Affaire Russell Williams

Le colonel Russell Williams était commandant à la base des Forces canadiennes (BFC) à Trenton en 2010 lorsqu’il est reconnu coupable de meurtre, après avoir commis une série de crimes sexuels bizarres qui ont ébranlé le pays.

Cet article traite de thématiques délicates qui peuvent ne pas convenir à tous les publics. .



Le colonel David Russell Williams était pilote décoré de l’Aviation royale canadienne et commandant à la base des Forces canadiennes (BFC) à Trenton, en Ontario, lorsqu’il est arrêté en 2010 et, par la suite, accusé du meurtre de deux femmes, ainsi que de nombreuses autres infractions d’ordre sexuel. Cette affaire bizarre a ébranlé la communauté militaire et le pays, et est devenue un phénomène médiatique international.

Historique

En juillet 2009, le colonel Russell Williams, 46 ans, est nommé commandant de la 8e Escadre à la base des Forces canadiennes (BFC) Trenton. Né en Grande‑Bretagne, il immigre au Canada alors qu’il est enfant. Il étudie à l’Upper Canada College, puis à l’Université de Toronto. Il se joint aux Forces canadiennes en 1987 et occupe divers postes alors qu’il gravit les échelons de la hiérarchie militaire. Il pilote notamment des avions destinés au transport de dignitaires, comme le premier ministre Jean Chrétien, la reine Elizabeth II et le prince Philip. On le décore pour ses années de service exemplaire et pour une période de service dans le Moyen‑Orient.

Russell Williams épouse Mary Elizabeth Harriman, avec qui il vit pendant 13 ans dans une maison de la rue Wilkie à Orléans, une banlieue d’Ottawa. Plus tard, ils déménagent dans une maison qu’ils ont fait construire dans le quartier Westboro de la capitale nationale. Ils n’auront pas d’enfants.

Introduction par effraction

Russell Williams séjourne souvent à son chalet sur le chemin Cosy Cove dans le village de Tweed, en Ontario, à 53 kilomètres de Trenton. La nuit du 8 au 9 septembre 2007, il s’introduit dans le chalet d’un voisin alors que la famille est absente, se prend en photo dans des poses pornographiques avec les sous‑vêtements d’une jeune fille et part en conservant certains de ceux‑ci. Au cours des mois qui suivent, il s’introduit dans d’autres résidences à Tweed et dans la région de Belleville. À partir de mai 2008, une vague de crimes semblables se produit à proximité de la résidence du colonel Williams à Orléans.

Russell Williams victimise des familles, dont les membres incluent des filles ou de jeunes femmes, en s’introduisant dans leur résidence la nuit lorsque personne n’y est. Dans certains cas, il retourne à la même résidence. Parfois, il entre par une porte déverrouillée. D’autres fois, il s’introduit en coupant une moustiquaire ou en forçant une fenêtre ou une serrure.

Au cours des cambriolages, le colonel Williams prend en photo des sous‑vêtements féminins étalés sur un lit et se photographie portant des brassières et des petites culottes. Lorsqu’il quitte enfin la demeure, il apporte des sous‑vêtements en guise de trophées. Dans 82 cambriolages documentés, il vole environ 1 400 morceaux d’habillement, surtout des sous‑vêtements et des articles de lingerie fine.

À Tweed, aucune des victimes de Russell Williams ne rapporte les cambriolages à la police. Certains ne remarquent pas, à ce moment‑là, qu’on s’était introduit dans leur demeure ou qu’on avait volé quoi que ce soit. Cependant, 15 des 25 familles dont la demeure d’Orléans a été cambriolée rapportent les crimes au Service de police d’Ottawa. Des policiers clandestins ont été affectés à la surveillance de la rue Wilkie, mais cela ne donne aucun résultat.

Le sergent‑détective Jim Van Allen, un profileur criminel auprès de la Police provinciale de l’Ontario (PPO), évalue l’information recueillie des cambriolages à Orléans et en déduit que puisque l’intrus continue à échapper à la détection, il devient plus agressif. Dans une résidence, il laisse un message provocateur sur un ordinateur. Dans une autre, la police découvre du sperme sur la photographie d’une femme. Le sergent‑détective conclut que le rôdeur pose un danger croissant d’une « agression sexuelle directe ».

