Armes à feu

Pendant de nombreux siècles, une légende soutient que la poudre à canon a été inventée en Chine. Toutefois, jusqu'à tout récemment, aucune preuve réelle venait appuyer cette histoire. En 1986, une équipe de recherche dirigée par Joseph Neeham à l'U Cambridge en publiera la preuve.

Armes à feu

Pendant de nombreux siècles, une légende soutient que la poudre à canon a été inventée en Chine. Toutefois, jusqu'à tout récemment, aucune preuve réelle venait appuyer cette histoire. En 1986, une équipe de recherche dirigée par Joseph Neeham à l'U Cambridge en publiera la preuve. Vers l'an 900 après J.-C., on connaît la combinaison de produits chimiques qui entrent dans la composition de la poudre et, 200 ans plus tard, on établit les proportions qui produisent le gaz nécessaire à la décharge d'un projectile. Ce n'est cependant pas avant l'an 1280 après J.-C. que les Chinois inventent le canon qui contiendra la poudre. Ainsi est née l'arme à feu. Bien qu'on fasse fréquemment mention des armes à feu dans la littérature, il faudra attendre 1326 avant de voir apparaître, dans un manuscrit, l'illustration d'un tel objet. Le manuscrit dont il est question est maintenant conservé à l'U. d'Oxford. La plupart des armes à feu primitives se chargent par la gueule, c'est-à-dire qu'on introduit d'abord la poudre par la gueule de l'arme et ensuite la balle. Une baguette de fer rougie sert alors à allumer une amorce de poudre qui va, par un trou dans la culasse, jusqu'à la charge principale. La poudre, en brûlant, dégage une énorme quantité de gaz qui propulse le projectile hors du canon, en direction de la cible.

L'évolution des armes à feu a été très lente. On a inventé des « canons à main »assez légers pour être portés par un seul homme, mais la méthode de mise à feu reste inchangée pendant plus de 100 ans. Aux environs de 1400, on invente la platine à mèche dans laquelle une mèche d'amadou, préalablement allumée, est dirigée par l'action d'un levier vers un bassinet contenant la poudre d'amorce. Le résultat est une première arme vraiment complète en elle-même : le mousquet à mèche. Quand sir Humphrey GILBERTdécouvre Terre-Neuve, en 1583, son navire est armé de canons et ses hommes utilisent le mousquet à mèche.

Vers la fin du XVe siècle, en Italie, un mécanisme dans lequel une pierre (pyrite de fer) est frottée sur une roulette d'acier en rotation, produisant ainsi une gerbe d'étincelles, est inventé : la platine à rouet. Les étincelles allument la poudre d'amorce du bassinet et provoquent la mise à feu. Cette amélioration se répand lentement à travers l'Europe. Très coûteux et fragile, ce mécanisme est construit en grande quantité pour les armes de chasse de la noblesse, mais ne devient jamais une arme de guerre. Puis, Pierre du Gua de MONTS et Samuel de CHAMPLAIN viennent au Canada avec canons et mousquets à mèche. En 1619, l'Habitation de Québec possède deux de ces coûteuses arquebuses à rouet, trois petits canons et six canons à pivot se chargeant par la culasse.

Au moment de la fondation de Québec (1608), un armurier français nommé Le Bourgeoys invente un mécanisme de mise à feu efficace et bon marché qui représente une innovation en matière de métallurgie : la platine à silex. Avec ce mécanisme, un morceau de silex, taillé de façon appropriée, est placé dans les mâchoires d'un chien, mû par un puissant ressort en V. La détente appuyée, le chien s'abat vers l'avant et la pierre frappe une plaque d'acier (la batterie). Les étincelles produites par frottement tombent dans le bassinet et mettent le feu à la charge d'amorce, qui enflamme à son tour la charge principale. Le fusil à silex devient rapidement la meilleure arme et donc la plus utilisée. Rapidement adopté par les colons nord-américains, il se retrouve très vite entre les mains des Amérindiens. Des armuriers canadiens, copiant des modèles anglais ou français, fournissent une partie du marché local, mais la plupart des armes à feu sont alors importées par les compagnies de traite ou les marchands.

Innovations

La platine à silex ne subit pas beaucoup de modifications, jusqu'à ce qu'on la remplace dans la première moitié du XIXe siècle. En 1807, Alexandre Forsyth, un pasteur écossais, fait breveter une platine utilisant une petite quantité de fulminate pour enflammer la charge principale. Cette invention mène rapidement à l'invention de la capsule fulminante (1818 environ), de la cartouche de papier ou métallique à amorce séparée (1821) et, finalement, à la cartouche amorcée vers 1826. Les armuriers canadiens adoptent rapidement ces innovations et y apportent des améliorations de leur cru. Les plus anciennes armes fabriquées au Canada remontent environ à 1830. William Gurd, de York (Toronto), fabrique à cette époque des armes utilisant des platines modifiées. Les pistolets et les fusils fabriqués par J. Woods, de Brantford, portent une adresse du Haut-Canada, ce qui indique qu'il aurait été propriétaire d'une manufacture de carabines avant 1840.

