Statistique Canada

Statistique Canada est l’organisme central d’études statistiques du pays. Constitué en 1918 sous le nom de Bureau fédéral de la statistique, il adopte son nom actuel en 1971. Aux termes de la Loi sur la statistique adoptée cette année-là, l’organisme a pour responsabilités de « recueillir, compiler, analyser, dépouiller et publier des renseignements statistiques sur les activités commerciales, industrielles, financières, sociales, économiques et générales de la population et sur l’état de celle-ci ». En collaboration avec les ministères, l’organisme travaille à compiler des statistiques sociales et économiques intégrées pour le Canada, ainsi que les provinces et territoires. Statistique Canada est également un organisme de recherche scientifique chargé d’élaborer de façon innovatrice des méthodes et des techniques de planification statistique et de conception des enquêtes.



Les premières statistiques au Canada

Premiers recensements

Les recensements de la population ont une longue histoire. Il y a plus de 2 000 ans, les gouvernements grec et romain dénombrent déjà leurs habitants, généralement à des fins militaires (c’est-à-dire pour déterminer combien d’hommes peuvent servir comme soldats) ou pour le recouvrement de l’impôt. Ces premiers recensements sont principalement des activités administratives à des fins gouvernementales limitées. Ils ne comptent pas tous les résidents et, bien souvent, n’enregistrent pas le nom, l’âge ou le sexe des personnes. Les recensements menés en Suède et en Angleterre au 18e siècle et au début du 19e sont les premiers de l’Europe moderne. Le recensement suédois de 1749 s’appuie en partie sur les registres de l’église pour dénombrer les populations. Le recensement anglais de 1801, quant à lui, fait appel à des fonctionnaires civils pour le dénombrement. Dans ces recensements comme dans ceux effectués par les gouvernements grec et romain, on ne tente pas de compter tous les résidents. 

Le premier recensement véritablement moderne au monde, prévoyant un dénombrement intégral de tous les habitants de la population à des fins statistiques, est le recensement de 1666 de la Nouvelle-France. Il est mené sous la supervision de Jean Talon, administrateur civil de la petite colonie. Le recensement de 1666 recueille des renseignements auprès de tous les ménages; on fait du porte-à-porte de Montréal à Québec pour enregistrer les résidents par nom, âge, sexe, état matrimonial, relation familiale et occupation. Le recensement de 1666 auprès de la population de la Nouvelle-France, alors relativement petite – 528 familles, avec un total de 3 215 personnes –, est bien conçu et exécuté. Ce processus est si utile en Nouvelle-France qu’on le répète au moins 16 fois par la suite. Il est encore en activité lorsque prend fin le régime français au Canada avec le Traité de Paris de 1763.

Jean Talon
Jean Talon, intendant de la Nouvelle France de 1665 à 1668. Jean Talon a mené le premier recensement colonial au Canada en 1665 1666.

Premiers actes de naissance et de décès

Les premiers actes de naissance et de décès au Canada remontent au 17e siècle. Ces documents sont généralement maintenus par les administrateurs de la paroisse ou des églises. D’après les dossiers de la première église de Nouvelle-France, le premier enfant né dans la colonie se nomme Eustache Martin, né en 1621 de Marguerite Langlois et Abraham Martin. Selon toute vraisemblance, c’est en l’honneur de ce dernier que les plaines d’Abraham, à Québec, seraient ainsi nommées. Les actes de naissance et de décès de l’époque sont généralement incomplets; on les conserve dans les dossiers des églises ou des paroisses.

Ce n’est que bien plus tard, dans les années 1920, que les statistiques de l’état civil (par exemple, les données sur les naissances, les décès, les mariages et les divorces) font leur apparition au Canada. Au cours de cette décennie, le Bureau fédéral de la statistique, nouvellement mis sur pied, conclut un accord de coopération avec les autorités provinciales et territoriales concernant la collecte et la mise en tableaux de données sur les naissances et les décès.

Activités statistiques nationales avant la Confédération

L’office des colonies britanniques (le ministère chargé d’administrer les colonies comme l’Amérique du Nord britannique) réalise pour la première fois des procédures de collecte de données statistiques générales pour le Canada et ses autres colonies au tournant du 19e siècle. Les colonies aux populations plus nombreuses, comme le Canada, présentent avant cela des rapports de gouverneurs coloniaux, sans toutefois être tenues d’effectuer des recensements ou de réaliser des activités statistiques régulières.

On commence à tenir des dossiers de l’immigration vers les années 1810. Ils sont cependant sporadiques et n’incluent pas les migrants qui se déplacent entre le Canada et les États-Unis. Les seuls registres statistiques généralement exigés par l’office des colonies britanniques sont les registres de commerce annuels. Certains registres sur le commerce et le transport maritime, l’assurance et les banques apparaissent au début du 19e siècle; ils ne sont ni réguliers ni complets.

