Paul Haggis

Paul Edward Haggis, scénariste, réalisateur, producteur (né le 10 mars 1953 à London, en Ontario). Au Canada, Paul Haggis est surtout célèbre comme créateur de la série télévisée populaire Due South qui lui a valu six prix Gemini, dont deux pour la meilleure série dramatique. À l’étranger, il est reconnu pour un certain nombre de réalisations cinématographiques. Il est entré dans l’histoire en 2006 en devenant le premier scénariste à décrocher deux Oscars successifs du meilleur film pour Million Dollar Baby en 2005 et Crash en 2006. Il a également remporté les Oscars du meilleur film et du meilleur scénario original pour ce dernier et a contribué à rajeunir la franchise James Bond avec ses scénarios pour Casino Royale (2006) et Quantum of Solace (2008). Plus récemment, sa réputation a été ternie par quatre allégations d’agression sexuelle. En janvier 2018, il a commencé à se défendre contre ces allégations dans le cadre d’une procédure civile.

Jeunesse

Le père de Paul Haggis, Ted, sert dans le Marine royale canadienne pendant la Deuxième Guerre mondiale et participe aux Jeux olympiques d’été de 1948 comme spécialiste des courses de vitesse avant d’exploiter sa propre entreprise de construction. Sa mère, Mary, est opératrice téléphonique. Un jour, alors que Paul est âgé de 13 ans, elle se confronte au prêtre de son église en lui reprochant de rouler en Cadillac; ce dernier se justifie devant elle en lui expliquant que « telle est la volonté de Dieu! » Après cet incident, elle décide de ne plus amener Paul et ses sœurs à l’église, alors qu’elle les avait jusque-là élevés dans la foi catholique. Sur le plan scolaire, Paul connaît une adolescence difficile, fréquentant aussi bien des pensionnats que des écoles aux systèmes pédagogiques innovants avant de complètement abandonner les uns comme les autres.

Paul Haggis déménage à Londres, en Angleterre, à l’âge de 19 ans pour travailler comme photographe de mode pendant un an. Il étudie la direction photo au Fanshawe College de London, en Ontario, sans toutefois obtenir son diplôme. Il aide cependant son père à gérer le Gallery Theatre installé dans une vieille église, où il apporte une contribution manuelle, en effectuant des travaux de charpenterie, mais également artistique, en adaptant pour le théâtre la série romanesque The Chronicles of Narnia.

Début de carrière à la télévision

En 1975, Paul Haggis déménage à Los Angeles pour mener une carrière de scénariste pour la télévision. Il lui faut plus de trois ans avant d’arriver à vendre un premier scénario, pour The Love Boat. Grâce à l’aide de sa famille, il ne renonce pas et finit par être embauché par le légendaire producteur Norman Lear qui lui offre son premier travail de scénariste sur Diff'rent Strokes en 1983. Plusieurs séries vont suivre, notamment The Facts of Life, One Day at a Time, Who's the Boss?, The Tracey Ullman Show, thirtysomething (pour laquelle il obtient deux Primetime Emmy Awards), L.A. Law et EZ Streets. Il crée également la série à grand succès Walker: Texas Ranger avec Chuck Norris en vedette, la série policière Michael Hayes et la série juridique Family Law.

Due South (1994‑1999)

Paul Haggis revient au Canada pour produire le pilote et écrire les deux premières saisons de la série populaire Due South (1994‑1996) mettant en vedette Paul Gross dans le rôle d’un agent de la GRC plutôt rigide affecté à Chicago. Due South est la première série canadienne à être diffusée à une heure de grande écoute aux États‑Unis en dépit de son caractère national extrêmement affirmé. Grâce à cette série, le natif de London obtient six prix Gemini, dont deux pour la meilleure série dramatique et deux pour le meilleur scénario dans une série dramatique.

Million Dollar Baby (2004)

En 2000, Paul Haggis change de catégorie pour passer à une activité plus risquée consistant à écrire, réaliser et produire des films. Après avoir découvert un recueil de nouvelles de F.X. Toole jamais publié, appelé Rope Burns, il en obtient les droits pour le cinéma et écrit un script non commandé pour le film Million Dollar Baby. Il le soumet à la société de production de Clint Eastwood et, à sa grande surprise, ce dernier décide de réaliser le film et d’y interpréter le rôle principal. Million Dollar Baby est le succès surprise de l’année2004. Il vaut à son scénariste une nomination aux Oscars, remporte quatre Oscars dont celui du meilleur film et cumule plus de 200 millions de dollars de recettes dans le monde entier.