« Tweed Creeper » (Rôdeur de Tweed)

Comme le sergent‑détective Jim Van Allen a prévenu, la nature dangereuse des crimes s’intensifie. Deux femmes sont attaquées à Tweed en septembre 2009 : Marie Unetelle (dont le vrai nom est protégé par une interdiction de publication), le 17; et Laurie Massicotte, le 30. Les deux femmes dorment lorsque le colonel Williams s’introduit dans leur demeure. Dans les deux cas, les yeux bandés, elles sont attachées, agressées et forcées à poser nues pour des photographies. Après l’attaque, les victimes téléphonent à la police, mais c’est seulement après celle contre Laurie Massicotte que la PPO en avise le public. Des policiers font du porte‑à‑porte à la recherche de renseignements qui pourraient les diriger vers le rôdeur, que les locaux appellent le « Tweed Creeper ».

Meurtres

La nuit du 23 novembre 2009, à Brighton, une ville toute juste à l’ouest de Trenton, Russell Williams s’introduit dans la demeure de la caporale Marie‑France Comeau, qui est sous ses ordres à la BFC Trenton. La caporale se défend et reçoit plusieurs coups d’une lampe de poche à la tête. Au cours des deux heures qui suivent, Russell Williams l’agresse à plusieurs reprises, la battant si elle résiste. Il enregistre le tout sur vidéo et prend des photographies. Enfin, il l’asphyxie en enveloppant son visage avec du ruban adhésif en toile. Il enveloppe son corps dans un édredon et le laisse dans sa chambre à coucher, où il est découvert plus de 30 heures plus tard. Pendant que la police fouille la maison de Marie‑France Comeau pour y découvrir des indices, Russell Williams envoie ses condoléances personnelles au père de la défunte.

La prochaine victime du colonel Williams est Jessica Lloyd. Il s’introduit dans sa maison sur l’autoroute 37 près de Belleville, en Ontario, à environ une heure du matin, le 29 janvier, alors que la femme dort. Il la viole et la force à poser pour des photographies. Ensuite, il l’amène dans sa Nissan Pathfinder 2001, stationnée non loin dans un champ, et se rend à son chalet. L’épreuve de Jessica Lloyd dure jusqu’à 20 h 15, quand Russell Williams ouvre son crâne avec une lampe de poche et l’étrangle avec un bout de corde. Il enregistre le tout sur vidéo. Ensuite, il cache le cadavre de Jessica Lloyd dans son garage jusqu’à ce que, la nuit du 2 au 3 février, il le jette dans les bois près de Tweed.

Traces de pneus

Jessica Lloyd est portée disparue lorsqu’elle ne se présente pas au travail et n’est pas chez elle, mais sa voiture y est stationnée. La police intervient rapidement. Les enquêteurs de la PPO et le Service de police de Belleville soupçonnent que les agressions sexuelles à Tweed, le meurtre de Marie‑France Comeau et la disparition de Jessica Lloyd sont liés. Une recherche intense est lancée. Elle se déroule avec la participation du personnel et d’avions de recherche et de sauvetage de la BFC Trenton, autorisée par le colonel Williams.

Malgré les efforts de la police et de centaines de bénévoles, après une semaine, on ne trouve aucune trace de Jessica Lloyd. Cependant, les témoins rapportent avoir vu un VUS de couleur argent stationné dans un champ près de la maison de la victime le soir de sa disparition. La police trouve des traces de pneus, dont la bande de roulement distincte permet de cibler une gamme restreinte de véhicules, dont la Nissan Pathfinder.

Le soir du 4 février, le colonel Williams est arrêté à un point de contrôle de la PPO sur l’autoroute 37. Tandis qu’ils semblent chercher les conducteurs ivres, les officiers posent aux occupants des véhicules des questions pertinentes à la recherche de Jessica Lloyd et examinent les pneus. Russell Williams dit être pressé parce qu’il a un enfant malade à la maison. Pendant la courte interrogation sur le bord de la route, les officiers voient que la bande de roulement des pneus du colonel correspond aux traces trouvées dans le champ. À partir de ce moment, Russell Williams est sous surveillance policière.

