Catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic

Tôt dans la journée du 6 juillet 2013, un train à la dérive transportant 72 citernes remplies de pétrole brut déraille près du centre-ville de Lac-Mégantic, au Québec, causant ainsi l’explosion des citernes et l’inflammation du pétrole. L’événement cause la mort de 47 personnes et la destruction de plusieurs bâtiments et infrastructures du centre-ville. Quatrième catastrophe ferroviaire de l’histoire du Canada en termes de morts causées, le déraillement entraîne des changements dans les règles de sécurité liées au transport ferroviaire et mène à des poursuites judiciaires contre l’entreprise et les employés impliqués dans l’accident. Plusieurs années après le déraillement, la reconstruction se poursuit et bien des résidents de la ville demeurent en proie au stress post-traumatique.



Photographie de premiers répondants au déraillement de train de Lac-Mégantic

Premiers répondants sur le site du déraillement de train de Lac-Mégantic. Photo prise le 6 juillet 2013. (Avec la permission du Bureau de la sécurité des transports du Canada/flickr, CC)

La catastrophe

Le 5 juillet 2013, l’ingénieur ferroviaire Thomas Harding, employé de l’entreprise de chemin de fer Montreal, Maine & Atlantic Railway, stationne son train pour la nuit dans la ville de Nantes, au Québec. Nantes se situe à environ 10 km au nord-ouest de Lac-Mégantic, ville de la région de l’Estrie (voir Cantons-de-l’Est) où habitent 6 000 personnes.

Le train, composé de locomotives et de 72 wagons-citernes, transporte environ 8 millions de litres de pétrole brut provenant de champs pétroliers du Dakota du Nord, aux États-Unis. Le chargement se dirige alors vers les raffineries du Nouveau-Brunswick. Lorsque Thomas Harding arrête le train, il laisse la locomotive en marche, ce qui maintient le système de freinage à air. Cependant, il n’applique pas suffisamment de freins à main, laissant ainsi le train mal sécurisé dans une pente descendante à Nantes.

Après le départ de Thomas Harding pour la nuit, un incendie se déclare dans la locomotive principale, où se situe le moteur. Les pompiers répondent alors à l’appel, éteignent le feu, puis coupent le moteur du train, qui fait partie du système de freinage. Lorsque les pompiers partent, les freins à air du train ne fonctionnent plus, le moteur ayant été éteint. Tout juste avant 1 h du matin le 6 juillet 2013, le train se met lentement en marche vers la ville de Lac-Mégantic, les freins à main appliqués par l’ingénieur ne suffisant pas pour l’arrêter.

Le saviez-vous?
La cause du feu dans le moteur a été attribuée à une accumulation de pétrole dans le turbocompresseur du moteur suite à la réparation inadéquate d’un piston huit mois auparavant.

Atteignant une vitesse maximale de plus de 100 km/h, le train déraille près du centre de Lac-Mégantic, vers 1 h 15 du matin. Environ 6 millions de litres de pétrole brut s’échappent des 63 citernes ayant déraillé et explosé, tuant ainsi 47 personnes, forçant l’évacuation d’environ 2 000 habitants et détruisant une grande partie du centre-ville. Environ 100 000 litres de pétrole sont déversés dans la rivière Chaudière à proximité, soulevant de grandes inquiétudes par rapport aux conséquences sur les voies navigables, la vie sauvage et les communautés en aval.

Conséquences juridiques

Poursuites civiles

L’entreprise Montreal, Maine & Atlantic Railway (MMA), dont les activités sont réalisées au Canada et aux États-Unis, ne possède pas suffisamment d’actifs ou d’assurances pour dédommager les victimes et les autres créanciers du désastre. Peu après l’accident, l’entreprise déclare faillite dans les deux pays. Les victimes du déraillement intentent une action collective contre plusieurs entreprises liées à la catastrophe, allant des propriétaires du pétrole brut versé dans les citernes aux États-Unis, jusqu’aux entreprises propriétaires du chemin de fer, y compris MMA.

La faillite de MMA est intimement liée au recours collectif. Toutes les sociétés accusées dans le cadre du recours collectif se voient offrir la possibilité de contribuer à un fonds de règlement pour les victimes en échange de leur retrait permanent de la poursuite. Environ 25 entreprises acceptent l’offre et paient un total de 450 millions de dollars aux victimes et aux créanciers. Seul le Chemin de fer du Canadien Pacifique (CP) refuse de contribuer au fonds de règlement, déclinant toute responsabilité quant à la catastrophe. Bien que le CP soit retiré du recours collectif, ces procédures sont amalgamées avec une autre poursuite contre le CP, celle-ci intentée par le gouvernement du Québec. Le Chemin de fer du Canadien Pacifique est la seule entreprise encore accusée aujourd’hui, et les poursuites demeurent en instance devant les tribunaux. (Voir aussi Procédure civile.)

