Banque de Nouvelle-Écosse (Banque Scotia)

La Banque de Nouvelle-Écosse, communément appelée « Banque Scotia », est la troisième banque en importance au Canada. Incorporé en 1832, l’établissement est rapidement devenu l’une des banques internationales les plus importantes du Canada grâce à des opérations de grande envergure en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Amérique centrale et en Asie. Il est également connu comme étant la « banque dorée du Canada » en raison de son rôle prédominant dans le commerce des lingots d’or. La banque est également présente dans trois autres secteurs d’activité : les services aux particuliers, les services commerciaux et la gestion de patrimoine. La Banque de Nouvelle-Écosse est une entreprise publique inscrite aux bourses de Toronto et de New York sous le symbole BNS et à la Bourse de Trinité-et-Tobago sous le symbole SBTT. En 2018, la Banque Scotia a enregistré des revenus de 28,8 milliards et des profits de 9,1 milliards de dollars, et elle détient des actifs de 998,5 milliards de dollars. La banque emploie 97 629 personnes, desservant plus de 25 millions clients dans le monde entier.

Une succursale de la Banque Scotia \u00e0 Port Coquitlam, en Colombie-Britannique. Photo prise le 26 févier 2014.

Histoire de la Banque de Nouvelle-Écosse (Banque Scotia)

19e siècle

La Banque de Nouvelle-Écosse est fondée à Halifax par un groupe de commerçants et de citoyens de la région qui rêvait d’une banque publique, gérée par des actionnaires et autorisée par le gouvernement, qui pourrait fournir des services de devise pour leurs transactions commerciales (voir Monnaie au Canada). À l’époque, les autres établissements financiers à Halifax sont privés, ce qui signifie qu’ils choisissent leurs clients, accordant souvent la priorité à ceux qui ont des liens familiaux ou commerciaux avec eux. Le 31 janvier 1832, 184 citoyens signent une pétition exhortant l’Assemblée législative à créer une banque publique. Le lendemain, cette dernière reçoit également des offres d’achat d’actions publiques. Le 30 mars 1832, après un long débat, le gouvernement donne son approbation, et la banque est formellement incorporée. Les menus détails de son organisation réglés, la Banque de Nouvelle-Écosse ouvre officiellement ses portes le 10 août 1832. Elle est gérée par un conseil d’administration composé d’hommes d’affaires, d’avocats et de politiciens (voir Activité bancaire au Canada).

Les débuts de l’établissement sont tumultueux. C’est qu’il n’existe aucune devise commune au Canada avant la création de la Banque du Canada, en 1935. La Banque de Nouvelle-Écosse est ainsi créée à une époque où les banques impriment leurs billets. Une dispute éclate donc entre la Halifax Banking Company (un établissement privé) et la Banque de Nouvelle-Écosse lorsque les deux banques refusent de respecter la valeur de leurs monnaies respectives. La guerre des monnaies qui surgit de ce conflit limite grandement les occasions de commerce entre les deux banques. Le prix de l’or et de l’argent d’importation monte alors en flèche, car les commerçants et les particuliers les utilisent comme monnaie. Après moult négociations, la dispute est réglée, et les deux banques commencent enfin à accepter leurs devises.

Afin d’étendre ses activités commerciales, la Banque de Nouvelle-Écosse conclut des ententes avec d’autres établissements financiers à Londres, à Boston et à New York. Elle nomme également des agents indépendants qui agissent en son nom dans les autres villes de Nouvelle-Écosse. La croissance est toutefois lente à cause de la concurrence des nombreuses autres banques. Malgré tout, elle finit par devenir l’établissement financier principal de la province. Samuel Cunard, fondateur de la célèbre British and North American Royal Mail Steam-Packet Company, est l’un des premiers clients d’envergure de la banque, contribuant par le fait même à sa croissance (voir Cunard Company).