Vers le milieu du 19e siècle, l’office des colonies exige des registres plus détaillés sur les populations afin de déterminer la représentation politique appropriée et de calculer les impôts. Les activités statistiques menées pour la Province du Canada (constituée par l’union du Bas et du Haut-Canada en 1841) sont rendues obligatoires par la Loi du recensement et des statistiques de 1847, qui met en place un conseil d’enregistrement et de statistiques. Le premier mandat de ce conseil est d’enregistrer les naissances et les décès dans la colonie, en plus de recenser sa population. Au départ, le conseil est composé du receveur général, du secrétaire provincial et de l’inspecteur général. En 1857, toutefois, le ministre de l’Agriculture remplace l’inspecteur général et devient président du conseil. On maintiendra cette structure de gestion pendant les 60 années suivantes. Les activités de recensement et de statistique demeurent en grande partie la responsabilité du ministre de l’Agriculture jusqu’à la création du Bureau fédéral de la statistique en 1918.

Le premier recensement décennal canadien est mené en 1851 sous l’autorité du conseil d’enregistrement et de statistiques. Étant donné qu’un autre recensement a été effectué la même année en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, il s’agit dans les faits du premier recensement de la population du futur Dominion du Canada.

Le saviez-vous?

Bien que le recensement de 1851 du Canada-Est et du Canada-Ouest compte plus de 1,8 million de personnes (90 % vivant en zone rurale), le dénombrement est incomplet; en effet, de nombreux résidents, craignant que le recensement ait pour but le recouvrement d’impôts, hésitent à fournir leurs informations.

À l’exception des recensements décennaux de 1851 et 1861 au Canada-Est et au Canada-Ouest, peu de données statistiques sont recueillies et déclarées conformément aux exigences de la Loi du recensement et des statistiques de 1847. Le Dr Joseph-Charles Taché, médecin nommé sous-ministre de l’agriculture en 1864, fait valoir dans un rapport de 1865 présenté au ministre de l’Agriculture que les statistiques de l’époque sont inadéquates et inexactes. Il y note des « erreurs monumentales », des « lacunes dans la forme » et des « faits absolument absurdes ». À son avis, le gouvernement canadien doit se doter de personnel permanent ayant reçu une formation appropriée en statistique s’il souhaite recueillir et déclarer de manière plus efficace des statistiques utiles. Le Dr Taché soutient également que plusieurs mesures importantes doivent être prises pour améliorer les statistiques au Canada. Il préconise notamment une étude numérique préliminaire de la population du Canada et de la population autochtone en remontant au début du 17e siècle, le développement des tendances statistiques pour les 17e, 18e et 19e siècles, jusqu’en 1871, la révision et la correction des recensements de 1851 et de 1861, et une préparation adéquate en vue d’un recensement réussi en 1871.

La Confédération et l’avènement de statistiques nationales

L’Acte de l’Amérique du Nord britannique, promulgué en 1867 – l’année de la Confédération du Canada – renferme une section consacrée au recensement décennal. Celle-ci prévoit la tenue d’un recensement national du Canada par le gouvernement fédéral en 1871, puis tous les dix ans par la suite. La loi stipule également que la représentation des provinces à la Chambre des communes doit être répartie à l’issue de chaque recensement décennal (voir Redécoupage des circonscriptions électorales fédérales).

Le nouveau Parlement fédéral finance le recensement et les autres activités statistiques du ministère de l’Agriculture. Le Dr Taché demeure responsable des programmes statistiques fédéraux. Le ministère effectue un recensement en 1871, puis tous les dix ans par la suite. Dans le cadre des recensements, on dénombre les ménages et les individus, et on recueille des données sur l’agriculture, le secteur manufacturier, l’exploitation minière et les gouvernements. À l’époque, le recensement canadien de 1871 est le plus complet à jamais avoir été mené en Amérique du Nord.

Recensement de 1871
Deux pages du recensement de la population de 1871, le tout premier recensement national du Canada. (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada)

Divers organismes fédéraux recueillent et déclarent également certaines autres données statistiques administratives. Ils le font toutefois par obligation administrative, et non pas dans le cadre d’un programme de statistiques nationales. Ce travail statistique portant sur divers thèmes (banques, compagnies d’assurance, chemins de fer, crime et main-d’œuvre) évolue parallèlement aux activités administratives, sans se trouver au centre du mandat des organismes. Peu surprenant, donc, que le travail statistique mené par le gouvernement fédéral à la fin du 19e siècle soit éparpillé et peu structuré.

