Petite Italie de Montréal

Ce quartier de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie est situé le long du boulevard Saint-Laurent et délimité par les rues Saint-Zotique et Jean-Talon.

Église de la Petite Italie de Montréal
Notre-Dame de la Défense (Madonna della Difesa)
Nincheri, Guido
Cet artiste d'origine italienne a été l'artiste religieux le plus prolifique en Amérique du Nord (avec la permission de Maclean's).
Petite Italie de Montréal
Bannière portant l'inscription : \u00ab Ciao! Petite Italie, Montréal \u00bb
Marché Jean-Talon, Montréal

Fruit de deux vagues d’immigration majeures au Canada (l’une de 1880 à la Première Guerre mondiale, et l’autre de 1950 à 1970), la communauté italienne de Montréal se rassemble dès 1910 au sein de la paroisse Notre-Dame-de-la-Défense. Ce quartier de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie est situé le long du boulevard Saint-Laurent et délimité par les rues Saint-Zotique et Jean-Talon.

Toujours au cœur de la vie communautaire et culturelle des italo-canadiens de Montréal, la Petite Italie (Piccola Italia) se distingue par ses édifices aux caractéristiques architecturales et décoratives remarquables ainsi que par la présence d’une véritable institution du paysage urbain montréalais, le marché Jean-Talon.

Historique du quartier

La présence italienne au Québec remonte au XVIIe siècle, notamment avec l’arrivée en Nouvelle-France du régiment de Carignan-Salières qui compte parmi ses rangs des soldats et des officiers d’origine italienne qui choisissent de s’établir en 1668. D’autres viendront avec les régiments de mercenaires suisses de Meurons et de Watteville intégrés à l’armée britannique pendant la guerre de 1812.

Vers la fin des années 1860, on trouve une cinquantaine de familles italiennes à Montréal. Originaires surtout du Nord de l'Italie, ces immigrants sont principalement des commerçants, des artisans professionnels et des musiciens.

Apport de la première vague d’immigration italienne

Vers 1880, des immigrants en provenance du Sud de l'Italie s'établissent dans les actuels quartiers chinois et latin de Montréal. Rapidement, ils se dirigent vers le nord de la ville et construisent des habitations sur des terres jusqu'alors utilisées pour l’agriculture. Ils travaillent à l’entretien et la construction des chemins de fer du Canadien Pacifique et de la Compagnie du Grand Tronc. Lors du recensement de 1901, près de 1 400 Montréalais sont d’origine italienne. Dix ans plus tard, en 1911, ils sont 7 000.

C’est d’ailleurs au début des années 1900 que certains immigrants italiens s'installent de façon permanente de part et d'autre de la gare du Mile-End située près du boulevard Saint-Laurent et de la rue Bernard. Accessible par tramways, le secteur a l’avantage de comprendre des terrains assez grands pour y entretenir de petits potagers. Déjà à l’époque, les cafés et les restaurants se multiplient dans le quartier, permettant à ses habitants de perpétuer en terre d’Amérique les saveurs traditionnelles de l'Italie.

Notre-Dame-de-la-Défense

En 1910, la paroisse Notre-Dame-de-la-Défense (Madonna della Difesa) est fondée. Bien vite, elle regroupe des établissements d’éducation, d’assistance et de loisirs, et devient le cœur de la vie sociale du quartier. C’est dans cette plus ancienne paroisse italienne au Canada que s’élève la magnifique église Notre-Dame-de-la-Défense, construite en 1919 et inaugurée en 1927. La décoration intérieure est réalisée dans un style néo-renaissance par le célèbre maître verrier Guido Nincheri, qui est aussi co-architecte du bâtiment (voir Architecture religieuse). Cette église a été désignée par le gouvernement canadien comme lieu historique national en 2002.

Vie économique

Différentes industries se développent dans le quartier principalement le long de la voie ferrée, telles que l'usine bien connue de Catelli ou encore les ateliers de la Montreal Street Railways. On y trouve aussi plusieurs petits commerces, particulièrement des épiceries dont le nombre double entre 1911 et 1916.

Marché Jean-Talon

Ainsi regroupés, les Italiens développent un sentiment d'appartenance qui ne cesse de croître. Curieusement, la crise des années 1930 permet au quartier de se développer. Plusieurs grands travaux publics sont amorcés. Les anciens terrains de crosse Shamrock deviennent le site du Marché du Nord (aujourd'hui le Marché Jean-Talon). C'est en 1934 qu'est officiellement inauguré ce célèbre marché montréalais. Regroupant à ses débuts des agriculteurs venus vendre leurs denrées, il devient, au fil des ans, le plus important marché en plein air en Amérique du Nord.

C'est aussi à cette période que la gare Mile-End est remplacée par la nouvelle Park Avenue Station (gare Jean-Talon) pour le transport des passagers. Les carrières de pierre sont remplacées par des édifices municipaux et on voit l'émergence de plusieurs cinémas de quartier. En 1936, on construit au cœur du quartier, un bâtiment Art déco, La Casa d'Italia, fleuron de la communauté italienne. Lieu de rassemblement social de la communauté italienne, ce célèbre bâtiment a subi une cure de rajeunissement en 2009. Il abrite désormais un centre d'archives, une bibliothèque et un économusée sur l’immigration italienne de même qu'une salle de 160 places pour accueillir différents événements.