Le parcours de la banque reste malgré tout parsemé d’embûches. En 1870, la haute direction de la banque découvre que James Forman, leur caissier (un rôle analogue à celui de directeur général), a dérobé 315 000 $ de fonds à la banque depuis 1844, un montant qui représente à l’époque près de la moitié du capital-actions des actionnaires. Cette crise pousse la direction à établir ses premières règles en matière d’opérations bancaires.

En 1883, afin de croître au-delà de la province, la Banque de Nouvelle-Écosse fusionne avec la Banque Union de l’Île-du-Prince-Édouard. Cette fusion permet la création d’une deuxième succursale de la Banque de Nouvelle-Écosse, située sur l’Île-du-Prince-Édouard. Peu après, la banque fonde neuf nouvelles succursales au Nouveau-Brunswick, ainsi qu’une à Winnipeg, sa première à l’extérieur des Maritimes.

De mauvaises affaires forcent la banque à fermer sa succursale winnipegoise en 1885. Une succursale ouvre toutefois ses portes à Montréal en 1887. En ouvrant une première succursale internationale en 1889 à Kingston, en Jamaïque, la Banque de Nouvelle-Écosse devient le premier établissement bancaire canadien à s’établir internationalement à l’extérieur des États-Unis et du Royaume-Uni. En 1895, la ville de St. John’s, à Terre-Neuve, obtient sa succursale.

Malgré la multiplication des succursales, la banque réalise rapidement qu’elle doit déménager son siège social à Toronto si elle veut devenir une entreprise d’envergure nationale. La relocalisation est approuvée par le conseil en 1899, mais n’est officiellement effectuée qu’en mars 1900.

20e siècle

La banque continue de croître au début des années 1900 en ouvrant des succursales un peu partout dans les Antilles, dont à Trinité-et-Tobago et à Cuba en 1906. L’expansion de la Banque de Nouvelle-Écosse dans l’ouest du Canada se poursuit également, notamment grâce à des succursales à Edmonton, à Vancouver et à Calgary en 1903, et à Regina en 1906.

Au 20e siècle, le secteur bancaire devient de plus en plus sophistiqué au Canada, et la direction de la Banque de Nouvelle-Écosse en profite pour devenir un chef de file dans l’établissement de pratiques commerciales plus formelles. En 1907, la banque devient la première au Canada à fournir des états financiers examinés par des vérificateurs indépendants, une exigence qui serait imposée à toutes les banques lors de l’amendement de la Loi sur les banques par le gouvernement fédéral en 1913.

En 1910, la Banque de Nouvelle-Écosse est la sixième banque en importance du Canada, ce qui en fait, par comparaison, une petite banque. Afin d’accélérer sa croissance, elle décide donc en 1913 de s’unir à la plus ancienne banque à charte du Canada, la Banque du Nouveau-Brunswick. D’autres unions suivent rapidement avec la Banque métropolitaine de Toronto en 1914 et la Banque d’Ottawa en 1919. Par conséquent, la Banque de Nouvelle-Écosse passe de 97 succursales en 1910 à plus de 306 en 1923, tandis que ses actifs passent de 53,5 millions à 227,8 millions de dollars.

Guerres mondiales

La banque ouvre sa première succursale à Londres, en Angleterre, au lendemain de la Première Guerre mondiale. La Crise des années 1930 force la banque à ajourner la construction de nouveaux bureaux à Toronto, mais elle est néanmoins capable d’inaugurer des locaux neufs à Halifax en 1931. Tout au long de la décennie et durant la Deuxième Guerre mondiale, les affaires stagnent, ce qui engendre la fermeture de plusieurs succursales. Durant cette période, ce sont les prêts aux fins de guerre faits au gouvernement qui deviennent, autant pour la Banque de Nouvelle-Écosse que pour ses concurrentes, la plus importante activité commerciale.

De 1939 à 1944, les avoirs de la Banque de Nouvelle-Écosse font un bond de 87 %, pour un total de 614 millions de dollars. La direction est toutefois préoccupée par le fait que la majorité de ses actifs sont investis dans des obligations d’État plutôt que des prêts commerciaux ou aux particuliers. À la fin de la guerre, les dirigeants adoptent une approche plus dynamique pour faire de leur banque un établissement véritablement national : ils ouvrent de nombreuses succursales et augmentent les prêts accordés aux entreprises. En 1950, les prêts commerciaux deviennent enfin une activité plus importante que les titres d’État.