Crash (2005)

Le triomphe aux Oscars de Million Dollar Baby en février 2005 s’appuie notamment sur un puissant mouvement ayant débuté pour Paul Haggis lorsque Crash, son premier long métrage en tant que réalisateur, obtient un immense succès critique lors de sa projection au Festival international du film de Toronto en septembre 2004. Ce film s’inspire de la propre expérience du réalisateur, victime de pirates de la route en 1991, pour décrire les tensions raciales à Los Angeles. Il s’articule autour de différents récits qui s’entremêlent et se superposent sur une période particulièrement mouvementée de 24 heures. La distribution comprend Sandra Bullock, Don Cheadle, Brendan Fraser et Matt Dillon. Au départ, le réalisateur présente son œuvre comme une série télévisée. Après avoir essuyé des refus de tous les studios, il lui faudra cinq ans pour en faire un film indépendant. Pour réaliser son rêve et contribuer à financer son film, il hypothèque sa maison et ne perçoit pas de rémunération. Son engagement est tel qu’il refuse d’embaucher un remplaçant après avoir subi une attaque cardiaque pendant la production.

Crash obtient un succès modéré, cumulant, au cours de ses deux premiers mois de diffusion, des recettes huit fois supérieures au budget engagé et attirant un public passionné, notamment Oprah Winfrey qui fait l’éloge de la façon dont le film représente les relations raciales en Amérique. De nombreux critiques et plusieurs associations de critiques placent le film, qui obtient par ailleurs un BAFTA du meilleur scénario original et un Independent Spirit Award du meilleur premier long métrage, en tête de leur palmarès de l’année. Son distributeur, Lionsgate, lance une campagne particulièrement dynamique en vue des Oscars, adressant par courrier des copies promotionnelles du film sur DVD aux 120 000 membres de la Screen Actors Guild, et réussit à provoquer l’une des plus grosses surprises de l’histoire des Oscars, Crash remportant l’Oscar du meilleur film devant le grand favori Brokeback Mountain d’Ang Lee. Paul Haggis remporte également un Oscar pour le scénario de son film et est sélectionné pour l’Oscar du meilleur réalisateur.

Ces résultats vont être à l’origine d’un certain nombre de controverses sur le fait que la victoire de Crash sur Brokeback Mountain, une histoire d’amour entre deux hommes, serait peut‑être due à des sentiments homophobes. Roger Ebert, qui a désigné Crash comme le meilleur film de 2005, écrit, à propos de la virulence avec laquelle certains se sont attaqués au film : « Un des mystères de la saison des Oscars 2006 est l’extrême violence avec laquelle les admirateurs de Brokeback Mountain ont littéralement éreinté Crash... Or il ne s’agit précisément pas d’un film sage et consensuel... Il s’agit plutôt d’une œuvre où les affrontements sont brutaux, traitant de la complexité de nos motivations, des modalités de fonctionnement du racisme, non seulement de haut en bas, mais également latéralement au sein d’un même groupe, et sur la façon dont, dans différentes situations, nous sommes tous capables d’adopter des comportements honteux. » Paul Haggis lui‑même a admis avoir été surpris par l’obtention de ces prix, précisant que Capote, qui faisait partie de ses concurrents dans la dernière sélection, avait sa préférence. Dans une entrevue en 2013, il déclare : « Je suis très heureux d’avoir décroché ces Oscars. Je savais que ce que je visais c’était l’expérience sociale et je crois qu’il s’agit effectivement d’une bonne expérience sociale. S’agit‑il pour autant d’un grand film? Je l’ignore. »

James Bond réinventé et autres succès

La série de succès de Paul Haggis se poursuit quand Clint Eastwood l’engage pour adapter le roman de James Bradley et Ron Powers Flags of Our Fathers portant sur la sanglante bataille pour s’emparer de l’île Iwo Jima lors de la Deuxième Guerre mondiale ainsi que l’histoire de la photo emblématique de l’érection victorieuse du drapeau américain sur le mont Suribachi. De cette collaboration naissent deux films lancés en 2006 : Flags of Our Fathers qui raconte l’histoire du point de vue des soldats américains ayant hissé le fameux drapeau, et Letters from Iwo Jima, qui aborde cette bataille en adoptant le point de vue des Japonais. Le scénariste canadien décroche, pour la troisième fois consécutive, une sélection aux Oscars pour le scénario du second qui est, par ailleurs, également sélectionné pour le prix du meilleur film.

Toujours en 2006, Paul Haggis coécrit le scénario du 21e James Bond, Casino Royale. Cette nouvelle mouture, sombre et totalement réinventée, de 007 est considérée par certains critiques comme le meilleur Bond de tous les temps. Le critique cinéma du TorontoStar, Peter Howell, écrit : « C’est bien grâce au scénario d’Haggis que Daniel Craig est devenu célèbre en tant que “Bond qui saigne”. » Le film cumule près de 600 millions de dollars de recettes au guichet dans le monde entier et vaut à son coscénariste des sélections aux BAFTA dans les catégories Meilleur film britannique et Meilleur scénario adapté.

