Gitksans

Les Gitxsans (ou Gitksans), nom qui signifie « peuple de la brume de rivière », vivent le long de la rivière Skeena dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, dans les communautés d’Hazelton, Kispiox et Glen Vowell (Gitxsans de l’Est) et de Kitwanga, Kitwankool et Kitsegukla (Gitxsans de l’Ouest). Le recensement de 2016 dénombre 5 675 personnes d’ascendance gitxsane.



Première nation gitxsane (gitksane)
Détail d’un totem gitxsan montrant une femme en pleurs tenant entre ses mains un tétras, Kispiox, Colombie-Britannique.
Première nation gitxsane (gitksane)
Deux jeunes filles de la Première nation gitxsane se tenant dans une pirogue monoxyle en cèdre au bord de la rivière Skeena à Kitwanga (Gitwangak/Gitwangax), Colombie-Britannique (1915).

Population et territoire

D’après la nation gitxsan, le territoire gitxsan (qu’on appelle Lax Yip) couvre 33 000 km2 de terres et de cours d’eau dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Ce territoire englobe la région d’Hazelton, ainsi que les rivières Babine, Bulkley, Kispiox et Skeena. Certains territoires gitxsans sont partagés ou chevauchent des Premières nations voisines, comme celles des Porteurs-Sekanis, des Gitanyow, des Nisga’a, des Tahltan, des Tsay Keh Dene, des Tsimshians et des Wet’suwet’ens. (Voir aussi Territoire autochtone.) Le recensement de 2016 dénombre 5 675 personnes d’ascendance gitxsane.

Vie avant le contact avec les Européens

Le troc de saumon et d’autres ressources naturelles est essentiel à l’économie traditionnelle gitxsane. Les Gitxsans font du troc avec les Premières nations voisines le long de « pistes de la graisse » (sentiers de troc ainsi nommés en raison de l’huile transformée de l’eulakane, un poisson apparenté à l’éperlan répandu dans certaines parties de la Colombie-Britannique, et un important produit commercial pour diverses Premières nations, dont les Gitxsans). (Voir aussi Lieu historique national de la colline-Battle Hill-des-Gitwangaks.)

Avant le contact avec les Européens, les Gitxsans disposent de différentes institutions politiques, juridiques et économiques qui réglementent leur société. Depuis le contact, les Gitxsans défendent plus ardemment leur droit à l’autodétermination, y compris le droit de gérer leurs terres et de gouverner leur peuple.

Société

Les Gitxsans sont matrilinéaires, ce qui signifie que la parenté est basée sur la lignée féminine. Les Gitxsans, à la naissance, appartiennent à l’une de quatre lignées de parenté (ou clans) : grenouille, aigle, loup et épilobe. Les conjoints ne peuvent appartenir au même clan. Les clans se composent de maisons (connues sous le nom de wilps), chacune dotée de son propre chef et de ses territoires.

Traditionnellement, l’aspect le plus important de chaque wilp est le contrôle des terres et des territoires de pêche, ainsi que la transmission héréditaire de ces actifs aux enfants nés au sein du wilp de leur mère. Le wilp du père régit certaines autres responsabilités, comme l’éducation des enfants. On estime à plus de 50 le nombre de wilps au Canada. Chacun a sa propre histoire orale (adaawk) et ses chansons qui parlent de ses ancêtres et de ses antécédents familiaux.

La vie contemporaine des Gitxsans demeure articulée autour des obligations et des privilèges du li’ligit, un potlatch communautaire au cours duquel les funérailles, les mariages, les baptêmes, les adoptions et les autres cérémonies impliquant un changement d’identité sont annoncés et où les invités se voient remettre des cadeaux à titre de témoins.

Culture

Les Gitxsans sont connus pour leurs arts traditionnels, allant du tissage de couvertures chilkats complexes à la fabrication de cuillères en cornes de mouflon de montagne minutieusement ouvrées, en passant par les mâts totémiques que les héritiers des chefs sont tenus d’ériger comme monuments commémoratifs. Les programmes du Ksan (village gitxsan reconstruit qui sert de centre culturel), les conseils de bande et les écoles de bande encouragent l’apprentissage et la production de l’artisanat traditionnel. (Voir aussi Art autochtone au Canada.)