Milieu du 20e siècle

L'édifice de la Banque de Nouvelle-\u00c9cosse au centre-ville de Toronto. Photo prise le 25 juillet 2009.

En prévision de sa croissance future, la Banque de Nouvelle-Écosse déménage son siège social de Toronto en 1951 dans des bureaux plus grands (qu’elle occupe encore aujourd’hui). Tout au long des années 1950 et 1960, la banque réussit à accroître considérablement ses opérations de crédit aux particuliers. À la fin des années 1950, elle devient la première banque à offrir des comptes de dépôt à des taux d’intérêt variables liés à son taux préférentiel (le taux facturé aux meilleurs clients en prêts personnels) — une véritable innovation dans le monde bancaire canadien. Appelé « plan Scotia », le compte de dépôt connaît un grand succès partout au Canada et contribue grandement à la croissance du marché des particuliers de la banque. Grâce à cette innovation, la Banque de Nouvelle-Écosse augmente sa part de marché totale de 8,9 % en 1950 à 13,6 % en 1970.

En 1960, la banque révolutionne à nouveau l’industrie en créant le premier investissement pour déposants individuels pouvant être détenu pendant six ans. Ces investissements sont vendus à la fois par la banque et par des courtiers indépendants qui paient une commission. Il s’agit de la première fois qu’une banque au Canada emprunte des fonds à des investisseurs particuliers pour une durée de plus d’un an. En 1961, la Banque de Nouvelle-Écosse est la première banque à nommer des directeurs de succursales de sexe féminin : Gladys Marcellus à Ottawa et Shirley Giles à Toronto.

Dans les années 1960, la Banque de Nouvelle-Écosse commence également à développer son expertise dans le marché de l’or. Elle fait son entrée dans le secteur en 1958 par un partenariat avec Samuel Montagu et la Company of London, en Angleterre. La banque est rapidement reconnue pour ses compétences de négociations dans les marchés ciblés et très fructueux de l’or et de l’argent.

Fin du 20e siècle

L'actuel logo de la Banque Scotia a été adopté en 1975. Photo prise le 27 février 2012.

Au début des années 1970, la Banque de Nouvelle-Écosse est la plus importance banque internationale du Canada. En 1971, ses transactions en devises étrangères représentent près des deux tiers de la valeur monétaire de ses activités commerciales au Canada, soit une progression annuelle de 20 % de 1965 à 1971 (voir Taux de change). De plus, les actifs étrangers de la banque constituent près de la moitié de ses avoirs totaux.

En 1975, la banque dévoile son nouveau logo, la lettre « s » stylisée avec un globe terrestre en plein centre, et adopte le nom commercial qui serait utilisé partout sur la planète : Banque Scotia. À son 150e anniversaire, en 1982, la Banque Scotia est devenue un établissement bancaire international disposant d’actifs d’une valeur totale de 50 milliards de dollars.

La Loi sur les banques est modifiée en 1987 afin de permettre aux banques de détenir des parts majoritaires dans des sociétés de courtage (voir Actions et obligations). La Banque Scotia crée donc une nouvelle filiale pour gérer ses activités de courtage, Scotia Securities. En 1988, elle achète la société de courtage McLeod Young Weir Limited (fondée en 1921), qu’elle fusionne à Scotia Securities et renomme, plus tard, ScotiaMcLeod Inc. En 1995, ScotiaMcLeod est incorporée à la division des marchés à capitaux de la banque. Le groupe est renommé Scotia Capital en 1999, à l’occasion de sa mise en commun avec la division des Services bancaires aux sociétés. Après avoir fait l’acquisition du groupe financier mexicain Grupo Financiero Inverlat S.A., en 2000, et de Waterous & Co., en 2005 (une société d’investissements pétroliers et gaziers), le groupe combiné est réintégré et devient la division Services bancaires et marchés mondiaux de la Banque Scotia en janvier 2012.