Comme on recrute du nouveau personnel pour chaque recensement décennal, on ne peut profiter de la formation, de l’organisation et de la productivité qu’offrirait une équipe permanente. On crée en vertu de la Loi du recensement et des statistiques de 1905 un bureau permanent du recensement et des statistiques, ce qui a pour effet d’améliorer la dotation en personnel en vue des recensements décennaux et la coordination d’autres activités statistiques. Le recensement et les activités connexes fonctionnent mieux avec ce personnel de bureau stable; en revanche, le nouveau bureau du recensement ne collabore pas avec tous les ministères fédéraux. D’autres ministères continuent à entreprendre de nouveaux travaux, accroissant la quantité de données fédérales non coordonnées.

La Confédération vient également répartir la responsabilité de l’administration des statistiques entre les gouvernements national, provinciaux et locaux. Le fédéralisme, en conférant aux administrations locales l’autorité quant à la collecte de données statistiques, complexifie la production de rapports en divisant le travail entre de nombreuses autorités des trois paliers de gouvernement.  

Création du Bureau fédéral de la statistique

Les effets du manque de coordination dans les statistiques fédérales deviennent de plus en plus flagrants au début du 20e siècle. Le besoin de changement se fait on ne peut plus clair lorsque le Bureau du recensement et des statistiques est transféré du ministère de l’Agriculture à celui de l’Industrie et du Commerce en 1912. Avec cette transition vers un autre ministère fédéral, on met sur pied une commission, sous la direction de sir George E. Foster, avec l’objectif d’examiner les processus de collecte et de publication des statistiques. Dans 75 ans à compter : l’histoire de Statistique Canada (1993), on peut lire que la Commission ministérielle sur les statistiques officielles du Canada (aussi connue sous le nom de Commission Foster) constate que les statistiques fédérales sont « fragmentaires et peu coordonnées » et recommande l’établissement, par le Dominion du Canada, d’un « bureau central de statistique ».

La création d’un bureau central de statistique est retardée en raison de l’effort canadien dans la Première Guerre mondiale. Une fois le gouvernement en mesure de se tourner vers d’autres questions législatives, il suit la plupart des recommandations de la Commission Foster, adoptant la Loi sur la statistique de 1918 et mettant en place un système central au tout nouveau Bureau fédéral de la statistique.

Le Bureau fédéral de la statistique reprend les activités existantes pour les recensements annuels de l’industrie et les recensements décennaux de la population, du logement et de l’agriculture. Il assume de plus la responsabilité des statistiques sur l’industrie et le commerce, le crime et le transport, et certaines autres statistiques générales. Le nouveau bureau central de statistique est chargé de travailler avec d’autres organismes fédéraux à la collecte et à la publication de statistiques.

La Loi sur la statistique de 1918 crée le poste de statisticien fédéral, chargé de diriger le Bureau fédéral de la statistique et de coordonner les activités du gouvernement fédéral en matière de statistique. Robert H. Coats est le premier titulaire du poste de statisticien fédéral.

Robert H. Coats
Robert H. Coats a été le premier statisticien fédéral du Canada. (Source: Wikimédia)

Premières activités du Bureau fédéral de la statistique

Dans ses premières années d’existence, le Bureau fédéral de la statistique s’efforce d’améliorer le travail de recensement, de prendre en charge et d’intégrer un grand nombre de fonctions statistiques d’autres ministères et de développer les relations en vue de la collecte de nouvelles données.

L’un des premiers objectifs de Robert H. Coats est d’améliorer les statistiques de l’état civil du Canada, recueillies par les autorités provinciales et locales. Le Bureau fédéral de la statistique met alors au point un modèle particulièrement efficace de collaboration fédérale-provinciale dans ce domaine. Même si les statistiques de l’état civil sont recueillies et mises en tableaux au niveau provincial, la coordination entre les organismes provinciaux et fédéraux profite aux deux paliers de gouvernement. S’appuyant sur ce fait, les groupes fédéraux-provinciaux élaborent des définitions uniformes pour les données sur les naissances et les décès, établissent des procédures administratives communes et en viennent à utiliser les mêmes formulaires pour les naissances et les décès. Les autorités locales recueillent alors des informations sur les naissances et les décès, en transférant des copies des formulaires au bureau provincial, qui, à son tour, met en tableaux les données dans un format commun pour le traitement et la déclaration au Bureau fédéral de la statistique.

Lorsqu’arrivent les années 1930, l’état des statistiques nationales s’est considérablement amélioré. De nouvelles statistiques sont recueillies, tandis que les anciennes sont améliorées. On réalise d’importants progrès dans la coopération fédérale-provinciale. Des recensements de l’industrie de la pêche, de l’exploitation minière, de la foresterie et de la production d’énergie hydroélectrique sont menés tous les ans. Les statistiques sur l’agriculture sont améliorées grâce à des données annuelles sur les cultures et le bétail, ainsi qu’à des données mensuelles sur les conditions de récolte. Les statistiques plus anciennes sur le commerce, le transport, le crime et l’immigration sont réorganisées et améliorées. Le Bureau entreprend la collecte de nouvelles données statistiques sur le commerce interprovincial et les tendances dans le prix des biens et des services d’une province à l’autre.