Avec In the Valley of Elah, sorti en 2007, un drame de guerre qu’il écrit, réalise et produit, Paul Haggis entend faire preuve d’une conscience sociale plus aiguisée qu’elle ne se manifeste réellement dans le film. Les critiques ne sont pas vraiment favorables, mais le film vaut à Tommy Lee Jones une sélection aux Oscars pour son interprétation. Le natif de London coscénarise ensuite le 22e James Bond, Quantum of Solace, sorti en 2008, mais affiche son mécontentement lorsque son travail est réécrit. Puis, il écrit et réalise le film à suspense The Next Three Days avec Russell Crowe en 2010 ainsi que le drame choral aux narrations multiples Third Person dans lequel jouent Liam Neeson, Olivia Wilde et Adrien Brody en 2013. Le scénario cette dernière œuvre, plutôt alambiqué, lui vaut des critiques négatives, le Guardian le qualifiant même de « nullité stupéfiante », ce qui n’empêche pas le réalisateur de le désigner comme l’un de ses films préférés.

Deuxième carrière à la télévision

Paul Haggis revient à la télévision en 2007 avec la série dramatique d’action, de violence et de vengeance The Black Donnellys, inspirée par la véritable histoire de familles rivales de London qui s’est terminée dans le sang. En 2015, il réalise la minisérie à succès Show Me a Hero, diffusée sur HBO, coécrite et produite par le scénariste de The Wire, David Simon, racontant les combats autour de l’implantation de logements sociaux à Yonkers dans l’État de New York à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Le Guardian et Indiewire, entre autres médias, désignent Show Me a Hero comme l’une des meilleures séries télévisées de 2015 qui vaudra à son réalisateur une sélection de la Directors Guild of America.

Vie personnelle

Paul Haggis a eu trois filles, Alissa, Lauren et Katy, de son mariage avec Diane Gettas de 1977 à 1997 et un fils, James, de son union avec Deborah Rennard de 1997 à 2009. Il collabore souvent avec des membres de sa famille. Sa sœur encore en vie, Jo Francis, a effectué le montage de In the Valley of Elah, The Next Three Days et Show Me a Hero. Son penchant de bourreau de travail rend ses relations avec ses enfants tendues. Lauren déclare au New Yorker : « Sur le plan émotionnel, il n’est pas là! » Son éloignement d’Alissa a inspiré la trame de fond du personnage de Clint Eastwood dans Million Dollar Baby. Depuis, le père et la fille ont mis en place une très bonne relation professionnelle.

Activités charitables

Paul Haggis s’est bâti une solide réputation en matière de collecte de fonds et de philanthropie, et a cofondé, en 2009, l’association caritative Artists for Peace and Justice. Cette organisation fournit des secours en Haïti en y améliorant les systèmes éducatifs, de santé et d’accès à de l’eau potable.

Scientologie

Paul Haggis devient actif dans l’Église de scientologie en 1975 et en restera un membre important pendant de nombreuses années. Cependant, il renie sa foi en 2009 en raison de la pratique de « déconnexion » pratiquée par les scientologues qui imposent que les croyants rompent leurs liens avec leurs amis et les membres de leur famille sceptiques et de l’homophobie affichée de l’organisation (deux de ses filles sont lesbiennes). En tant que personnalité la plus célèbre ayant quitté l’Église de scientologie, son renoncement a inspiré au New Yorker un important reportage qui a conduit, en 2013, au livre de Lawrence Wright Going Clear: Scientology, Hollywood, and the Prison of Belief. Il figure également dans le documentaire d’Alex Gibney diffusé sur HBO en 2015 et récompensé d’un Emmy Award, Going Clear, qui s’inspire du livre, et a fait de nombreuses entrevues en tant que critique de la scientologie.

Allégations d’agressions sexuelles

Le 15 décembre 2017, dans le contexte du mouvement #MeToo combattant le harcèlement sexuel né des accusations dans ce domaine contre le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, Paul Haggis dépose une plainte en diffamation contre la publicitaire new‑yorkaise Haleigh Breest, en affirmant qu’elle a tenté de lui extorquer 9 millions de dollars en échange de son silence concernant une plainte d’agression sexuelle qu’elle aurait déposée contre lui. Plus tard dans la journée, la publiciste entame elle‑même des poursuites civiles, accusant le cinéaste de l’avoir violée dans son appartement après la première d’un film en 2013.

