Espèces de plantes menacées

Une espèce est menacée lorsque sa survie l’est aussi. Les principaux facteurs qui mettent une espèce végétale en danger proviennent essentiellement de l’activité humaine, parmi lesquelles la transformation d’habitats naturels en terres agricoles, en zones urbaines ou industrielles. Au Canada, ces activités menacent des écosystèmes naturels entiers tels que les forêts anciennes et les plaines des Prairies. En 2017, sur un total approximatif de 7 300 espèces végétales au Canada, 233 sont en danger.

Cyprip\u00e8de blanc (cypripedium candidum), photo prise le 8 juin 2013.

Désignation et législations

Le gouvernement du Canada a adopté sa première Loi sur les espèces en voie de disparition en 2002. Cette législation donne mandat à un organisme, le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada), de répertorier les espèces menacées. Le COSEPAC a été créé par Environnement Canada, mais il est indépendant du gouvernement. Cet organisme commande des études sur les espèces indigènes dont la survie au Canada pourrait être menacée. À partir de ces études, le COSEPAC classifie les espèces en différentes catégories correspondant à leur statut de conservation : disparue, disparue du pays, en voie de disparition, menacée, ou préoccupante.

Bien que les provinces et territoires du Canada soient dotés de législations protégeant les espèces en péril contre leur exploitation directe, telle que la récolte à des fins commerciales, ces lois se révèlent insuffisantes en matière de protection des habitats naturels. Ainsi, très peu de poursuites judiciaires aboutissent à la condamnation de personnes ou d’entreprises ayant détérioré des habitats essentiels.

Espèces végétales en danger

Le Canada compte environ 7 300 espèces végétales, dont approximativement 3 300 espèces de plantes vasculaires indigènes, 1 500 bryophytes (mousses et hépatiques) et 2 500 lichens. Des listes de plantes rares ont été établies par des botanistes travaillant avec le COSEPAC et d’autres organismes, tels les Musées nationaux du Canada et Agriculture et Agroalimentaire Canada, aidés par des spécialistes de partout au pays. Des listes similaires ont aussi été dressées à l’intention des provinces et territoires. En 2017, le COSEPAC a désigné un total de 735 espèces en péril au Canada, parmi lesquelles 196 espèces de plantes vasculaires, 16 espèces de bryophytes et 21 espèces de lichens (les autres espèces sont animales; voir aussi Espèces d'animaux menacées).

Les plantes rares ou susceptibles d’être en voie de disparition se divisent en trois groupes : les espèces endémiques présentes seulement au Canada ou dans des zones réglementées chevauchant la frontière avec les États-Unis; les espèces végétales répandues et devenues si rares dans leur aire de répartition qu’elles sont en danger d’extinction; les espèces végétales répandues et uniquement menacées dans la partie canadienne de leur aire de répartition.

Exemples régionaux

La Colombie-Britannique et l’Ontario comptent de loin le plus grand nombre d’espèces végétales rares, dont la plupart sont plus communes aux États-Unis et dont la limite nord de l'aire de répartition se trouve au Canada. Malheureusement, du fait que la population canadienne et que la plupart des activités agricoles et industrielles se concentrent le long de la frontière entre les États-Unis et le Canada, la majeure partie des habitats naturels de ces espèces, jadis très étendus, a été partiellement ou entièrement détruite. Par exemple, seul subsiste un faible pourcentage des forêts de feuillus qui couvraient autrefois le sud-ouest de l’Ontario. Or, ces habitats renferment différentes espèces végétales inexistantes ailleurs au Canada.

Magnolier à feuilles acuminées (magnolia acuminata), photo prise le 3 mai 2012.
Frêne bleu (fraxinus quadrangulata), photo prise le 30 juin 2014.
Cornouiller fleuri (cornus florida).
Chicot févier (gymnocladus dioicus).
Chêne de Shumard (quercus shumardii), photo prise le 17 octobre 2012.
Hydraste du Canada (hydrastis canadensis).