Difficultés pendant la crise des années 1930

Un homme endormi sur un lit de camp pendant la crises des années 1930
Source: Bibliothèques et Archives Canada/C-020594.

Entre 1929 et 1939, une grave crise économique s’abat sur le Canada. La crise des années 1930 a de graves répercussions sur le Bureau fédéral de la statistique. En 1932, les salaires versés aux employés du Bureau sont réduits de 10 % et tous les postes permanents non occupés sont éliminés. Le Bureau parvient tant bien que mal à maintenir ses activités au cours de cette période en augmentant le nombre d’employés temporaires et en affectant au personnel des responsabilités qui, dans certains cas, vont au-delà des classifications ou des niveaux salariaux.

La crise des années 1930 met en évidence le fait que le Canada ne dispose pas des statistiques nécessaires pour comprendre et surveiller les effets d’une crise de cette envergure sur l’économie du pays. Au début de la crise, la principale série de données historiques du Bureau sur la main-d’œuvre signale des changements dans le taux d’emploi mensuel. Tout au long de la crise des années 1930, on manque de statistiques d’une importance cruciale sur le chômage, le nombre d’heures et de semaines travaillées et les salaires des Canadiens. Ces données ne seront recueillies qu’en 1941.

Rôle durant la Deuxième Guerre mondiale

À la veille de la Deuxième Guerre mondiale en 1939, le Bureau fédéral de la statistique est reconnu comme un organisme central bien organisé pour les activités statistiques. R. H. Coats, statisticien fédéral, y accomplit de l’excellent travail, et le programme statistique du Bureau couvre habilement tout un éventail de domaines sociaux et économiques.

Il n’en demeure pas moins que l’économie et le gouvernement nécessitent une plus grande variété de statistiques à l’appui de la planification et de la gestion en temps de guerre. Le Bureau commence alors à recueillir des données statistiques sur le coût de la vie et la rémunération mensuelle, ainsi que des informations élargies sur l’industrie. Il continue à recueillir certaines de ces séries de données après la fin du conflit, mettant toutefois fin à certaines autres.

Les méthodes d’échantillonnage statistique se perfectionnent dans les années 1930, et le Bureau fédéral de la statistique commence à les utiliser abondamment au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Le Bureau met sur pied une direction générale chargée de mener des activités de recherche et d’élaborer de nouvelles méthodes statistiques. Toujours au début des années 1940, il met en œuvre une classification type des industries (CTI) pour la compilation de statistiques sur l’industrie. Bien que le Canada et les États-Unis remplacent plus tard ce système par le Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), la CTI est encore utilisée dans de nombreux autres pays.

Restructuration d’après-guerre

Selon Herbert Marshall, statisticien fédéral de 1945 à 1956, il est évident, à l’issue du conflit, que le Bureau doit « se préparer à répondre à une demande plus forte dans le monde de l’après-guerre ». Le rôle croissant du gouvernement dans la planification des politiques économiques exige d’élargir et d’améliorer les informations statistiques disponibles. On a besoin de meilleures données sur l’emploi et le chômage. Dans le contexte de l’augmentation des pensions et de l’élargissement des soins de santé, on requiert des informations statistiques plus précises aux fins de la planification des politiques. Dans l’ensemble, le défi, dans l’après-guerre, consiste à améliorer les statistiques existantes et à en élaborer de nouvelles afin de faciliter la planification socioéconomique en constante évolution.

Pour simplifier son travail, le Bureau crée deux nouvelles unités après la guerre. La première prend en charge les enquêtes, toujours plus nombreuses, ainsi que les méthodes d’échantillonnage. Parmi les initiatives qu’appuie cette unité, on compte une importante enquête mensuelle entamée en 1945 pour fournir des mesures objectives de la main-d’œuvre et déterminer les types d’emploi et les motifs de chômage. La deuxième unité consiste en un groupe de statisticiens et d’économistes chargé d’examiner les programmes de données existants et d’orienter l’élaboration de nouveaux programmes.

Le Bureau déploie dans l’après-guerre des efforts considérables pour améliorer le recensement décennal. Les améliorations prévues comprennent notamment la mécanisation de certaines parties du programme de recensement, y compris l’introduction de cartes perforées spéciales pour les recenseurs (ceux qui passent de porte en porte pour mener le recensement). À partir des cartes perforées, les bureaux régionaux sont en mesure de transférer les données du recensement directement aux fichiers informatiques, introduits dans les années 1950. On économise ainsi temps et argent, mettant à disposition les ressources nécessaires pour rémunérer des centaines de codeurs et d’opérateurs perforateurs. L’installation d’un ordinateur IBM en 1960, puis l’utilisation de rubans magnétiques dans les années 1970, font du traitement des données du recensement un processus plus précis et rapide.