La principale difficulté à résoudre au cours de la fabrication d'une arme chargée par la culasse reste l'étanchéité, car les gaz ne doivent pas refluer vers l'arrière. Le problème est résolu avec l'invention de la cartouche métallique à parois minces, qui se dilate comme un bouchon quand les pressions sont fortes, puis se contracte quand les pressions tombent après que les gaz ont quitté le canon, facilitant ainsi le retrait de la douille. C'est surtout en France, en Angleterre et aux États-Unis qu'on perfectionne la cartouche. Dudley Booth, d'Ottawa, crée en 1867 une arme à chargement par la culasse et une cartouche, qui n'obtiennent aucun succès. Entre 1850 et 1880, plusieurs autres Canadiens font breveter des armes à chargement par la culasse. Certaines connaissent une popularité locale, mais aucune n'acquiert de renommée nationale.

La majorité des armes à feu sont importées d'Angleterre ou des États-Unis : fusils de luxe de Grande-Bretagne, carabines des États-Unis, pistolets et revolvers des deux pays. On a trouvé au Canada des armes portant un numéro de série inférieur à 100, fabriquées par de grands armuriers américains. Dès 1866, Smith & Wesson, le fameux fabricant de revolvers de Springfield, au Massachusetts, fait de la publicité dans le Vindicator d'Oshawa (Ontario).

Armes militaires

Les armes militaires proviennent surtout d'Angleterre. Le climat canadien favorise les tests de résistance au froid des nouvelles armes, et plusieurs d'entre elles n'ont jamais été fabriquées grâce à ces essais. Le premier envoi de carabines Snider-Enfield à chargement par la culasse arrive au Canada en 1866, quand les fenians américains menacent nos frontières. De plus petites quantités d'armes américaines sont ensuite achetées pour la milice canadienne. De 1855 à 1856, 800 revolvers Colt Navy, modèle de 1851, sont destinés à la cavalerie de la milice de la province du Canada. On les reconnaît facilement aux marques de commerce et aux numéros de série. Dans les années 1860, plusieurs fusils et carabines à répétition Spencer sont achetés ainsi que ceux d'autres armuriers. En 1885, la POLICE MONTÉE DU NORD-OUEST passe une première commande à la compagnie Winchester pour l'achat de carabines de modèle 1876. La même année, la compagnie Colt Repeating Arms prête deux mitrailleuses Gatling au commandant A.L. Howard de la garde nationale du Connecticut, qui les utilise lors de la RÉBELLION DU NORD-OUEST. Howard s'établit ensuite au Canada, où il fonde la Dominion Cartridge, à Brownsburg (Québec).

À la même époque, des armuriers canadiens fournissent la milice en armes de tir à la cible de première qualité, de même que les fermiers, chasseurs et sportifs en armes de chasse. Les compétences de certains armuriers n'ont rien à envier à celles des autres armuriers du monde, et la précision de leurs armes rivalise avec celle des meilleurs fabricants anglais. James Paris Lee débarque tout jeune d'Écosse et effectue ses études à Galt (Cambridge, Ontario). Apprenti bijoutier, il s'installe à Chatham en 1850. Plus tard, il déménage au Wisconsin, à Janesville, où il invente plusieurs armes, dont le fusil à culasse mobile, qui sert de modèle au fusil Lee-Enfield fabriqué pour les troupes du Commonwealth jusqu'en 1950 et utilisé par les troupes canadiennes pendant les deux guerres mondiales.

Vers 1900, sir Charles Ross, l'inventeur américain du fusil à culasse mobile, s'installe au Canada et attire l'attention du gouvernement sur son invention. Une manufacture est installée à Québec et les premiers fusils ROSS fabriqués au Canada sont livrés au gouvernement en 1905. Le Ross subit de nombreuses modifications avant d'être remplacé par le Lee-Enfield lors de la Première Guerre mondiale.

Dès 1865, la demande d'armes faites sur commande cède peu à peu la place à celle des armes à répétition, fabriquées à la machine, ç coût moindre, aux États-Unis. Néanmoins, quelques armuriers de renom continuent d'en fabriquer au Canada. Si, peu d'entre eux se sont enrichis, ils ont du moins perpétué la tradition en fabriquant des armes de qualité répondant encore aux exigences des sportifs canadiens.Voir aussi ARMEMENTS.