La plupart des espèces présentes en Ontario sont désormais rares et certaines d’entre elles sont en voie de disparition au pays ou d’extinction totale. Dans la liste des espèces en péril, figurent des arbres tels que le magnolier à feuilles acuminées (magnolia acuminata), le frêne bleu (fraxinus quadrangulata), le cornouiller fleuri (cornus florida), le chicot févier (gymnocladus dioicus) et le chêne de Shumard (quercus shumardii). À ceux-ci s’ajoutent de nombreuses espèces de plantes herbacées, d’arbrisseaux et de plantes grimpantes, en particulier le cypripède blanc, une espèce d’orchidée (cypripedium candidum) et l’hydraste du Canada, aux propriétés médicinales importantes (hydrastis canadensis). La plupart de ces espèces végétales méridionales survivent dans de petits boisés et dans les habitats qui s’y trouvent, vestiges écologiques du massif forestier quasi continu qui couvrait cette région avant l’arrivée des Européens. Heureusement, les autorités gouvernementales et les organisations non gouvernementales de conservation ont redoublé d’efforts pour préserver les plus belles des forêts encore existantes et en faire des espaces protégés au profit des espèces animales et végétales rares qui y vivent. Ces efforts se sont concrétisés par l’acquisition de terres et par la signature de contrats de gestion avec les propriétaires fonciers locaux.

Pédiculaire de Furbish (pedicularis furbishiae).
Lachnanthe de Caroline (lachnanthes caroliniana), photo prise le 18 novembre 2008.
Droséra filiforme (drosera filiformis), photo prise le 15 juillet 2009.

Des problèmes similaires existent dans d’autres provinces. En Nouvelle-Écosse et au Nouveau‑Brunswick, nombre d’espèces végétales caractéristiques de la côte Atlantique et des forêts de l’est du Canada sont menacées par la création de lotissements de chalets, l’agriculture, la foresterie et la construction de barrages. Parmi ces espèces figurent la pédiculaire de Furbish (pedicularis furbishiae), la lophiolie dorée (lophiola aurea), la lachnanthe de Caroline (lachnanthes caroliniana) et le droséra filiforme (drosera filiformis).

Presque toute l’étendue herbeuse des Prairies a été convertie en terres agricoles ou soumise au pâturage intensif. De nombreuses espèces présentes dans les prairies survivent désormais difficilement dans des habitats naturels réduits ou le long des routes et des voies ferrées, où elles échappent à la pression de l’agriculture, mais où elles peuvent quand même être menacées par l’utilisation des pesticides. Les espèces végétales menacées dans les Prairies comprennent l’abronie à petites fleurs (tripterocalyx micranthus), le chénopode glabre (chenopodium subglabrum) et l’halimolobos mince (halimolobos virgata).

Xérophylle (xerophyllum tenax), parc national de Glacier, dans le Montana. Photo prise le 20 juillet 2014.
Minuartie de Nuttall (minuartia nuttallii), photo prise le 30 juin 2012.
Townsendie en coussin (townsendia condensata), photo prise le 22 juillet 2013.

À l’ouest, les montagnes possèdent un groupe de fleurs alpines qui leur est propre. De nombreuses espèces, bien que répandues aux États-Unis, sont rares au Canada du fait qu’elles se situent dans la limite septentrionale de leur aire de répartition. Citons parmi ces espèces la xérophylle (xerophyllum tenax), la minuartie de Nuttall (minuartia nuttallii) et la magnifique townsendie en coussin (townsendia condensata).

Accords internationaux

Les espèces végétales menacées sont aussi désignées dans d’autres pays selon des procédures qui leur sont propres ou à l’échelle internationale par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En outre, le Canada est signataire de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction (CITES), qui contrôle le commerce des espèces rares et menacées ou des sous-produits qu’elles génèrent. Le Canada a également ratifié la Convention sur la diversité biologique, s’engageant ainsi à assumer certaines obligations en matière de sauvegarde de la diversité biologique (voir biodiversité). Par la signature de ces traités internationaux, c’est la responsabilité du Canada tout entier qui est engagée. Par conséquent, tous les paliers du gouvernement et l’ensemble de la société doivent respecter leurs responsabilités et les dispositions qui ont été prises.