IBM

Au cours de cette période, le Bureau a également recours à des méthodes statistiques modernes pour réduire le fardeau des longs questionnaires de recensement en posant seulement des questions à un échantillon de ménages. Le recensement demande à tous les citoyens de répondre à un nombre limité de questions, comme l’âge, le sexe, l’état matrimonial, les relations familiales et la langue parlée à la maison. Ces questions universelles sont nécessaires pour recueillir des données sur des zones géographiques plus petites comme les quartiers, où un seul échantillon ne suffirait pas pour fournir des renseignements exacts. Depuis 1971, cependant, certaines autres questions essentielles ont été posées à un échantillon de ménages dans le cadre du recensement. Le questionnaire de recensement envoyé à la plupart des ménages est désigné sous le nom de « formulaire abrégé », tandis que le questionnaire envoyé à un échantillon de ménages s’appelle « formulaire long ».

Les données du questionnaire de recensement sont à l’origine recueillies par les employés du Bureau fédéral de la statistique, qui vont de porte en porte pour poser des questions aux ménages adultes. On apporte un changement important lors du recensement de 1971. À partir de cette année-là, les employés du Bureau laissent un questionnaire à l’adresse des ménages, qui doivent dorénavant répondre eux-mêmes aux questions. Le questionnaire est ensuite renvoyé par la poste ou recueilli directement chez le ménage. Lors des recensements les plus récents, on envoie le questionnaire par la poste aux ménages avec une enveloppe de retour préaffranchie pour le renvoi du document dûment rempli.

Les utilisateurs des données du recensement dans les années d’après-guerre constatent que les données du recensement décennal sont déjà désuètes lorsque s’achèvent les dix années entre les recensements. Des données plus à jour deviennent disponibles lorsque le Bureau lance un programme de recensement aux cinq ans en 1956, programme qui demeure en vigueur aujourd’hui.

Création de Statistique Canada : contexte

Dans les années 1960, le gouvernement fédéral commence à envisager des changements à sa structure organisationnelle, y compris le Bureau fédéral de la statistique. En même temps, deux autres facteurs de changement apparaissent à l’extérieur du bureau central de statistique du Canada. D’une part, certains ministères fédéraux estiment que le bureau est inapte à répondre à leurs besoins croissants en matière de statistique. D’autre part, le Bureau, de même que différentes autorités statistiques provinciales, se rendent compte que pour combler le besoin de statistiques nationales complètes, il faut une collaboration plus étroite.

Commission Glassco

En 1960, le gouvernement fédéral crée la Commission royale d’enquête sur l’organisation du gouvernement (aussi connue sous le nom de Commission Glassco en l’honneur de son président, l’homme d’affaires J. Grant Glassco) afin d’étudier et de formuler des recommandations sur l’organisation du gouvernement fédéral. La commission, à l’issue de son évaluation de l’organisation du Bureau fédéral de la statistique, recommande au gouvernement de renforcer son système statistique centralisé et d’assurer son indépendance. Plus particulièrement, on recommande la conversion du Bureau en ministère fédéral distinct, le statisticien fédéral détenant le statut de sous-ministre. Le gouvernement accepte ces recommandations en 1965.

Loi sur la statistique de 1971

Au terme de longues années d’études et de débats, le Parlement adopte une nouvelle Loi sur la statistique en 1971. Bien que l’on maintienne les principes de base du bureau central de statistique du Canada, on remplace le nom de Bureau fédéral de la statistique par Statistique Canada, en plus d’apporter certains autres changements. Notamment, la nouvelle Loi sur la statistique répond aux demandes des provinces relativement à l’amélioration de la coopération fédérale-provinciale en prévoyant une collecte et un partage de données conjoints. En 1974, Statistique Canada met sur pied le Conseil consultatif fédéral-provincial de la politique statistique, qui se veut un accord officiel de coopération entre les bureaux de statistique provinciaux et Statistique Canada.

La Loi sur la statistique de 1971 confère à Statistique Canada un accès aux déclarations d’impôt sur le revenu à des fins statistiques et confirme le droit du ministère à l’obtention des données administratives nécessaires à ses activités statistiques. Bien que Statistique Canada protège de manière stricte toutes les données en sa possession, la Loi reconnaît le besoin, pour les chercheurs, d’avoir accès aux microdonnées non identifiables tirées des échantillons (données desquelles tous les éléments d’identification personnelle, comme le nom et l’adresse, sont retirés afin que les chercheurs ne puissent pas reconnaître les personnes).

