et Q10. Alors que le nouveau système d’exploitation et le dispositif à écran tactile Z10 sont considérés comme des améliorations significatives par rapport aux produits passés, BlackBerry fait encore face à des défis concurrentiels pour des modèles de même style d’Apple et de Google. — Android détient 52,5 % du marché des téléphones intelligents, tandis qu’Apple détient 34,3 %.

Malgré le nouveau nom et les nouveaux produits, BlackBerry est incapable de récupérer sa part de marché. En novembre 2013, Thorsten Heins, après moins de deux ans au poste de PDG, est remplacé par John Chen, un cadre de Silicon Valley.

Transition vers le développement de logiciels et de communications sûres

En 2015, BlackBerry commence à lancer sur le marché des téléphones intelligents qui fonctionnent avec un système d’exploitation tiers. Le premier de cette gamme est le BlackBerry Priv, qui fonctionne avec une version personnalisée d’Android. L’année suivante, celui-ci a été suivi du DTEK50.Également en 2015, BlackBerry acquiert l’un de ses principaux concurrents, la société de gestion d’appareils mobiles pour entreprises Good Technology, pour 425 millions de dollars américains. La compagnie se concentrera alors sur le développement de logiciels de gestion de périphériques, qui aident les entreprises à retracer les téléphones de leurs employés pour que les informations sensibles de l’entreprise soient protégées.

Après des tentatives infructueuses de remettre la société sur les rails, BlackBerry annonce en septembre 2016 qu’elle abandonne la fabrication de téléphones intelligents. Le processus d’externalisation de la production s’est amorcé après l’embauche de John Chen en 2013. Le développement et la fabrication de futurs appareils se trouvent, fin 2016, entièrement entre les mains de partenaires étrangers tels que les fabricants Foxconn Technology Group et TCL Communications.

En juillet 2017, la National Security Agency (NSA), soit la plus grande agence de renseignement des États-Unis, approuve le logiciel de BlackBerry pour le cryptage des appels et des messages texte. Par conséquent, BlackBerry acquiert l’approbation requise pour vendre SecuSUITE, son logiciel d’encodage commercial, aux membres du gouvernement américain.

Aussi, en 2017, BlackBerry lance un nouveau téléphone intelligent et une nouvelle campagne publicitaire. Le KEYone, un téléphone intelligent Android avec un clavier QWERTY est dévoilé avec le slogan « Do More. Different. »

En novembre 2018, BlackBerry annonce qu’elle acquerra Cylance, une société d’intelligence artificielle et de cybersécurité. L’accord de 1,4 milliard de dollars américains représente un investissement majeur dans le volet logiciel de BlackBerry. Selon l’organe médiatique Bloomberg, cette acquisition est la plus importante de la société en sept ans.


Lecture supplémentaire

  • Rod McQueen, Blackberry (2010); Alastair Sweeny, Blackberry Planet (2009).