La protection prévue par la CITES se caractérise par un contrôle du commerce et de la circulation des espèces répertoriées au-delà des frontières internationales. Cependant, la plupart des espèces végétales canadiennes ne sont pas concernées par ces réglementations internationales, et ce, en raison du fait que peu d’entre elles figurent sur la liste incluse dans la CITES des espèces végétales dont le commerce international est interdit, bien que celle-ci comporte par ailleurs la totalité des orchidées et des cactus indigènes du Canada. Une plante commune présente dans cette liste est le ginseng à cinq folioles (panax quinquefolius), espèce végétale des forêts de feuillus de l’est et du centre du Canada, jadis abondante, mais aujourd’hui menacée en raison de l’exploitation et du commerce excessifs de ses racines, réputées pour leurs vertus médicinales.

Protection des habitats naturels

Il est bien sûr nécessaire de protéger les espèces végétales contre la surexploitation afin d’éviter leur extinction, mais il est également important de préserver les habitats naturels qui les abritent. Cette préservation des habitats naturels est assurée par différents organismes au Canada. Les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux, municipaux et autochtones en sont les principaux acteurs. Chacune de ces autorités peut déclarer des parcelles de territoires leur appartenant comme étant des zones protégées, où les activités économiques intenses sont interdites. Les terres les plus protégées sont les réserves écologiques et les régions sauvages, dans lesquelles seul un petit nombre d’activités, telles que la randonnée ou l’observation de la nature, sont autorisées. Les parcs constituent aussi une forme de zone protégée, bien que de très nombreuses activités économiques, pouvant parfois aller jusqu'à la construction de grandes routes et d’importants complexes touristiques, y soient autorisées.

Le secteur privé joue lui aussi un rôle essentiel dans la protection des habitats naturels. Beaucoup de grandes sociétés d’exploitation forestière ont par exemple destiné une partie des terres qu’elles possèdent à la préservation des habitats naturels. En outre, de nombreux propriétaires fonciers font en sorte de préserver sur leur terre les habitats naturels indispensables à la survie d’espèces indigènes. Enfin, certains organismes non gouvernementaux, tels que Conservation de la nature Canada et Canards Illimités Canada, font l’acquisition de terres privées à haute valeur écologique et les transforment en zones protégées. Pour ce faire, ces associations de défense de l’environnement collectent des fonds provenant de tous les secteurs de la société canadienne (individus, sociétés, fondations et autorités gouvernementales). Ces fonds sont ensuite utilisés pour planifier les activités de préservation afin de déterminer quelles sont les terres qui doivent être acquises en priorité.

Raisons de la préservation

Les espèces végétales varient selon le lieu où elles poussent. Ainsi, les populations d’espèces septentrionales diffèrent génétiquement des populations méridionales. Chacune d’entre elles s’est adaptée aux habitats et aux climats spécifiques dans lesquels elles poussent. Pour que des espèces continuent à subsister, il est essentiel que la diversité de leur patrimoine génétique soit préservée de façon à ce qu’elles puissent s’adapter aux constantes variations environnementales et climatiques et aux différents stress que représentent les prédateurs, la maladie et la compétition. C’est pourquoi il est important de protéger les espèces qui poussent au Canada dans la limite nord de leur aire de répartition, même si elles sont abondantes aux États-Unis. Il est par ailleurs essentiel de protéger les ancêtres sauvages d’espèces cultivées et d’assurer la survie des autres espèces dont on pourrait tirer profit en les utilisant comme nouvelles cultures agricoles, variétés horticoles ou sources de sous-produits utiles.

Les médicaments figurent parmi les sous-produits utiles générés par les plantes, et ce, depuis la préhistoire. La recherche découvre la source apparemment illimitée de nouvelles substances chimiques que représentent les espèces végétales sauvages, nombre d’entre elles pouvant être le composant de base de nouveaux médicaments ou d’autres produits contribuant au bien-être des humains. La cortisone, par exemple, a été à l’origine produite à partir de l’igname velue (dioscorea villosa) et des graines du jojoba (simmondsia chinensis), un mystérieux arbuste que l’on trouve dans les régions semi-désertiques de l’Arizona, se sont avérées être la source d’une cire liquide pouvant entrer dans la fabrication de produits allant de l’huile de transmission aux cosmétiques en passant par les crèmes solaires.


En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • G. Argus and K. Pryor, Rare Vascular Plants of Canada (1990) and J.A. Burnett, On the Brink: Endangered Species in Canada (1989).

Liens externes