Langue

La langue gitxsane, un dialecte de la langue nass-gitxsane de la famille linguistique tsimshienne, est apparentée au tsimshian de la côte et aussi, probablement, aux langues penutiennes de la Californie et de l’Oregon. En 2016, Statistique Canada dénombre 1 285 personnes s’identifiant comme locuteurs de la langue gitxsane, dont 98,1 % habitent en Colombie-Britannique. La langue gitxsane est graduellement remplacée par l’anglais dans la vie quotidienne, étant donné que de moins en moins de personnes parlent la langue nass-gitxsane; toutefois, certaines écoles communautaires enseignent toujours la langue gitxsane.

Histoire coloniale

En raison de l’éloignement des territoires gitxsans au nord-ouest de la Colombie-Britannique, seule une poignée de missionnaires et de commerçants européens entrent en contact avec les Gitxsans avant la deuxième moitié du 19e siècle. À cette époque, l’empiétement européen sur les territoires gitxsans s’intensifie. Les Gitxsans sont alors témoins, entre autres changements, du va-et-vient des chercheurs d’or, de la mise en place du télégraphe Collins Overland, de l’établissement de postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de l’imposition de colonies blanches. Au fil du temps, on instaure une politique fédérale d’assimilation qui force les enfants gitxsans à fréquenter les pensionnats, où ils sont arrachés à leur famille, à leur culture et à leur langue.

À l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération en 1871, bon nombre des terres autochtones de la province ne sont pas cédées par voie de traités ou d’accords. Cela mène à des conflits territoriaux entre différentes communautés autochtones de la Colombie-Britannique, ainsi qu’avec les gouvernements provincial et fédéral.

Conflits territoriaux

La rébellion de la Skeena en 1872, l’un des premiers conflits territoriaux répertoriés en Colombie-Britannique implique les Gitxsans, qui bloquent la rivière Skeena pour protester contre la destruction de leur propriété à Gitsegukla par des commerçants et des mineurs. Les chefs gitxsans rencontrent le lieutenant-gouverneur Joseph Trutch pour régler le différend et négocier une compensation pour les familles. Vers la fin des années 1800, les Gitxsans protestent contre le développement et les mines qui empiètent sur leur territoire et, en 1908, les chefs gitxsans rencontrent le premier ministre Wilfrid Laurier pour discuter de leur droit de propriété sur leur territoire ancestral dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. (Voir aussi Droits des Autochtones au Canada.)

Dans le jugement Delgamuukw et autres contre La Reine (8 mars 1991), affaire historique, les chefs héréditaires des deux groupes revendiquent des droits ancestraux sur 58 000 km² (22 000 mi²) de leurs territoires traditionnels dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, soit une superficie à peu près égale à celle du Nouveau-Brunswick. Dans son jugement, le juge MacEachern, de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, déclare que les Gitxsans et les Wet’suwet’ens n’ont ni souveraineté ni compétence sur le territoire, pas plus qu’ils n’ont de titre autochtone, de tels droits ayant cessé d’exister durant la période coloniale parce que les lois coloniales manifestaient clairement l’intention de les abolir. Pourtant, celles-ci ne le faisaient pas expressément et ne mentionnaient même pas les droits ancestraux. Le juge reconnaît cependant que les Gitxsans ont le droit d’utiliser les terres inoccupées de la Couronne qui font partie du territoire revendiqué aux fins de leurs activités de subsistance. Dans un jugement rendu à la Cour suprême du Canada le 11 décembre 1997, il est déclaré que les droits ancestraux ont été abolis dans leur ensemble, avant ou après l’arrivée des Européens. Une partie de la décision Delgamuukw fait jurisprudence en ce qui concerne la preuve du titre ancestral, qui repose sur le témoignage historique oral en plus du témoignage écrit.

Vie contemporaine

Les Gitxsans en sont actuellement à la quatrième étape du processus de traités de la Colombie-Britannique. Il y a en tout six étapes, visant à atteindre l’autonomie gouvernementale, des ressources monétaires et des terres, ainsi que la reconnaissance des droits ancestraux et des titres fonciers.


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