Les francophones du territoire du Nunavut (Franco-Nunavois)

Les Franco-Nunavois sont les francophones qui habitent le territoire du Nunavut. La population de langue maternelle française y est en croissance; elle est passée de 465 à 616 personnes (représentant 1,7% de la population territoriale) entre 2006 et 2016; quatre Franco-Nunavois sur cinq habitent  Iqaluit, la capitale. Il s’agit d’une population d’installation récente; en effet, seuls 13% des francophones du Nunavut sont des Franco-Nunavois de naissance. Près de 900 personnes de plus parlent le français comme langue seconde ou tierce.



Histoire des francophones au Nunavut

Des équipages de baleiniers canadiens-français parcourent la région au 19e  siècle (voir Chasse à la baleine), des missionnaires oblats y fondent des missions et des paroisses catholiques à partir de 1910, puis des Canadiens français propagent le coopératisme dans toutes les localités inuites afin de briser le monopole commercial détenu par la Compagnie de la Baie d’Hudson.

La ville de Frobisher Bay, renommée plus tard Iqaluit, grandit dans la décennie 1970 grâce à la présence croissante de l’État fédéral et de Bell Canada pour lesquels travaillent des Québécois, souvent pour de courtes durées. Afin de combattre l’isolement, ceux-ci fondent l’Association des francophones de Frobisher Bay (AFFB) en 1981. Lorsque la principale ville de l’île de Baffin devient Iqaluit en 1987, l’AFFB prend le nom d’Association des francophones d’Iqaluit (AFI).

Même si les Territoires du Nord-Ouest (TNO), dont le Nunavut fait partie jusqu’en 1999, relèvent du gouvernement fédéral, l’anglais y est depuis les débuts la seule langue officielle des affaires publiques. Puis en 1984, Yellowknife adopte sa Loi sur les langues officielles et fait ainsi de l’anglais, du français, del’inuktitut et de huit autres langues autochtones les langues officielles des TNO (voir Langues autochtones au Canada). Pour l’AFI et la Fédération franco-ténoise (FFT), c’est l’occasion de réclamer des services en français. La FFT est la porte-parole des francophones répartis sur ce territoire immense (40 % de la superficie du Canada), mais les affaires locales sont gérées par l’AFFB/AFI.

En 1983, l’AFFB obtient un permis du CRTC pour transmettre le signal de télévision de Radio-Canada à Iqaluit; la volonté des francophones de pouvoir regarder les matchs de hockey des Canadiens de Montréal et des Nordiques de Québec y est pour beaucoup. L’association organise aussi des activités culturelles pour marquer le temps des sucres, l’arrivée du homard, la Saint-Jean-Baptiste et les Rendez-vous de la francophonie. Renommée Association des francophones d’Iqaluit (AFI), cette dernière établit un centre communautaire (1989), une radio communautaire, CFRT-FM (1994), ainsi qu’un groupe de concertation.

Institutions d’enseignement

L’AFFB réclame l’enseignement du français pour les 23 enfants francophones inscrits à la Nakasuk School de Frobisher Bay. En 1984, Dennis Patterson, député d’Iqaluit et ministre de l’Éducation des TNO, convainc ses collègues d’accorder une demi-heure d’enseignement du français par jour à l’intérieur du programme anglais régulier. Il faut attendre l’arrêt Mahé (1990) de la Cour suprême du Canada, qui stipule que les francophones ont droit à une éducation en français, pour que les TNO introduisent à la Nakasuk School l’enseignement du français langue maternelle à mi-temps en septembre 1992. C’est en septembre 1993 qu’est instauré un programme de français langue maternelle de la première à la sixième année, mais les études secondaires se poursuivent en anglais seulement.

La création prochaine du territoire du Nunavut, taillé à même la superficie des TNO afin de doter les Inuits d’un foyer où ils seront majoritaires, monopolise les énergies. En novembre 1997, l’AFI et le Comité de parents francophones d’Iqaluit sont dissouts pour donner naissance à la nouvelle Association des francophones du Nunavut (AFN), laquelle réclamera plus activement des droits en matière d’éducation.

Le Nunavut reconnait le français comme langue officielle dès sa création, le 1er avril 1999; un protocole d’entente est signé à l’été en vue de construire une première école de langue française. L’école des Trois-Soleils (ÉTS) est inaugurée en décembre 2001. Son nom évoque le parhélie que l’on peut observer dans le ciel arctique en hiver, mais aussi l’harmonie entre francophones, inuits et anglophones. La gestion francophone est assurée d’abord par le Bureau de l’éducation en français créé au sein du ministère de l’Éducation jusqu’à ce que soit établie la Commission scolaire francophone du Nunavut en août 2004. L’ÉTS compte 80 élèves et les inscriptions augmentent avec l’ajout de nouvelles classes. Ainsi, en septembre 2008, l’enseignement se donne jusqu’à la 10e année et on prévoit un agrandissement de l’école pour 2020. Depuis 2009, la composante secondaire francophone est offerte au sein de l’Inuksuk High School, où se rajoutent les 11e (2010) et 12e (2011) années en français.


Drapeau franco-nunavois 

Source: Wikimedia Commons 

Identité et culture

Les Franco-Nunavois adoptent leur drapeau en 2002. Son fond bleu rappelle le ciel arctique, tandis que le blanc évoque la neige recouvrant le territoire la plus grande partie de l’année. L’inukshuk au centre symbolise la présence humaine, tandis que la fleur de pissenlit, qui « est résistante et s’adapte à son environnement » représente la résilience de la population franco-nunavoise.

L’AFN fonde le Centre de la petite enfance Les Petits Nanooks (2002), la Société immobilière Franco-Nunavut (2007) et le Conseil de coopération du Nunavut (2007).

Chaque année, les Franco-Nunavois célèbrent la culture locale en tenant le Rallye familial de motoneiges au printemps et la Partie d’huîtres à l’automne.


Lecture supplémentaire

  • FCFA, Profil de la communauté francophone du Nunavut, Ottawa, 2009.

    Julie Lavigne, « De la pluralité à la communauté : construction d’une identité franco-ténoise », dans Simon Langlois et Jocelyn Létourneau (dir.), Aspects de la nouvelle francophonie canadienne, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2004, p. 59-74.

    Denis Perreault et Huguette Léger, Leroux, Beaulieu et les autres ou La petite histoire des francophones dans les Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife, Fédération franco-ténoise, 1989.


    Liens externes