Helen (Ma) Armstrong

Helen Armstrong (née Jury), surnommée « Ma », militante syndicale, militante des droits des femmes (née le 17 juin 1875 à Toronto, en Ontario; décédée le 17 avril 1947 à Los Angeles, en Californie). Helen Armstrong était une militante syndicale qui, tout au long de sa vie, s’est battue pour les droits des femmes de la classe ouvrière. Elle a dirigé la ligue ouvrière féminine de Winnipeg et a été une figure centrale de la grève générale de Winnipeg de 1919. Elle a fait campagne en faveur des syndicats, de l’institution d’un salaire minimum et de la sécurité sociale, et contre la conscription. Elle a été arrêtée, pour ses activités militantes, à au moins trois reprises, dont deux au cours de la grève générale de Winnipeg. L’historienne Esyllt Jones en parle comme d’une exception dans un mouvement syndical dominé par les hommes.

Portrait photographique de Helen Armstrong pris dans les années 1940

Termes clés

Grève générale : Un mouvement de protestation où les travailleurs de toutes les industries ou presque cessent le travail.

Syndicat : Une association de travailleurs créée pour protéger les droits de ses membres et obtenir un meilleur salaire, des avantages et conditions. (Voir Syndicats ouvriers.)

Jeunesse et famille

Helen Armstrong est la fille aînée d’une fratrie de dix enfants nés d’Emma Hart et d’Alfred F. Jury qui était tailleur, dirigeant syndical et cofondateur d’une section canadienne de l’Ordre des Chevaliers du travail. La jeune Helen grandit en travaillant dans l’atelier de son père, à Toronto, où elle assiste à des discussions enflammées sur les problèmes du monde ouvrier. C’est là qu’elle rencontre un jeune charpentier et militant syndical nommé George Armstrong. Le 8 septembre 1897, Helen et George se marient à Montana, aux États‑Unis. Ils vivent ensuite à New York et reviennent au Canada en 1904, s’établissant à Winnipeg, au Manitoba. Le couple aura quatre enfants : trois filles (Helen, Mary et Mabel) et un fils (Frank).

Militantisme

Helen Armstrong commence à militer activement dans des organisations syndicales et politiques à Winnipeg pendant la Première Guerre mondiale. Elle s’investit, en particulier, dans la lutte pour les droits des travailleuses. Début 1917, elle contribue à donner un nouvel élan à la Ligue ouvrière féminine de Winnipeg, dont elle devient présidente. Elle soutient que les femmes ont besoin d’un salaire minimum pour vivre et dirige la constitution de syndicats de travailleuses. En mars 1917, elle organise le syndicat des commis‑vendeurs au détail et, en mai, les employées du grand magasin Woolworth à Winnipeg se mettent en grève sous sa houlette. En 1918, elle contribue à la création du Hotel and Household Workers’ Union (Syndicat des travailleurs de l’hôtellerie et des employés de maison) et du Housemaids’ Union (Syndicat des employées de maison). L’année suivante, elle coordonne également la mise en place d’organisations ouvrières pour les travailleuses de la ville des secteurs de la biscuiterie, de la blanchisserie et du tricot (voir aussi Femmes dans la population active; Début des mouvements de femmes au Canada : 1867‑1960).

Le saviez‑vous?
Au sein de la classe ouvrière de Winnipeg, Helen Armstrong était surnommée « Ma », un diminutif affectueux pour mère ou maman, qui allait comme un gant à cette dirigeante de syndicats de femmes et grande protectrice des droits des travailleuses. Alors que les médias la présentaient souvent comme quelqu’un d’agressif, les récits individuels dont nous disposons en font un tout autre portrait. Lors d’entretiens avec la cinéaste Paula Kelly, qui a réalisé un documentaire à son sujet, ses petits‑enfants s’en souviennent comme d’une personnalité chaleureuse et empathique.

Pendant la Première Guerre mondiale, Helen Armstrong s’oppose avec vigueur à la conscription (enrôlement forcé dans l’armée). Plutôt que d’opter pour cette solution, elle estime que le gouvernement fédéral pourrait accroître le nombre des engagés volontaires en augmentant son soutien financier aux familles des militaires. Lors d’une grande réunion anticonscription, elle s’interpose personnellement devant un groupe de soldats qui menace les orateurs. Seule femme présente à la tribune, elle aurait été, selon les témoins, « gravement blessée de la tête aux pieds » par les soldats.