En janvier 2018, l’Associated Press publie d’autres allégations d’agression sexuelle à l’encontre de Paul Haggis, formulées par trois autres femmes pour des incidents qui auraient eu lieu entre 1996 et 2015, dont une allégation de viol. Ces accusations, corroborées par des amis, des associés et une psychologue, sont formulées anonymement et déposées dans le cadre de la procédure judiciaire conduite par les avocats de Haleigh Breest à New York.

Paul Haggis a toujours nié ces accusations et a formulé l’hypothèse qu’elles pourraient avoir été coordonnées par l’Église de scientologie dans le cadre d’une campagne de dénigrement contre lui. L’actrice Leah Remini, une autre renégate et critique de la scientologie, a publié une déclaration défendant le cinéaste canadien et qualifiant de « suspectes » les accusations anonymes formulées contre lui. Son ex‑femme, Deborah Rennard, l’a également défendu dans une lettre ouverte, remettant en cause la véracité des accusations portées à son encontre.

Toutes les femmes prétendant avoir été victimes d’agressions sexuelles de la part de Paul Haggis ont nié toute participation de l’Église de scientologie dans cette affaire. L’une d’entre elles a rédigé un article dans la rubrique opinions du Hollywood Reporter, publié le 17 janvier 2018, dans lequel elle explique sa décision de rester anonyme et décrit comment elle a dû rassembler la documentation nécessaire et répondre à des questions détaillées lui ayant fait revivre chacun des aspects de cette douloureuse expérience, expliquant : « Pour les journalistes qui ont raconté mon histoire, je ne suis plus une anonyme : ils connaissent mon nom, ils ont vu des preuves de cette époque corroborant les circonstances dans lesquelles j’ai vécu cette agression et ont parlé avec des gens à qui j’avais, peu après, confié des détails. »

La procédure judiciaire civile lancée par Haleigh Breest contre Paul Haggis a débuté en janvier 2018.

Parc Paul Haggis

À la suite des allégations formulées contre Paul Haggis, le conseiller municipal de London, Mo Salih, a présenté une motion visant à renommer le parc Paul Haggis, situé à l’extrémité sud de la ville natale du célèbre scénariste, qui avait été nommé en son honneur en 2011. À l’issue d’un vote négatif par dix voix contre deux du conseil municipal contre cette motion, le conseiller Harold Usher a déclaré à Global News : « Je ne crois pas que nous ayons suffisamment de détails et que nous puissions nous appuyer sur des faits suffisants établis concernant cette situation pour prendre une décision. J’ai reçu plusieurs lettres à ce sujet, mais aucune n’allait dans le sens de la motion proposée. »

Distinctions

Prix Gemini

  • Meilleur téléfilm (Due South) (1995)
  • Meilleure série dramatique (Due South) (1995)
  • Meilleur scénario pour une série dramatique (Due South) (1995)
  • Meilleure série dramatique (Due South) (1996)
  • Meilleur scénario pour une série dramatique (Due South) (1996)
  • Prix Choix du Canada de Chrysler (Due South) (1996)

Autres

  • Réalisation exceptionnelle pour une série dramatique (thirtysomething), Emmy Awards (1988)
  • Scénario exceptionnel pour une série dramatique (thirtysomething), Emmy Awards (1988)
  • Meilleur film (Crash), Oscars (2005)
  • Meilleur scénario, scénario original (Crash), Oscars (2005)
  • Meilleur film (Crash), Austin Film Critics Association (2005)
  • Meilleur réalisateur (Crash), Austin Film Critics Association (2005)
  • Meilleur scénario (Crash), Las Vegas Film Critics Society Awards (2005)
  • Meilleur réalisateur (Crash), New York Film Critics Online (2005)
  • Cinéaste révolutionnaire (Crash), Online Film Critics Society (2005)
  • USC Scripter Award (Million Dollar Baby), USC Scripter Awards (2005)
  • Scénario original (Crash), BAFTA Awards (2006)
  • Meilleur premier long métrage (Crash), Independent Spirit Awards (2006)
  • Meilleur scénario (Crash), Broadcast Film Critics Awards (2006)
  • Scénario original (Crash), Writers Guild of America Awards (2006)
  • Réalisation exceptionnelle pour une dramatique (Crash), Black Reel Awards (2006)
  • Meilleur scénario (Crash), Chicago Film Critics Association (2006)
  • Scénariste de l’année (Crash), London Critics Circle Film Awards (2006)
  • Prix SIGNIS (In the Valley of Elah), Festival international du film de Venise (2007)
  • Capri Humanitarian Award, Capri, Festival international de cinéma de Hollywood (2010)
  • Prix Ian McClellan Hunter pour une carrière exceptionnelle, Writers Guild of America East (2015)
  • Prix de l’impact social, Festival international du film noir de Montréal (2015)

Diplômes honorifiques

  • Diplôme honorifique, Collège Fanshawe (2006)

Liens externes