Poste de statisticien en chef

Le poste de statisticien fédéral devient celui de statisticien en chef à la création de Statistique Canada en 1971. Depuis la création de l’ancien poste en 1918, 12 personnes dirigent successivement l’organisme. Ses deux dirigeants demeurant en poste le plus longtemps sont Robert H. Coats (premier statisticien fédéral, dont le mandat dure 24 ans) et Ivan P. Fellegi (en poste pendant 23 ans). Le statisticien en chef actuel est l’adjoint du ministre de l’industrie chargé des programmes de Statistique Canada. Le statisticien en chef administre la Loi sur la statistique et supervise les activités de Statistique Canada. Occupent le poste de statisticien fédéral et de statisticien en chef entre 1918 et aujourd’hui :

Nom

Titre

Période

Années du mandat

Robert H. Coats

Statisticien fédéral

1918-1942

24

Sedley A. Cudmore

Statisticien fédéral

1942-1945

3

Herbert Marshall

Statisticien fédéral

1945-1956

11

Walter E. Duffett

Statisticien fédéral/statisticien en chef

1957-1972

15

Sylvia Ostry

Statisticienne en chef

1972-1975

3

Peter G. Kirkham

Statisticien en chef

1975-1980

5

James L. Fry

Statisticien en chef intérimaire

1980

1

Martin B. Wilk

Statisticien en chef

1980-1985

5

Ivan P. Fellegi

Statisticien en chef

1985-2008

23

Munir Sheikh

Statisticien en chef

2008-2010

2

Wayne Smith

Statisticien en chef intérimaire, statisticien en chef

2010-2016

6

Anil Arora

Statisticien en chef

2016-aujourd’hui

2+

Activités de Statistique Canada

Statistique Canada, dont le budget est établi par le Parlement, a pour mission de répondre aux besoins statistiques de tous les ordres de gouvernement et du secteur privé sur le plan de la recherche, de la formulation de politiques, de la prise de décisions et des renseignements généraux. Parmi ses principaux programmes statistiques, on retrouve le recensement de la population (voir Recensement canadien), les statistiques de l’état civil sur les naissances et les décès, les taux d’emploi et de chômage selon l’enquête sur la population active, le coût de la vie à partir de l’indice des prix à la consommation, les statistiques macroéconomiques, dont le produit intérieur brut, le commerce international et les comptes économiques actuels.

Statistique Canada diffuse des centaines de publications chaque année, dont plusieurs sont maintenant disponibles en format électronique uniquement. Parmi ces publications, citons Le Quotidien (publié du lundi au vendredi, avec les dernières actualités de l’organisme), Information population active (rapport mensuel des statistiques sur la population active actuelle avec brefs résumés) et Tendances sociales canadiennes (revue des articles d’actualité publiés toutes les six semaines en format électronique et deux fois par année en format imprimé). En outre, Statistique Canada diffuse ses renseignements en format imprimable et sous forme d’autres médias, y compris certains tableaux et publications antérieurs disponibles sur microfiches, microfilms ou rubans magnétiques. Statistique Canada possède plusieurs ressources documentaires électroniques, dont sa base de données numérique consultable, le Système canadien d’information socio-économique (CANSIM). Les bureaux régionaux de Statistique Canada situés à Halifax, Montréal, Toronto, Winnipeg, Regina, Edmonton, Calgary et Vancouver mènent leurs propres enquêtes et recensements, en plus d’offrir des services de référence et de consultation à des clients externes.

Utilisation des données de Statistique Canada

De nombreux organismes fédéraux, provinciaux et locaux utilisent les données de Statistique Canada. Les études de la population canadienne s’appuient sur les données tirées d’enquêtes et de recensements pour mieux comprendre les tendances sociales. Les chercheurs spécialisés en santé et en vieillissement utilisent les nombreuses enquêtes et bases de données de Statistique Canada pour recueillir des informations sur la santé des résidents canadiens, ainsi que sur les visites et les traitements médicaux. Les économistes, dans leurs analyses, s’appuient en grande partie sur les enquêtes sur la population active, les données macroéconomiques et les enquêtes que mène Statistique Canada auprès des consommateurs et des entreprises. Les agriculteurs, l’industrie alimentaire et les politiques agricoles s’appuient sur les données de Statistique Canada sur les cultures, les finances agricoles, les exploitations, les agriculteurs et l’utilisation des terres agricoles (voir aussi Économie agricole). L’industrie du transport et les planificateurs en matière de transport représentent les principaux utilisateurs des données de l’organisme, y compris les informations sur l’aviation (p. ex., tarifs aériens), le transport ferroviaire (p. ex., revenu, fret et tonnage transporté), les véhicules à moteur (y compris les camions, les automobiles et le transport en commun) et le transport maritime (p. ex., expédition internationale et côtière).

