Daniel Paul

Daniel Nicholas Paul, C.M., aîné mi'kmaq, auteur, défenseur de la justice sociale (né le 5 décembre 1938 dans la réserve d’Indian Brook, en Nouvelle-Écosse). Daniel Paul, auteur de We Were Not the Savages, l’un des premiers livres historiques canadiens adoptant un point de vue autochtone. Il fait depuis longtemps campagne pour le retrait de la statue du fondateur controversé de la ville d’Halifax, Edward Cornwallis, jusqu’à son retrait par le conseil municipal de Halifax en janvier 2018.




Jeunesse, formation et carrière

Daniel Paul naît dans une cabane en bois rond de la réserve d’Indian Brook, en Nouvelle‑Écosse, où vit la Première Nation Sipekne'katik. Ses parents, Sarah Agnes Noel et William Gabriel Daniel Paul, ont 14 enfants.

Jusqu’en 1935, la famille Paul vit à Saint John, au Nouveau‑Brunswick. William perd son emploi de débardeur sur les quais et la famille survit grâce à l’aide sociale pendant une brève période, jusqu’à ce que le gouvernement réduise le montant de son aide. À l’automne de 1935, la famille est déplacée dans la réserve d’Indian Brook. Là, on lui fournit du papier goudronné pour construire une cabane afin de passer l’hiver. Progressivement, les Paul améliorent leurs conditions de vie durant l’enfance du jeune Daniel.

Daniel Paul fréquente l’externat indien de la réserve, ce qui signifie qu’il continue à vivre chez lui durant ses premières années à l’école. Il aime l’étude des mathématiques, de l’histoire et de la géographie, mais il est choqué par la façon dont la culture mi'kmaq est dépeinte comme primitive et non civilisée. L’école interdit aux élèves de parler mi'kmaq et leur enseigne que les Mi'kmaq étaient doués pour fabriquer des paniers, des manches de hache ainsi que des objets d’art et d’artisanat. Le jeune homme reste scolarisé jusqu’à l’âge de 14 ans en 9e année, après quoi il quitte l’école pour pouvoir travailler.

En 1960, Daniel Paul s’inscrit au Success Business College à Truro, en Nouvelle‑Écosse, pour étudier la comptabilité. Après sa formation, il travaille comme comptable pour plusieurs sociétés privées avant d’obtenir un emploi aux ministères fédéraux des Affaires autochtones et du Nord du gouvernement fédérale.

Vie publique

La carrière publique de Daniel Paul débute avec la publication de We Were Not the Savages: A Mi’kmaq Perspective on the Collision between European and Native American Civilizations. Il décrit son ouvrage comme visant à faire découvrir au public le racisme manifeste auquel les Mi'kmaq font face en Nouvelle‑Écosse. Il y soutient la thèse que la conquête européenne des Amériques s’est déroulée avec une « grande barbarie » et que « ces actions [commises par les Européens] ont été délibérément minimisées par la plupart des historiens mâles caucasiens. »

Les deux premiers chapitres du livre se penchent sur ce que l’on sait de la vie sociale, politique et religieuse des Mi'kmaq au cours des 5 000 à 10 000 ans durant lesquels ils ont vécu sur le territoire appelé Mi'kma'ki qui englobe la majorité des  Maritimes ainsi que des parties du Maine et du Québec. Daniel Paul explique que les Mi'kmaq avaient divisé leurs terres en sept districts au sein desquels les gens vivaient dans de petits villages. Il souligne les rôles que les chefs de district et les conseils jouaient dans la gestion de la vie des Mi'kmaq.

La majeure partie de l’ouvrage réexamine les siècles ayant suivi l’arrivée des Européens sur le territoire mi'kmaq, en mettant plus particulièrement l’accent sur les activités des Britanniques au 18e siècle. Les pages les plus controversées du livre sont celles dans lesquelles Daniel Paul présente une version revue et corrigée du rôle joué par le fondateur de HalifaxEdward Cornwallis, le décrivant comme l’homme qui a essayé « d’exterminer les Mi'kmaq ».

Daniel Paul décrit la « proclamation sur le scalp des Indiens » édicté par Edward Cornwallis en 1749, qui prévoyait l’octroi d’une prime gouvernementale pour la capture ou le meurtre de tout Mi'kmaq, comme un acte s’inscrivant dans une démarche qu’il n’hésite pas à qualifier de « génocidaire ». Il précise qu’il avait, depuis longtemps, eu vent de rumeurs à propos de l’existence historique d’une telle prime, mais qu’il avait fallu qu’il voie une réplique de cette proclamation dans un pub pour réaliser la vérité, ce qui avait déclenché chez lui un « profond malaise ».