Seconde vague d’immigration italienne

Entre 1946 et 1960, ce sont particulièrement des agriculteurs qui forment la majorité de l'immigration italienne. Celles-ci s'installent autour du Marché Jean-Talon et de l'Église Notre-Dame-de-la-Défense. Ce regroupement de 150 000 familles au milieu des années 1950 donne véritablement naissance à la Petite Italie.

Entre 1961 et 1975, l'immigration italienne se diversifie et le Québec accueille des travailleurs du secteur manufacturier et de la construction. Malgré la baisse du flux migratoire italien dans les années 1970, la population italienne demeure néanmoins le troisième groupe d'origine européenne le plus important sur l'Île de Montréal.

Peu à peu, certaines familles quittent la Petite Italie pour d'autres quartiers ou municipalités situées sur l’île de Montréal tels que Villeray, Saint-Léonard, La Salle et Rivière-des-Prairies. La Petite Italie s'enrichit alors de nouveaux arrivants en provenance d'Haïti et d'Amérique Latine, devenant cosmopolite.

Vie communautaire et culturelle

Bien que la plupart des Italo-Montréalais habitent en dehors des limites de la Petite Italie (dont 28 000 à Saint-Léonard), ce quartier demeure au cœur de leur vie communautaire et culturelle. C'est là qu’ils y célèbrent la fête du Grand Prix (juin) et la Semaine italienne de Montréal (août) où une foule multicolore se donne rendez-vous pour festoyer, regroupée autour des différentes associations locales. Les tournois de soccer, les expositions, les projections de films, les défilés de mode, les représentations musicales, les ateliers de cuisine, les dégustations culinaires et vinicoles s’y succèdent, et ce, au plus grand plaisir des Montréalais.

Le touriste en visite dans le quartier remarque deux grandes arches qui en indiquent clairement ses limites. Il y règne un « air d'Italie » notamment en raison des nombreux drapeaux italiens qui flottent fièrement dans les rues, mais aussi de la consonance linguistique des enseignes de plus de 70 boutiques. On y découvre de nombreux cafés, des trattorias, des petites épiceries et une population qui gravite autour de sa magnifique église Notre-Dame-de-la-Défense et du marché Jean-Talon. Quant aux joueurs de bocce (variante italienne du jeu de pétanque), ils se donnent rendez-vous pour disputer une partie au Parc Dante inauguré en 1963.

Héritage

De nombreux cinéastes ont voulu rendre à l’écran l’esprit de la Petite Italie. Dans Dimanche d’Amérique (1961), un des premiers documentaires réalisés par Gilles Carle, on découvre la communauté italienne de Montréal à travers ses loisirs et ses activités dominicales. Caffè Italia (1985) de Paul Tana trace pour sa part un portrait attachant de cette communauté qu’on découvre à travers des lettres et des reconstitutions dramatiques. En 2009, Giovanni Princigalli propose dans J'ai fait mon propre courage (Ho fatto il mio coraggio), le récit des difficultés des hommes et des femmes qui ont quitté la vie agricole de l'Italie du sud dans les années 1950 pour se retrouver comme travailleurs dans les usines de Montréal.

Si plusieurs édifices de ce quartier sont remarquables tant en ce qui a trait à leur architecture, à leur histoire qu’à leur rôle dans la communauté, certains de ses lieux sont devenus des composantes essentielles du paysage montréalais. C’est le cas du marché Jean-Talon, encore aujourd’hui très achalandé et dont l’activité a été immortalisée sur les murs du métro de Montréal. En 1983, lors de la construction de la ligne bleue, l’artiste Jean-Charles Charuest a réalisé à partir de ses observations des clients et des marchands, une série de 30 bas-reliefs pour la station De Castelnau.

En 2011, la ville de Montréal comptait 263 565 personnes d’origine italienne disséminées sur son territoire.


Lecture supplémentaire

  • La Petite Italie de Montréal (Ulysse, 2012).

    Sonia Cancian, Families, Lovers, and their Letters ‒ Italian Postwar Migration to Canada (University of Manitoba Press, 2010).

    Jerome Delgano, Montréal créatif : Mile-End, Outremont, Petite Italie (Ulysse, 2013).

    Pierre Drouilly, L’espace social de Montréal, 1951-1991 (Septentrion, 1996).

    Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération (Boréal, 2000).

    Bruno Ramirez, Les premiers italiens de Montréal. L’origine de la Petite Italie du Québec (Montréal : Boréal, 1984) et « Immigrants italiens dans l’espace social et culturel montréalais », Guy Berthiaume, Claude Corbo et Sophie Montreuil, dir., Histoires d’immigrations au Québec (Presses de l’Université du Québec et Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014).

Liens externes