Même après la promulgation de la Loi du Service Militaire, inscrivant la conscription dans la loi en août 1917, elle continue de soutenir activement la campagne anticonscription. Elle apporte de la nourriture et des vêtements aux jeunes hommes purgeant une peine de deux ans de prison pour avoir refusé le service militaire. Le 13 décembre 1917, elle est arrêtée pour avoir distribué des dépliants anticonscription dans la rue à Winnipeg.


Grève du magasin Woolworth's

La photo d'en haut montre des employées de Woolworth's participant à un piquet de grève. La photo d'en bas montre quelques dirigeantes de la grève avec Helen Armstrong au centre.  

Grève générale de Winnipeg

En 1919, Helen Armstrong dirige et coordonne les travailleuses lors de la grève générale de Winnipeg. Elle n’est que l’une des deux femmes membres du comité de grève qui compte une cinquantaine d’hommes. Elle joue un rôle éminemment central pour l’organisation des travailleuses de Winnipeg, et ce, à un point tel, qu’au moment de la grève, le Toronto Star la surnomme la « patronne des syndicats de femmes ».

Dans sa lutte contre les briseurs de grève, elle ne craint pas d’user de tactiques particulièrement musclées. Helen Armstrong élabore également de nouvelles stratégies pour recruter des femmes grévistes en plus grand nombre. Le Winnipeg Evening Tribune raconte que, plutôt que de simplement faire du piquetage à l’extérieur de l’entreprise, elle a lancé une campagne de recrutement, dès le début de la journée, pour convaincre les travailleuses de se joindre à la grève à leur arrivée au travail.


greve-generale-de-winnipeg

La foule commence à faire tomber un tramway sur la rue Main, près de l'avenue Market, durant le samedi sanglant, le 21 juin 1919.

Helen Armstrong est arrêtée, par deux fois, au cours de la grève : le 15 mai (le premier jour du mouvement), pour inconduite sur la voie publique, et le 24 juin (dans les derniers jours du mouvement), pour ses actions visant à empêcher les briseurs de grève de vendre des journaux. Après sa deuxième arrestation, elle est emprisonnée, sans possibilité de libération sous caution, pour une durée de trois jours. Quand la grève se termine le 26 juin, Helen et George Armstrong (ainsi que d’autres chefs de file du mouvement) sont en prison.

Pendant cette longue grève, Helen Armstrong crée le Labor Café, qui fournit aux femmes grévistes trois repas gratuits par jour. Il s’agit là d’un service essentiel pour celles qui, grévistes, n’ont plus de salaire. L’établissement, où l’on aurait servi entre 1 200 et 1 500 repas par jour, accueille également des hommes, tout en les encourageant à payer ou à faire un don.


Au début des années 1920, après la Grande Grève, Helen Armstrong se présente par deux fois, sans succès, aux élections municipales à Winnipeg. En 1923, alors qu’elle est candidate, elle déclare : « Je continuerai à œuvrer pour davantage de protection pour nos filles et nos travailleuses, ainsi que pour l’application de toutes les lois existantes et pour des améliorations en matière de salaires, de conditions de travail et de sécurité sociale. »

Âge mûr et fin de vie

Après l’échec de Helen aux élections municipales de 1923, la famille Armstrong s’installe dans la région de Chicago, aux États‑Unis. Ce déménagement est également dû au fait que Georges, inscrit sur la liste noire des employeurs pour son rôle dans la grève, a rencontré les pires difficultés pour trouver un emploi à Winnipeg. Cependant, début 1929, le couple et les enfants reviennent à Winnipeg. Helen Armstrong poursuit son engagement pour les femmes, défendant notamment les mères célibataires et les veuves. Dans les années 1940, les Armstrong déménagent à Victoria, en Colombie‑Britannique, puis en Californie, où vit l’une de leurs filles. Helen Armstrong décède en 1947 à l’âge de 71 ans.


Lecture supplémentaire

  • Gregory S. Kealey et Christina Burr, “Jury, Alfred Fredman,” Dictionnaire biographique du Canada (1998).