Edward Cornwallis, soldat et administrateur
Edward Cornwallis, fondateur de Halifax (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-11070).

Un certain nombre de personnes critiquent le point de vue exprimé dans l’ouvrage, estimant qu’Edward Cornwallis avait agi pour protéger la colonie d’Halifax après qu’un groupe de Mi'kmaq eu attaqué et tué des colons britanniques près de Dartmouth Cove en juin 1749. En 2013, l’historien de l’Université Saint Mary, John Reid, soutient que le livre de Daniel Paul a créé un « troisième » Edward Cornwallis. Selon lui, le premier est un personnage historique ayant fondé Halifax et établi la domination britannique sur la Nouvelle‑Écosse, un territoire alors disputé entre les Britanniques, les Mi'kmaq et les Français. Le deuxième, incarnant une « mémoire historique », se matérialise dans la statue d’Edward Cornwallis symbolisant « un puissant mélange d’impérialisme, de triomphalisme fortement connoté de préjugés racistes s’appuyant sur une opposition binaire sauvagerie-civilisation, de promotion de l’État et d’un programme économique. » Enfin, c’est bien l’ouvrage et les articles de l’auteur mi'kmaq dans lesquels il qualifie le fondateur d’Halifax de « criminel de guerre impénitent » qui, selon l’historien, ont donné naissance au « troisième » Cornwallis.

John Reid met, en outre, en garde contre l’utilisation du terme « génocide » pour qualifier les agissements d’Edward Cornwallis, expliquant : « Je n’approuve pas personnellement l’utilisation de termes comme “génocide” ou “nettoyage ethnique” pour qualifier des épisodes historiques s’étant déroulés au 18e siècle; en effet, selon moi, ces expressions sont aujourd’hui porteuses de significations très spécifiques étroitement liées à une période beaucoup plus récente, notamment la deuxième moitié du 20e siècle. »

Controverse de la statue

Durant les années 1990 et 2000, Daniel Paul appelle, à la fois dans son livre, dans sa chronique du Chronicle Herald et lors de ses nombreuses apparitions publiques, à l’enlèvement d’une statue d’Edward Cornwallis érigée au centre‑ville d’Halifax ainsi qu’au changement de nom des rues et des lieux publics de la ville portant ce nom. Le débat culmine en 1999, lorsque Halifax célèbre le 250e anniversaire de sa fondation par le gouverneur britannique de la Nouvelle‑Écosse.

Au départ, les célébrations prévoyaient qu’un acteur interprétant le rôle du gouverneur Cornwallis débarque le long du littoral devant une foule en délire comprenant des colons mi’kmaq vivant dans des wigwams et des huttes. Avec d’autres, Daniel Paul s’insurge avec force contre ces plans, écrivant dans sa chronique : « Non, mes amis, les Mi'kmaq ne vous aideront jamais à rendre hommage à Cornwallis! » Finalement, la Ville décide d’organiser une version « réduite » de la manifestation, un acteur étant bien présent, sans toutefois que le gouverneur britannique ne soit explicitement nommé.

Bien que Daniel Paul ait réussi à faire en sorte que plusieurs bâtiments et enseignes suppriment toute référence à Edward Cornwallis et que d’autres panneaux soient modifiés pour rendre compte de la longue histoire des Mi'kmaq sur cette terre, la statue du gouverneur honni est restée debout dans le parc Cornwallis à Halifax pendant de nombreuses années. En 2017, le conseil municipal de Halifax décide de créer un comité pour le conseiller sur la façon de commémorer le souvenir d’Edward Cornwallis. En janvier 2018, le conseil d’Halifax retire la statut de Cornwallis, retrait pour lequel Paul a longtemps fait campagne, et la place temporairement en entreposage pendant que les membres réfléchissent à l’avenir à long terme de la statue (voir Statut d’Edward Cornwallis).

Distinctions

Daniel Paul est membre de l’Ordre de la Nouvelle‑Écosse et de l’Ordre du Canada et a reçu un certain nombre de diplômes honorifiques. Sa citation à l’Ordre du Canada lors de son intronisation le qualifie de « défenseur acharné et passionné de la justice sociale et de l’éradication de toutes les discriminations raciales ».

En 2017, Daniel Paul publie son premier roman, Chief Lightning Bolt, qui raconte l’histoire d’un chef mi'kmaq au comportement héroïque face à l’arrivée des colons européens.

Daniel Paul vit à Halifax avec sa femme Patricia.