En 1962, la planète frôle une guerre nucléaire, lorsque des missiles soviétiques menaçant les États-Unis et le Canada sont placés à Cuba. Même s’il met les forces armées canadiennes en état d’alerte, le premier ministre John Diefenbaker agit avec hésitation, ce qui cause la colère du président américain John F. Kennedy et moult tensions entre les deux pays tout au long des années 1960.

Découverte des missiles

La crise des missiles de Cuba commence le 15 octobre 1962, au plus fort de la guerre froide, lorsqu’un avion-espion américain photographie des missiles balistiques appartenant à l’Union soviétique en pleine installation à Cuba. On évalue que ces missiles, conçus pour lancer des têtes nucléaires, sont capables de toucher n’importe quelle cible aux É-U et au Canada.

Le président américain John F. Kennedy et ses conseillers étudient en secret leurs options d’action pendant une semaine. Malgré l’armée qui lui conseille d’entamer des frappes aériennes sur les bases de missiles, il met plutôt en place un embargo naval de Cuba. C’est par le biais d’un message télédiffusé le 22 octobre qu’il fait part de la crise et de l’embargo au public américain et qu’il menace l’Union soviétique de prendre des mesures additionnelles si les bases ne sont pas démantelées.

Hésitation canadienne

En tant qu’un des dirigeants de l’OTAN, le premier ministre John Diefenbaker est informé personnellement par John F. Kennedy du plan de son administration, peu de temps avant l’annonce publique. Au téléphone, John Diefenbaker émet des doutes quant aux intentions des Soviétiques, et demande à voir plus de preuves de ce qui se déroule à Cuba. Il exhorte John F. Kennedy d’envoyer une délégation d’inspecteurs des Nations-Unies à Cuba pour vérifier l’état de la situation.

Le gouvernement canadien se demande s’il faut effectivement, comme l’exigent les É-U, faire passer les forces canadiennes à un niveau d’alerte élevé appelé « DEFCON-3 ». Non seulement John Diefenbaker n’aime pas particulièrement John F. Kennedy, mais il est outré que les États-Unis n’aient pas consulté le Canada plus tôt. Pour ces raisons, Howard Green, secrétaire d’État aux Affaires extérieures, et John Diefenbaker décident de se montrer prudents lorsqu’il s’agit d’exaucer les vœux des États-Uniens.

De plus, le Canada craint que le fait de donner l’état d’alerte ne provoque l’Union soviétique inutilement.

« DEFCON-3 »

Malgré les inquiétudes et les retards, le ministre de la Défense nationale Douglas Harkness permet aux unités canadiennes de discrètement hausser leur niveau d’alerte à « DEFCON-3 ». L’autorisation formelle, toutefois, tarde à venir; le Cabinet en effet débat sur la question pendant deux jours. Douglas Harkness argue que la nature de la crise et l’existence d’accords sur la défense internationale rendent un tel état d’alerte nécessaire (le Canada étant membre, tout comme les É-U, de l’OTAN et du NORAD).

Près de la moitié des ministres du Canada restent indécis sur la question. Lorsque les navires soviétiques approchent la zone de quarantaine plus tard la même semaine et que d’autres membres de l’OTAN annoncent leur soutien à l’embargo, toutefois, la position de Harkness finit par faire consensus. Le 24 octobre, le gouvernement de Diefenbaker autorise l’alerte « DEFCON-3 » et le déploiement de navires et d’avions de patrouille canadiens pour localiser les sous-marins soviétiques dans l’Atlantique du Nord.

La réponse hésitante du Canada reflète le désir du gouvernement de préserver son indépendance en matière de politique étrangère et de maintenir une position mesurée en situation de crise. Les délais, toutefois, sont fortement critiqués à l’international et contribuent à la réputation d’indécision qu’on attribue au gouvernement Diefenbaker.

Elle exacerbe également les relations déjà difficiles entre le Canada et l’administration Kennedy, tout en attisant la controverse et la confusion du Canada à l’égard de sa position sur les armes nucléaires, un débat faisant rage depuis la crise des missiles Bomarc en 1960.

Pacification de la crise

La crise des missiles de Cuba se poursuit durant 13 jours de fortes tensions, pendant lesquels les deux superpuissances atomiques mondiales passent douloureusement près d’une guerre nucléaire. La confrontation prend fin grâce à l’aide de diplomates des Nations-Unies. Le 28 octobre, le premier ministre soviétique Nikita Khrushchev accepte de démanteler et de retirer les missiles soviétiques, en échange d’une promesse des É.-U. selon laquelle ils n’envahiraient pas Cuba.