Les données de Statistique Canada sont disponibles dans de nombreux formats. Des statistiques et des tableaux en format sommaire se trouvent sur le site Web de l’organisme. Les utilisateurs peuvent télécharger des tableaux pour la plupart des enquêtes. Dans certains cas, ils peuvent demander des tableaux particuliers à l’aide du logiciel en ligne de Statistique Canada. De nombreuses séries de données importantes sont disponibles dans la base de données CANSIM. CANSIM contient des centaines de tableaux fournissant des données historiques (remontant parfois à plus d’un siècle) pour de nombreuses variables, comme le taux de chômage, la taille de la population, le taux de natalité et de décès, les cultures agricoles et le transport. Certains tableaux mettent l’accent sur les provinces, les territoires et les villes. Par exemple, les utilisateurs, en consultant CANSIM, constateront que les voyageurs aériens internationaux (ceux se rendant dans des pays autres que les États-Unis) à l’aéroport de Vancouver ont augmenté en nombre, passant de 4,1 millions en 2013 à 6,2 millions en 2017.

Les chercheurs peuvent utiliser les données des enquêtes et des recensements aux fins d’analyses plus poussées en accédant à des échantillons de microdonnées, et ce, de deux manières différentes. Tout d’abord, Statistique Canada publie les données tirées de ses recensements et de certaines enquêtes en tant qu’échantillons de microdonnées destinés à l’usage public. On en élimine tous les éléments d’identification individuelle, et certaines données (comme les caractéristiques géographiques ou sociales détaillées) sont combinées pour prévenir l’identification des personnes ou des familles. Les enquêtes qui fournissent des données publiques utiles aux chercheurs comprennent l’enquête sociale générale (qui recueille des informations sur des sujets sociaux comme les soins à donner et à recevoir) et l’enquête sur la population active (qui fournit d’importantes statistiques sur le marché du travail, dont le taux de chômage mensuel).

Les chercheurs peuvent également accéder à des données de recensements et d’enquêtes plus détaillées en présentant une demande d’utilisation des centres de données de recherche (CDR) de Statistique Canada ou du Centre canadien d’élaboration de données et de recherche économique (CDRE), situé au siège social de l’organisme à Ottawa. Ces centres procurent aux chercheurs un accès sécurisé à des microdonnées tirées d’enquêtes sur la population et les ménages, ainsi qu’à des données administratives recueillies auprès des organismes gouvernementaux et des entreprises. Le personnel des centres est composé d’employés de Statistique Canada. Les centres sont exploités conformément aux dispositions de la Loi sur la statistique et aux règles de confidentialité applicables, et ne sont accessibles qu’aux chercheurs dont les projets sont approuvés et qui ont été assermentés en vertu de la Loi sur la statistique en tant qu’« employés dignes de confiance ». Les centres sont répartis d’un bout à l’autre du pays, de sorte que les chercheurs n’aient pas besoin de se rendre à Ottawa pour accéder aux microdonnées de l’organisme. Il y a actuellement plus d’une douzaine de centres situés dans des universités partout au Canada, dont le CDR de l’Atlantique à l’Université Dalhousie et le CDR interuniversitaire de Colombie-Britannique (avec des emplacements à l’Université de la Colombie-Britannique, à l’Université Simon Fraser et à l’Université de Victoria).

Controverse entourant la version longue du recensement

Le 17 juin 2010, le gouvernement fédéral conservateur du premier ministre Stephen Harper émet un décret annonçant que le formulaire long ne serait pas utilisé lors du recensement national de 2011. On prévoit alors son remplacement par l’enquête nationale auprès des ménages (ENM), un questionnaire volontaire apparenté au formulaire long obligatoire. On souhaite distribuer l’ENM dans 30 % des ménages, comparativement à 20 %, soit la taille de l’échantillon pour le formulaire long utilisé lors du recensement de 2006.

Le gouvernement déclare avoir pris cette décision dans le but de mieux respecter la vie privée des Canadiens, même si l’élimination des éléments d’identification personnelle des données du recensement est une pratique déjà bien établie. Cela suscite une controverse publique et des critiques généralisées, en particulier chez les spécialistes des sciences sociales. Munir Sheikh, à l’époque statisticien en chef de Statistique Canada, démissionne en signe de protestation en 2010. Les critiques font remarquer qu’une enquête volontaire entraînerait une baisse de la qualité des données, tandis qu’un échantillon plus large se traduirait par une hausse des coûts.

Stephen Harper
Photo prise le 1er juillet, 2011 (© Intoit/Dreamstime)

Lors de la mise en tableaux des résultats de l’ENM de 2011, le taux de réponse est de 68,6 %, nettement inférieur à celui de 93,8 % pour le formulaire long du recensement de 2006. En outre, le coût lié à l’administration de l’enquête dépasse de 22 millions de dollars celui prévu pour les activités de recensement d’origine (qui incluaient le questionnaire de l’ENM). Les coûts supplémentaires sont attribuables aux efforts que doit déployer Statistique Canada pour compenser le faible taux de réponse en envoyant des questionnaires imprimés à un plus grand nombre de ménages et en demandant à ses employés d’effectuer le suivi et de recueillir des renseignements auprès des répondants.