En 1994, afin d’augmenter ses opérations bancaires canadiennes, la Banque Scotia achète la Compagnie Montréal Trust des mains de la Corporation Financière Power, de Montréal (voir Power Corporation du Canada). La banque fait également l’acquisition de la Compagnie Trust National, de Toronto, en 1997.

Après être devenue la première banque canadienne à importer de l’or au pays en 1893, la Banque Scotia consolide sa position sur le marché de l’or en 1997 en faisant l’acquisition de Mocatta Bullion & Base Metals, un chef de file de longue date du courtage de métaux précieux situé à Londres et précédemment un actif de la Standard Chartered Bank. L’entité nouvellement formée est appelée « ScotiaMocatta » et fait de la Banque Scotia la plus importante banque de lingots au Canada.

21e siècle

Afin d’accroître sa présence dans le marché de la gestion de patrimoine, la Banque Scotia rachète, en 2008, la société de courtage à escompte en ligne ETrade Canada à sa société mère américaine pour la somme de 444 millions de dollars américains. La même année, la banque rachète à la Financière Sun Life ses parts de 37 % de la CI Financial Income Fund — l’une des plus importantes sociétés de fonds communs au pays. La transaction s’élève à 2,2 milliards de dollars. Incapable d’obtenir un plus grand contrôle sur la société, la Banque Scotia décide se départir de ses actifs de la CI Financial Income Fund en les vendant au secteur public dans le cadre d’une acquisition ferme en 2014 (selon laquelle un groupe de courtiers accepte d’acheter toutes les actions pour les vendre immédiatement à leurs investisseurs).

Entre-temps, la Banque Scotia acquiert en 2011 la totalité de DundeeWealth Inc., l’une des plus importantes sociétés indépendantes de gestion de patrimoine et la gestionnaire de la famille de fonds communs Dynamic, au coût de 2,3 milliards de dollars. Cet achat fait suite à l’acquisition en 2007 d’une part minoritaire de 18 %.

De 2005 à 2015, la Banque Scotia effectue plusieurs acquisitions stratégiques, notamment auprès de petites banques en Amérique centrale, en Amérique latine et en Amérique du Sud, dans le but d’augmenter sa présence à l’extérieur du Canada dans ces régions. La banque, conséquemment, est aujourd’hui présente au Chili, au Pérou, au Costa Rica, au Panama, au Mexique, en Colombie, au Brésil, en Uruguay, à Puerto Rico, au Guatemala, en République dominicaine et en Jamaïque.

En 2012, la Banque Scotia fait l’acquisition, pour 3,1 milliards de dollars, d’ING Direct Canada, l’une des premières banques canadiennes en ligne sans succursale et fondée en 1997. La banque continue d’agir en tant qu’entreprise séparée. En avril 2014, elle est renommée « Tangerine ». La transaction permet d’intégrer Tangerine, la huitième banque en importance au Canada grâce à des dépôts particuliers de 30 milliards de dollars, quelque 1,8 milliard de clients et 1 100 employés, à la grande famille commerciale de la Banque Scotia.

En mai 2018, la Banque Scotia acquiert Jarislowsky Fraser Ltd, une firme d’investissement basée à Montréal, pour 950 millions de dollars, payés principalement en actions de la banque. L’accord apporte plus de 40 milliards de dollars d’actifs sous la gestion de la Banque Scotia, renforçant le secteur d’exploitation Gestion des avoirs de la banque. En octobre de cette année, elle acquiert Gestion Financière MD, une société au service des médecins canadiens et de leurs familles, de l’Association médicale canadienne pour 2,6 milliards de dollars. Cette transaction apporte à la Banque Scotia des actifs sous gestion de plus de 49 milliards de dollars. En 2018, la Banque Scotia annonce également des acquisitions auprès des banques au Pérou, en Colombie, au Chili et en République dominicaine qui visent à accroître sa présence dans ces pays.


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