Arrestation

La police soupçonne de plus en plus le colonel Williams lorsqu’on découvre qu’il a menti au sujet de son enfant malade. L’après‑midi du 7 février, Russell Williams se rend au quartier général de la police d’Ottawa à la demande du sergent‑détective de la PPO Jim Smyth, qui dit avoir quelques points à clarifier. Une fois que le colonel Williams est dans la salle d’interrogatoire, le sergent‑détective Smyth le confronte avec des questions auxquelles il n’a pas de réponse satisfaisante. De plus, Russell Williams porte les mêmes bottes qu’il avait portées la nuit de la disparition de Jessica Lloyd, qui correspondent aux traces de pas trouvées dans la neige autour de la maison de la disparue.

Pendant que l’entrevue est en cours, des officiers avec des mandats de perquisition fouillent le chalet à Tweed, ainsi que la maison de la famille Williams à Ottawa, en présence de sa femme stupéfaite. De temps en temps, le sergent‑détective quitte la salle d’interrogatoire pour obtenir des mises à jour de la part des équipes de fouilles, qui lui fournissent des preuves de plus en plus accablantes. Enfin, Russell Williams abandonne toute prétention de son innocence. Lorsque Jim Smyth demande : « Bon, alors où est‑elle [Jessica Lloyd]? »; Russell Williams répond : « Vous avez une carte? »

La fouille des propriétés de Russell Williams révèle sa caméra, un sac polochon contenant une casquette noire, un guide de crochetage de serrures, ainsi que des boîtes et des taies d’oreiller remplies de sous‑vêtements et de lingerie fine. Caché dans le plafond du sous‑sol de la maison à Ottawa, on trouve deux disques durs d’ordinateur contenant des documents habilement cachés, rapportant les activités de prédation sexuelle de Russell Williams sur une période de deux ans. Des clips vidéo et près de 3 000 photographies comprennent des images des attaques à Tweed et des meurtres de Marie‑France Comeau et de Jessica Lloyd. Il y a également des rapports très détaillés des cambriolages, ainsi qu’un inventaire soigneusement compilé des articles volés.

La nouvelle de l’arrestation de Russell Williams et de sa double vie bizarre stupéfie tout le monde qui le connaît et choque le public.

Incarcération et tentative de suicide

En cour à Belleville, le 8 février, Russell Williams est accusé de meurtre, d’agression sexuelle et de séquestration. Plus tard, il sera accusé de nombreux cambriolages. Il passe les huit mois qui suivent au centre de détention Quinte à Napanee, d’où il comparaît en cour plusieurs fois par liaison vidéo. Puisqu’il plaide coupable à toutes les accusations, il n’y a pas de procès.

La fin de semaine de Pâques, en avril 2010, les agents de détention empêchent Russell Williams de s’étouffer à l’aide d’un rouleau de papier de toilette vide qu’il s’est mis dans la gorge. Par la suite, il est surveillé 24 heures sur 24. Le 22 octobre 2010, Russell Williams est condamné à deux peines d’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Il est également inscrit au registre des délinquants sexuels. Sa Nissan Pathfinder et sa cache de vêtements volés sont détruites.

Russell Williams est dépouillé de son rang et est démis des Forces canadiennes. Son uniforme est brûlé et ses décorations détruites. Mary Elizabeth Harriman, qui affirme n’avoir rien su des crimes de son époux, entreprend des procédures de divorce. Russell Williams est aujourd’hui incarcéré dans une prison à sécurité maximale à Port‑Cartier, au Québec.

Poursuites en justice

Après la condamnation au criminel, deux poursuites au civil de plusieurs millions de dollars sont intentées contre Russell Williams et Mary Elizabeth Harriman : l’une par « Marie Unetelle »; l’autre par la famille de Jessica Lloyd. Les deux sont réglées avec des versements financiers non déclarés en 2014.

Une troisième poursuite, intentée par Laurie Massicotte, vise non seulement Russell Williams et Mary Elizabeth Harriman, mais aussi la Police provinciale de l’Ontario (PPO). La victime accuse cette dernière de ne pas avoir averti les résidents de Tweed de la présence d’un prédateur dans leur municipalité et d’avoir suggéré qu’elle avait fait une déclaration fausse et imitatrice lorsqu’elle a rapporté son agression à la police. En 2015, la PPO arrange l’affaire hors cour avec Laurie Massicotte, mais en 2016, la poursuite contre Russell Williams et Mary Elizabeth Harriman n’est toujours pas réglée.


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