Le 5 novembre 2015, le nouveau gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau annonce le retour du formulaire long, prévu pour l’année suivante. On mène le recensement de 2016 en suivant des procédures semblables à celles de 2006 et des recensements précédents.

Défis pour les statistiques nationales au Canada

Dans les années à venir, Statistique Canada et les organismes nationaux d’autres pays qui recueillent et publient des statistiques seront appelés à s’adapter à l’évolution des conditions sociales et technologiques.

Les défis proviendront en grande partie de facteurs démographiques changeants. Au Canada et ailleurs, les ménages et les familles se complexifient de plus en plus. Bien qu’un grand nombre d’adultes vivent seuls, de plus en plus de ménages comprennent des familles reconstituées dont les enfants n’ont pas de liens familiaux avec les adultes du ménage. En raison du nombre croissant d’adultes nés à l’étranger, on constate une augmentation du nombre de ménages multigénérationnels, au sein desquels grands-parents, parents et enfants vivent sous le même toit. Certains ménages peuvent comprendre plusieurs familles; c’est le cas notamment des couples qui vivent avec les parents ou les beaux-parents, ou les deux. Certaines modalités de vie plus complexes font qu’il est plus difficile d’utiliser les statistiques pour suivre l’évolution des structures familiales, ainsi que les changements dans le bien-être social des familles.

Bien que l’on étudie déjà la mobilité géographique et sociale depuis de nombreuses années, les tendances à cet égard sont devenues plus complexes et difficiles à suivre et à étudier. Les enquêtes qui examinent la population à un moment déterminé – avec une population de plus en plus mobile – peuvent ne pas comprendre la dynamique du changement.

Un autre défi social de taille pour les enquêtes de Statistique Canada est le taux de réponse en chute constante de ces dernières années. Les taux de réponse aux enquêtes menées par Statistique Canada auprès des ménages, par exemple, ont baissé de 4 % au cours de la période de cinq ans allant de 2012 à 2017. On observe une tendance similaire un peu partout en Europe et en Amérique du Nord. En plus de gonfler les coûts liés aux enquêtes, des taux de réponse à la baisse créent un problème de taille : les non-répondants, en tant que groupe, peuvent avoir des caractéristiques différentes de celles des répondants et, par conséquent, fausser les résultats de l’enquête.

Immeuble Jean Talon
L'immeuble Jean Talon fait partie du siège de Statistique Canada au pré Tunney, à Ottawa. Photo prise en 2008. (Avec la permission de Demetri1968/Wikimédia, CC)

On avance, pour expliquer cette diminution des taux de réponse, que les méthodes de recrutement de répondants ont changé en raison des avancées technologiques et des coûts. Jusqu’au milieu des années 1970, la plupart des enquêtes sont menées par des intervieweurs qui passent de porte en porte pour réaliser des entrevues en personne. De telles entrevues deviennent au fil du temps trop coûteuses, si bien que dans les années 1980, on ne les utilise qu’à des fins de recherche critique, en présence d’un financement adéquat. En guise de remplacement, on a de plus en plus recours, pour les enquêtes, aux entrevues téléphoniques ou aux questionnaires postaux.

Ces deux méthodes sont devenues plus difficiles à mettre en œuvre dans les dernières années. Un plus grand nombre d’adultes utilisent des téléphones cellulaires et sont de plus en plus réticents à répondre à des questions d’entrevue par téléphone. Les entrevues postales, plus coûteuses que par le passé, présentent elles aussi un taux de réponse à la baisse. Les enquêtes sur Internet ont été mises à l’essai dans les dernières années, avec des résultats mitigés en raison de la difficulté que pose la conception d’un plan d’échantillonnage statistique approprié, garantissant la précision de l’échantillon aléatoire de la population.

Statistique Canada connaît toutefois un certain succès dans l’utilisation d’Internet pour effectuer le recensement. En 2016, les ménages reçoivent des instructions pour l’envoi de leurs données de recensement par l’entremise d’un site Web sécurisé et confidentiel de Statistique Canada. La soumission en ligne d’informations de recensement passe de 18 % en 2006 à 68 % en 2016, ce qui se traduit par des économies de coûts et des données plus précises. Statistique Canada met également au point un questionnaire de recensement spécial pour les petits écrans des téléphones intelligents. Cet effort semble en valoir la chandelle, car plus de 7 % des Canadiens soumettent leurs informations pour le recensement de 2016 au moyen de leur téléphone cellulaire. Il n’en demeure pas moins que les changements technologiques continuent de présenter des défis de taille pour la collecte de données statistiques.


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