Photographie prise le lendemain du catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic

Vue aérienne du train de marchandises carbonisé à Lac-Mégantic. Photo prise le 7 juillet 2013. (Avec la permission du Bureau de la sécurité des transports du Canada/flickr, CC)

Procès criminel

En 2014, l’ingénieur ferroviaire Thomas Harding et deux autres ex-employés de MMA, le contrôleur de la circulation ferroviaire Richard Labrie et le gérant de l’exploitation ferroviaire Jean Demaître, sont mis en état d’arrestation. Ils sont tous trois accusés de négligence criminelle ayant causé la mort de 47 personnes.

Le procès débute en octobre 2017 à Sherbrooke, au Québec, à environ 100 km à l’ouest de Lac-Mégantic. Les procureurs de la Couronne avancent que les trois hommes, chacun à leur manière, ont contribué à la mort des 47 personnes.

Thomas Harding est accusé de ne pas avoir suffisamment appliqué de freins à main avant de quitter pour la nuit et d’avoir immobilisé le train dangereusement dans une pente, à 10 km de la ville de Lac-Mégantic. Richard Labrie, lui, est prétendu coupable d’avoir manqué à vérifier adéquatement la sécurité du train après l’incendie. Jean Demaître, enfin, est accusé de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour assurer la sécurité du train.

Les avocats de la défense déplorent la formation insuffisante fournie par MMA à ses employés et le fait que l’entreprise ne favorise pas une culture de sécurité. Bien que Thomas Harding admette qu’il n’a pas correctement sécurisé le train, son avocat affirme que ses actions font foi d’un comportement normal dans l’entreprise et que, s’il n’y avait eu aucun incendie et que les pompiers n’avaient pas éteint le moteur, le train ne se serait jamais déplacé par lui-même. Les avocats des accusés soutiennent que la catastrophe est due à un concours de circonstances imprévisible. Après un procès de plus d’un mois, et après neuf jours de délibération, le jury rend sa décision et déclare les trois hommes non coupables. (Voir aussi Procédure criminelle.)

Modifications au transport ferroviaire

Le rapport final émis par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) relève plusieurs problèmes quant à la façon dont MMA assure l’entretien de ses infrastructures et la formation de ses employés. Le BST, cependant, avance également que les organismes de réglementation n’ont pas suffisamment insisté pour que l’entreprise se plie aux normes fédérales (voir aussi Réglementation du transport).

Les agences de transport gouvernementales du Canada et des États-Unis réagissent à la catastrophe en annonçant une série de mesures de sécurité applicables des deux côtés de la frontière. Parmi ces modifications, les gouvernements établissent des normes de sécurité pour les nouveaux wagons porte-rails et mettent en place un plan de rénovation des vieilles citernes pour améliorer leur résistance aux explosions en cas de déraillement. Ils imposent également des limites de vitesse dans les régions rurales et urbaines et exigent que les trains possèdent un système de freinage électronique.

Conséquences de la catastrophe ferroviaire sur les résidents

Photographie de Lac-Mégantic au lendemain de l’explosion

Lac-Mégantic au lendemain de l’explosion. (Avec la permission de Michel G./flickr, CC)

La catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic laisse de profondes cicatrices émotionnelles chez les résidents de la ville qui, dans bien des cas, ont perdu des membres de la famille, des amis, des voisins et des collègues.

Une étude menée par l’autorité de la santé en Estrie et publiée en janvier 2017 révèle qu’environ la moitié des résidents souffrent encore de stress post-traumatique, et ce, plus de trois ans après la tragédie. Les personnes vivant le plus près du lieu de l’explosion affichent les taux de stress post-traumatique les plus élevés. Les résidents affirment qu’une importante étape, dans la guérison de ces blessures psychologiques, serait la construction d’une voie de contournement. Depuis 2013, plusieurs personnes demandent la déviation du chemin de fer de manière à ce que son trajet passe plus loin du centre de la ville. Les gouvernements provincial et fédéral ont donc conclu un accord pour financer le projet, qu’ils ont annoncé officiellement en mai 2018. La construction est prévue pour 2019.

La reconstruction des bâtiments et des infrastructures de Lac-Mégantic est encore en cours.

En 2019, les résidents de Lac-Mégantic reprochent à l’entreprise médiatique Netflix d’avoir utilisé des images de la catastrophe ferroviaire dans un but de divertissement pour deux de ses productions, soit le film d’horreur Bird Box et la série télévisée de science-fiction Travelers. La société de production de Travelers présente alors ses excuses, promettant qu’elle tentera de retirer ces images. Netflix, cependant, déclare qu’elle n’a pas l’intention de remplacer les images présentées dans Bird Box


Lecture supplémentaire

  • Éric Beaupré et Stéphanie Mac Farlane, Lac-Mégantic : Les images de la tragédie. L’histoire d’une solidarité à toute épreuve (2013).

Liens externes